Throwback Thursday Livresque 2019 – Cycle 1 – Episode 4

Le Throwback Thursday Livresque est une initiative de BettieRoseBooks afin de parler de livres qui nous ont marqués, plus ou moins récemment. En 2019, les règles changent un peu.

Chaque mois nous tournerons autour d’un concept et de quatre de ses déclinaisons. Le challenge sera de ne pas reprendre le même livre pour les déclinaisons du concept ( exemple : émotions, leçons de vie, amour, pays imaginaire…). Aussi un genre littéraire pourrait être exploité et aussi dériver vers vos styles de prédilection à vous.

Ce mois-ci :

lesemotions.jpg

Semaine 1 : Un livre qui fait peur ou fait ressentir un profond dégoût envers certains personnages, certaines actions, certains faits…
Semaine 2 : un livre qui m’a mis en joie
Semaine 3 : Un livre qui m’a rendu triste ou en colère (ou les deux)
Semaine 4 : Un livre qui fut une bonne surprise ou un livre dont l’intrigue m’a surpris, pris de court, je ne l’avais pas vu venir.

Cette semaine, le thème proposé a eu le mérite de faire émerger immédiatement de ma mémoire de lectrice, un titre particulier, découvert grâce au Reading Classics Challenge de l’an dernier. Un titre dont la fin m’a scotchée… Dix petits nègres d’Agatha Christie !!

dix-petits-necc80gres-agatha-christieC’était le premier roman d’Agatha Christie que j’ouvrais et l’on m’avait dit que c’était le meilleur. Je n’ai pas été déçue du voyage.

Les personnages sont tous inquiétants, tous suspects, le paysage est escarpé, isolé et dangereux. Les meurtres sont incompréhensibles. Quant à cette petite comptine, elle est oppressante au possible !

Evidemment, l’auteure est une Grande Dame du roman policier. Au bout de quelques pages seulement, il semblait évident que je finirais vite par savoir qui était le coupable, j’ai senti comme une urgence dans mon besoin d’aller au bout. C’est du grand art !

J’imagine que je ne serai pas la seule cette semaine à évoquer Agatha Christie, voire Dix petits nègres. Je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir ses autres romans. Et vous, faites-vous partie des nombreux fans de cette Grande Dame ? Quels autres titres me conseilleriez-vous ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Publicités

S’inventer une île d’Alain Gillot

C’est portée par une émotion profonde que je vais tenter de vous parler du roman d’Alain Gillot qui paraît aujourd’hui aux éditions Flammarion, S’inventer une île. Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par vous donner la quatrième de couverture :

Alors qu’il est sur un chantier en Chine, Dani apprend que son fils, Tom, 7 ans, s’est noyé. Il rentre précipitamment pour rejoindre Nora, sa femme, et s’occuper des formalités. Mais il traverse cette nouvelle réalité en étranger. Son chagrin ne trouve pas sa place, tout comme ses regrets, ceux de s’être si souvent absenté de chez lui. Quel père aura-t-il été en fin de compte ? C’est alors qu’il lui apparaît, son fils, tel un petit fantôme de chair et d’os, et qu’il lui parle. Dani résiste un temps à sa présence aussi magique qu’inexplicable, puis l’accepte. Ensemble, ils partent pour Belle-Île, s’inventer un endroit à eux, leur île, où Dani retrouvera des forces, pour apprendre à vivre d’une autre manière, plus essentielle.

hdrpl

Sujet douloureux, sensible et universel qui m’a évidemment rappelé ma dernière lecture Une longue impatience de Gaëlle Josse. Et pourtant, le deuil de l’enfant est traité de façon complètement différente. A la poésie envoûtante de Gaëlle Josse a succédé une prose plus abrupte, peut-être un peu sèche mais qui m’a pourtant semblé juste, mimant assez finement la sècheresse intérieure de ce père dépossédé de ce qu’il avait de plus cher.

Pour Nora et Dani, aucun espoir. Leur fils est bien mort et c’est avec cette cruelle réalité qu’il leur faut vivre. Dès lors, une question me taraude : est-ce tout simplement possible ? Comment vivre ? Pourquoi vivre quand on a perdu son seul enfant ? Parce que c’est là le plus dur : après l’effondrement, les accusations, la culpabilité, les formalités, comment occuper cet infini soudainement empli de néant ? Les rires, les caprices, les colères qui rendent fous chacun d’entre nous par moments sont le sel de l’existence parce qu’ils sont les signes de l’Amour, de la vie, de l’enfant qui, de bébé complètement dépendant de ses parents tend à devenir un adulte…quand on lui en laisse le temps. On peut évidemment vivre sans avoir d’enfants, mais le peut-on encore quand on n’en a plus ? On peut se nourrir, travailler, dormir (et encore !), marcher, parler, mais est-ce encore de la vie ?

Bien sûr, ce roman n’est pas réaliste, et n’a pas vocation à l’être selon moi, mais il symbolise tellement de choses. On pourrait se contenter de cataloguer Dani comme un fou qui perd complètement contact avec la réalité après la mort de son fils. Mais, je m’interroge. Où commence la folie ? Est-ce de croire que l’on peut encore se racheter, est-ce d’imaginer un monde dans lequel tout serait encore possible, d’essayer, plus que tout au monde, de retrouver par l’imaginaire un peu de ces joies simples mais si précieuses ? Ne serait-ce pas plutôt de croire que l’on peut continuer sans ? Qui est le plus fou ? Celui qui sait que toute tentative de vivre avec ce deuil innommable est vaine et tente alors de vivre autrement ? Ou celui qui essaie quand même, avec un acharnement terrible, à faire ce qui est désespérément inutile ? Fuite en avant, fuite dans le vide ou fuite du réel, finalement, y a-t-il grande différence ? 

La douleur enferme, c’est certain. L’hôpital psychiatrique, l’île, la folie ne sont que des déclinaisons de cette réalité. La fin de ce roman n’est pas idéaliste : si la dernière image est celle de ce couple voguant sur l’eau, elle est aussi celle d’un homme qui garde un pied sur chaque rive. La réalité et…l’autre réalité !

« La marbrerie, le cimetière, et maintenant ma belle-mère. Cette forme de réalité était pour moi la vraie fiction. Un monde oscillant entre grotesque et tragique. […] Cet aspect du réel était fantastique. Au sens effrayant du terme »

Le fantastique, c’est le doute, l’hésitation permanente : est-ce surnaturel ? est-ce réel ? Cela s’est-il produit ? Est-ce une simple hallucination ? De quoi parle-t-on alors ? Du petit fantôme de Tom qui apparaît dans le monde de son père ? Ou de la mort de ce petit garçon de sept ans ?

Je l’avoue, j’ai senti les larmes monter à plusieurs reprises durant ma lecture. C’est sûrement dû au transfert que l’on peut aisément faire dès lors que l’on des enfants. Alors oui, ce roman aurait pu être plus bouleversant avec davantage d’implicite et de poésie, mais en ce qui concerne, il m’a déjà beaucoup touchée en l’état. Il invite en outre à savourer la vie, à ne pas oublier l’essentiel, perdus que nous sommes dans nos existences capitalistes à 100 à l’heure. Le message n’est pas d’une grande originalité, il n’en demeure pas moins vrai !

Je remercie Charlotte Ajame des éditions Flammarion de m’avoir fait découvrir cet émouvant roman.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Les sœurs de Biscarosse de Corinne Javelaud

Le 23 janvier 2019 est sorti aux éditions Terre d’histoires le nouveau roman de Corinne Javelaud, je vous avais précédemment parlé de Un été d’orage sorti en mars 2018 dont la chronique est ici

N’abordez pas ce livre en vous disant que vous allez découvrir des femmes(entre autres ici des sœurs) soumises à la gent masculine et transies d’amour, vous allez au contraire découvrir de vraies femmes fortes et volontaires. Vinciane l’aînée se retrouve à devoir gérer la claire pinède, la propriété familiale et sa cadette Mahaut va devenir pilote d’avion et suivre le parcours d’un de ses modèles: Hélène Boucher. 

Donc nous suivons ces deux femmes dont la volonté n’a d’égal que la persévérance. Entre coups du sort, rencontres inespérées, trahisons et mensonges au cœur des merveilleuses forêts Landaises.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, vous l’avez compris c’est surtout ce côté si différent des romans de terroirs et historiques classiques où la femme faible rentre obligatoirement dans ce cliché typique de l’époque.( n’oublions pas que nous sommes ici au début des années 30). Certaines pionnières ont ouvert la porte, la libération physique est en route, les vêtements deviennent moins engoncés, plus légers. La pauvre jeune fille incapable de travailler, de diriger, ou même de prendre une décision seule s’efface peu à peu, c’est une période charnière pour la femme…Ici Corinne Javelaud nous dresse un tableau plaisant de la femme tout en nous ravissant avec des faits historiques et des records féminins qui font plaisir à découvrir.

Corinne Javelaud est une romancière, une vraie, des faits, des personnages profonds que l’on admire, un amour des mots et des histoires, à découvrir si vous ne connaissez pas ses romans.

Résumé:

A Biscarrosse, au début des années 30, la famille Gelinmacq fait partie de ces propriétaires terriens enrichis grâce au reboisement de la forêt landaise. La fille aînée, Vinciane, a repris la gestion de la propriété familiale qu’elle dirige avec passion. Pourtant, sa rencontre avec un séduisant médecin d’Arcachon qu’elle envisage d’épouser remet en jeu l’avenir de la pinède.
Mahaut Gelinmacq, la cadette, n’a quant à elle qu’un seul rêve : apprendre à voler. Piloter un avion, faire partie de ce cercle restreint de femmes aventurières à la conquête du ciel…
Les sœurs veulent que la Claire Pinède soit préservée sans pour autant sacrifier leur liberté. Mais de douloureux secrets menacent de faire voler en éclats la famille. Les deux sœurs vont devoir choisir entre leur héritage familial et leurs rêves, quel qu’en soit le prix

Liste de nos envies…

Nous sommes tous et toutes des fans de lecture, nous vénérons le livre « objet », nous avons des piles à lire qui crèvent le plafond, mais nous en voulons toujours plus. Il faut dire que de vraies pépites sortent chaque mois chez de nombreux éditeurs. Les couvertures sont devenues un atout vente à part entière, les réseaux sociaux, les blogs, attisent nos envies chaque jour un peu plus.

Priscilla et moi ne dérogeons pas à cette règle, bien au contraire. Nous avons eu cette idée de partager avec vous la liste de nos envies, je préfère vous prévenir, elle est longue, la voici:

  • Erectus de Xavier Müller, un roman que j’ai pu voir passer à de nombreuses reprises sur les réseaux. Chez XO éditions

L’étranger dans la maison de Shari Lapena aux éditions Presses de la cité

  •  
  •  

 

qrf

img_20190216_181529.jpg

qrf

qrf

qrf

qrf

qrf

qrf

Le chant des revenants de Jesmyn Ward

Voici un roman qui m’a beaucoup touchée, je suis tombée en amour pour le jeune Jojo, 13 ans et pas une vie de rêve.

L’auteure alterne les points de vue, mais nous passons la plupart du temps avec Jojo, un garçon tellement touchant que j’ai eu tout du long envie de le rencontrer et de le rassurer, lui qui prend soin de sa petite sœur Kayla, une enfant fragile et tellement attachée à son grand frère. Leur mère Léonie, est une maman perdue, elle voudrait être une bonne mère mais elle se laisse vite emporter dans la magie du crack, on en connaît tous les conséquences… Le père Michael est en prison, il n’est pas le père parfait non plus, heureusement que les parents de Léonie sont là pour pallier cette situation et élever les enfants. Jojo les aime fort ses grands-parents, on le sent, d’ailleurs, eux aussi on a envie de les rencontrer, de les aider dans leurs tâches quotidiennes.

Une lecture qui touche mon cœur de maman, que j’ai trouvée poétique malgré cette négligence envers les enfants qui m’a fait bouillir à chaque page, Léonie, lorsqu’elle est racontée par Jojo mérite des gifles, cet enfant la ressent comme une génitrice sans plus, pourtant lorsque c’est Léonie qui prend la parole, on ressent de l’empathie pour elle, on comprend que tout n’est pas toujours si simple.

Une alternance des sentiments qui m’a faite vibrer tout au long du livre. Une histoire dans laquelle il faut le dire, il ne passe pas grand-chose, on suit un morceau de vie de cette famille que l’on voudrait effacer d’un coup de gomme et réécrire… Pourtant on s’attache à cette lecture, on ne veut pas abandonner Jojo. Ce garçon aime les histoires que lui raconte son grand-père, il cherche à s’évader de cette vie sans grand intérêt, il aimerait ressembler à son papy, il admire sa stature, sa patience, son savoir.

Pour finir cette chronique, je vous propose de découvrir un de ces moments que j’ai trouvé tellement touchant:

KAYLA A FAIM. Je le sais parce qu’elle n’arrête pas de pleurer, parce que dès qu’on repart elle se roule en boule, elle s’arc-boute et elle donne des coups de tête dans son siège. Et elle braille. Je sens qu’elle va mal. Son ventre la fait souffrir. Elle a besoin de le remplir, alors je la détache et je l’assois sur mes genoux, mais ça n’aide pas. Elle crie un peu moins fort, un peu moins aigu et perçant. La douleur s’émousse. Mais elle continue à balancer la tête dans ma poitrine, et son crâne est fin comme mes os, contre la pierre où mes côtes fusionnent, un crâne aussi facile à briser qu’un bol de porcelaine. Léonie a posé ses plantes entre elle et Misty sur l’accoudoir, et à chaque minute, à chaque kilomètre, les feuilles de ronce sont un peu plus fripées, les racines filandreuses, et la terre en dégringole par paquets. Kayla grogne et pleure. Je ne veux pas que Léonie lui donne de ça. Elle croit que c’est la chose à faire mais elle n’est pas Mamie. Ni Papy. Elle n’a jamais rien soigné ni fait pousser de sa vie, et elle ne sait pas.

Résumé:

Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines. Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla.
De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État.
Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent.
Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses…  

Une longue impatience de Gaëlle Josse

Je m’y étais engagée, je l’ai fait, j’ai dévoré ce roman en une soirée. Il faut dire que ce n’était vraiment pas une corvée. Maintenant, comment vous en parler de façon juste ?IMG_20190214_100347.jpg

Nous savons tous, ou du moins nous en avons tous entendu parler, donner la vie est une expérience extraordinaire. Nos enfants deviennent Tout, c’est plus fort que nous, plus fort que le monde entier, même aux âges où ils sont les plus difficiles, ils sont notre énergie vitale, le mot Amour prend une autre dimension dans leurs yeux. Ce roman ne raconte pas cela, il le montre, de la manière la plus violente qui soit : en effet, on donne la vie à nos enfants, mais ils peuvent nous la reprendre, en une fraction de seconde, un geste impétueux, un départ…

C’est ce qui arrive à cette Maman qui attend son fils, sans savoir où il est. Ce fils qu’elle a fait grandir en le gardant tout près d’elle, après la mort de son père, ce fils qui n’a jamais trouvé sa place dans leur famille recomposée, qui entre progressivement en conflit avec son beau-père et qui craque, subitement, sans rien dire, sans rassurer… A ce moment-là, la maman devient une espèce de Pénélope qui tisse tous les jours en attendant le retour de son Louis. Pour elle, nul besoin de défaire son ouvrage pour calmer la pression subie par les prétendants. Pour elle, la Vie ne tente pas de reprendre ses droits, il n’y a que le vide, ou presque…

Parce que justement, cette femme forte ne peut se laisser aller au désespoir, ne peut se laisser mourir. Elle a deux autres enfants, qu’elle aime tout autant. En elle, se crée alors une scission, elle est la mère silencieuse mais aimante et caressante ou la mère qui attend. Car l’espoir, ici, n’est pas salvateur, c’est un poison qui se distille dans les veines, qui prend son temps et qui happe la vie entière.

Ce roman est d’une sensibilité remarquable, d’une grande poésie. Les images maritimes viennent rythmer une litanie sans fin, qui ressemble aux battements du cœur d’une maman qui aime plus que tout, qui ne vit plus, si ce n’est au-dessus d’un grand vide. De nombreuses phrases m’ont marquée par leur beauté, par leur vérité.

Ce n’est évidemment pas une lecture qui met en joie, mais c’est beau…tellement beau ! Et c’est ça, surtout, la littérature…un art, l’art de pouvoir mettre en mots ce qu’on croit être de l’ordre de l’indicible.

Merci à Marie Foache des éditions J’ai lu pour cette magnifique découverte !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quelques citations, pour la beauté des mots :

« Je plonge le visage dans la tiédeur des cous, des oreilles, des bras qui veulent me retenir, des doigts légers, un peu collants, qui caressent mes joues, je sombre dans la douceur des cheveux lavés, du linge frais. Chut maintenant. Il faut dormir. Une fois franchie leur porte, j’entre dans ma nuit, à la rencontre de la part de ma vie qui vient de brûler. »

« Je le cherche, comme n’importe quelle mère cherche son enfant et ne cessera d’errer, de renifler toutes les traces possibles, comme un animal, avant de connaître la vérité.  J’ignorais abriter en mo, au creux de mon corps de mère, autant de place, autant de replis, d’interstices que la douleur pouvait atteindre et irriguer d’un flux sans fin »

« Ma maison à moi, c’est l’attente. C’est l’océan et le bateau de Louis. Quelque part sur une mer du monde. L’incertitude comme seul point fixe. Sous mes gestes de chaque jour, il n’y a que du vide. De la place pour les songes apportés par le vent, pour les mots racontés par les flots. »

Throwback Thursday Livresque 2019 – Cycle 1 – Episode 3

Le Throwback Thursday Livresque est une initiative de BettieRoseBooks afin de parler de livres qui nous ont marqués, plus ou moins récemment. En 2019, les règles changent un peu.

Chaque mois nous tournerons autour d’un concept et de quatre de ses déclinaisons. Le challenge sera de ne pas reprendre le même livre pour les déclinaisons du concept ( exemple : émotions, leçons de vie, amour, pays imaginaire…). Aussi un genre littéraire pourrait être exploité et aussi dériver vers vos styles de prédilection à vous.

Ce mois-ci :

lesemotions.jpg

Semaine 1 : Un livre qui fait peur ou fait ressentir un profond dégoût envers certains personnages, certaines actions, certains faits…
Semaine 2 : un livre qui m’a mis en joie
Semaine 3 : Un livre qui m’a rendu triste ou en colère (ou les deux)
Semaine 4 : Un livre qui fut une bonne surprise ou un livre dont l’intrigue m’a surpris, pris de court, je ne l’avais pas vu venir.

J’ai pas mal réfléchi avant de faire mon choix. La littérature fait ressentir un flot d’émotions mais souvent, elles sont fugaces et on s’aperçoit, en fermant un livre, qu’on a ressenti de la colère, de la joie, de la peine, de l’espoir et qu’il n’y a pas une émotion particulière qui ressort. Or, la tristesse et la colère sont deux émotions violentes…

Je les ai ressenties lors d’une lecture de 2016, un classique que j’avais plusieurs fois essayé de découvrir, en vain. Sûrement parce que la plantation du décor, au début du roman, est longue et précise et aussi parce que je pense qu’il faut une certaine maturité pour s’attaquer à ce genre d’ouvrage. J’ai nommé 1984 de George Orwell.

1984Ce roman m’a glacé le sang. La société est effrayante, les héros sont attachants, la fin est d’une violence sans nom, mais surtout ce qui m’a marquée, c’est le parallèle avec notre société actuelle. La surveillance constante, l’omniprésence d’une menace que l’on dit extérieure, les tentatives du gouvernement de créer des dissensions dans le peuple, l’idéologie de la peur pour formater les individus, tout cela a résonné en moi comme un terrible écho. Je crois que ce roman est désespérément actuel, même si le futur qu’il dépeint est pour nous le passé. Et c’est ce qui m’a fait de la peine, ce qui m’a mise en colère aussi… L’histoire se répète dangereusement, et trop peu de gens veulent le voir !

 

Voici le passage que j’avais publié à l’époque sur Facebook, avant même d’avoir cette chance ultime de partager toutes mes aventures livresques avec vous :

FB_IMG_1550089380994

Effrayant, n’est-ce pas ?

Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Le Ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler

IMG_20190209_232637.jpgJ’ai eu la chance de découvrir ce roman enchanteur suite à une enquête des éditions de L’Archipel, et j’en suis plus que ravie. Il m’a fait immédiatement penser au coup de cœur que j’avais ressenti pour La Vallée du Lotus Rose de Kate McAlistair dont j’avais écrit la chronique en fin d’année dernière. Evidemment, les deux textes ont de nombreux points communs :

  • l’héroïne, d’abord, jeune, femme, forcée par l’état de ses finances à épouser un homme qu’elle n’aime pas et à s’expatrier loin de son Angleterre natale. Jezebel et Helena ont en commun une grande soif de liberté, d’indépendance et d’amour, un grand sens de l’honneur et une force en elles, dont elles ne connaissent même pas l’étendue.
  • L’Amour ensuite, les deux hommes de leur cœur portent d’ailleurs le même prénom et sont deux aventuriers au passé trouble et dont les vies sont toujours menacées.
  • L’Inde bien sûr !

Mais la richesse de la comparaison entre les deux œuvres vient aussi de leurs différences. Je vous laisse découvrir ou relire ma chronique du roman de Kate McAlistair et je ne vous parlerai que de celui de Nicole Vosseler.

Le récit que nous suivons dans Le Ciel de Darjeeling est original et ajoute à la description des charmes de l’Inde la narration de faits historiques violents. Les destins de nombreux personnages (Ian, Mohan, Winston, Sitara, Emily, Richard) sont liés à la tragique destinée de ce pays fascinant mais en proie à de nombreux conflits entre les différentes ethnies se partageant le pouvoir jusqu’à la décolonisation. La haine, la peur de l’inconnu, la rancœur d’une nation se fond dans la vendetta de plusieurs familles, conférant ainsi au récit une dimension épique que n’a pas La Vallée du Lotus rose.

Aucun personnage n’apparaît comme fondamentalement mauvais. Ce sont la culture, le contexte, les convictions, les lois qui poussent chaque personnage à agir, à un moment ou un autre, de manière condamnable. J’ai pourtant immédiatement été encline à pardonner à Winston ou à Ian, peut-être même plus facilement qu’Héléna. Sûrement parce qu’ici, en dépit de ce que tous disent ou même pensent, c’est uniquement l’amour qui les fait agir : l’amour pour une divinité, pour une femme, pour sa famille, pour la justice, pour l’honneur. Peut-on tout faire par amour ? Je ne le crois pas. Mais en tout cas, il explique bien des choses. La violence des sentiments se lit ici, non grâce à des déclarations romantiques ou niaiseuses, mais par le prisme des violences passionnelles qu’ils engendrent. En outre, Ian ne se laisse pas aisément deviner ou découvrir mais de nombreux indices m’ont conduite à le ranger immédiatement dans la catégorie des hommes bien, par le respect qu’il témoigne à la jeune fille, par le souci qu’il a du bien-être de son petit frère, par le traitement qu’il réserve à ses domestiques… La part d’ombre qu’il garde jalousement ne remet jamais cela en question et avant même que je ne m’en rende compte, je lui étais tout acquise.

Vous vous en doutez, je me suis immédiatement laissée embarquer dans cette triple histoire d’amour, dans ce voyage en un Orient fantasmé et dangereux, dans cette découverte de l’Amour par une jeune fille qui s’en croit longtemps exempte. Lors de cette lecture, le spectre du personnage d’Angélique d’Anne & Serge Golon est – encore – plusieurs fois apparu devant moi, d’autant plus qu’ici Ian m’a fait vraiment penser à Joffrey de Peyrac, dont on a – presque ! – toutes été amoureuses à un moment.

Seul petit bémol, mais qui n’est finalement que le contrepoint de mon enthousiasme à la lecture de ce récit : j’ai trouvé la fin un peu précipitée. Suite à la narration enchâssée de l’enfance d’Ian, j’ai moins bien compris les réactions d’Héléna et ses hésitations… Peut-être aussi que je voulais tellement connaître la fin de cette histoire d’amour, que j’ai lu à toute vitesse la dernière partie…

En conclusion, je dirais que si vous avez soif d’aventures, de dépaysement, de dangers mais aussi et surtout d’amour (après tout, la Saint Valentin, c’est pour bientôt !), n’hésitez pas, ce roman est un pur moment d’évasion. Et, ce qui ne gâche rien, les éditions de l’Archipel éditent toujours des objets-livres beaux et de bonne qualité ! Merci beaucoup à eux, c’est toujours un plaisir !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quatrième de couverture : Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya.
En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.
Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?
Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l’Inde millénaire.

Paranoïa Le jour où la pluie commença d’Emilie Courts

Attention, ce roman mène à la folie, si vous l’ouvrez, c’est à vos risques et périls! Est-ce cela la folie? L’auteure parvient-elle à nous rendre paranoïaque le temps d’une lecture? Les sentiments sont forts, c’est le moins que l’on puisse dire, la tête nous tourne, on ne sait plus où l’on est. Difficile de savoir réellement durant les premières pages où va nous mener cette lecture.

Un livre scindé en deux parties, dans une première l’auteure nous parle de Sarah, mais une fois encore est-ce la réalité ou une forme de folie, tout cela est très déroutant, un peu trop pour moi sûrement. J’ai eu en effet l’espoir que comme dans certains cas, les choses s’éclairciraient, mais je ne me suis pas sentie plus à l’aise en avançant dans ma lecture.

Dans la seconde partie, on nous parle de Sophie, deux personnes pour une vies ? Deux vies différentes? je suis un peu perdue je l’avoue.

Beaucoup de scènes de sexe un peu hard, pas de romantisme ici, beaucoup de confusion, je m’y perds et ne m’y retrouve plus. J’ai un peu de mal avec ce type de romans, j’ai pour ma part besoin de savoir où je vais, où je mets les pieds. Vous l’aurez donc compris, je ne suis pas emballée par cette lecture, mais comme d’habitude chez Livresque78, nous disons la vérité.

Résumé:

Une immersion dans la folie humaine

« Paranoïa » n.f.

Délire interprétatif construit sur une perception faussée du réel. Croyances de persécution liées à une menace perçue comme provenant des individus.

Sarah, du haut de sa trentaine d’années, a une vie banale, triste, monotone, rassurante mais désespérément normale. Pourtant, de plus en plus de détails semblent perturber…