Marlena de Julie Buntin

Je découvre les Editions La belle colère avec ce roman fort, même très fort. Le souvenir d’une période qui nous marque tous et toutes, l’adolescence. Pour Catherine, une période intense et charnière, la séparation de ses parents, le gouffre entre son père et elle mais aussi et surtout une rencontre qui marquera sa vie à jamais, celle de Marlena. Elle est le genre de fille qu’à 15 ans, on admire avec dévotion, on voudrait lui ressembler, on copie ses gestes, son style. Puis ses vices deviennent les nôtres, elle prend une telle place qu’un an passé en sa compagnie vous marque à tout jamais. Il faut dire que Catherine et Marlena en ont vécu des choses, toutes les deux, jusqu’à ce que Marlena soit retrouvée morte dans une forêt.

Julie Buntin, auteure dont Marlena est le premier roman nous parle de l’adolescence, un moment difficile où tout nous semble être contre nous, Catherine va au contact de Marlena, marcher sur cette ligne qu’il ne faut pas franchir. Ce moment de notre vie où cette impression que rien ne changera jamais, que les choses resteront telles quelles, ce moment où l’on se cherche, se découvre, se forge. Un temps où l’on est immortel, cette impression qu’ aucun de nos actes n’a de conséquences, où tout est possible et en même temps inaccessible, où l’instant présent, ce moment immédiat compte plus que tout…

Un roman par moments difficile, mais qui cerne avec beaucoup de véracité cet instant fugace, comparé à la longueur d’une vie, entre l’enfance et l’âge adulte. Les excès, les tentations, l’abandon de certains parents, la chance de ceux qui sont aimés et surveillés par les leurs. Un roman qui semble résumer la difficultés de se construire en tant qu’adulte, de ne pas prendre le mauvais chemin. Mais surtout une histoire qui résume à quel point cette période marque et revêt une véritable importance, des souvenirs gravés à jamais et qui régulièrement refont surface dans notre mémoire adulte.

Une lecture touchante et marquante qui me renvoie à ma propre adolescence et bien entendu à celle de mes enfants. A découvrir absolument.

Résumé:

L’histoire de deux jeunes femmes et de la tumultueuse année qui coûtera la vie à l’une d’elle et marquera l’autre à jamais.
À trente-cinq ans, la vie de Cat est au point mort. Employée, en couple et sans enfant, elle lutte chaque jour pour ne pas sombrer dans l’alcool, tant son esprit est hanté par les fantômes du passé. Vingt ans plus tôt, Marlena est morte. La belle, la fonçeuse et accro aux cachetons Marlena est morte quelque part dans une forêt du Michigan. Marlena, sa meilleure amie, son seul repère dans une existence fracassée par les trahisons : un déménagement, le divorce de ses parents, l’abandon du père, la résignation de la mère, les adieux à un brillant avenir.
Quand Sal, le petit frère maintenant adulte de Marlena, la contacte pour en apprendre plus sur sa soeur, Cat se force à revivre cette époque trouble, la litanie de ses premières fois première bière, première cigarette, premier baiser, première pilule et cette amitié aussi passionnelle que toxique. Pour quelle raison exactement ? Savoir qui était vraiment Marlena? Comprendre pourquoi est-elle morte ? Chercher des réponses qui n’existent pas ? Par un fascinant jeu d’échos entre présent et passé, Julie Buntin, dans la lignée d’Emma Cline ou Celeste Ng, nous offre une profonde réflexion sur ce qui nous façonne et nous détruit à cet âge où l’insouciance est à la fois notre meilleur et notre pire ennemi, et où même au bord de l’abîme tout semble encore possible. Acclamé aux États-Unis, Marlena est le premier roman de Julie Buntin.

Finaliste pour le prix John Leonard du National Book Critics Circle –
– Sélectionné pour le prix du premier roman du Center for Fiction –
– Nommé meilleur livre de l’année 2017 par Vogue, BuzzFeed, The Washington Post, Esquire, Harper s Bazaar, NPR, NYLON, Huffington Post, Kirkus Reviews, Barnes & Noble –

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Où passe l’aiguille de Véronique Mougin

Une lecture bouleversante… Voilà le premier mot qui me vient ! Il va être délicat pour moi d’en poser d’autres dessus.

Je

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fais partie de ces personnes qui croient fermement qu’il faut lire des récits sur les horreurs du passé, qu’il ne faut jamais oublier jusqu’où peut aller l’être humain pour ne pas faire les mêmes erreurs. Les camps de concentration sont des réalités effrayantes qu’on ne peut qu’imaginer, même en se plongeant dans de tels récits. Le texte de Véronique Mougin m’a replongée dans les souvenirs d’une lecture du lycée L’Ecriture ou la vie de Jorge Semprun. Comme là, on lit le récit de la vie en camp mais aussi l’après et je me souviens qu’à l’époque, cette seconde partie du récit m’avait moins touchée, m’avait, il faut le dire, ennuyée. C’était il y a 17 ans… Péché de jeunesse, donc !

Aujourd’hui, peut-être parce qu’avec le temps, on vit tous des drames, bien moins organisés, bien moins diaboliques, des drames personnels, des drames de la vie, avec lesquels il faut composer, il faut vivre. On sait alors que les méthodes divergent : certains veulent oublier, certains passent leur temps à se dire que c’était mieux avant, tous essaient de s’en sortir.

Tomi a vécu des choses que l’on peut à peine imaginer. De sa vie au camp, ce qui m’a le plus bouleversée, c’est cet instinct de survie qui a poussé les déportés à laisser de côté leurs sentiments, cette envie de vivre qui va au-delà de l’amour que l’on porte aux autres, aux siens même. Les SS parviennent à faire de leurs prisonniers les bêtes qu’ils voyaient en eux et le plus atroce dans tout ça, c’est que les prisonniers eux-mêmes en ont conscience. Comment en vouloir à ce père qui abandonne le chantier au profit de l’atelier de couture quitte à passer la journée sans pouvoir protéger son enfant ? Comment en vouloir à ce fils qui laisse son père se faire tabasser ? Et pourtant c’est révoltant. On voudrait que ce ne soit pas acceptable, mais on ne peut que le comprendre. Comme on comprend leur culpabilité et leur aveuglement.

L’instinct de survie, le culot, la chance réussissent à Tomi mais à quel prix ? Comment peut-on vivre en étant persuadé, comme tout un chacun, qu’on le mérite, tout simplement, quand on a vu tous ces hommes, qui le méritaient eux aussi, mourir dans des conditions atroces ?

Tomi donne le change, ment, se ment mais se fracture aussi au fur et à mesure du temps. Bien sûr, il y a la réussite après, la haute couture, l’amour, la famille mais la faille est profonde et on ne peut la colmater. On le sent…tout le temps. Les camps ont rendu ces hommes, même les survivants, fébriles, sur la corde raide. C’est ce qui rend le héros si attachant, il se noie dans les images des filles qu’il habille de peur de les voir disparaître, comme sa propre mère s’est, dans ses souvenirs, volatilisée. La hargne de Tomi, sa colère, la révolte qui le caractérise dès le début du roman, prennent une toute autre teinte après Dora.

Est-il vraiment passionné par la couture ou lui permet-elle simplement de focaliser son cerveau sur d’autres images que celles de sa mère et de son frère, sur d’autres tissus que le rayé crasseux des uniformes du camp, sur le bruit (combien de fois salvateur dans toute cette aventure) de la machine à coudre qui atténue le brouhaha alentour ? Bien sûr, Tomi a du talent, mais un talent né, encore une fois, de son instinct de survie. Il l’admet d’ailleurs à la fin. Il ne s’agit pas de dire que des choses positives aussi se construisent dans les camps, ce serait obscène. Mais le destin de Tomi est une leçon : même s’il vit toute la suite de son existence dans la peur (plus que dans la colère finalement), il prend sa revanche (au sens propre du terme) dans chacun de ses actes, sans être jamais pleinement satisfait, complètement rassuré. Les camps ont anéanti sa foi, pas sa foi juive qui ne l’a jamais trop préoccupé, mais sa foi en la vie.

La force de Véronique Mougin est d’avoir réussi à ne pas faire d’Où passe l’aiguille un roman triste. La gouaille de ce narrateur-gamin (même adulte), les personnages hauts en couleurs que sont Marcel ou M. Antoine, que le narrateur admire mais juge en même temps (parce qu’Antoine n’a fait que changer de voie quand d’autres ont dû changer de vie) font que l’on sourit très souvent, mais comme Tomi, avec dans le cœur un goût amer, un goût acide même, qui ternit quelque peu tous ces sourires. J’en suis ressortie complètement retournée, admirative : plus qu’un coup de cœur, ce roman a été un coup au cœur.

Merci Véronique Mougin et merci aux Éditions J’ai lu, vraiment !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Flic et fun- Deux flics amis de Pluttark et Bernstein

2ème tome des aventures de nos flics déjantés. Chaque tome se lit indépendamment, ce qui me plaît particulièrement. Petites scénettes bien rigolotes, aucunes idioties n’arrêtent ces deux là. Des répliques hilarantes, des dialogues de sourds, pas de prises de têtes, tous les ingrédients qui vont satisfaire les fans de Capt’ain Biceps et autres du genre… Des références au gouvernement et même à Gérard Depardieu, de l’humour potache et bon enfant.


De l’humour à tous les étages, des dessins qui collent avec le style , destinée à une large public même si quelques références télévisuelles ou autres peuvent échapper aux plus jeunes. A lire sans aucune modération.

Partiellement nuageux d’Antoine Choplin

IMG_20190109_224054.jpgC’est avec grand plaisir que j’ai découvert, avec ce service presse, la plume d’Antoine Choplin et la maison d’édition La Fosse aux Ours. C’est un petit livre, court mais efficace, dont le style n’est pas sans rappeler celui de L’Etranger de Camus : des phrases brèves, un narrateur-personnage qui se veut assez détaché de ce qu’il raconte et plus généralement de ce qu’il vit.

L’histoire se déroule au Chili après la dictature de Pinochet, dont les horreurs, encore méconnues aujourd’hui, sont nombreuses et tout aussi injustifiables que dans les autres états dictatoriaux.

Mais il ne s’agit de peindre toutes ces atrocités, nous entrons dans un récit tout en pudeur, où beaucoup de choses se sentent plus qu’elles ne se lisent. On ne peut qu’imaginer ce qui est arrivé à Paulina, l’ancienne fiancé d’Ernesto, le narrateur. Et l’imagination, on le sait, est tout aussi poignante, si ce n’est plus, que la réalité. Le drame qui se joue ici, ce n’est pas l’arrestation ou la disparition de la jeune femme, tout est déjà terminé. Nous avons seulement affaire à celui qui est resté et à l’après, ce qui est, en soi, un autre drame. Cet homme qui est attiré malgré lui par le Musée du Souvenir, qui parle à des photos et qui tente de ne pas perdre les sensations vécues lors de son histoire, est vraiment émouvant.

« Et maintenant, j’avais beau me coller le nez dessus tous les jours, je voyais bien comme tout cela s’effaçait doucement. Ce n’était pas le souvenir qui s’effaçait, mais ce qui fait du souvenir un espace qui peut encore se remplir de réalité. Bien sûr que je me rappelais les colombes, mais le cliquetis des colombes marchant sur le toit, ça, j’arrivais plus à l’entendre pour de bon. »

Second drame qui se joue en mineur, celui des descendants de ces coupables, qui n’en sont pas vraiment : ces dizaines de milliers de personnes qui ont dû obéir au dictateur, parce qu’ils étaient fonctionnaires ou à la solde de l’Etat, ces gens pas toujours d’accord avec ce qu’ils faisaient mais contraints de le faire quand même et qui vivent, des décennies plus tard avec le poids de la culpabilité et les fantômes des victimes qu’ils ont engendrées.

C’est donc un roman surprenant, émouvant, fonctionnant beaucoup sur l’implicite et l’empathie que l’on ressent très vite pour tous les personnages, dont on espère de tout cœur qu’ils vont s’en sortir le mieux…ou le moins mal possible.

Merci aux éditions La Fosse aux ours pour cette agréable lecture !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quatrième de couverture : Ernesto est astronome dans le modeste observatoire de Quidico au Chili. Il étudie les nuages de Magellan, une galaxie naine. Il vit seul dans ce territoire mapuche avec son chat, Le Crabe et Walter un vieux télescope peu performant. Lors d’un voyage à Santiago, dans l’espoir de trouver le financement pour une pièce (lame de Schmidt) de son télescope défectueux, Ernesto ne peut s’empêcher de visiter le musée de la Mémoire où une photo de Paulina, sa fiancée disparue durant la dictature de Pinochet le plonge dans un passé douloureux. C’est dans ce même musée qu’il fait connaissance d’Ema qui porte elle aussi une histoire lourde. Ils devront surmonter les blessures jamais cicatrisées de cette terrible période.

L’enfant des pins de Françoise Le Gloahec

Nous sommes sur la fin du 19ème siècle, dans les Landes, Françoise Le Gloahec nous fait vivre une incroyable histoire où les destins s’entrecroisent, où les drames et les bonheurs font vivre aussi bien aux personnages qu’aux lecteurs, des émotions vives et franches. Deux univers qui se rencontrent et dont les histoires se mêlent bien malgré eux.

L’époque racontée n’épargne rien aux protagonistes de cette histoire, mais les difficultés ne sont pas le propre des nécessiteux, la vie donne mais elle reprend et dans L’enfant des pins, cette dernière a tendance à n’épargner personne. Le départ de cette histoire est la difficulté d’une famille a prendre soin d’un de ses enfants, plus fragile, plus chétif que les autres, la vie, encore elle, va décider d’ôter cette enfant à sa famille. Les événements vont à partir de là et au fil des années s’enchaîner, les mensonges, les jalousies, les erreurs de parcours et les mauvaises décisions vont emmener le lecteur dans une histoire à laquelle il va s’accrocher comme à une bouée de sauvetage. Impossible de quitter ce roman, dont les rebondissements, doublés d’un très belle narration, d’une description de la lande et des métiers autours de cet arbre, le pin, qui fait aujourd’hui son identité, rendent ce moment de lecture troublant de réalisme et de sensations vivaces.

Une époque, nous l’avons dit, difficile où le travail épuisant, nécessaire à faire vivre la famille ne laisse pas toujours la place aux sentiments dont un enfant à besoin pour s’épanouir. Des années perdues, des deuils physiques et psychologiques, l’auteur joue avec nos émotions avec un talent de conteuse qui donne envie d’en découvrir plus, mais qui aurait aussi pu décliner cette histoire sur plusieurs volumes afin d’en étoffer les destins personnelles de chacun.

Une roman riche et fort que vous ne pourrez qu’aimer, j’en suis certaine, je vous laisse donc le découvrir et j’espère vraiment que vous l’aimerez autant que moi.

Résumé:

Dans les Landes, en 1850, la misère est accablante. Une nuit, la femme d’un paysan abandonne l’un des deux jumeaux qu’elle vient de mettre au monde. L’enfant est de constitution fragile et le couple n’a pas les moyens de l’élever. Rongée par la culpabilité de l’abandon, elle est incapable d’aimer le fils qu’elle a choisi de garder. Estèfe grandit donc dans l’ombre de ce jumeau dont sa mère lui a dit qu’il était mort. Le peu d’affection provient de deux garçons du voisinage qui deviennent une véritable seconde famille. Malgré cette amitié et pour échapper à son destin de paysan, Estèfe tente de refaire sa vie en Argentine, mais il reste obsédé par le mystère qui entoure la mort de son jumeau. Seul un retour dans les forêts de son enfance lui permettra de comprendre ce qui s’est réellement passé. Et à mesure que les secrets de famille refont surface, un drame se noue… Un secret inavouable. Un homme en quête de ses origines. 17,50 € / 256 pages
Hachette : 62 9488 4 / ISBN : 978-2-8246-1369-7 L’auteur Le Gloahec Françoise Françoise Le Gloahec est l’auteur d’une trentaine de romans aussi bien pour les jeunes lecteurs que pour les adultes. Avant de s’établir dans le Sud-Ouest, elle a longtemps vécu en Bretagne, terre de légendes qui lui a donné le goût de l’imaginaire.

Ma vie sera pire que la Tienne de Williams Exbrayat

Découverte totale de cette auteur avec ce troisième roman écrit. Un roman aux inspirations multiples et variées . Un engouement total et rapide s’est emparé de moi lors de cette lecture. Des situations, des personnages, des événements totalement addictifs, dignes d’un film de Tarantino, du Pulp mêlé à du thriller et du roman noir. Tour à tour des passages de votre lecture, vous naviguez entre les genres, pour certains connus et que vous avez fréquemment rencontrés, pour d’autre dans le style Novella, pour ma part de la nouveauté encore et encore.

Des personnages aux destins qui s’entremêlent bien malgré eux, des enchevêtrements, des coïncidences plus ou moins favorables. Williams Exbrayat met ses personnages principaux dans des situations qui tournent mal et dégénèrent, qui prennent une tournure totalement imprévue. Pour les personnages secondaires, des occasions à saisir ou non, des décisions rapides à prendre qui vont changer le cours de leur vie et de leur avenir.

Pas de temps morts, il se passe toujours quelque chose, des événements qui rendent cette lecture folle et addictive, on sent une imagination débordante et des sources d’inspiration multiples et extrêmement variées. Le lecteur éprouve de l’empathie puis quelques pages plus loin l’étonnement, la sidération même… Une lecture stimulante, rythmée, l’auteur donne de la gouaille à certains de ses personnages, ils ont « une grande gueule », un peu à l’ancienne, on sent par moment de l’inspiration  » à la Audiard », et c’est déstabilisant dans le bon sens du terme, cela donne la touche épicée qui rend l’ensemble absolument délicieux. Pas un style en particulier, non, tout un ensemble qui regroupe toutes les influences qu’a pu rencontrer Williams Exbrayat, et vous pouvez me croire, cela donne un plaisir de lecture absolument jouissif.

Laissez vous surprendre par cette lecture absolument folle, un peu délurée, une touche de chaque qui fait de l’ensemble un roman vraiment délicieux que vous allez prendre un vrai plaisir à lire.

Extrait:

Les portières du 4×4 claquent. Des gifles pour mes oreilles. J’ouvre les yeux. Trois silhouettes noyées dans la lumière crue d’un milieu d’après-midi. Elles s’approchent d’un pas résolu. Je protège mes yeux avec mes mains. Le soleil tape fort. Foutrement fort. Une enclume sur ma tête. Avec le stress, j’ai perdu des litres de gnôle. Une odeur vinaigrée imprègne mes vêtements. Ma transpiration. Faudrait que je mette le holà sur la piquette, sinon je vais finir comme un pickle. Un roman noir détonant entre pulp à l’américaine, novella et polar, avec une rasade d’humour et beaucoup de désespoir.

Résumé:

Quel est le point commun entre un looser amoureux, un bouledogue alcoolique nommé Disco Boy et une jolie hôtesse de casino ? Une sévère propension à être là au mauvais endroit, au mauvais moment. Ces trois-là n’étaient pas faits pour se rencontrer, encore moins pour évoluer en milieu hostile : des trafiquants de drogues, des braqueurs grimés en présidents, des flics retors et une bête qui hante la campagne. Tuer ou se faire tuer, telle est désormais leur seule alternative.

La Tresse de Laetitia Colombani

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Au risque de ne pas être très originale , ce roman a été pour moi une très belle découverte. C’est une histoire forte, émouvante, universelle, féministe, humaine et très joliment menée.

Nous suivons en parallèle les histoires de trois femmes de trois continents différents : Smita une intouchable indienne qui veut donner à sa fille Lalita la possibilité de vivre une vie meilleure ; Giulia une Sicilienne qui doit sauver l’entreprise familiale mais aussi donner à sa vie un vrai sens ; Sarah, une canadienne à qui tout réussit (sauf peut-être l’essentiel) jusqu’à ce qu’elle apprenne qu’elle a un cancer.

Le titre du roman a des significations plurielles : évidemment il s’agit de lier les destinées de ces trois femmes, par les cheveux bien sûr, mais pas seulement. Toutes les trois se rebellent contre ce que la vie tente de leur imposer, mais ce n’est pas que ça. Pour des raisons différentes, elles se battent contre les autres : ceux qui considèrent les Intouchables comme des sous-hommes tout juste bons à nettoyer les déchets des autres et les Intouchables eux-mêmes qui se contentent de cette situation ; ceux qui pensent qu’on peut encore marier sa fille par intérêt, qu’il vaut mieux ne pas s’approcher de ceux qui partagent une autre culture que la leur, tant dans les sentiments que dans les affaires ; ceux qui imposent l’idée selon laquelle une femme doit choisir entre s’accomplir dans son travail et être une bonne maman, selon laquelle le travailleur est une machine, qu’un grain de sable ne peut enrayer.

Chacune de ces femmes va également découvrir la force de l’amour, celui qu’on voue à ses enfants, si fort et si dévorant qu’il nous rend à l’état de lionne capable de tout, de quitter son mari et sa sécurité ; celui qu’on voue à Dieu, quel qu’il soit, une foi inébranlable qui rassure et qui pousse à se dépasser ; celui qu’on voue à sa famille à la tradition mais aussi à l’Autre qui apparaît pour ébranler nos convictions et nous en fournir de nouvelles ; celui que les autres nous portent, à côté duquel on a vécu longtemps sans vraiment s’apercevoir de son importance et qui va nous pousser à nous battre. Cette quête est celle de chacun d’entre nous, parce que trouver l’Amour, les Amours, c’est s’enrichir d’une force qu’on ne soupçonnait pas et qui nous donne des ailes.

J’ai aimé suivre leurs parcours du combattant inextricablement liés les uns aux autres, mais aussi et surtout liés aux nôtres, qui que nous soyons. Ce roman célèbre la liberté, l’amour, la vie et l’espoir. Sur fond d’un état des lieux réaliste et de fait, pas vraiment encourageant, ces trois destinées forment un faisceau lumineux que l’on veut absolument suivre jusqu’au bout.

A lire sans modération donc !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Cassandra et ses sœurs de Anna Jacobs


Me revoilà un an après pour vous parler de la suite du roman que j’ai tant aimé, Le destin de Cassandra aux éditions L’archipel, voici la chronique que j’en avais fait ICI

Les sœurs Blake sont à présent en sécurité en Australie où elles ont dû se réfugier afin d’échapper à la cruauté de leur tante. C’est une tout autre aventure qu’elles vivent dans cette colonie, bien loin en distance mais aussi quant au climat, au paysage, tout est à faire et à construire sur ses terres.







Cassandra n’est dans le second tome, plus au centre de l’histoire, elle a retrouvé Reece avec qui elle prépare l’arrivée de son bébé et tente de s’installer de façon définitive, mais aussi d’oublier les horreurs vécues en Angleterre. De nouveaux rebondissements vont émailler cette apparente tranquillité, car dans les vie des Sœurs Blake rien n’est jamais simple…


Anna Jacobs a cette fois énormément fait voyager ses personnages entre l’Angleterre et l’Australie donc, elle nous fait découvrir Zachary, que nous avions aperçu dans le premier tome, elle lui donne un rôle important, je dirai même primordial cette fois. Les coups bas, en cette période de crise du coton en Angleterre sont plus que jamais de mise. Les méchants le sont toujours autant même si les rôles ont changés, mais nous faisons aussi et surtout de belles rencontres, la solidarité, la volonté de justice sont également là, même si certains leur mettent des bâtons dans les roues et les empêchent de triompher. Pandora, qui est la plus proche de Cassandra va vivre un tournant dans sa vie de sœur mais aussi de femme, elle qui est si attachée à Cassandra, cette dernière s’est occupée d’elle comme une mère, va voir son destin prendre un nouveau tournant.



Un tome différent, car les sœur Blake ont gagné en maturité, les épreuves qu’elles ont traversées depuis la mort de leur cher père, les ont endurcies, elles ont à présent des alliés, des personnes sincères qui veillent sur elles toutes. Vous allez découvrir Léo, ce jeune homme à part et pourtant si attachant, j’espère le retrouver dans la suite des aventures de nos quatre jeunes femmes, dont le courage n’est plus à prouver.



Cassandra et ses sœurs sort aujourd’hui le 09 janvier, il me tenait donc particulièrement à cœur de vous en parler le jour de sa sortie, je sais que nombre d’entre vous ont également apprécié le premier tome de cette saga et l’envie de découvrir cette suite est certainement aussi forte que l’était la mienne.



Voici le lien vers les éditions L’archipel:: ICI



Découvrez-y le résumé de ce second opus. j’espère que vous l’aimerez autant que moi.

Les Conquérantes (Tome 2) d’Alain Leblanc

Vous vous en souvenez ? J’avais dévoré le premier tome dont la chronique se trouve ici. Et bien… Je me suis laissée prendre une deuxième fois ! La magie opère toujours avec ce deuxième opus des aventures de Clémence et de sa descendance.

Je les avais quittées à la fin des années 1920 alors que Clémence dirigeait enfin seule sa maison de couture, que Gilberte assumait son indépendance et son homosexualité et que Noémie se laissait marier à Norbert, sous les ordres de son père, un être Ô combien charmant !

C’est cette dernière que nous suivons le plus précisément à partir de 1930. La jeune fille soumise et effacée se dévoile enfin et nous apprenons comment elle a été élevée, loin de sa mère et de sa sœur et comment elle essaie de s’en sortir. Le plus passionnant, c’est évidemment son évolution, sa prise de conscience progressive qu’elle peut penser et même agir par elle-même. Elle n’est pas aussi catégorique que Clémence ou Gilberte, elle se comporte de façon plus modérée, plus réfléchie. Elle me ressemble un peu plus en fin de compte. Bien sûr, elle ne ressent rien pour son mari, bien sûr ses convictions politiques (souvent très superficielles d’ailleurs) et son antisémitisme la révulsent au plus haut point et bien sûr elle serait ravie d’être débarrassée de lui, mais elle se montre également droite, reconnaissant ses quelques valeurs et ses mérites de père de famille. Partagée entre l’obéissance à laquelle son père l’a habituée et la virulence de sa mère et de sa sœur, déchirée entre sa situation de mère de famille et d’amoureuse (son amant lui-même ne se montrant pas toujours ouvert et compréhensif), elle doit trouver son équilibre et il lui faudra tout le roman pour y parvenir.

IMG_20190106_212222.jpgEvidemment ce second tome subit les conséquences imposées par la période historique relatée. Si le premier roman narrait une histoire qui, au gré des événements, changeait quelque peu de nature, les décennies mises en scène dans le second sont toutes marquées par le fascisme déferlant en Europe, qu’il s’agisse du début des années 1930 pendant lesquelles Hitler inquiète, des années de guerre ou de celles de la lente et difficile reconstruction du pays.

Encore une fois, l’auteur brille par la qualité des informations qu’il maîtrise et nous délivre. Nous vivons, avec les personnages, sous l’Occupation et comme eux, nous tremblons pour les Résistants, nous comptons les morts et disparus, nous nous révoltons contre les collabos et les délateurs. Ce roman nous plonge dans la Résistance intérieure, dans les sous-sols, dans les trains avec de faux papiers d’identité et il nous permet de nous rendre compte de la longueur de la guerre, de l’attente entre la promesse de De Gaulle le 18 juin 1940 et le débarquement des Alliés en juin 1944 pour ceux qui risquaient leurs vies à différentes échelles.

De ce fait, comme en 1914-1918, les femmes prennent une grande place, aidant ou suppléant leurs conjoints, quand elles ne vont pas complètement à leur encontre. La différence ici, c’est qu’elles se sont parfois montrées exemplaires à côté d’hommes qui se sont volontairement rangés du mauvais côté. Les Résistants savent ce qu’ils doivent à la gent féminine, ce qui explique l’obtention du droit de vote pour les femmes en 1944.

Aussi ai-je encore plus hâte maintenant de découvrir le troisième et dernier tome, qui concerne les décennies 1960-2000. Selon moi, il sera d’autant plus intéressant qu’il évoquera la condition féminine au quotidien. Il n’y sera plus forcément question d’héroïnes à qui les hommes devront reconnaître un statut mais de femmes qui devront simplement prouver (et c’est dommage que ce soit nécessaire) qu’elles sont les égales des hommes, même dans un contexte ordinaire. J’imagine déjà que Marianne, Ninon, Carole, Isabelle et Rachel seront au cœur d’un récit que je suis impatiente de découvrir.

logo_légéJe vous invite donc encore une fois chaleureusement à découvrir cette fresque historique et humaine dans laquelle les événements mais surtout les personnages vous scotchent à votre livre du début à la fin ! Merci Alain Leblanc, merci FrenchPulp Editions !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Résumé disponible sur le site de l’éditeur :

La France des années 30. Tandis que l’Europe s’enfonce lentement dans la guerre, Noémie se découvre mariée à un mari fasciste et antisémite. Comme sa mère avant elle, la jeune femme va devoir entrer en résistance pour faire entendre sa voix : résistance contre l’envahisseur nazi bien évidemment, mais résistance aussi contre l’autorité des hommes et le carcan moral qu’ils imposent aux femmes de toutes les conditions.

Une lutte qu’elle mènera avec les siens et tous les descendants des héros déjà croisés dans le premier tome des Conquérantes, saga historique qui retrace en trois volumes le combat des femmes pour l’égalité, un combat plus que jamais d’actualité.