Throwback Thursday Livresque n°12 – Les Classiques de Priscilla – Madame Bovary

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 20 juin : un personnage accro à la lecture

dav

Aujourd’hui encore (ça va finir par devenir une habitude, méfiez-vous), je vais évoquer un grand classique de notre littérature française qui, de toute façon, a abordé déjà pléthore de thèmes, ce qui explique sa grande présence lors de mes TBTL…

Deux personnages me viennent à l’esprit quand on me parle d' »accro à la lecture » : Don Quichotte et Emma Bovary. C’est d’Emma que j’ai décidé de vous parler aujourd’hui.

Madame Bovary est un roman que j’ai tenté de lire deux fois en vain avant de le dévorer littéralement quelques années plus tard (et à deux reprises !). Plus que l’histoire, je pense que c’est le style de Flaubert qui m’a perturbée les premières fois, je n’étais sûrement pas assez préparée, et pourtant… Quelle merveille !

L’histoire est relativement simple. Emma est une jeune femme qui lit beaucoup de romances et qui attend de l’amour autant de passion, d’aventure et de frisson que ce que vivent ses héroïnes préférées. Seulement voilà, Emma se voit mariée à Charles, un médecin qui vit dans un petit village campagnard, loin, très loin, des intrigues passionnantes des romans, et bien qu’elle soit véritablement aimée de son mari, très vite, Emma s’ennuie. Elle va donc chercher l’aventure ailleurs, avec d’autres hommes qu’elle croit meilleurs et qui ne le sont pas, qu’elle aime, qu’elle aide jusqu’à se perdre elle-même, préférant la mort au retour à une vie morne et triste.

Pourquoi ce roman est-il aussi fascinant ? Parce que Flaubert est génial. Emma est naïve, souvent bête même, mais Flaubert s’évertue à en faire un personnage avec lequel on compatit forcément. Nous nous ennuierions nous aussi à sa place. Il faut voir la galerie de personnages à laquelle la pauvre héroïne est confrontée : entre la bêtise de son mari Charles, la suffisance stupide du pharmacien Homais, la vénalité de Rodolphe, et j’en passe, la pauvre n’est vraiment pas servie…

L’ironie flaubertienne atteint son paroxysme avec sa peinture du prêtre et du pharmacien. L’un cherchant l’expiation des péchés de la jeune femme et l’autre cherchant la gloire à tout prix. Si j’ai vraiment compris la souffrance d’Emma, j’ai aussi beaucoup souri en lisant ce roman et son style ironique et acerbe. Je vous en conseille vivement la lecture, si ce n’est déjà fait…

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Publicités

Le destin de Marie de Marie de Palet

Marie de Palet nous narre dans ce très beau livre l’histoire de son homonyme, Marie, une jeune femme laissé aux soins de l’assistance publique, pensant avoir trouvé le bonheur auprès de la famille chez qui elle a été placé, le destin de Marie va être bouleversé.

Un roman qui bien que profond et sincère reste pudique, on devine que cela traduit le caractère de l’auteure. Une histoire belle et forte, une jeune femme qui malgré les difficultés que la vie va mettre sur sa route, va rester digne. Marie, c’est ce que j’ai vraiment aimé chez elle et dans cette lecture, est une personne sans la moindre once de méchanceté, elle va accepter ce que le sort lui réserve, toujours avec cette simplicité et cette lucidité sur sa situation. Elle ne rêve pas à grand chose, juste à un bonheur classique. Pourtant et bien qu’elle ne soit pas entourée de mauvaises personnes, aucun d’entre eux ne parviendra à voir chez Marie la jeune personne aimante et aussi peut-être un peu naïve qu’elle est. Le lecteur s’attend à la voir se rebeller, se révolter des traitements qu’on lui réserve, il n’en est rien, elle vit au jour le jour et attend que les choses s’améliorent, elle est prête à tout pour ceux qu’elle affectionne. Cette histoire n’est pas faite de rebondissements en série, mais d’une telle authenticité, qu’elle donne cette impression de retour aux sources, à une époque où les besoins étaient simples et où le bonheur semblait plus accessible ou en tout cas plus facile d’accès: avoir un travail, la chance de mettre un enfant au monde, regarder le soleil se lever chaque matin et aider son prochain. Une lecture qui ramène aux choses simples, et qui même si elle parle d’une époque où tout n’était pas tout rose, donne à penser que c’était mieux avant.

Un retour au terroir enrichissant où l’on apprend quelle était la vie d’avant, les préoccupations, les rumeurs qui rendaient la vie impossible, les croyances infondées, les actes impardonnables mais aussi l’entraide entre voisins, les veillées au coin du feu… Un roman riche que j’ai dévoré, je suis triste de quitter Marie et tous les merveilleux personnages que Marie de Palet a mis dans ces lignes, merci à elle et merci aux éditions De Borée, pour cette belle parenthèse.

Voici ma chronique sur Le pré d’Anna, una utre très beau roman de l’auteure:

https://livresque78.wordpress.com/2018/06/06/le-pre-danna-de-marie-de-palet/

L’Île aux mille sources de Sarah Lark

Encore un beau voyage offert par les éditions de l’Archipel ! Cette fois, il ne s’agit ni de l’Asie, ni de l’Italie, avec la nouvelle sage de Sarah Lark, vous vous envolerez vers la Jamaïque.

On retrouve avec ce roman les ingrédients qui ont fait le succès des autres sagas : une héroïne forte, blessée par la vie et qui force l’admiration ; des contrées dépaysantes, pittoresques et très élégamment décrites ; des personnages riches et complexes ; des aventures palpitantes.

IMG_20190617_230635.jpgNora est une jeune femme éprise de liberté et d’exotisme, cherchant à vivre loin de Londres, de sa grisaille, de ses faux-semblants et de ses codes sociaux. Fille d’un riche négociant, elle s’éprend d’un noble désargenté qu’elle soigne jusqu’à sa mort, malgré l’opposition de son père et de son milieu. Pendant son deuil, elle rencontre une propriétaire de champs de cannes à sucre. A défaut d’être heureuse en amour, elle décide de l’épouser pour se rapprocher de son rêve. Mais la Jamaïque n’est pas un rêve, Elias Fortnam n’est pas un rêve. La réalité à laquelle Nora va vite être confrontée, c’est celle de l’esclavage, du viol, du meurtre, de la haine. Je ne peux pas vous en dire plus parce que vraiment, vous perdriez beaucoup à trop en apprendre sur cette histoire que je trouve construite très finement, l’auteure proposant de nombreux coups de théâtre qui font de son roman un véritable page-turner.

Si le début m’a semblé un peu long, dès l’arrivée en Jamaïque de Nora et Elias, l’histoire prend vie. Aucun personnage n’est simple à comprendre : tous vivent depuis des années, des générations parfois, dans la haine, la peur et la colère ; mais tous sont aussi des êtres humains qui ont soif d’amour et de liberté. Cette contradiction interne font du personnel romanesque des individus attachants et dont nous nous sentons proches : Maànu, Akwasi, Nanny, Kwodwa, Tolo, Adwea sont vraiment complexes et passionnants.

La description des paysages jamaïcains, ces descriptions qui font tellement rêver Nora et SImon au début du roman, font rêver les lecteurs aussi. On y retrouve les couleurs chatoyantes, les odeurs enivrantes, les insectes, les herbes médicinales, le rhum, les chants des rituels. On s’y croirait…

La réflexion sur l’esclavage est évidemment bien présente, mais l’auteure ne se contente pas de clichés en la matière : bien sûr, les personnages que le lecteur est amené à cautionner, moralement parlant, sont contre l’esclavage tel qu’il est appliqué par la plupart des hommes Blancs ; mais j’ai trouvé dans ce roman une autre vision des choses. On y parle aussi du rôle de certains Noirs d’Afrique dans la vente des esclaves, du lien commercial entre les Blancs et les Nègres Marrons, de ces esclaves qui préféraient vivre de cette manière plutôt que de risquer de mourir dans la jungle. Le panorama est riche et varié.

Quant à l’aventure, amis amateurs, vous serez servis ! Des combats, des enlèvements, des incendies, des promenades à cheval, des embuscades, des secrets, des espions, tout vous sera servi sur un plateau avec ce roman, disponible dans toutes les bonnes libraires depuis le 5 juin. Merci, encore une fois, aux éditions de l’Archipel !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Crimes de Seine de Danielle Thièry

Nous sommes en 2013 à Paris, la Seine est en crue, la capitale est totalement paralysée, c’est dans ce contexte difficile que l’équipe d’Edwige Marion va entre autres devoir enquêter sur la tentative de meurtre dont a été victime celle-ci. La seine est dans cet opus, la star, elle fait parler d’elle à chaque instant, compliquant des investigations qui seraient déjà difficiles à mener en temps ordinaires.

Comme a l’art de la créer Danielle Thièry, l’ambiance est une fois de plus trouble, nébuleuse, on cherche sans trouver, on essaie de comprendre sans pour autant avoir les informations nécessaires, l’énigme est entière. Cette épée de Damoclès qu’est l’état de santé du commissaire Marion donne un rythme d’urgence à cette enquête hors normes car toutes les rues de Paris sous l’eau, même les locaux de la police doivent être évacués. Une balade dans les mystères de la capitale, qui décidément est une mine inépuisable de possibilités romancières. Paris, ses musées, ses théâtres leur magie, leurs secrets…

On sent une fois de plus, dans ces moments difficiles que va vivre l’équipe d’Edwige Marion, les liens qui les unissent, la force des sentiments, une seconde famille pour chacun d’entre eux. Tout cela va leur être plus que nécessaire pour affronter cette crue centennale mais aussi et surtout les secrets abjects que vont leur révéler leurs investigations. Car rien n’est simple dans une enquête qui sort de l’esprit de Danielle Thièry, l’humain et la psychologie y jouent un rôle primordial.

Des chemins tortueux sur lesquels nous embarque l’auteure, des pièges des erreurs, des chocs, rien n’est épargné au pauvre lecteur. Mais c’est vraiment cette ambiance si particulière qui marque, cette sensation d’avoir les pieds dans l’eau, cette humidité ambiante qui au final m’a mise dans mes petits souliers. On ressort d’un roman de Danielle Thièry avec quelque chose qui colle à la peau et qui peine à nous lâcher, une envie d’en savoir encore un peu plus, afin de patienter jusqu’au prochain roman. Merci aux éditions J’ai lu pour leur confiance.

Les belles vies de Benoît Minville

Avec ce roman qui se dévore littéralement, Benoît Minville réussit à évoquer la vie d’adolescents blessés, ces gamins de la DDASS paumés, parfois délinquants mais jamais volontairement mauvais, sans écrire pour autant un roman triste.

IMG_20190612_133710_184Djib et Vasco sont deux jeunes, un peu borderline. L’un vit avec sa mère et sa sœur, son père ayant abandonné le foyer quelques années auparavant ; l’autre vit avec ses deux parents, des émigrés du Portugal, et son petit frère Hugo. Ils ne sont pas brisés par leur enfance, ils sont juste adolescents. Ils fument, boivent de temps en temps, se battent assez facilement, sèchent les cours de temps en temps. Mais cette ultime baston, à la fin de l’année scolaire, va changer le cours de leurs vies. Fatigués de devoir aller les chercher au commissariat, leurs trois parents décident de les envoyer dans la Nièvre, dans la maison de « Tata & Tonton », famille d’accueil pour la DDASS.

Là-bas, les deux jeunes banlieusards seront confrontés à des réalités, des sentiments, des émotions qu’ils ne soupçonnaient pas : l’injustice évidemment, la colère, l’amitié, l’amour, la solidarité, le pardon. Ils en ressortent grandis, différents. Benoît Minville se garde pourtant bien de faire à ses lecteurs une quelconque leçon de vie.

Pour moi, qui travaille depuis 10 ans maintenant au contact d’adolescents, ce roman est un petit trésor de réalisme. Il permet aux adultes que nous sommes de relativiser le discours ambiant sur ces graines de voyous. J’ai beaucoup souri en les « entendant » parler, en lisant le cheminement de leurs pensées, parfois tordues, je veux bien l’admettre ; j’ai été très émue par ces jeunes adultes en devenir qui doivent composer avec le vol de leur enfance, avec leur manque d’assurance, avec des tas d’erreurs pour lesquelles ils paient, alors que ce ne sont pas les leurs. Chaque personnage est attachant et on a à cœur de les voir s’en sortir, pas sur le long terme, nous ne sommes pas dans un conte de fées, mais au quotidien, face aux problèmes qu’ils peuvent régler, des problèmes qui semblent secondaires aux adultes occupés que nous sommes, mais qui constituent le peu d’éléments sur lesquels ces gamins ont une vraie emprise.

Ce roman m’a charmée sur bien des aspects et pourtant, ce qu’il ne dépeint n’est pas rose : il y a évidemment des enfants battus, des enfants abandonnés, des orphelins, mais en fait, quelle que soit leur histoire, ils sont avant tout des enfants. Les adultes de cette histoire sont eux aussi très touchants : Tonton & Tata évidemment qui sont des modèles de compréhension et d’amour (un amour qui se donne inconditionnellement et immédiatement, à tout le monde), mais aussi les mamans de Djib et Vasco, qui se battent pour que leurs fils aient le meilleur, même quand il faut se battre contre leur cœur de maman…

Je trouve que le texte, l’histoire, le style de Benoît Minville rendent un bel hommage à tous les adolescents et rappellent le rôle des adultes dans leur construction. Nous tous, parents, enseignants, encadrants, adultes en général, sommes en charge de la jeunesse, de notre relève, et c’est une vraie belle mission, j’en suis convaincue ! Merci donc à Benoît Minville de le dire de si belle manière et merci aux éditions J’ai lu pour cette touchante découverte !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Throwback Thursday Livresque n°11

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 13 juin : Humour

J’ai choisi: Ice cream & châtiments

J’ai décidé de vous parler d’un roman de Nadine Monfils, j’ai eu l’occasion de lire plusieurs de ses livres, une auteure dont le talent pour l’écriture n’est plus à démontrer, mais pas n’importe quel style d’écriture. Nadine Monfils me ramène en enfance, le Nord de la France, la Belgique et leur humour bien caractéristique, qui je dois vous le dire me manque beaucoup, ici en région Parisienne.

Voici ce que je vous en disais en mai 2017 lorsque je l’ai chroniqué:

https://livresque78.wordpress.com/2017/05/21/ice-cream-chatiments-de-nadine-monfils/

Un roman drôlissime sans prise de tête, une auteure à l’humour que vous prendrez au degré voulu car l’essentiel est le plaisir que Nadine Monfils met dans ses livres. Des personnages haut en couleur, qui rappelleront aux gens « des hauts de France » la chaleur de cette région à nulle autre pareille et pour les autres, une découverte à faire sans nul doute…

Ma première interview : Frédérique-Sophie Braize

C’est avec une certaine fierté que j’ai, aujourd’hui, le plaisir de vous dévoiler ma première interview. Frédérique-Sophie Braize, dont j’avais eu le plaisir de lire et chroniquer deux romans, Sœurs de lait et Lily sans logis, a en effet eu la gentillesse de répondre à mes nombreuses questions sur son travail d’auteure.

1) Avant toute chose, une petite présentation :

photo Frédérique-Sophie Braize

Fille unique d’un alpiniste – ingénieur des Colonnes de Buren à Paris – Frédérique-Sophie Braize vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles, d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Puis elle travaille dans la sécurité privée et industrielle. Après une reconversion, elle enseigne l’anglais aux très jeunes Français, et le français aux enfants primo-arrivants, avant de se lancer dans l’écriture en 2012. Elle vit et travaille entre Paris et la Haute-Savoie.
Elle est l’auteur de recueils de nouvelles remarqués par la critique, pour lesquels elle a reçu les Prix Vedrarias 2012, Gaston Welter 2013, Ecriture d’Azur 2013 et 2014, et Livre sans Frontières 2014. En 2018, son roman Sœurs de lait a remporté le Grand Prix littéraire de l’Académie nationale de Pharmacie et le Prix Patrimoine. Son quatrième roman Lily sans logis a reçu le Coup de cœur de l’éditeur.

2) Lors de notre rencontre au salon du livre des Essarts-le-Roi, ce qui m’avait immédiatement attirée vers votre roman, c’était le prix qui vous avait été attribué. Un prix étonnant dans le monde de la littérature. Vous a-t-il surprise ? Comment est-ce arrivé ?

L’Académie nationale de pharmacie décerne un prix littéraire chaque année depuis 2011. Il est destiné à récompenser une œuvre littéraire évoquant le médicament, la pharmacie, ou d’autres aspects du domaine de la santé. Mon roman Soeurs de lait (éd. De Borée) a fait partie de la pré-sélection, puis de la sélection finale. En décembre dernier, j’ai donc reçu le Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie des mains de Phillipe Grimbert, président du jury. J’ai ressenti une grande joie, car la concurrence était de taille. En effet, j’étais en finale avec Christian Signol, Caroline Charron et Gilbert Sinouë. Pour ce même roman, j’ai également reçu le Prix Patrimoine, une reconnaissance pour avoir fait toute la lumière sur cet incroyable fait de société, ce scandale oublié.

3) Dans Sœurs de lait, vous évoquez le thème des essais du radium sur la population et dans Lily sans Logis celui des expériences scientifiques menées sur les siamois. Dans les deux cas, il s’agit d’histoires vraies du monde scientifique. Pourquoi cet intérêt pour l’histoire de la science ? Cela aurait-il un lien avec votre formation, vos études ? Vous êtes, originellement, plus littéraire ou plus scientifique ?

Ma formation est très éloignée du monde de l’écriture et des sciences, puisque je suis diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Je ne suis ni littéraire ni scientifique. Cet intérêt est dû à mon vécu.

4) Je n’ai pas encore le plaisir de connaître les nouvelles que vous avez publiées avant vos romans. Les sujets en sont-ils proches ? Pourquoi avoir commencé par le genre de la nouvelle ? Les idées de roman sont venues plus tard ou bien est-ce l’envie de développer ce qui aurait pu d’abord être une nouvelle ? Avec quel genre êtes-vous finalement le plus à l’aise et pourquoi ?

Les sujets sont différents. Certaines nouvelles sont urbaines et contemporaines, d’autres tendent vers la fable moderne ou, à l’inverse, vers le souvenir de famille ancré dans le passé. Le fil rouge : des héroïnes aux prises avec les soubresauts du destin.
Je n’ai pas commencé par écrire des nouvelles, mais un roman : Paysannes de montagne, publié par les éd. Lucien Souny en 2015 et paru en format poche aux éd. Souny poche en 2018.
Les deux genres me plaisent. Ce sont des exercices très différents. Certains sujets sont plus percutants quand ils sont traités sous la forme d’une nouvelle. D’autres nécessitent le développement du roman.

5) Les personnages féminins de vos romans sont des personnages forts. Pas tout de suite positifs, souvent naïfs au départ, ils évoluent et prennent une vraie force. Anthelmette et Lily ont cela en commun de risquer de tout perdre par amour ou par aveuglement lié à l’amour, pourquoi ?

Parce que l’amour fou porte bien son nom.

6) De fait, et c’est lié à la question précédente, les personnages masculins sont souvent négatifs. Cette dichotomie est-elle liée aux enquêtes que vous avez menées ou plutôt à l’héritage d’autres héroïnes ?

Si l’on regarde mes quatre premiers romans, les personnages masculins sont loin d’être négatifs. Au contraire. Beaucoup de rôles sont attribués à des hommes bons comme Auguste et son fils Hippolyte dans Paysannes de montagne, Gervais le personnage principal de Pour quelques arpents de rêve qui est persuadé que le succès de leur émigration en Argentine passera par les femmes, Anselme qui fait tout pour protéger sa petite Anne-Aimée, ou encore Nez-de-cuir qui a perdu son visage pour tenter de sauver son beau-frère dans Sœurs de lait. Il y a aussi Va-et-Vient qui veille sur Lily dans Lily sans logis. Et d’autres aussi, tels Jean-Sulpice qui va recueillir Yerba Maté, ou encore le père Cabochard qui fait de son mieux pour soutenir sa communauté.

7) Quelles sont vos influences littéraires ? Vos auteurs préférés ? Les œuvres qui vous ont le plus marquée ? Comme ça, à la lecture de vos deux romans, j’aurais pensé à Zola, c’est une erreur ?

Petite, j’ai appris à lire à la maison avec la Comtesse de Ségur.
Gamine, j’ai lu tout Pagnol, car c’était ce que ma grand-mère (chez qui je vivais) avait sur les étagères. J’ai donc été influencée par ces deux auteurs.
Puis Zola, en effet, au lycée. Mais surtout, à titre personnel, Frison Roche (Premier de Cordée, la Grande Crevasse), Hubert Reeves (Poussières d’Etoiles, Sommes-nous seuls dans l’univers ?), Ramuz (La grande peur dans la montagne).

8) Nous sommes sollicitées par de nombreux auteurs auto-édités, parfois par conviction, parfois par obligation. A-t-il été facile pour vous d’être éditée chez De Borée ? Pourquoi avoir choisi cette maison d’édition ?

Avant d’être publiée aux éd. De Borée, j’ai été publiée aux éd. Lucien Souny.
Tout a commencé avec le Prix Vedrarias en décembre 2012.
C’était ma toute première nouvelle et la première fois que je participais à un concours. J’avais déjà écrit un roman que je n’avais fait lire à personne. Le président du jury, Alain Absire, Prix Femina 1987 et directeur de collection chez Calmann-Lévy, m’a encouragée à sortir mon manuscrit du tiroir et à le proposer à des éditeurs. Je l’ai envoyé à huit maisons d’édition. J’ai reçu deux propositions de contrat pour Paysannes de montagne, paru en janvier 2015 aux éd. Lucien Souny. Puis, Pour quelques arpents de rêve est sorti un an plus tard chez le même éditeur. J’ai ensuite proposé le manuscrit de Sœurs de lait aux éd. De Borée. Mon texte a tout de suite été accepté et est sorti en librairie début 2018, puis Lily sans logis aux éd. De Borée également en 2019.

9) Enfin, dernière question, on me dit dans l’oreillette qu’un cinquième manuscrit est en préparation. Pouvez-vous nous en dire plus ? Un roman historico-scientifique aussi ? Ou tout autre chose ?

Il s’agit d’un roman sur le désir féminin et le manque, donc très éloigné du domaine historico-scientifique.

Je tiens encore une fois à remercier chaleureusement Frédérique-Sophie Braize, très sollicitée actuellement, d’avoir bien voulu satisfaire mon immense curiosité. C’est tellement agréable de discuter, de partager avec des auteurs passionnants et abordables comme elle. J’en profite pour vous inviter à découvrir ses écrits.

Romans :
Paysannes de montagne (éd. Lucien Souny 2015) Grand Livre du mois, France Abonnements.
Format poche (éd. Souny Poche 2018)
Pour quelques arpents de rêve (éd. Lucien Souny 2016)
Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Sélection 2019 : Prix Guerres et Paix, et Grand Prix des Ecrins
Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée) à paraître le 13 juin 2019
Lily sans logis (éd. De Borée, mars 2019) Coup de cœur de l’éditeur. Sélection 2019 : Prix Obiou, Prix Patrimoine, Prix du Roman historique.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

 

La Confrérie des Mages d’Emmanuelle Ferré

Avis à tous les fans de fantasy, de saga magico-médiévale : ce roman est une tuerie. 557 pages… Même pas peur !

rhdr

Franchement, ça faisait longtemps que je n’avais pas été à ce point transportée par un univers. J’ai lu Eragon, il n’y a que quelques mois et je n’ai pas plus accroché que cela, j’ai trouvé l’univers riche mais les actions finalement rares et le roman plutôt longuet. Ici, c’est tout l’inverse. Emmanuelle Ferré nous propose un roman fort, addictif et tellement dépaysant. J’ai été passionnée dès les premiers chapitres et je viens de passer le week-end à chercher la moindre dizaine de minutes pour savoir ce que deviendraient Lera, Graham et Alistair.

On retrouve, dans le premier tome de cette saga, tous les éléments qui fonctionnent dans la fantasy : un héros à initier, des pratiques magiques, un royaume vaste, des dangers réels, des quêtes d’identité, mais sans jamais se dire au cours de la lecture, que c’est du déjà vu.

Les personnages sont tous intéressants et semblent être une réserve de secrets, de caractéristiques qui pourront enrichir les deux prochains tomes. Lera est une jeune fille attachante, âgée d’à peine douze ans mais au Moyen-âge, ce qui implique d’autres réalités qu’à notre époque. Son tempérament de feu, sa noblesse d’âme, sa soif d’apprendre font d’elles une héroïne à la fois humaine et parfaite que nous avons plaisir à suivre, pour apprendre en même temps qu’elle, la vérité sur son origine. Mais elle n’est pas le seul personnage intéressant. Alistair est tout simplement fascinant, d’autant plus qu’à la fin de ce premier tome, nous ne savons que peu de choses sur sa véritable nature. Les autres mages construisent un personnel bigarré, attachant et souvent drôle autour de nos deux héros, que l’on sait rapidement destinés à s’aimer.

Les scènes d’apprentissages de maîtrise des forces occultes sont riches et, si elles sont nombreuses, elles ne sont jamais répétitives, ce qui constitue un vrai tour de force de l’auteure. Les passages de voyage des personnages sont également passionnants : aucun temps mort, chaque étape est une occasion de s’exercer, d’apprendre sur soi, sur la nature, sur les autres. Quant aux scènes de bataille, je les ai trouvées superbes, de vrais moments épiques où ça part dans tous les sens, où l’on doute de l’issue du combat, où l’on vit les choses. Vous savez, ces moments pendant lesquels on ne peut absolument pas décrocher de sa lecture.

J’ai bien adhéré au style d’écriture que j’ai trouvé travaillé mais fluide. L’intrigue est menée de mains de maître. On a des intuitions, qui, pour ma part, se sont révélées assez justes, mais je suis encore loin de connaître le fin mot de l’histoire. L’avenir est encore bien sombre pour nos héros et s’il y a des messages d’espoir, de futur prometteur, l’énigme est encore insaisissable. Franchement, je viens d’achever ce premier tome et je suis déjà en train d’organiser mes prochaines lectures de façon à pouvoir me lancer dans le second opus le plus rapidement possible.

Je remercie chaleureusement Emmanuelle Ferré et les éditions Amalthée de m’avoir envoyé ce roman et de m’avoir invitée à découvrir cet univers envoûtant que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher. A tous les fans du genre, n’hésitez pas, foncez !!! Ce roman gagne à être connu, je l’imagine même parfaitement en film un jour…

Quatrième de couverture :

Les habitants de la contrée indépendante des Bocages Mauves mènent une vie paisible jusqu’’au jour où ils doivent faire face à d’’étranges disparitions.
Sachairi Correnaigh, l’’Administrateur qui dirige cette contrée, comprend très vite que les responsables de ces méfaits ont recours aux forces occultes employées traditionnellement par les Mages. Sans hésiter, il fait appel à la Confrérie des Mages, une organisation veillant à ce que la pratique des forces occultes se fasse dans le respect des populations. Sachairi est alors loin de se douter que toute cette agitation n’’est que le préambule d’’un conflit bien plus grave qui va mettre en péril la contrée mais aussi le royaume voisin de Tanera. Et contre toute attente, les membres de la Confrérie vont découvrir que Lera, sa fille âgée de douze ans, possède des dons particuliers. Pour Lera, c’’est le début d’’une aventure qui la mènera aux confins du royaume de Tanera auprès des Mages. Au cours de son apprentissage, la jeune fille sera amenée à faire des découvertes sur l’’origine même de leurs pouvoirs ainsi que sur son passé mais par-dessus tout, ses dons seront la clé d’’un rassemblement qui permettra de faire face à une guerre menaçant tout un peuple.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Seul avec la nuit de Christian Blanchard

Je termine à l’instant ce roman, je vais donc essayer de vous transmettre à chaud mon ressenti. Christian Blanchard nous propose ici un roman très noir, vous êtes avertis, d’autant qu’il traite d’un sujet ou plutôt de sujets sur lesquels l’opinion publique a tendance à fermer les yeux. Pourquoi? Parce ce sont des horreurs qui terminent de plonger notre monde dans des abysses sans fonds, qui font de nous des bêtes féroces, prêtes à tout pour survivre. Toucher à l’enfance, l’exploiter n’est pas nouveau, cela a probablement toujours été mais le déplacement migratoire de ces dernières années amène avec lui des victimes des guerres, de la faim, des assassinats contre leurs peuples tentent de trouver une vie meilleure. Sans identité, sans papiers, quelle est l’importance de leur vie, de leur passage dans nos rues? Tout peut leur arriver, qui s’en soucie réellement?

Christian Blanchard traite ici tout d’abord du trafic d’organes, une pénurie de dons et de compatibilité, amène le nombre de greffes illégales à des sommets. Eric de la Boissière se retrouve face à cette pénurie, sa fille est malade, elle a besoin d’un rein, le temps passe, son état empire, mais ce père aimant a de l’argent et il est prêt à tout pour sauver sa fille…. Puis il y a Gilles Patrick, un chirurgien de renommé, il se retrouve dans la pire des situations afin de devoir sauver sa famille. Bien d’autres rencontres difficiles vont se faire à la lecture de ce roman, des jeunes, des adolescents qui souffrent à un point que l’on ne peut imaginer. Des histoires qui révoltent, qui donnent envie de cracher à la face de ce monde. Après avoir longtemps fermé les yeux sur ces pratiques abjectes, qui sont la torture, les mutilations sur une jeunesse brisée que l’on met ensuite dans la rue afin d’attendrir les cœurs des passants, sous prétexte que tout cela se passe loin de nos yeux et de nos frontières, Christian Blanchard nous met le nez dans l’ignominie de notre monde en déposant ces horreurs sur les trottoirs de Paris, de Brest… Mais dans ces lignes souvent dures, tristes, honteuses, on y cherche aussi l’espoir, on y trouve Némo, qui lui aussi a souffert, un alcoolique en fin de vie mais dont le cœur reste sensible et juste. Difficile de rester insensible, difficile de ne pas aller se renseigner, rechercher si tout cela est vrai, je vous laisserai en faire autant, le pire est là autour de nous et j’en suis glacée.

Une lecture qui est certes difficile mais qui pour moi est plus qu’un roman car l’écriture doit aussi servir à cela, dénoncer. Les livres doivent garder les yeux de chacun d’entre nous ouverts. Un roman fort et percutant!

Résumé:

Que sommes-nous réellement prêts à faire pour sauver nos proches ?
Cette question, Éric de la Boissière se la pose tous les jours. Sa fille, Élodie, est atteinte d’une grave maladie rénale. Du fait de son groupe sanguin, ses chances de recevoir une greffe sont quasi nulles. Mais avec beaucoup d’argent… Élodie doit pouvoir être soignée, pense Éric. Dirigeant d’un établissement financier, il a entendu parler de réseaux parallèles permettant d’obtenir un organe sain de donneurs volontaires.

Que sommes-nous prêts à sacrifier pour sauver nos proches ?
Cette question, Gilles Patrick ne se l’était jamais posée. Mais depuis quelques semaines, ce grand chirurgien ne dort plus. Tandis qu’un revolver est braqué sur la tempe de son épouse et de sa fille, un groupe d’hommes le contraint à pratiquer de lourdes opérations sur de jeunes patients pourtant en pleine santé.

Les circonstances ont beau être différentes, la raison qui a fait basculer ces deux hommes dans un autre monde est la même. Et si la volonté de sauver un proche n’était pas une raison suffisante ? D’une noirceur abyssale, le nouveau roman de Christian Blanchard explore les âmes compromises et pousse ses personnages, comme le lecteur, dans leurs pires retranchements.