Les Classiques de Priscilla – Tous les matins du monde de Pascal Quignard

 

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Avec cette chronique, la première question que je me pose, c’est « qu’est-ce qu’un classique ? ». Ce roman peut-il bénéficier de ce statut ? Je ne trancherai pas sur la question de la littérarité de telle ou telle œuvre. Et tout simplement, je rangerais dans cette rubrique les romans que l’on a pour habitude de donner à lire à nos élèves de collège, de lycée ou d’université…

IMG_20181121_133609.jpgMe voici donc à vous parler du roman de Pascal Quignard que je dois lire depuis longtemps et que j’ai enfin pris le temps de découvrir. J’en ai entendu beaucoup de bien, du coup, je m’attendais sûrement à un chef-d’œuvre, d’où ma légère déception.

Le sujet n’est pas facile : rendre la magie de la musique en mots est très délicat, peut-être même impossible. Les limites du « Ut pictura poesis » !

Ce roman raconte l’histoire de la famille de Sainte-Colombe : le père vient de perdre son épouse et doit élever seul ses deux filles, Madeleine et Toinette. Complètement anéanti par son veuvage, l’homme ne se concentre que sur sa musique et n’a de rapport avec ses filles qu’à travers elle. C’est un homme froid, colérique, taciturne et dans le rejet de tout ce qui a trait à la cour de Versailles. Il rencontre un jour un jeune homme, Marin Marais qui vient lui demander de le former à la viole. Le jeune homme est ambitieux, il veut vivre de son art et de son succès. Cette divergence de point de vue et d’objectifs va vite séparer le maître et l’élève, de manière irrévocable. A cette intrigue s’ajoute une dimension amoureuse. Madeleine s’éprend de Marin et vit avec lui une relation  charnelle que Marin rompra de manière cruelle après choisi de voler – aussi – la virginité de la petite sœur.

Je n’ai vraiment pas accroché avec ce roman. Monsieur de Sainte Colombe, aussi touchant qu’il puisse être en veuf qui veut absolument revoir sa femme, magie rendue possible grâce à la musique, ne m’a pas vraiment émue. On ne comprend pas bien ses colères, sa haine de la cour et son revirement final. Seul élément convaincant à mon goût : son amour de la musique et son élitisme. Pour lui, savoir jouer ne suffit pas à devenir un vrai musicien et l’on sait combien c’est vrai…

« Quand je tire mon archet, c’est un petit morceau de mon cœur vivant que je déchire. Ce que je fais, ce n’est que la discipline d’une vie où aucun jour n’est férié. J’accomplis mon destin. »

En ce qui concerne les autres personnages, la brièveté du récit ne m’a pas permis de m’attacher à eux. Madeleine et Toinette sont assez insipides à mon goût, quant à Marin, le narrateur fait en sorte que le jugement que l’on porte à son encontre ne soit jamais remis en cause, même à la fin… On espère qu’il a changé et la dernière phrase fait tout basculer.

Dernière chose qui m’a profondément déplu, ce sont les passages évoquant la sexualité des personnages. Evidemment, dans une intrigue située au XVIIe siècle, cela détonne, on n’y est pas habitués. Qu’à cela ne tienne, Pascal Quignard revendique son appartenance au XXe siècle et le dépassement de ces convenances, tant mieux ! Toutefois, ces mentions sont trop crues à mon goût. Ne voyez pas là un excès de pudeur, non, non ! Mais je trouve que cela n’apporte rien à l’histoire et que, suggérée, cette dimension aurait été plus acceptable. Franchement, savoir que comme il fait froid, « son sexe est tout petit et gelé » alors que le personnage est en train d’écouter la musique dans la nuit, j’ai du mal à en comprendre l’intérêt.

Je suis évidemment prête à entendre tous les désaccords et toutes les rébellions que ma chroniques pourraient susciter, avec grand plaisir, même. C’est ça, la magie de la littérature, elle touche chacun selon ses sensibilités !…

Priscilla (@Priss0904)

Quatrième de couverture : Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l’ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.
Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu’à la barque. L’ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu’il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura :
– Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids

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