Throwback Thursday Livresque 2019 – Cycle 2 – Episode 1

Le Throwback Thursday Livresque est une initiative de BettieRoseBooks afin de parler de livres qui nous ont marqués, plus ou moins récemment. En 2019, les règles changent un peu.

Chaque mois nous tournerons autour d’un concept et de quatre de ses déclinaisons. Le challenge sera de ne pas reprendre le même livre pour les déclinaisons du concept.

NOUVEAU CYCLE : COULEURS
Pour l’interprétation, vous êtes totalement libres à nouveau. Il peut s’agir de la couleur de la couverture, de celle dont le personnage se revêt toujours, d’une couleur qui revient sans cesse dans l’histoire (exemple le rouge de roses… ), la couleur d’un lieu d’action qui ressort… Pas de limites ! Facile, non ?

  • Semaine 5 : Noir, blanc, gris
  • Semaine 6 : jaune, orange, rouge
  • Semaine 7 : rose, violet
  • Semaine 8 : vert, marron, ocre
  • Semaine 9 : bleu

Mon choix pour cette semaine s’est rapidement porté sur un roman qui m’a beaucoup marquée, pour différentes raisons, Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.

IMG_20190227_220741Les liens avec le thème sont multiples : la couverture de mon édition joue sur les nuances de noir, blanc et gris mais surtout l’univers dépeint par ce livre est souvent noir (pour ce qui concerne la guerre) ou gris (pour le reste), c’est un roman sombre…

Ce roman m’a accompagnée, comme un fantôme, pendant toutes mes études. Quand je suis entrée en prépa, il faisait partie de cette liste de livres à lire pendant les vacances (et que je n’avais pas lus bien évidemment) et il était l’objet d’une dissertation, que je n’ai jamais rendue d’ailleurs. Quand j’ai quitté la prépa pour la fac, on nous avait conseillé de le lire, je n’y suis pas parvenue. Finalement, c’est quand j’ai fini mes études et que j’ai préparé le concours que j’ai essayé de m’y replonger et là, je n’ai pas réussi à le lâcher. C’est l’un des premiers romans qui m’a fait comprendre qu’il faut une certaine maturité, une certaine disposition pour découvrir certains textes, celui de Céline en fait partie, en ce qui me concerne.

Seul roman considéré comme dépourvu (ou presque) de l’antisémitisme de l’auteur, ce récit est riche, vivant, glauque, comme le XXe siècle dont il parle. En vérité, il faudrait que je le relise pour pouvoir vous en parler avec plus de précision, mais je me souviens que ce qui m’avait marquée à l’époque, c’est cette espèce de naïveté ou de détachement dont fait preuve constamment Bardamu face aux événements qui l’entourent, des événements toujours violents et révélateurs d’une société en souffrance. On ne peut pas dire que l’on espère que cela finira bien, je crois que très vite, on sent que ce n’est pas possible, qu’il n’y aura même pas de vraie fin en fait. C’est un parcours de vie et à chaque fois que le narrateur croit avoir vu le pire, quelque chose le fait changer d’avis. Ce roman m’a dérangée et fascinée, j’en garde un souvenir très fort, bien qu’imprécis, je m’en excuse. Et vous, l’avez-vous lu ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

L’Art de perdre d’Alice Zeniter

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Ce roman m’a fait l’effet d’un sortilège. Alors que je n’arrivais pas à entrer dedans (sans raison autre que la fatigue et le coup de mou du moment), c’est lui qui m’a prise par la main et m’a absorbée.

C’est un texte qu’il n’est plus nécessaire de présenter, il a raflé de nombreux prix dont le fameux Goncourt des Lycéens et je comprends pourquoi.

Premièrement, le sujet. Etonnamment, je me suis rendue compte que je n’avais que très rarement lu de romans évoquant la Guerre d’Algérie et ses conséquences. Je pense que c’est tout simplement encore tabou aujourd’hui. Pourtant, cette famille qui subit de plein fouet les répercussions de cette guerre d’indépendance ne fait jamais la guerre. Ali n’a pas commis de crime, si ce n’est celui de se sentir français et de ne pas se sentir attiré par le FLN qui s’est présenté à lui en commettant des crimes atroces sur certains de ses proches. Pourtant, en 1962, il est considéré comme un harki, menacé de toutes parts et contraint de fuir avec toute sa famille dans ce pays qu’il ne connaît pas, pour lequel il s’est déjà battu et qu’il considère comme le sien, la France.

Deuxièmement, le ton. Bien sûr, la description des conditions de vie des ces familles qui ont dû tout quitter brusquement pour se retrouver coincées dans un pays qui ne voulait pas d’elles et qui le leur a fait sentir en les parquant dans des camps de transit où les conditions de vie étaient déplorables, en refusant de leur apprendre à lire, à écrire, à parler la langue de leur future intégration, en médiatisant la rébellion de tous ces jeunes qui ont juste crié leur colère. Une colère justifiée selon moi, celle qui est née de ce sentiment affreux de n’être de nulle part, d’être rejeté de partout, sans raison ! Pourtant, nous sentons bien qu’il ne s’agit pas pour l’auteur de seulement condamner la France.

Mêler à cette fresque historique une saga familiale permet de montrer que l’intégration finit par se faire. Si Ali ne parvient pas à se sentir chez lui en France, Hamid réussit à établir une sorte d’équilibre qui le rend heureux même si cela ne rend pas justice à ses capacités, il est la transition, celui qui permettra à ses filles de se sentir françaises, avant tout. Mais cela s’obtient en partie par un rejet de l’Algérie et de tout ce qui en est trop proche, ses parents compris.

J’ai ressenti beaucoup de violences dans cette histoire, mais de violences aussi psychologiques. Si Ali & Yema sont arrachés physiquement à la Kabylie, Hamid décide de s’arracher à ses souvenirs (quand certains de ses amis pieds noirs s’y raccrochent) pour se forcer à être français. Naïma, quant à elle, n’a pas eu son mot à dire, l’Algérie lui a été arrachée, elle n’a aucun contact avec elle (j’ai été très touchée par la formule qu’elle utilise, « Mon Algérie, c’est Yema ») et quand elle la retrouve, elle y est forcée aussi.

Enfin, troisièmement, la légèreté. Ca peut sembler paradoxal mais Alice Zeniter parvient à parsemer son texte de touches de légèreté et d’humour. Yema a des phrases vraiment cultes, qui m’ont fait sourire ; Clarisse et Hamid sont touchants dans leur amour simple, métis mais dépourvu d’un quelconque engagement politique ; Naïma est comme beaucoup de jeunes femmes (active, fêtarde, passionnée, instable, célibataire, curieuse…). La gravité de la situation, parce qu’elle est grave ne l’oublions pas, n’empêche pas la vie de suivre son cours. C’est d’ailleurs ainsi que le roman se termine, ni bien, ni mal, Naïma n’a en effet rien bouclé : une porte s’est ouverte, qu’elle a rapidement refermée, pour reprendre sa vie d’avant qui n’en est qu’à ses débuts.

Ces six cents pages ont donc été un voyage temporel plus que spatial en ce qui me concerne. Je ne me suis jamais lassée parce que ces trois récits sont prenants chacun à leur manière et peignent une fresque humaine, plus qu’historique, générationnelle plus que familiale. C’est un roman qui m’a émue, choquée mais surtout qui m’a fait réfléchir. Merci à Marie Foache des éditions J’ai lu pour cette découverte !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quatrième de couverture :

L’Algérie dont est originaire sa famille n’a longtemps été pour Naïma qu’une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée ?

Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu’elle ait pu lui demander pourquoi l’Histoire avait fait de lui un « harki ». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l’été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l’Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence ?

Dans une fresque romanesque puissante et audacieuse, Alice Zeniter raconte le destin, entre la France et l’Algérie, des générations successives d’une famille prisonnière d’un passé tenace. Mais ce livre est aussi un grand roman sur la liberté d’être soi, au-delà des héritages et des injonctions intimes ou sociales.

Quelques citations qui m’ont marquée :

« – C’est important, par exemple, reprend l’assistante sociale, de lui donner un prénom qui reflète votre volonté de vous intégrer ici. Vous avez déjà pensé au prénom ?
– Omar, dit Yema, ou Leïla. […]
– Et pourquoi pas Mireille ? demande l’assistante en faisant semblant de ne pas avoir entendu. Ou Guy ?
– Parce qu’on ne cache pas le soleil avec un tamis, répond Yema.  »

« Personne n’a entendu parler de cette ville. Le directeur écrit le nom sur un morceau de papier. Un homme reconnaît la dernière lettre : c’est la même qu’à la fin de Paris. D’une certaine manière, ça les rassure. Ils ont l’impression qu’ils se rendent dans un petit Paris, ils trouvent que le « s » à la fin du mot est un gage d’élégance et de développement. »

« Ils ont tellement de papiers, tous ces Français, commente Yema dans la cuisine en secouant la tête. On se demande bien ce qu’on peut faire ici sans les papiers. Mourir ? Moi je suis sûre que même pour ça, ils te demandent les documents et que si tu les as pas, ils te maintient vivant jusqu’à ce que tu les trouves… »

Funestes randonnées de Patrick Nieto

Changement totale dans le style de lecture, j’aime la diversité. Je découvre cette fois l’auteur Patrick Nieto  et Cairn éditions, du noir au sud. Et tout cela est très excitant, nous partons donc faire une randonnée de 299 pages en Occitanie, de beaux paysages, l’air pur, un tueur en série et une équipe de flics pour vous emballer tout cela. Pas de grande originalité, me direz-vous? Vous faites erreur car Patrick Nieto ne nous endors pas avec de longues descriptions à n’en plus finir, de techniques policières et scientifiques qui n’ont pas cours en France, il ne nous assomme pas avec des détails qui au final n’apportent pas grand chose à l’histoire, sauf peut-être des pages en plus… L’auteur va à l’essentiel et j’adore ça, je m’accroche à ce livre, je le transporte partout et me plonge dedans à chaque instant gratté aux obligations journalières. Tout m’inspire: Philomène dont au final on ne sait pas grand chose mais aussi cette enquête qui nous taquine jusqu’à la dernière page, ce tueur mystérieux, qui l’est bien plus qu’on ne le pense, et cette couverture, ce format qui donne le ton. Des victimes pour qui j’ai souffert, des enquêteurs avec qui mes méninges se sont mis en route, j’ai vécu, vous l’aurez compris cette histoire d’un bout à l’autre.

https://www.editions-cairn.fr/du-noir-au-sud-polar-cairn/1042-funestes-randonnees-9782350686486.html

J’ai aimé ce roman policier qui va à l’essentiel, j’ai aimé la poésie que met l’auteur dans certains instants de vie du tueur, je ne vous en dit pas plus, ce serait un crime, je vous dis donc juste: découvrez cette plume, découvrez cet auteur et découvrez cet éditeur, et revenez ici afin que nous échangions de tout cela.

Résumé:

Même si elles offrent de merveilleux moments, les balades occitanes se transforment parfois, pour les femmes qui croisent le Sphinx, en… Funestes randonnées.

Marciac. Été 2016. Le corps mutilé d’une randonneuse est découvert aux abords d’un chemin. Les policiers retiennent leur souffle car il porte la même signature que celle de deux autres crimes perpétrés dans la région récemment.
La psychose d’un tueur en série arpentant les sentiers de randonnée d’Occitanie s’étend peu à peu. Philomène, jeune capitaine nouvellement affectée au SRPJ de Toulouse, devra faire ses preuves sur cette enquête. Fausses pistes, malchances, évènements inattendus, ou encore bizarreries de la nature jalonneront la traque de ce prédateur…

Dans le même bateau de Cassandra Rocca

Traduction: Alexandra Tessier. Aujourd’hui je vous présente un roman feel-good paru chez J’ai lu pour elle, une bouffée d’air frais et agréable qui va balayer votre quotidien routinier. Les ingrédients habituels de ce type de lecture s’y trouvent, bien entendu, mais s’y ajoute une maturité des personnages que j’ai trouvé extrêmement plaisante. Emily n’est pas une sans cervelle telle que les comédies qu’elles soient littéraires ou cinématographiques, nous en proposent souvent, elle est dans le cas de figure habituelle: larguée par son mec, mais elle garde le cap et la tête froide, même lorsqu’elle rencontre un élément important de son passé, qui va certes ,la perturber mais auquel elle ne va pas plier si facilement que ça…

Un roman facile à lire mais qui pourtant ne tombe à aucun moment dans la simplicité d’un scénario prémâché. 284 pages d’un romantisme dosé, auquel l’auteure ajoute quelques réflexions bien pensées sur les relations, les regrets, les erreurs, l’instinct de protection lorsque l’on a été blessé. Un passage très sympa sur une partie de l’adolescence d’Emily, ses premiers émois qui donnent une réelle profondeur à cette histoire et la retire définitivement des copier-coller et clichés du genre.

Un moment très agréable que je n’ai pas vu passer et que j’ai lu en quelques heures. Un bonne alternative à la déprime hivernale et au manque de soleil avec cette escale aux Caraïbes. Bon voyage!

Résumé:

« Je hais la Saint Valentin ! » C’est la devise d’Emily, exaspérée par cette fête stupide qui célèbre l’amour en rose, alors qu’elle-même n’y croit plus. Pas de chance, elle doit organiser sur ce thème une croisière de luxe et, comme si cela ne suffisait pas, découvre que son ex, qui l’a plaquée juste avant leur mariage, est sur la liste des passagers. Pour affronter la situation avec dignité, elle décide de ruser et de faire croire qu’elle-même a un fiancé à bord. Une supercherie astucieuse mais pas sans risque pour son petit cœur brisé… Une comédie qui réjouira toutes celles qui savent que l’amour n’est pas un naufrage ! Laissez-vous embarquer et oubliez l’hiver !Bon voyage.

Throwback Thursday Livresque 2019 – Cycle 1 – Episode 4

Le Throwback Thursday Livresque est une initiative de BettieRoseBooks afin de parler de livres qui nous ont marqués, plus ou moins récemment. En 2019, les règles changent un peu.

Chaque mois nous tournerons autour d’un concept et de quatre de ses déclinaisons. Le challenge sera de ne pas reprendre le même livre pour les déclinaisons du concept ( exemple : émotions, leçons de vie, amour, pays imaginaire…). Aussi un genre littéraire pourrait être exploité et aussi dériver vers vos styles de prédilection à vous.

Ce mois-ci :

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Semaine 1 : Un livre qui fait peur ou fait ressentir un profond dégoût envers certains personnages, certaines actions, certains faits…
Semaine 2 : un livre qui m’a mis en joie
Semaine 3 : Un livre qui m’a rendu triste ou en colère (ou les deux)
Semaine 4 : Un livre qui fut une bonne surprise ou un livre dont l’intrigue m’a surpris, pris de court, je ne l’avais pas vu venir.

Cette semaine, le thème proposé a eu le mérite de faire émerger immédiatement de ma mémoire de lectrice, un titre particulier, découvert grâce au Reading Classics Challenge de l’an dernier. Un titre dont la fin m’a scotchée… Dix petits nègres d’Agatha Christie !!

dix-petits-necc80gres-agatha-christieC’était le premier roman d’Agatha Christie que j’ouvrais et l’on m’avait dit que c’était le meilleur. Je n’ai pas été déçue du voyage.

Les personnages sont tous inquiétants, tous suspects, le paysage est escarpé, isolé et dangereux. Les meurtres sont incompréhensibles. Quant à cette petite comptine, elle est oppressante au possible !

Evidemment, l’auteure est une Grande Dame du roman policier. Au bout de quelques pages seulement, il semblait évident que je finirais vite par savoir qui était le coupable, j’ai senti comme une urgence dans mon besoin d’aller au bout. C’est du grand art !

J’imagine que je ne serai pas la seule cette semaine à évoquer Agatha Christie, voire Dix petits nègres. Je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir ses autres romans. Et vous, faites-vous partie des nombreux fans de cette Grande Dame ? Quels autres titres me conseilleriez-vous ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

S’inventer une île d’Alain Gillot

C’est portée par une émotion profonde que je vais tenter de vous parler du roman d’Alain Gillot qui paraît aujourd’hui aux éditions Flammarion, S’inventer une île. Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par vous donner la quatrième de couverture :

Alors qu’il est sur un chantier en Chine, Dani apprend que son fils, Tom, 7 ans, s’est noyé. Il rentre précipitamment pour rejoindre Nora, sa femme, et s’occuper des formalités. Mais il traverse cette nouvelle réalité en étranger. Son chagrin ne trouve pas sa place, tout comme ses regrets, ceux de s’être si souvent absenté de chez lui. Quel père aura-t-il été en fin de compte ? C’est alors qu’il lui apparaît, son fils, tel un petit fantôme de chair et d’os, et qu’il lui parle. Dani résiste un temps à sa présence aussi magique qu’inexplicable, puis l’accepte. Ensemble, ils partent pour Belle-Île, s’inventer un endroit à eux, leur île, où Dani retrouvera des forces, pour apprendre à vivre d’une autre manière, plus essentielle.

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Sujet douloureux, sensible et universel qui m’a évidemment rappelé ma dernière lecture Une longue impatience de Gaëlle Josse. Et pourtant, le deuil de l’enfant est traité de façon complètement différente. A la poésie envoûtante de Gaëlle Josse a succédé une prose plus abrupte, peut-être un peu sèche mais qui m’a pourtant semblé juste, mimant assez finement la sècheresse intérieure de ce père dépossédé de ce qu’il avait de plus cher.

Pour Nora et Dani, aucun espoir. Leur fils est bien mort et c’est avec cette cruelle réalité qu’il leur faut vivre. Dès lors, une question me taraude : est-ce tout simplement possible ? Comment vivre ? Pourquoi vivre quand on a perdu son seul enfant ? Parce que c’est là le plus dur : après l’effondrement, les accusations, la culpabilité, les formalités, comment occuper cet infini soudainement empli de néant ? Les rires, les caprices, les colères qui rendent fous chacun d’entre nous par moments sont le sel de l’existence parce qu’ils sont les signes de l’Amour, de la vie, de l’enfant qui, de bébé complètement dépendant de ses parents tend à devenir un adulte…quand on lui en laisse le temps. On peut évidemment vivre sans avoir d’enfants, mais le peut-on encore quand on n’en a plus ? On peut se nourrir, travailler, dormir (et encore !), marcher, parler, mais est-ce encore de la vie ?

Bien sûr, ce roman n’est pas réaliste, et n’a pas vocation à l’être selon moi, mais il symbolise tellement de choses. On pourrait se contenter de cataloguer Dani comme un fou qui perd complètement contact avec la réalité après la mort de son fils. Mais, je m’interroge. Où commence la folie ? Est-ce de croire que l’on peut encore se racheter, est-ce d’imaginer un monde dans lequel tout serait encore possible, d’essayer, plus que tout au monde, de retrouver par l’imaginaire un peu de ces joies simples mais si précieuses ? Ne serait-ce pas plutôt de croire que l’on peut continuer sans ? Qui est le plus fou ? Celui qui sait que toute tentative de vivre avec ce deuil innommable est vaine et tente alors de vivre autrement ? Ou celui qui essaie quand même, avec un acharnement terrible, à faire ce qui est désespérément inutile ? Fuite en avant, fuite dans le vide ou fuite du réel, finalement, y a-t-il grande différence ? 

La douleur enferme, c’est certain. L’hôpital psychiatrique, l’île, la folie ne sont que des déclinaisons de cette réalité. La fin de ce roman n’est pas idéaliste : si la dernière image est celle de ce couple voguant sur l’eau, elle est aussi celle d’un homme qui garde un pied sur chaque rive. La réalité et…l’autre réalité !

« La marbrerie, le cimetière, et maintenant ma belle-mère. Cette forme de réalité était pour moi la vraie fiction. Un monde oscillant entre grotesque et tragique. […] Cet aspect du réel était fantastique. Au sens effrayant du terme »

Le fantastique, c’est le doute, l’hésitation permanente : est-ce surnaturel ? est-ce réel ? Cela s’est-il produit ? Est-ce une simple hallucination ? De quoi parle-t-on alors ? Du petit fantôme de Tom qui apparaît dans le monde de son père ? Ou de la mort de ce petit garçon de sept ans ?

Je l’avoue, j’ai senti les larmes monter à plusieurs reprises durant ma lecture. C’est sûrement dû au transfert que l’on peut aisément faire dès lors que l’on des enfants. Alors oui, ce roman aurait pu être plus bouleversant avec davantage d’implicite et de poésie, mais en ce qui concerne, il m’a déjà beaucoup touchée en l’état. Il invite en outre à savourer la vie, à ne pas oublier l’essentiel, perdus que nous sommes dans nos existences capitalistes à 100 à l’heure. Le message n’est pas d’une grande originalité, il n’en demeure pas moins vrai !

Je remercie Charlotte Ajame des éditions Flammarion de m’avoir fait découvrir cet émouvant roman.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Les sœurs de Biscarosse de Corinne Javelaud

Le 23 janvier 2019 est sorti aux éditions Terre d’histoires le nouveau roman de Corinne Javelaud, je vous avais précédemment parlé de Un été d’orage sorti en mars 2018 dont la chronique est ici

N’abordez pas ce livre en vous disant que vous allez découvrir des femmes(entre autres ici des sœurs) soumises à la gent masculine et transies d’amour, vous allez au contraire découvrir de vraies femmes fortes et volontaires. Vinciane l’aînée se retrouve à devoir gérer la claire pinède, la propriété familiale et sa cadette Mahaut va devenir pilote d’avion et suivre le parcours d’un de ses modèles: Hélène Boucher. 

Donc nous suivons ces deux femmes dont la volonté n’a d’égal que la persévérance. Entre coups du sort, rencontres inespérées, trahisons et mensonges au cœur des merveilleuses forêts Landaises.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, vous l’avez compris c’est surtout ce côté si différent des romans de terroirs et historiques classiques où la femme faible rentre obligatoirement dans ce cliché typique de l’époque.( n’oublions pas que nous sommes ici au début des années 30). Certaines pionnières ont ouvert la porte, la libération physique est en route, les vêtements deviennent moins engoncés, plus légers. La pauvre jeune fille incapable de travailler, de diriger, ou même de prendre une décision seule s’efface peu à peu, c’est une période charnière pour la femme…Ici Corinne Javelaud nous dresse un tableau plaisant de la femme tout en nous ravissant avec des faits historiques et des records féminins qui font plaisir à découvrir.

Corinne Javelaud est une romancière, une vraie, des faits, des personnages profonds que l’on admire, un amour des mots et des histoires, à découvrir si vous ne connaissez pas ses romans.

Résumé:

A Biscarrosse, au début des années 30, la famille Gelinmacq fait partie de ces propriétaires terriens enrichis grâce au reboisement de la forêt landaise. La fille aînée, Vinciane, a repris la gestion de la propriété familiale qu’elle dirige avec passion. Pourtant, sa rencontre avec un séduisant médecin d’Arcachon qu’elle envisage d’épouser remet en jeu l’avenir de la pinède.
Mahaut Gelinmacq, la cadette, n’a quant à elle qu’un seul rêve : apprendre à voler. Piloter un avion, faire partie de ce cercle restreint de femmes aventurières à la conquête du ciel…
Les sœurs veulent que la Claire Pinède soit préservée sans pour autant sacrifier leur liberté. Mais de douloureux secrets menacent de faire voler en éclats la famille. Les deux sœurs vont devoir choisir entre leur héritage familial et leurs rêves, quel qu’en soit le prix

Liste de nos envies…

Nous sommes tous et toutes des fans de lecture, nous vénérons le livre « objet », nous avons des piles à lire qui crèvent le plafond, mais nous en voulons toujours plus. Il faut dire que de vraies pépites sortent chaque mois chez de nombreux éditeurs. Les couvertures sont devenues un atout vente à part entière, les réseaux sociaux, les blogs, attisent nos envies chaque jour un peu plus.

Priscilla et moi ne dérogeons pas à cette règle, bien au contraire. Nous avons eu cette idée de partager avec vous la liste de nos envies, je préfère vous prévenir, elle est longue, la voici:

  • Erectus de Xavier Müller, un roman que j’ai pu voir passer à de nombreuses reprises sur les réseaux. Chez XO éditions

L’étranger dans la maison de Shari Lapena aux éditions Presses de la cité

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Le chant des revenants de Jesmyn Ward

Voici un roman qui m’a beaucoup touchée, je suis tombée en amour pour le jeune Jojo, 13 ans et pas une vie de rêve.

L’auteure alterne les points de vue, mais nous passons la plupart du temps avec Jojo, un garçon tellement touchant que j’ai eu tout du long envie de le rencontrer et de le rassurer, lui qui prend soin de sa petite sœur Kayla, une enfant fragile et tellement attachée à son grand frère. Leur mère Léonie, est une maman perdue, elle voudrait être une bonne mère mais elle se laisse vite emporter dans la magie du crack, on en connaît tous les conséquences… Le père Michael est en prison, il n’est pas le père parfait non plus, heureusement que les parents de Léonie sont là pour pallier cette situation et élever les enfants. Jojo les aime fort ses grands-parents, on le sent, d’ailleurs, eux aussi on a envie de les rencontrer, de les aider dans leurs tâches quotidiennes.

Une lecture qui touche mon cœur de maman, que j’ai trouvée poétique malgré cette négligence envers les enfants qui m’a fait bouillir à chaque page, Léonie, lorsqu’elle est racontée par Jojo mérite des gifles, cet enfant la ressent comme une génitrice sans plus, pourtant lorsque c’est Léonie qui prend la parole, on ressent de l’empathie pour elle, on comprend que tout n’est pas toujours si simple.

Une alternance des sentiments qui m’a faite vibrer tout au long du livre. Une histoire dans laquelle il faut le dire, il ne passe pas grand-chose, on suit un morceau de vie de cette famille que l’on voudrait effacer d’un coup de gomme et réécrire… Pourtant on s’attache à cette lecture, on ne veut pas abandonner Jojo. Ce garçon aime les histoires que lui raconte son grand-père, il cherche à s’évader de cette vie sans grand intérêt, il aimerait ressembler à son papy, il admire sa stature, sa patience, son savoir.

Pour finir cette chronique, je vous propose de découvrir un de ces moments que j’ai trouvé tellement touchant:

KAYLA A FAIM. Je le sais parce qu’elle n’arrête pas de pleurer, parce que dès qu’on repart elle se roule en boule, elle s’arc-boute et elle donne des coups de tête dans son siège. Et elle braille. Je sens qu’elle va mal. Son ventre la fait souffrir. Elle a besoin de le remplir, alors je la détache et je l’assois sur mes genoux, mais ça n’aide pas. Elle crie un peu moins fort, un peu moins aigu et perçant. La douleur s’émousse. Mais elle continue à balancer la tête dans ma poitrine, et son crâne est fin comme mes os, contre la pierre où mes côtes fusionnent, un crâne aussi facile à briser qu’un bol de porcelaine. Léonie a posé ses plantes entre elle et Misty sur l’accoudoir, et à chaque minute, à chaque kilomètre, les feuilles de ronce sont un peu plus fripées, les racines filandreuses, et la terre en dégringole par paquets. Kayla grogne et pleure. Je ne veux pas que Léonie lui donne de ça. Elle croit que c’est la chose à faire mais elle n’est pas Mamie. Ni Papy. Elle n’a jamais rien soigné ni fait pousser de sa vie, et elle ne sait pas.

Résumé:

Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines. Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla.
De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État.
Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent.
Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses…