Un souffle d’indépendance (Les Conquérantes, Tome 3) d’Alain Leblanc

Magistrale… Cette fin de saga est tout simplement géniale. J’attendais le troisième tome de cette série d’Alain Leblanc chez FrenchPulp Editions depuis longtemps et je ne suis vraiment pas déçue du voyage.

Alors que le premier tome nous présentait Clémence née en 1890, mariée à un homme qu’elle ne connaissait pas et destinée à rester au foyer, nous assistions à la passionnante prise de pouvoir de cette femme sur son mari, sur la société, sur son destin. Le second tome nous avait transportés dans la Seconde Guerre Mondiale aux côtés de Clémence et de ses filles, dont l’une revendiquait son indépendance et son engagement, Gilberte, et l’autre, Noémie, avait été mariée à un sympathisant de la politique d’Hitler. Le dernier opus nous invite à découvrir la génération suivante, celle de Marianne (l’une des filles de Noémie), de ses sœur et cousines, dans la seconde moitié de ce XXe siècle, qui fut celui du début de l’émancipation féminine.

IMG_20190629_224308.jpgJ’ai eu le plaisir de voir renouer l’auteur avec le type d’histoire que nous avions dans le premier tome, le deuxième tournant essentiellement autour des problèmes inhérents à la Seconde Guerre Mondiale en France (collaboration, résistance, protection ou délation des Juifs…). Ici, les conflits mondiaux, fort nombreux du reste, constituent une toile de fond sur laquelle les destins de Marianne, Lise, Carole, Anne et les autres s’écrivent peu à peu.

Et quel destin ! Cette période (des années 1960 aux années 2000) va être celle de la légalisation de l’IVG, de la multiplication des divorces, de l’entrée des premières femmes à l’Académie, au gouvernement, de la pénalisation du « viol » comme crime mais aussi celle de l’OAS, du SIDA, de l’immigration et de la découverte des traditions atroces comme l’excision, après les horreurs qui s’étaient multipliées avec les faiseuses d’anges. Carole, Marianne, Ninon ne sont pas que des témoins de tout cela, elles en sont des victimes, des actrices. Elles conquièrent difficilement un bonheur qu’elles ne trouvent toutes qu’après cinquante ans, forcées qu’elles sont, auparavant, de se battre pendant leurs études, contre leur(s) père(s), contre leurs maris qui deviennent souvent autoritaires et violents, contre la société qui peut leur retirer leurs enfants, contre la loi qui refuse de statuer sur tous ces  trous béants dans la législation sur le statut des femmes. J’ai avec plaisir recroisé les personnages historiques centraux dans cette évolution.

Mais surtout, après l’ébranlement que furent les deux conflits mondiaux, ce ne sont pas seulement les femmes qui doivent se battre. Les combats de Marianne croisent ceux de Steve et des Américains contre la guerre du Viêtnam, des défenseurs des nationalistes pendant la guerre d’Algérie, des jeunes révoltés contre le système de 1968, mais aussi des homosexuels contre le Sida ou des pères qui, eux non plus, ne peuvent rien contre un divorce qui leur retire leurs enfants. Une vie et un bonheur qui s’arrachent dans le sang et dans les larmes.

Je pense sincèrement qu’il est nécessaire de rappeler à quel point nous, femmes d’aujourd’hui, sommes redevables à toutes celles qui se sont battue pour que l’on puisse épouser qui l’on veut, monter une société individuellement, avoir un compte en banque,  mener ou non une grossesse à son terme, quitter un homme que l’on n’aime pas, porter plainte à la suite d’un viol et espérer que le coupable aille en prison pour longtemps.

Les héros de cette saga (parce que, oui, certains hommes aident les femmes dans leur lutte, ils sont même assez nombreux, le roman n’est absolument pas manichéen) sont à des postes stratégiques (cabinets d’avocat, gouvernement, hôpitaux, presse) et se dressent ainsi en témoins privilégiés des changements de la société.

Parallèlement à ce travail d’archive exceptionnel mené par l’auteur, Les Conquérantes se distinguent aussi comme une fiction aux qualités remarquables. Tous les personnages sont finement construits avec leurs histoires, leurs désirs, leurs traumatismes, leurs complexités. Leurs relations sont également d’une richesse rare : à l’amour familial s’ajoutent des antécédents générationnels, des intrigues qui ne les touchent même pas directement. Toutes ces données construisent une mosaïque de personnages hauts en couleurs et attachants.

La destinée de Marianne est vraiment palpitante. Privée très tôt de ses parents qui l’avaient éduquée dans l’idée que la révolte était nécessaire, elle va se construire comme l’opposé des autres femmes : elle ne veut pas se marier, elle ne veut pas forcément d’enfants… Pourtant la vie suit son cours : elle tombera amoureuse, elle fera des erreurs, elle sera heureuse… souvent, elle souffrira… beaucoup !

J’avais déjà été vraiment emballée par les deux premiers tomes mais celui-ci m’a définitivement conquise, je ne peux que chaleureusement vous le conseiller, vraiment !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Un chemin nommé Bertille tome 1 de Bernie Feré

Bertille est une petite fille à part entière, dans sa vie des années 60, sa famille tient une place importante, surtout sa maman Violette. Le destin va faucher le bonheur de cette petite reine et lui faire l’affront terrible de la plonger dans un monde de grands avec ses épreuves et ses souffrances.

Bernie Feré nous narre une histoire sensible, belle et qui touche notre sensibilité d’enfant, l’amour que nous portons à nos parents, l’impossibilité d’envisager leur départ pour toujours, pourtant la vie est parfois injuste, sans aucun compromis, elle nous prend ce que nous avons de plus cher. Le chemin de Bertille est un hymne à force de l’enfance ainsi qu’à sa beauté. Un enfant ne renonce pas à cause des certitudes puisque son innocence fait qu’il n’en a pas, c’est cette période de la vie où tout semble possible, écrire à sa maman qui a pris le chemin du ciel afin qu’elle le prenne dans le sens retour et revienne auprès de son enfant est logique et salvateur pour une petite reine comme Bertille

Un joli moment de lecture, des personnages attachants chacun à sa façon surtout Bertille dont l’imagination nous transporte à chacune de ses envolées. Elle aime sans concession, elle aime ce qui est beau, ceux qui sont beaux, elle parle avec franchise et ne peut que toucher au coeur. C’est aussi un livre qui parle de la vie qui n’est pas toujours toute tracée, il parle d’ouvrir son coeur tel que va le faire Simone la tante de Bertille. La force des ami(e)s qui ne lâchent rien au dans nom de cette amitié et de l’amour porté à des enfants qui souffrent, la gentillesse toute simple d’un couple qui met sa pierre à l’édifice afin de sauver cette fratrie si attachante mais aussi un voisin de Simone, qui porte le regard qui fait du bien au bon moment sur cette enfant qui en a tant besoin. Un très beau roman plein de justesse des sentiments qui ne vous laissera pas insensible sans parler de cette superbe couverture, un beau livre à tous les points de vue.

voici le lien sur le site de l’éditeur:

Throwback Thursday Livresque n°13

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 27 juin : Musique

Notes_de_musique

Aujourd’hui, je vais donc vous parler d’un duo de romans. Il ne s’agit pas d’une saga, mais de deux romans qui racontent la même histoire de deux points de vue différents. Et les deux sont très intéressants, je les fais souvent lire à mes 4e (évidemment, ils n’en choisissent qu’un des deux, mais après ils doivent échanger à ce propos).

Le Pianiste sans visage de Christian Grenier se présente comme le journal intime de Jeanne alors que La Fille de 3eB du même Christian Grenier nous présente les pensées et sentiments de Pierre.

250_Le_Pianiste_sans_visage_2010Tous deux sont élèves du même lycée mais ne se fréquentent pas trop. Pierre est un jeune musicien et Jeanne a perdu son père, qui était compositeur. Amoureuse de la musique, elle se rend au concert d’un jeune pianiste dont elle tombe follement amoureuse de la musique d’abord, de l’artiste ensuite. Avec l’aide de Pierre qu’elle croise souvent sur un banc, elle s’initiera à la découverte de la musique classique, renouera avec les travaux de son père et découvrira le niveau de ces deux talents, Paul Niemand, le jeune artiste et son propre père. Evidemment, ce à quoi elle ne s’attend pas, c’est la découverte de l’amour par la même occasion.

000946039Avoir le point de vue des deux personnages est vraiment intéressant. Pierre connaît très bien Paul Niemand, je ne peux pas vous en dire plus, mais du coup il a un rôle d’intermédiaire essentiel, qui semble trouble du point de vue de Jeanne mais qui est très cohérent quand on se situe de l’autre côté. Voilà qui donne naissance à quelques débas sympathiques en classe.

Ces deux romans sont donc l’occasion d’un bon moment de lecture, ponctué de symphonies, de partitions, d’opéras qui en font un duo parfaitement adapté au thème de cette semaine.

Vous connaissez ?

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Austen Wentworth de Brigid Coady

Première fois que j’écris une chronique sur un roman Milady, pourquoi la première fois? Juste parce que l’occasion ne s’était jamais présentée, voici qu’avec cette adaptation contemporaine de Persuasion de Jane Austen, je m’initie à cette maison d’édition. Vous le savez, je ne suis pas, à l’origine, une grande connaisseuse des classiques, c’est pourquoi j’étais curieuse de découvrir cette réécriture d’un des romans de Jane Austen qui en plus n’est pas le plus célèbre, je n’avais ainsi aucune opinion ni aucun apriori.

Pour l’histoire, nous découvrons Annie issue d’une famille de 3 enfants, cette jeune femme qui rêve d’autonomie et d’indépendance a fait à sa mère, avant qu’elle meurt, la promesse de veiller sur son père et sur ses sœurs. Annie est comptable, elle a la tête sur les épaules, cette promesse qui la lie à sa famille lui a fait perdre l’amour de sa vie. Les circonstances de la vie vont remettre le fameux Austen Wentworth dont le départ lui a brisé le coeur, sur son chemin.

Un roman à l’ambiance typiquement British, un univers feutré, celui des séries, des mises en scènes de cinéma, des groupies, dans lequel j’imagine tout à fait le Hugh Grant de mes jeunes années. Une comédie fraîche et attachante, Annie fait les belles heures de ce roman, ses sacrifices personnels la rendent sympathique et même plus, elle met en pause sa vie de femme, sa carrière, ses obligations pour sa famille prennent le pas sur le reste et cette dernière ne lui rend absolument pas et se montre d’un total égoïsme. Toujours traitée par ses sœurs comme le vilain petit canard, qu’aucun homme intéressant ne peut aimer, regarder de haut par son père qui pense que tout ce que fait Annie pour lui, lui est dû. La vie va mettre son grain de sable dans cet ordre des choses qui pourrait sembler bien établi et où la famille Elliot décide et Annie dispose. Il est donc temps qu’Annie prenne les choses en mains et réagisse.

Un roman à l’humour typiquement Anglais, quelques fois grinçant, des personnages pour certains horripilants par leur égocentrisme et leurs valeurs tellement désuètes. Une histoire d’amour tellement différente ce que l’on peut lire habituellement et qui fait vraiment le charme de ces comédies Anglaises. Une occasion pour moi donc, de découvrir l’univers de Jane Austen, certes par procuration, mais qui donne de manière évidente envie de se procurer les originaux. Une belle découverte que je vous invite à faire également.

Même si le soleil se cache d’Anne de Bourbon-Siciles

Bouleversée… C’est ainsi que je suis sortie de la lecture de ce roman fort, vrai et émouvant. Savoir que l’histoire est inspirée de faits réels n’a que peu de choses à voir  avec les émotions que l’on peut ressentir à la lecture de l’histoire d’Emilie, Eric et Lucie.

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Âgée de dix-huit ans, Emilie tombe amoureuse d’Eric, GO du Club Med où elle est en vacances. Alors que tout condamne leur relation, l’histoire dure et rend heureux les deux amoureux, jusqu’à ce qu’Emilie tombe enceinte et que le couple choisisse de garder et d’élever leur petite Alice. C’est après la naissance que tout se complique. Des traces de sévices apparaissent sur le corps du bébé : Emilie l’amène à l’hôpital et après la compassion, les regards changent. Tout porte à croire qu’Alice est battue et comme elle n’est qu’avec sa mère, la suspecte est toute trouvée.

La narration m’a tenue en haleine dès les premières pages et jusqu’à la fin. L’auteure alterne le récit de l’histoire d’amour et de famille d’Eric et Emilie avec les procès-verbaux des interrogatoires d’Emilie, de son père, des psychiatres, puis avec les souvenirs d’Emilie, d’une manière fine et bien orchestrée…

Le lecteur est très rapidement invité à se poser les mêmes questions que les équipes médicales et policières. Bien qu’on suive de près Emilie et qu’on ne comprenne pas comment c’est possible, on est forcés de se poser des questions. Je me suis sentie aussi perdue que l’héroïne, ne voulant pas la croire coupable mais pouvant difficilement faire autrement, sans comprendre, vraiment… Je n’ai pas réussi à lâcher le roman avant de comprendre, c’était obsessionnel.

Et c’est là que ce livre est le plus fort, c’est sur ce point qu’il m’a le plus chamboulée. Cette jeune femme de vingt ans a tout contre elle : trop jeune pour être une maman « convenable » selon les codes sociaux, Emilie est toujours la seule personne à être avec sa fille avant que les traces n’apparaissent ; en outre, son enfance pourrait expliquer des troubles de la personnalité et de la mémoire. Alors que tout le monde la suspecte, sauf quelques-uns de ses proches, on découvre une jeune femme brisée qui perd ses repères, ses certitudes et qui, par amour inconditionnel pour sa fille, est prête à accepter qu’on la lui enlève, si c’est pour la sécurité de son petit ange. Quelle horreur de découvrir en même temps qu’Emilie, l’apparition de nouvelles traces sur ce petit corps frêle et tant aimé ; quelle colère j’ai ressentie contre ces individus convaincus de sa culpabilité avant même de lire son dossier ; quelle compassion j’ai éprouvée pour cette maman aimante, tellement aimante qu’elle perd tout goût pour la vie quand elle sent que sa fille ne la reconnaît plus.

Je crois que j’ai été vraiment émue par la détresse des parents, par cet amour de mère qui fait que, bien que l’on soit persuadée de n’avoir jamais battu notre enfant, l’on finisse par espérer qu’il ne lui arrive plus rien, quelles qu’en soient les conséquences. L’engrenage est tel qu’Emilie finit par douter d’elle-même, par croire que peut-être elle ne se souvient pas de tout. Je n’arrive pas vraiment à mettre les mots sur tout cela. Le plus passionnant n’est pas tant l’enquête menée par la Justice, mais celle qu’Emilie mène au plus profond d’elle-même, dans son âme de femme, de petite fille blessée, de jeune maman maltraitée par tout un système qui la dit maltraitante.

Vous l’aurez compris, je vous conseille chaleureusement cette lecture très forte humainement, dure mais belle psychologiquement, parue aux Editions de l’Archipel.

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Le Jardin des étoiles mortes de Laure Margerand

Aujourd’hui je vais vous parler du « Coup de cœur de l’éditeur » chez J’ai lu. Un coup de cœur que je comprends pour de nombreuses raisons : l’originalité de l’histoire d’abord, les choix narratifs ensuite, la tonalité faussement légère qui rend ce récit très plaisant malgré la gravité du sujet abordé.

hdrplL’intrigue d’abord. Alors qu’il vient d’être largué sans raison, Bertrand sombre dans un état de dépression avancé : il perd son emploi, mange mal et passe son temps à traquer son ex sur Internet. De cette attitude franchement pathétique découle sa prise de conscience : on ne devrait pas pouvoir ainsi fouiller dans la vie de ceux qui ont décidé de nous quitter, ou même qui sont morts. Après avoir rencontré un informaticien, hacker à ses heures, il décide de créer Obseq-Net, un service auquel il faut s’abonner afin qu’il gère l’effacement de nos données virtuelles au moment de notre mort.

Parallèlement, le lecteur fait la rencontre d’Inès, une jeune femme moderne, pleine de talent et entièrement focalisée sur sa carrière jusqu’à ce qu’elle rencontre Edgar-Lucas, un homme fascinant dont elle tombe éperdument amoureuse.

Seulement voilà, un jour, Bertrand reçoit le certificat de décès d’Inès. Comme à son habitude, il se met à fouiller sa vie virtuelle, mais cette fois, il tombe complètement sous le charme de la jeune femme partie bien trop tôt. Commence alors une enquête au départ un peu malsaine, pendant laquelle Bertrand vit par procuration une relation amoureuse avec la jeune femme ; mais cette enquête s’avèrera peu à peu concluante et nécessaire.

Les choix narratifs confèrent une grande originalité au récit. En effet, on alterne dans un premier temps entre les histoires de Bertrand et d’Inès mais dans un second temps, l’espace entre le temps du flashback et le temps de la narration se réduit. L’attitude de Bertrand pose question à de nombreux personnages de son entourage, mais elle interroge également le lecteur : il fait, avec Inès, ce que l’on peut craindre de tous les gens mal intentionnées qui traînent sur Internet (espionnage, téléchargement des photos, traçage des achats et des échanges). D’ailleurs, même si je ne peux pas vous raconter la fin, mais je ne suis pas certaine qu’après un Edgar-Lucas, ce soit rassurant de tomber sur un Bertrand qui raconte une histoire comme celle-là.

Malgré ce petit aspect moralement discutable, ce roman se dévore en quelques heures, tellement on veut comprendre. L’histoire d’Inès, d’abord très légère, prend vite une sombre tournure et comme Bertrand, on se prend à vouloir comprendre ce qui a bien pu lui arriver. L’amour fou, exclusif, qu’elle partage avec son petit ami devient vite dangereux. Les pervers narcissiques sont des êtres tellement effrayants… J’ai été assez fascinée par la manière dont le piège se referme sur Inès. L’auteure ne passe rien sous silence et il faut vraiment avoir déjà connu le phénomène pour sentir les rouages malsains dissimulés derrière les week-ends en amoureux déconnectés, les crises de jalousie inexpliquées et les cadeaux incessants.

On s’attache donc très facilement à cette jeune femme qui a tout pour être heureuse (une maman aimante, une meilleure amie au top, des talents insoupçonnés, des goûts musicaux qui font sourire) et qui rayonne. Sa vie, ponctuée de coups de téléphone, de déplacement professionnels, de box découvertes et de saunas avec sa copine, permet au roman de garder une légèreté que le thème aurait pu lui retirer. Et on le préfère largement avec !

C’est un roman aussi dérangeant et glaçant que plaisant et original. Un cocktail détonant qui, en ce qui me concerne, a bien fonctionné. Vous laisserez-vous tenter ?

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

La peau d’Anna de Nathalie Gendreau

Ce roman dont je vous parle aujourd’hui est pour moi un roman purement psychologique, il ne faut pas vous attendre à un thriller. C’est une introspection que doit faire Anna dans ses souvenirs, on découvre avec elle au fil des pages les souvenirs qui lui reviennent et l’importance qu’ils ont.

Ce livre commence de façon épistolaire, le père d’Anna lui écrit afin de lui apprendre sa maladie qui gagne du terrain, il tente aussi de la revoir et se faire pardonner quelque chose qui pour l’instant reste une énigme pour le lecteur. De son côté Anna est perdue aussi bien dans ses sentiments que dans ses souvenirs. Elle a verrouillé son passé et sa mémoire, mais ces courriers qu’elle reçoit de son père vont ouvrir une brèche qui va peut-être la mener jusqu’à sa vérité profonde et non pas celle qu’on a tenté de lui mettre en tête. Une histoire dont le rythme n’est pas l’élément principal en effet, on vit au fil des souvenirs d’Anna, ils reviennent par bribes, par séquences et certains sont dérangeants, on voudrait secouer ces adultes qui traversent l’enfance de cette jeune fille et qui en abusent de multiples façons. Anna aime son père avec passion, une certaine forme d’Œdipe, une version moderne de Peau d’âne, à chacun d’interpréter ce qu’il va découvrir dans ce roman. Car il est sujet ici aussi de sensibilité à certains thèmes le bien ou le mal dans une relation parentale, les erreurs de chacun, la maladie qui amène à une condition d’enfant pour ce père, donc les rôles sont inversés. Un roman que j’ai trouvé profond et riche, car il parle aussi de la difficulté de bien faire en tant que parents, de compenser les pertes et les manques.

Une nouvelle facette que je découvre de Nathalie Gendreau, que j’ai découverte avec Norman, mon fils:

https://livresque78.wordpress.com/2019/04/09/norman-mon-fils-de-nathalie-gendreau-et-jimmy-edmunds/

Les Classiques de Priscilla – Le Blé en herbe de Colette

Encore une auteure découverte grâce au Reading Classics Challenge de Lilly & Books ! C’est toujours un plaisir pour moi de découvrir des œuvres de notre patrimoine que mes études ne m’avaient pas permis de découvrir.

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Ce texte est très court et pourtant, j’ai trouvé qu’il traînait en longueur. Si j’ai aimé cette peinture assez réaliste des émois adolescents, j’ai trouvé le personnage de Phil assez peu attachant de par son manque de maturité et de volonté. Finalement, le chapitre que j’ai préféré, c’est l’avant-dernier, quand enfin les deux héros s’expliquent et s’expriment, de toutes les manières dont ils le peuvent.

hdrplLe topo est rapide : Phil et Vinca sont deux enfants de deux couples d’amis très proches et de ce fait, avec un an d’écart entre eux, ils ont grandi ensemble, ils se connaissent, s’aiment comme des frère et sœur, jusqu’à l’été de leurs quinze et seize ans. A ce moment où les hormones entrent dans la danse, les deux jeunes gens se découvrent un amour différent l’un pour l’autre mais n’osent pas encore changer la nature de leur relation si spéciale. Convaincus qu’ils s’appartiennent de toute éternité, ils vont se faire du mal. Phil ne comprend pas tout de suite qu’il est amoureux et préfère se contenter de découvrir l’amour physique avec une femme plus âgée, pensant pouvoir le cacher à Vinca, mais devenue une femme jalouse, elle découvre tout très rapidement et lui reproche de ne pas avoir fait d’elle la première. Je ne raconterai pas la fin, qui n’est pas vraiment une fin, ou alors justement celle de l’enfance, une fin qui ouvre finalement sur la vie d’adulte avec ses espoirs et ses désillusions.

Vinca est un personnage très fort mais qui ne porte pas assez le roman selon moi. Le lecteur suit beaucoup plus Phil, dont il lit les pensées, des pensées troubles qui miment l’égarement d’un jeune qui a du mal à quitter l’enfance et qui voudrait pourtant être un homme. Vinca est plus sincère, plus entière bien qu’elle non plus ne soit pas sûre d’elle. Quant à la dame, Elle, Mme Dalleray, elle reste très énigmatique. Comme elle ne se confie pas à Phil, nous ne la connaissons pas non plus. Elle se laisse deviner comme un personnage riche, un de ces femmes qui sent que jeunesse se passe et qui s’accroche à un adolescent sans espérance mais pleine d’espoir, n’attendant rien mais observant tout.

Je comprends parfaitement qu’à la date de sa parution, le texte ait pu paraître choquant et scandaleux. L’éveil à la sexualité, la découverte craintive de l’amour par deux adolescents étaient des sujets tabous à l’époque. Mais justement, peut-être le tabou était-il si fort qu’il fallait absolument semer le trouble dans l’écriture, mettre de l’implicite partout. Mais dans le même genre, j’ai été beaucoup plus sensible au roman Le Diable au corps de Raymond Radiguet.

Le style enfin… Que dire ? Evidemment, c’est bien écrit, mais cette écriture n’a, pour moi, qu’un charme un peu désuet. Je n’ai pas été transportée par le style de Colette (j’ai le droit de dire ça ?).

En bref, un roman court, pas désagréable mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable et qui ne me donne pas envie de me ruer sur tous les autres récits de Colette, n’en déplaise aux puristes. Et vous, l’avez-vous lu, qu’en avez-vous pensé ? Ca m’intéresse…

Une petite citation que j’ai trouvée très jolie :

« Nous finissons ici, cette année, pensait sombrement Philippe, en regardant la mer. Vinca et moi, un être juste assez double pour être deux fois plus heureux qu’un seul, un être qui fut Phil-et-Vinca va mourir ici, cette année. Est-ce que cela n’est pas terrible ? Est-ce que je ne puis pas l’empêcher ? Et je reste là… Et ce soir, après dix heures, peut-être que je m’en irai encore une fois, la dernière fois des vacances, chez Mme Dalleray… »

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Throwback Thursday Livresque n°12 – Les Classiques de Priscilla – Madame Bovary

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 20 juin : un personnage accro à la lecture

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Aujourd’hui encore (ça va finir par devenir une habitude, méfiez-vous), je vais évoquer un grand classique de notre littérature française qui, de toute façon, a abordé déjà pléthore de thèmes, ce qui explique sa grande présence lors de mes TBTL…

Deux personnages me viennent à l’esprit quand on me parle d' »accro à la lecture » : Don Quichotte et Emma Bovary. C’est d’Emma que j’ai décidé de vous parler aujourd’hui.

Madame Bovary est un roman que j’ai tenté de lire deux fois en vain avant de le dévorer littéralement quelques années plus tard (et à deux reprises !). Plus que l’histoire, je pense que c’est le style de Flaubert qui m’a perturbée les premières fois, je n’étais sûrement pas assez préparée, et pourtant… Quelle merveille !

L’histoire est relativement simple. Emma est une jeune femme qui lit beaucoup de romances et qui attend de l’amour autant de passion, d’aventure et de frisson que ce que vivent ses héroïnes préférées. Seulement voilà, Emma se voit mariée à Charles, un médecin qui vit dans un petit village campagnard, loin, très loin, des intrigues passionnantes des romans, et bien qu’elle soit véritablement aimée de son mari, très vite, Emma s’ennuie. Elle va donc chercher l’aventure ailleurs, avec d’autres hommes qu’elle croit meilleurs et qui ne le sont pas, qu’elle aime, qu’elle aide jusqu’à se perdre elle-même, préférant la mort au retour à une vie morne et triste.

Pourquoi ce roman est-il aussi fascinant ? Parce que Flaubert est génial. Emma est naïve, souvent bête même, mais Flaubert s’évertue à en faire un personnage avec lequel on compatit forcément. Nous nous ennuierions nous aussi à sa place. Il faut voir la galerie de personnages à laquelle la pauvre héroïne est confrontée : entre la bêtise de son mari Charles, la suffisance stupide du pharmacien Homais, la vénalité de Rodolphe, et j’en passe, la pauvre n’est vraiment pas servie…

L’ironie flaubertienne atteint son paroxysme avec sa peinture du prêtre et du pharmacien. L’un cherchant l’expiation des péchés de la jeune femme et l’autre cherchant la gloire à tout prix. Si j’ai vraiment compris la souffrance d’Emma, j’ai aussi beaucoup souri en lisant ce roman et son style ironique et acerbe. Je vous en conseille vivement la lecture, si ce n’est déjà fait…

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)