Throwback Thursday Livresque 2019 – Cycle 1 – Episode 1

Le Throwback Thursday Livresque est une initiative de BettieRoseBooks afin de parler de livres qui nous ont marqués, plus ou moins récemment. En 2019, les règles changent un peu.

Chaque mois nous tournerons autour d’un concept et de quatre de ses déclinaisons. Le challenge sera de ne pas reprendre le même livre pour les déclinaisons du concept ( exemple : émotions, leçons de vie, amour, pays imaginaire…). Aussi un genre littéraire pourrait être exploité et aussi dériver vers vos styles de prédilection à vous.

Ce mois-ci :

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Semaine 1 : Un livre qui fait peur ou fait ressentir un profond dégoût envers certains personnages, certaines actions, certains faits…
Semaine 2 : un livre qui m’a mis en joie
Semaine 3 : Un livre qui m’a rendu triste ou en colère (ou les deux)
Semaine 4 : Un livre qui fut une bonne surprise ou un livre dont l’intrigue m’a surpris, pris de court, je ne l’avais pas vu venir.

Alors, en ce qui me concerne, j’ai décidé de vous parler d’un livre que je n’ai jamais réussi à finir, un service presse que j’avais pris pour du fantastique et qui s’est finalement révélé un peu trop gore pour moi, petite nature que je suis.

IMG_20181114_181938.jpgCe livre à la couverture sympathique est un recueil de nouvelles. J’en ai lu deux ou trois qui parlaient de sciences, de mathématiques (autant vous dire que…et bien…je ne suis pas professeure de français pour rien !!!) et de meurtres assez sanguinolents avec des têtes qui disparaissent, réapparaissent, hantent les villages et les notables. Des personnages hauts en couleurs, un peu fous, mais qui ne m’ont pas vraiment passionnée.

Rien à redire sur le style, c’est vraiment très bien écrit, mais voilà, je n’accroche pas. Je pense que définitivement, je n’aime pas avoir peur. Mais si vous, vous aimez ça, alors ce recueil devrait faire votre bonheur…

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

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Une jeunesse en fuite de Arnaud Le Guern

Voici le second roman d’Arnaud Le Guern, Paru aux éditions du Rocher Une jeunesse en fuite est un très joli retour dans les souvenirs de l’auteur. Arnaud le Guern a le même âge que moi à quelques mois près, j’ai donc ici fais moi-même une incroyable introspection dans mes souvenirs d’adolescence. Un retour aux sources qu’Arnaud utilise afin de reprendre contact avec cette période de sa vie, en faire un roman, pouvoir découvrir ou redécouvrir son père, cet homme qui se dévoile peu mais qui depuis qu’il a perdu Tess, sa chienne n’est plus tout à fait le même.

Une bouffée de nostalgie, de sensations qui se rapportent à cette période de la vie d’Arnaud, des souvenirs de la situation politique qui embarque son père à Ryad durant la guerre du Golf, une période où Mitterrand est président et où toutes les familles de soldats Français qui partent, tremblent face à cette guerre et à l’inconnu.

Arnaud jeune est imprégné par la musique de l’époque qu’il écoute en boucle avec des goûts bien à lui, il lit aussi beaucoup, il admire des actrices, des comédiens, des réalisateurs. Sa narration, qu’elle soit passée ou présente est une bulle de culture, elle vous transporte dans des films et vous donne envie de les revoir, elle vous amène à des découvertes et vous foncez sur Google pour prendre des renseignements.

Un roman parfois léger, parfois plus profond lorsqu’est abordé le départ de ce père pour un danger dont Arnaud ne veut guère entendre parler. Un petit aire frais de Bretagne, une envolée d’amour pour son enfant, un très joli roman plein de poésie, qui m’a été droit au cœur.

Résumé:

De retour en Bretagne avec sa fille, le temps d’un été chez ses parents, l’auteur se souvient du début des années 90. La guerre du Golfe et le départ de son père, médecin militaire, pour l’Arabie saoudite. Une époque qu’il avait balayée de son esprit. Remplacée par les fiancées éphémères, la griserie des nuits, les écrivains fantaisistes. Relisant les lettres que son père envoyait depuis le Moyen-Orient, il retrouve les traces d’une adolescence perdue. Tout lui revient par petites touches : ses camarades de lycée, la moustache de Saddam Hussein, les actrices et mannequins à la mode, la peur que son père ne revienne pas.
Dans Une jeunesse en fuite, Arnaud Le Guern fait résonner sa musique intime, entre quête du père et éducation sentimentale. Une touchante invitation à la flânerie romanesque.

La boîte à outils de Gérard Besnier

  • En librairie le 24 janvier 2019
  • 496 pages Editions François Bourin
  • ISBN979-10-252-0428-3

Ce roman est un OVNI, inclassable car totalement hors cadre. Mais pourquoi faudrait-il toujours mettre les romans dans des genres, des cases? L’essentiel est ce que l’on a ressenti durant la lecture non? Je dois dire que j’ai apprécié ce roman dont le sujet de départ est effectivement une boîte à outils, j’ai été touché par celui à qui elle appartient cette boîte, bien qu’il ait un nom totalement improbable, Nicolas Dédacin Amoraus ce qui est d’ailleurs le cas de la plupart des personnages rencontrés dans ce livre. Nicolas est un sensible, utilisé, manipulé pour sa totale absence de méchanceté, il a envie de vivre tout simplement, une vie simple, il veut faire plaisir à son père et parvenir à construire un bonheur sincère mais sans prétention.

Comme tous les gens simples, les autres en abusent et Nicolas, toujours prêt à tout pour aider mais pas toujours très doué va se retrouver à l’origine de beaucoup d’ennuis. Nous le suivons donc au fil de ses aventures du jour où il quitte l’école, de manière un peu forcée, les ennuis commencent. Mais il a aussi un très bon ami, qui l’aide, l’héberge en toutes circonstances, lui aussi a un nom impossible: Jakhno.

Nicolas va traîner sa fameuse boîte à outils dans ses apprentissages de différents métiers, rien ne se finit jamais bien, mais au final une telle volonté de bien faire ne peut que lui attirer des amitiés, des connaissances utiles, sincères ou non, ça c’est une autre histoire.

Un roman touchant, car un personnage attachant, qui bien que limité, ne voyez rien de négatif dans ce terme, Nicolas apprend et absorbe tout ce qu’on accepte de mettre à sa disposition. Mais pour apprendre il faut que la formation soit faite par des professionnels et dans un cadre bien défini, pour vivre une histoire d’amour il faut la vivre avec une personne qui nous accepte tel que nous sommes, Nicolas va vivre tous ces moments forts et parfois difficiles et nous allons l’accompagner sur un petit bout de chemin.

Le seul point négatif est ces intrusions de l’auteur qui parle à sa lectrice, je n’y ai vu aucun intérêt, et j’avoue même les avoir zappé à de nombreuses reprises. Mea Culpa.

L’affaire Rose Keller de Ludovic Miserole

Attention! Arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire! J’ai une chose de la plus haute importance à vous dire: J’ai lu L’affaire Rose Keller de Ludovic Miserole et j’ai tout simplement trouvé cela génial. Mais je vous connais, vous êtes exigeants et vous avez entièrement raison, vous voulez donc en savoir plus… Un bijou French Pulp.

Ce roman m’a passionné car je ne connaissais pas du tout l’histoire de ce fameux Marquis de Sade, j’avais entendu parler de ses écrits dont la réputation n’était plus à faire, bien sûr, mais mis à part cela, je n’avais jamais rien lu de son histoire, de sa vie. Alors bien évidemment il ne m’est pas devenu sympathique, loin de là, mais découvrir à quel point cet homme semblait n’avoir aucun remords, aucune conscience du mal et de la perversité qui l’habitaient, l’a totalement scotché à cette lecture.

De nos jours cet homme sera qualifié de sociopathe, sadique, pervers, les actes que nous racontent Ludovic Miserole, commis par Sade sont difficilement supportables, mais il faut aussi dire que l’époque prêtait également à ce genre de dérive. La condition de la femme, absolument abominable, traitée comme un sous être, ne pouvait que subir le diktat de l’homme. Malheur à la veuve qui se retrouve sans le sou ou à celle qui doit faire commerce de son corps afin de survivre, ces dernières ne représentent que peu d’intérêt pour la société de l’époque et leur parole ne compte pour rien.

Des recherches poussées et méticuleuses, additionnées d’éléments fictifs donnent à ce roman une saveur hors du commun. Les méthodes utilisées dans cette enquête si on peut l’appeler ainsi, les témoignages, le peu de crédibilité donné à la victime, mais aussi et surtout les passe-droits, font bondir le lecteur qui se dit qu’au final rien n’a vraiment changé depuis.

Une lecture magistrale que je veux absolument vous recommander. Bonne lecture donc.

Résumé:

Rose Keller est au chômage depuis plus d’’un mois. Elle est réduite, en ce dimanche de Pâques du 3 avril 1768, à mendier sur la Place des Victoires à Paris. En acceptant de suivre, pour un écu, un jeune homme soigneusement habillé qui a besoin de quelqu’’un pour un peu de ménage dans sa maison d’’Arcueil, elle ne peut se douter qu’’elle se dirige tout droit vers l’enfer. Elle ne sait pas encore que l’’homme qui vient de l’’engager n’’est autre que Donatien Alphonse François de Sade, celui qu’’on surnommera « le divin marquis »…

Les Classiques de Priscilla – Bonjour Tristesse de Françoise Sagan

 

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Grâce au Reading Classics Challenge de Lilly and Books, j’ai (enfin !) découvert la plume de la sulfureuse Françoise Sagan avec Bonjour Tristesse. Il s’agit d’un court roman que la fluidité du style rend très facile d’accès, malgré tous les sujets qu’il aborde.

La narratrice, Cécile, 17 ans, nous parle de ses vacances d’été dans une villa de la Côte d’Azur que son père a louée pour plusieurs semaines. Elle vient de rater son bac et n’a pas l’air de voir cet échec comme quelque chose de grave. On sent très vite malgré un contexte apparemment assez neutre, l’importance de ce flashback dans la vie de la jeune femme, mais il faudra attendre les dernières pages pour comprendre pourquoi (honnêtement, je ne l’avais pas vu venir…).

L’ensemble du récit est très théâtralisé, ce qui n’est pas désagréable, et ce qui pourrait ressembler, au premier coup d’œil, à un simple vaudeville (le père avec sa très jeune maîtresse, éphémère évidemment, et sa fille passent des vacances reposantes jusqu’à l’arrivée de la bourgeoise, amie intime de la mère décédée, « tutrice » morale de la fille, mais belle…incroyablement belle !) prend très rapidement une tonalité tragique.

IMG_20190122_210048.jpgLes monologues de la jeune adolescente qui ont semblé longs à plusieurs lecteurs m’ont passionnée. Comme une sorte de fatalité, la narratrice se rend compte, au fur et à mesure, de l’étendue du pouvoir des mots, du mensonge, facultés qu’elle ne pensait même pas posséder. Finalement, elle lance les dés mais au moment où elle souhaiterait les reprendre, elle se rend compte qu’elle n’est plus la seule en lice dans la partie et tous les coups décisifs se font presque sans elle.

J’ai trouvé ses hésitations et sa versatilité très réalistes : elle ne sait pas si elle est amoureuse ou non, si elle est jalouse ou non, si elle aime Anne ou si elle la déteste. Finalement, Cécile est encore une enfant capricieuse qui, au gré des événements, change radicalement de désir, mais comme elle n’est effectivement plus une enfant, le destin ne lui passe pas ses caprices. Comme pour les adultes, chacun de ses choix a une conséquence ; comme les héros tragiques, la question de sa culpabilité demeure en suspens.

Le thème du désir me semble central dans ce roman ; au-delà de l’amour, c’est lui qui détermine la destinée de tous les personnages (de 17 à 45 ans, homme ou femme, enfant ou fiancé…) Cette vision, déjà quelque peu désabusée sur la nature humaine, est impressionnante pour une auteure de 17 ans elle aussi. Car en effet, derrière Cécile, on devine Françoise Sagan : la jeune femme libre, refusant les carcans de la famille, de la bourgeoisie et même des études, à la sexualité affirmée sans honte dans une société encore très moralisatrice, un être assoiffé de changements, de variété et craignant plus que tout la monotonie. On comprend alors le scandale qu’une telle œuvre a pu susciter à l’époque (1954 !!!!!).

En bref, un roman bien construit, une pièce régulière, une narratrice intéressante et un style très agréable, c’est donc une lecture qui m’a vraiment plu et m’a donné envie de découvrir l’œuvre de Françoise Sagan plus en détails. Si vous ne connaissez pas encore, n’hésitez pas !

Juste pour le plaisir des mots, je vous cite le début du roman qui m’a enchanté immédiatement : « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi, comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. »

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Marlena de Julie Buntin

Je découvre les Editions La belle colère avec ce roman fort, même très fort. Le souvenir d’une période qui nous marque tous et toutes, l’adolescence. Pour Catherine, une période intense et charnière, la séparation de ses parents, le gouffre entre son père et elle mais aussi et surtout une rencontre qui marquera sa vie à jamais, celle de Marlena. Elle est le genre de fille qu’à 15 ans, on admire avec dévotion, on voudrait lui ressembler, on copie ses gestes, son style. Puis ses vices deviennent les nôtres, elle prend une telle place qu’un an passé en sa compagnie vous marque à tout jamais. Il faut dire que Catherine et Marlena en ont vécu des choses, toutes les deux, jusqu’à ce que Marlena soit retrouvée morte dans une forêt.

Julie Buntin, auteure dont Marlena est le premier roman nous parle de l’adolescence, un moment difficile où tout nous semble être contre nous, Catherine va au contact de Marlena, marcher sur cette ligne qu’il ne faut pas franchir. Ce moment de notre vie où cette impression que rien ne changera jamais, que les choses resteront telles quelles, ce moment où l’on se cherche, se découvre, se forge. Un temps où l’on est immortel, cette impression qu’ aucun de nos actes n’a de conséquences, où tout est possible et en même temps inaccessible, où l’instant présent, ce moment immédiat compte plus que tout…

Un roman par moments difficile, mais qui cerne avec beaucoup de véracité cet instant fugace, comparé à la longueur d’une vie, entre l’enfance et l’âge adulte. Les excès, les tentations, l’abandon de certains parents, la chance de ceux qui sont aimés et surveillés par les leurs. Un roman qui semble résumer la difficultés de se construire en tant qu’adulte, de ne pas prendre le mauvais chemin. Mais surtout une histoire qui résume à quel point cette période marque et revêt une véritable importance, des souvenirs gravés à jamais et qui régulièrement refont surface dans notre mémoire adulte.

Une lecture touchante et marquante qui me renvoie à ma propre adolescence et bien entendu à celle de mes enfants. A découvrir absolument.

Résumé:

L’histoire de deux jeunes femmes et de la tumultueuse année qui coûtera la vie à l’une d’elle et marquera l’autre à jamais.
À trente-cinq ans, la vie de Cat est au point mort. Employée, en couple et sans enfant, elle lutte chaque jour pour ne pas sombrer dans l’alcool, tant son esprit est hanté par les fantômes du passé. Vingt ans plus tôt, Marlena est morte. La belle, la fonçeuse et accro aux cachetons Marlena est morte quelque part dans une forêt du Michigan. Marlena, sa meilleure amie, son seul repère dans une existence fracassée par les trahisons : un déménagement, le divorce de ses parents, l’abandon du père, la résignation de la mère, les adieux à un brillant avenir.
Quand Sal, le petit frère maintenant adulte de Marlena, la contacte pour en apprendre plus sur sa soeur, Cat se force à revivre cette époque trouble, la litanie de ses premières fois première bière, première cigarette, premier baiser, première pilule et cette amitié aussi passionnelle que toxique. Pour quelle raison exactement ? Savoir qui était vraiment Marlena? Comprendre pourquoi est-elle morte ? Chercher des réponses qui n’existent pas ? Par un fascinant jeu d’échos entre présent et passé, Julie Buntin, dans la lignée d’Emma Cline ou Celeste Ng, nous offre une profonde réflexion sur ce qui nous façonne et nous détruit à cet âge où l’insouciance est à la fois notre meilleur et notre pire ennemi, et où même au bord de l’abîme tout semble encore possible. Acclamé aux États-Unis, Marlena est le premier roman de Julie Buntin.

Finaliste pour le prix John Leonard du National Book Critics Circle –
– Sélectionné pour le prix du premier roman du Center for Fiction –
– Nommé meilleur livre de l’année 2017 par Vogue, BuzzFeed, The Washington Post, Esquire, Harper s Bazaar, NPR, NYLON, Huffington Post, Kirkus Reviews, Barnes & Noble –

Où passe l’aiguille de Véronique Mougin

Une lecture bouleversante… Voilà le premier mot qui me vient ! Il va être délicat pour moi d’en poser d’autres dessus.

Je

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fais partie de ces personnes qui croient fermement qu’il faut lire des récits sur les horreurs du passé, qu’il ne faut jamais oublier jusqu’où peut aller l’être humain pour ne pas faire les mêmes erreurs. Les camps de concentration sont des réalités effrayantes qu’on ne peut qu’imaginer, même en se plongeant dans de tels récits. Le texte de Véronique Mougin m’a replongée dans les souvenirs d’une lecture du lycée L’Ecriture ou la vie de Jorge Semprun. Comme là, on lit le récit de la vie en camp mais aussi l’après et je me souviens qu’à l’époque, cette seconde partie du récit m’avait moins touchée, m’avait, il faut le dire, ennuyée. C’était il y a 17 ans… Péché de jeunesse, donc !

Aujourd’hui, peut-être parce qu’avec le temps, on vit tous des drames, bien moins organisés, bien moins diaboliques, des drames personnels, des drames de la vie, avec lesquels il faut composer, il faut vivre. On sait alors que les méthodes divergent : certains veulent oublier, certains passent leur temps à se dire que c’était mieux avant, tous essaient de s’en sortir.

Tomi a vécu des choses que l’on peut à peine imaginer. De sa vie au camp, ce qui m’a le plus bouleversée, c’est cet instinct de survie qui a poussé les déportés à laisser de côté leurs sentiments, cette envie de vivre qui va au-delà de l’amour que l’on porte aux autres, aux siens même. Les SS parviennent à faire de leurs prisonniers les bêtes qu’ils voyaient en eux et le plus atroce dans tout ça, c’est que les prisonniers eux-mêmes en ont conscience. Comment en vouloir à ce père qui abandonne le chantier au profit de l’atelier de couture quitte à passer la journée sans pouvoir protéger son enfant ? Comment en vouloir à ce fils qui laisse son père se faire tabasser ? Et pourtant c’est révoltant. On voudrait que ce ne soit pas acceptable, mais on ne peut que le comprendre. Comme on comprend leur culpabilité et leur aveuglement.

L’instinct de survie, le culot, la chance réussissent à Tomi mais à quel prix ? Comment peut-on vivre en étant persuadé, comme tout un chacun, qu’on le mérite, tout simplement, quand on a vu tous ces hommes, qui le méritaient eux aussi, mourir dans des conditions atroces ?

Tomi donne le change, ment, se ment mais se fracture aussi au fur et à mesure du temps. Bien sûr, il y a la réussite après, la haute couture, l’amour, la famille mais la faille est profonde et on ne peut la colmater. On le sent…tout le temps. Les camps ont rendu ces hommes, même les survivants, fébriles, sur la corde raide. C’est ce qui rend le héros si attachant, il se noie dans les images des filles qu’il habille de peur de les voir disparaître, comme sa propre mère s’est, dans ses souvenirs, volatilisée. La hargne de Tomi, sa colère, la révolte qui le caractérise dès le début du roman, prennent une toute autre teinte après Dora.

Est-il vraiment passionné par la couture ou lui permet-elle simplement de focaliser son cerveau sur d’autres images que celles de sa mère et de son frère, sur d’autres tissus que le rayé crasseux des uniformes du camp, sur le bruit (combien de fois salvateur dans toute cette aventure) de la machine à coudre qui atténue le brouhaha alentour ? Bien sûr, Tomi a du talent, mais un talent né, encore une fois, de son instinct de survie. Il l’admet d’ailleurs à la fin. Il ne s’agit pas de dire que des choses positives aussi se construisent dans les camps, ce serait obscène. Mais le destin de Tomi est une leçon : même s’il vit toute la suite de son existence dans la peur (plus que dans la colère finalement), il prend sa revanche (au sens propre du terme) dans chacun de ses actes, sans être jamais pleinement satisfait, complètement rassuré. Les camps ont anéanti sa foi, pas sa foi juive qui ne l’a jamais trop préoccupé, mais sa foi en la vie.

La force de Véronique Mougin est d’avoir réussi à ne pas faire d’Où passe l’aiguille un roman triste. La gouaille de ce narrateur-gamin (même adulte), les personnages hauts en couleurs que sont Marcel ou M. Antoine, que le narrateur admire mais juge en même temps (parce qu’Antoine n’a fait que changer de voie quand d’autres ont dû changer de vie) font que l’on sourit très souvent, mais comme Tomi, avec dans le cœur un goût amer, un goût acide même, qui ternit quelque peu tous ces sourires. J’en suis ressortie complètement retournée, admirative : plus qu’un coup de cœur, ce roman a été un coup au cœur.

Merci Véronique Mougin et merci aux Éditions J’ai lu, vraiment !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Flic et fun- Deux flics amis de Pluttark et Bernstein

2ème tome des aventures de nos flics déjantés. Chaque tome se lit indépendamment, ce qui me plaît particulièrement. Petites scénettes bien rigolotes, aucunes idioties n’arrêtent ces deux là. Des répliques hilarantes, des dialogues de sourds, pas de prises de têtes, tous les ingrédients qui vont satisfaire les fans de Capt’ain Biceps et autres du genre… Des références au gouvernement et même à Gérard Depardieu, de l’humour potache et bon enfant.


De l’humour à tous les étages, des dessins qui collent avec le style , destinée à une large public même si quelques références télévisuelles ou autres peuvent échapper aux plus jeunes. A lire sans aucune modération.