Sœurs de lait de Frédérique-Sophie Braize

IMG_20190228_234842.jpgC’est lors de notre visite au Salon du Livre des Essarts Le Roi (dont vous trouverez le compte-rendu ici) que ce roman m’avait fait de l’œil. J’avais été intriguée par le fait que cet ouvrage avait reçu un prix de l’Académie Nationale de Pharmacie, mais son auteure, très abordable, m’avait expliqué pourquoi.

J’ai enfin pu lire son texte et j’en suis ravie ! C’est un roman finement construit qui repose sur des mensonges et des silences, propres à chaque famille, mais qui, ici, aggravent la situation déjà rendue critique par la visite étrange de trois hommes qui semblent vouloir, sans contrepartie, aider la population du petit village en fournissant à ses habitants des soins, à base de radium.

Aujourd’hui, cela fait frémir mais à l’époque, on pouvait encore penser que la radioactivité pouvait avoir des effets bénéfiques sur le corps, malheureusement. Ainsi Frédérique-Sophie Braize articule les conséquences de la Grande Guerre (les morts, les gazés, les gueules cassées, les malades, les célibataires), les progrès scientifiques et une saga familiale. Le récit s’étend sur plusieurs années et met en scène quatre sœurs de lait : Ferdinande, Anthelmette, Zoé et Coqueline, aux prises avec une sorte de malédiction familiale. En effet, Prunelle et Prudent, leurs parents n’ont jamais réussi à garder en vie un fils. A l’époque, avoir une fille n’a aucun intérêt financier et génère des tensions familiales importantes, c’est ce qui explique aussi qu’Anthelmette se détourne de sa propre fille alors que Zoé se bat bec et ongles pour sauver ses jumeaux, d’autant que son fils aîné vient lui aussi de perdre la vie.

Non, ce roman n’est pas d’un abord facile : les sujets traités sont assez graves, l’ambiance de départ est plutôt lourde et les noms (qui nous paraissent) étranges de tous ces personnages obligent le lecteur à se concentrer. Mais ça ne dure pas bien longtemps : j’ai été vite happée par les aventures de ces femmes, de nombreux fils conducteurs se mêlent et l’on se demande : si Coqueline va épouser Côme (le Parisien, bon samaritain, croit-elle), si Anthelmette va aimer sa fille, si Ferdinande va revenir, ce qu’a bien pu faire Anselme pour être réformé… Et il faut vraiment aller au bout pour tout comprendre. J’ai donc, tout simplement, dévoré ce texte, tenaillée par l’envie de savoir qui étaient tous ces gens, quels étaient leurs secrets.

Les personnages sont vraiment intrigants. Si l’on s’attache plutôt facilement à Coqueline, Zoé, Zéphir, Anselme, Ferdinande, Pasque, Florimont et Fleur, les autres membres de la famille sont assez énigmatiques et dérangeants. Quant aux trois escrocs, je dirais que leur portrait est plutôt fin, notamment celui du docteur et du vétérinaire. Côme est à part, il joue un double jeu que le lecteur lui-même découvre au fil du texte, mais ses dernières apparitions font définitivement de lui un être abject. Je suis vraiment passée par de nombreuses émotions au fil de ma lecture, donc.

Le cadre médical fait froid dans le dos. On se rend compte de manœuvres de l’industrie pharmaceutique pour faire passer le radium partout (dans l’eau, les médicaments, les savons, les crèmes, les légumes, la terre elle-même, les vêtements) au point de pouvoir utiliser un village entier comme cobaye. Ca semble inhumain et fou, et pourtant, c’est encore un pan bien sombre de notre Histoire, un pan que nous méconnaissons. L’auteure est savamment documentée et nous livre toutes ces informations sans aucune lourdeur, ce qui constitue un vrai tour de force. 

Aujourd’hui encore, les nombreux rappels de médicaments, de laits infantiles font ponctuellement planer la menace d’empoisonnements plus ou moins généralisés. Nous ne sommes pas beaucoup plus à l’abri de tout cela…

Mais ce qui m’a le plus touchée à la lecture de Sœurs de lait, c’est l’évolution de cette famille. La sècheresse et la dureté qui caractérisent notamment la mère laissent peu à peu entrevoir un amour très fort pour ses filles et ses petites-filles. Les quatre femmes, pas forcément proches au début, tissent des liens dans la douleur, des liens qu’elles voient devenir indéfectibles. Malgré leurs différends, elles se soutiennent, se prêtent main forte si besoin et finissent par former un cercle solide. La fin, à cet égard, est assez émouvante.

Je remercie donc chaleureusement Frédérique-Sophie Braize pour son enthousiasme communicatif qui a suscité ma curiosité lors du salon des Essarts-Le-Roi, ainsi que les éditions De Borée qui m’ont gentiment fait parvenir l’exemplaire que j’ai dévoré en quelques jours.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

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