Sous le soleil de mes cheveux blonds d’Agathe Ruga

C’est sur le trajet de retour des vacances que je me suis plongée dans ce beau roman. Heureusement pour moi, le trajet était long et les enfants fatigués. J’ai donc pu en toute tranquillité savourer les mots d’Agathe et les émotions de Brune.

Depuis sa parution, je n’ai pas lu beaucoup de critiques négatives sur ce petit bijou et je comprends pourquoi. Bien sûr, Agathe est déjà une personnalité appréciée sur la toile littéraire, mais ça ne fait pas tout, loin de là. Déjà comme chroniqueuse, ses mots transportent mais en tant qu’écrivaine, c’est mieux qu’un voyage…

« Ton absence me pèse autant car tu existes toujours. Si notre histoire est finie, notre amitié ne l’est pas. Elle perdure malgré nous car elle a eu un commencement, un début. Il y a un nous qui existe, des choses ont été dites. Toutes les amitiés seront évaluées à l’aune de celle-ci, sans le vouloir, comme pour un premier amour. Personne ne te devine à travers moi, personne ne peut savoir que tu fais partie de mon sourire, parfois de mon humour. A partir du moment où tu es entrée dans ma vie, rien n’a pu t’effacer, ni te soustraire. Tu es toujours là… »

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Cette histoire relève de l’auto-fiction : qu’est-ce qui est biographique ? qu’est-ce qui ne l’est pas ? Finalement, je vous assure que cela importe peu, car tout est vrai. Je pense qu’on ne peut qu’être touché par ce roman parce qu’on a tous été jeunes et on a tous eu un ou des amis, perdus de vue ou non depuis, mais grâce auxquels nous sommes conscients d’avoir changé, d’avoir grandi, d’avoir appris.

Brune et Brigitte sont opposées sur bien des aspects et pourtant c’est ensemble qu’elles sont le plus elles-mêmes. Les tourments de l’adolescence, les émois des premières amours, les échecs et réussites scolaires, les projets de vie, elles partagent tout. Elles s’aiment, s’adorent, se déchirent, mais ne peuvent se passer l’une de l’autre. C’est fort, c’est beau, c’est destructeur aussi parfois. A force de vivre l’une près de l’autre, l’une pour l’autre, l’une par l’autre, les deux jeunes femmes s’oublient, se perdent aussi. A force de partager les galères, les joies, les secrets, elles finissent par partager les sentiments, les ambitions, les affections.

Ce roman est un roman de l’amitié, bien sûr, mais c’est surtout un roman de la mémoire. Qui n’a jamais vu remonter ses souvenirs à l’écoute d’une chanson, à l’évocation d’un lieu ? Le topos de la madeleine de Proust, me direz-vous… C’est plus subtil que ça : Proust ne s’attend pas à l’émergence de son souvenir d’enfance ; Brune cherche constamment à le provoquer, refuse de le perdre, quitte à souffrir, quitte à pleurer. Qui n’a jamais fait ça non plus ? J’ai été vraiment touchée par la proximité de Brigitte dans le cœur, les pensées, les rêves de Brune. Agathe Ruga n’hésite pas à mêler l’amour, l’amitié, la sexualité, utilisant tour à tour la poésie, la grivoiserie, transcendant le vulgaire par l’onirique grâce à une plume envoûtante et rythmée.

Je suis intimement persuadée que les amitiés de l’adolescence sont déterminantes dans la construction de la vie des adultes. Le fil rouge de la maternité est d’ailleurs significatif dans le texte d’Agathe. Blanche est l’enfant de la raison, de l’entrée dans l’âge adulte. C’est le moment pour la narratrice de faire un point sur le passé et de s’appuyer dessus pour avancer, plutôt que d’essayer de l’enterrer et de s’enterrer elle-même par la même occasion. Brune refuse l’amnésie que s’est imposée Brigitte, elle ne nie pas ce que cette relation a pu lui apporter de positif et de négatif, et je crois que c’est le message que j’ai choisi de retenir de ce magnifique roman : les gens vont et viennent, certains restent longtemps, marquent davantage mais ils disparaissent, laissant derrière eux des dizaines de questions, des centaines de souvenirs. Ils restent vivants en nous, comme des béances, mais on vit avec eux, toujours, quoi qu’il arrive…

« L’absence est pire que la mort, rien n’arrête le sentiment d’absence, on est condamné à vivre avec tous ces absents qui demeurent quelque part et sans nous. Et quand bien même ils tenteraient de revenir dans nos vies, leur réapparition ne changerait rien. Ils ont été absents, ils seront toujours absents, ils ont créé un immense vide, impossible à combler. Il n’y a pas d’issue. Les absents sont des trous dans nos cœurs. »

Alors chers lecteurs, à vous, à votre jeunesse, à vos absents !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

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La Goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

Ce roman qui date du début de l’année a remporté de nombreux prix littéraires en Italie et à juste titre. S’appuyant sur un fait historique avéré, celui des goûteuses payées pour manger avant Hitler les mets qui lui étaient destinés afin de savoir s’ils étaient sains ou empoisonnés, Rosella Postorino nous embarque dans une fiction mêlant habilement Amour, Amitié, Danger, Guerre, Génocide et Vie à l’arrière.

J’avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans le récit, mais une fois que j’y suis arrivée, ce roman a été difficile à lâcher.

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Le personnage de Rosa Sauer est riche et complexe. Jeune secrétaire berlinoise, mariée à son patron, elle est forcée à vivre en Prusse Orientale après la mort de sa mère dans un bombardement, alors que Gregor, son mari, est au front. C’est ainsi qu’elle se retrouve malgré elle dans la Tanière du Loup, autour d’une table avec neuf autres femmes, condamnée à goûter tous les plats d’Hitler, au risque de mourir elle-même. Pourtant, aucune d’elles ne se plaint vraiment, puisqu’au moins, elles mangent.

J’ai d’ailleurs trouvé la peinture de la vie à l’arrière assez réaliste : on y trouve des « enragés » fanatiques d’Hitler, des révoltés, mais surtout beaucoup d’effrayés, de victimes. Plus encore qu’au front, il faut se méfier de tous, on ne sait pas si les propos échangés sont sincères ou servent de couverture, on ne sait pas à qui ou quand faire confiance. Au sein même d’un groupe, les tensions sont légion. Rosa aura d’ailleurs bien des difficultés à se faire accepter par ses congénères qui parfois, se connaissent de longue date ou qui ont des vies similaires en de nombreux points. A la Wolfsschanze, la berlinoise mariée, sans enfants qui porte des robes chics et des talons est vite regardée différemment par les autres filles et par les SS.

La suite de l’histoire ? De mauvaises nouvelles du front, des amitiés naissantes, un coup de foudre, des coups dans le ventre, de la complicité, des empoisonnements, de la peur. un scénario riche en rebondissements qui fait qu’on a du mal à décrocher de ce roman.

La dernière partie est étonnante, elle laisse en bouche comme un goût d’inachevé, volontaire me semble-t-il. La fiction semble laissée en suspens comme la vie de Rosa à son retour à Berlin. Beaucoup de questions restent sans réponses et ne règne que la désillusion dans la vie de cette femme qui a tout perdu, trop proche de la guerre, trop proche des SS, trop proche d’Hitler qui ne l’a pourtant jamais vue. A force de vouloir vivre sans trop y croire, Rosa Sauer n’a rien vécu, vraiment… Seuls les photos, les souvenirs et les odeurs la maintiennent en vie, et ce, dès le début du roman.

Une histoire documentée et intéressante, des personnages attachants (j’ai été aussi intriguée que la narratrice par Elfriede) et une fiction passionnante font de ce roman italien une lecture d’été idéale, même si effectivement, on n’y trouve pas beaucoup de légèreté.

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La confrérie des louves de Florence Rhodes

Attention grosse pépite chez les Editions du Caïman, je vous ai, à de nombreuses reprises parlé de leurs parutions, cette fois encore c’est une superbe découverte.

Un polar extrêmement bien mené. On ne choisit pas sa famille mais on peut choisir ses ami(e)s, c’est ce qu’ont fait Maud, Clara, Denise et Clémence. Le mari de Denise est assassiné un soir où nos quatre amies inséparables dinent entre elles, un suspect affirme que l’une d’entre elles était sur place, elles sont donc toutes dans la ligne de mire de la police . A partir de là, une enquête absolument passionnante va être menée, le lecteur va vivre une véritable découverte des suspects et de leurs histoires, des témoins que ce soit au sein de ce quatuor amical ou auprès de leurs enfants et conjoints, de leurs amis et il va comprendre que tout n’est pas si rose que le tableau de départ peut le laisser supposer.

De révélations, des mensonges, des épouses qui vénèrent leurs maris, des parents qui négligent leurs enfants, Florence Rhodes nous narre les petits secrets entre amis, qui mis bout à bout donnent une histoire dont je me suis délectée de la première à la dernière page.

Un équipe de flics qui mènent l’enquête tout en vivant leurs propres vies avec des hauts et des bas, leurs propres souffrances. Des personnages retors, pour certains, mais avant tout une amitié forte qui prête à tous les sacrifices, toutes les erreurs, tous les mensonges. Maud, Clara, Denise et Clémence ont chacune leur histoire, mais elles se connaissent toutes depuis l’enfance et n’ont donc au final pas de secrets les unes pour les autres, quoique… Un très bon polar, à la plume fluide et plaisante, des sourires que dessinent sur mes lèvres certaines répliques de ce flic un peu à part qu’est le commandant Hamelin. Je ne peux donc que vous conseillez de rapidement vous jeter sur cette lecture, dont vous me donnerez des nouvelles.

« -Vous écoutez ce que je vous dis? C’était le mari d’une amie! Vous couchez avec les amies de votre femme, vous?

-D’une part, cela ne vous regarde pas. Ensuite, vous n’avez pas répondu à la question. Alors si vous ne voulez pas que cet entretien prenne la journée, va falloir laisser tomber vos numéros de petite fille perdue , de femme fatale, et tant qu’on y est, de vierge offensée , parce qu’on a pas que ça à faire. »

Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie

Autobiographie, essai, conseils pour affronter le deuil… Il me semble très difficile maintenant que j’ai terminé de lire Avec toutes mes sympathies d’Olivia de Lamberterie de lui trouver un qualificatif propre. Je ne peux qu’affirmer deux choses : c’est de la littérature et c’est beau.

Le sujet n’est pas léger ou gai puisque l’auteure évoque le bouleversement qu’a été, dans sa vie, le suicide de son frère Alex. Le thème est poignant et m’a touchée pour différentes raisons. S’entremêlent dans les chapitres le récit de l’enfance, le compte à rebours jusqu’au jour de la catastrophe, la narration de l’après.

IMG_20190719_224552C’est criant de vérité et de sincérité. Il ne s’agit ni de trouver des coupables ni d’exprimer une rage mais plutôt de survivre, non pas en passant outre cette mort terrible, mais justement, et c’est là l’essentiel, en conjuguant avec cette mort terrible. Le « pourquoi » n’est pas le cœur des questionnements de cette sœur qui ressent cette perte comme celle d’une part de sa vie, les questions qui sont les leitmotivs du texte sont plutôt « où es-tu ? » et « comment faire sans toi ? ».

La narration des années heureuses et des périodes de déréliction de son frère permet de sentir, à l’instar de l’auteure, la dimension inévitable de l’acte en lui-même, mais plus encore, il permet de rejeter le tabou qui entoure généralement le suicide. Cet acte est en soi très ambigu : certains plaignent la victime, d’autres le voient coupable, certains mêmes qualifient cet acte de lâche ou d’égoïste. Avec Alex et Olivia, on se rend compte surtout de sa dimension malheureusement nécessaire. Le coup de force de l’auteure est de nous faire accepter l’idée que c’est mieux pour lui, parce que c’est ce qu’il a voulu, vraiment, profondément…

J’imagine la difficulté que c’est d’admettre que ce qui est arrivé était ce qu’il y avait de mieux pour l’être cher. Et ce n’est pas le seul élément touchant de ce récit. Olivia n’a de cesse, après la mort de son frère, de refuser l’image de l’homme triste, dépressif ; elle tient absolument à ce que survive de lui l’image solaire, fascinante, pas encore ternie par le spectre de la mort, du suicide. Tel un oiseau, l’âme de la personne qu’on aime et qui est partie flotte dans l’air, juste au-dessus de nous. Il nous incombe la tâche de ne pas en faire un fantôme, mais une force, une lueur d’espoir. Pour qu’elle reste là, près de nous, en nous. Je vous l’avoue, j’ai dû ravaler mes larmes à la fin du texte, lors de cet acte ultime de l’auteure qui ne m’a pas choquée, au contraire : je l’ai compris, du fond du cœur.

Bravo à Olivia de Lamberterie pour avoir su mettre de tels mots sur l’indicible et de permettre ainsi à tous ceux qui doivent affronter le deuil de trouver un écho dans ce très beau texte, bravo et merci donc, sincèrement !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

L’arbre des oublis de Corine Valade

J’aime les romans des éditions De Borée, car ils sont vrais, authentiques. Corine Valade nous narre ici une histoire dont pour ma part, je n’avais jamais entendue parler. Elle mêle donc à des faits historiques, une histoire fictive: celle de Lili et Joseph qui ont fait partie des orphelins et jeunes qui sont venus de la Réunion où la natalité explosait, afin de repeupler certaines régions telles que la Creuse. Certains ont eu la chance d’être adoptés, mais pour d’autres qui pensaient poursuivre de belles études ou des embauches, se sont sentis trahis. Nous suivons donc ces jeunes gens de 1967 jusqu’aux années 80, et les émotions sont au rendez-vous. Lili va difficilement vivre cette situation, bien qu’elle aime ses parents de , elle est incomplète, elle se cherche et ne parvient pas à atteindre la plénitude que la vie pourrait pourtant lui offrir. À coups d’intolérance et de manque de connaissances de l’appartenance du peuple Reunionnais à ce beau pays qu’est la France, Joseph va connaître un parcours chaotique, en étant utilisé comme garçon de ferme.

Un roman riche, qui traite de bien d’autres sujets, qui bien que sous-jacents mènent à la réflexion car Lili est une jeune fille réfléchie qui ne se laisse pas endormir par sa propre réussite, elle cherche à comprendre, à se souvenir. Sa route va être croisée par d’autres jeunes, venus du monde, notamment d’Afrique et qui cherchent eux aussi le bonheur et la belle vie même si pour eux les choses sont bien plus compliquées puisque contrairement à Lili et Joseph, ils ne sont pas Français.

Lili fuit le bonheur, elle ne peut l’accepter, elle souffre d’un manque, comme chacun, elle a besoin de connaître ses origines, avoir les explications de sa présence en métropole. Une histoire passionnante car elle traite d’un sujet méconnu. Il est donc intéressant de suivre l’histoire de cette jeune fille qui, a 4 ans se retrouve si loin de son île, de ses racines, de sa Gros Monmon… Bon voyage dans la Creuse où vous allez, comme je l’ai fait rencontrer Dédé et Simone, Eric, Gilles, Véronique, mamy bigoudis, et bien d’autres, des personnages forts, tendres qui font la des forces de cette lecture et qui m’ont rendu triste à l’idée de les quitter.

Bonne lecture!

Les Classiques de Priscilla – Le Comte de Monte-Cristo (Tome II) d’Alexandre Dumas

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A peine sur la route des vacances, je me suis jetée dans le tome II des aventures d’Edmond Dantès, et je l’ai terminé hier soir ! Dans son intégralité, le roman fait 1400 pages mais ce sont 1400 pages de pur bonheur, qu’on soit amateur ou non des classiques et des pavés. Vous trouverez d’ailleurs ma chronique du premier tome ici.

qrfNous retrouvons donc le Comte de Monte-Cristo à Paris, en pleine construction d’une triple vengeance qui n’aura pas de limites, autres que celles qu’Edmond Dantès lui-même s’est fixé, guidé, croit-il par la main de Dieu. Il s’introduit ainsi dans les maisons de ses trois ennemis : Danglars, qui avait écrit la lettre responsable de son emprisonnement ; Fernand, se faisant appeler M. de Morcerf, qui l’avait envoyée et avait ensuite épousé Mercédès ; de Villefort qui avait fait enfermer Edmond parce qu’il risquait de nuire à la réputation de son père et à son futur mariage avec Melle de Saint-Méran. Le temps a passé : beaucoup d’entre eux, en plus de la richesse, ont eu le bonheur de se marier et d’avoir des enfants. C’est là que les choses se compliquent, car même si la parole divine annonce que les coupables paieront jusqu’à plusieurs générations, Monte-Cristo a du mal à faire souffrir ces individus innocents.

C’est ce que j’ai trouvé très intéressant dans ce second tome. A la haine et la colère succède le doute. On retrouve des passages dignes de la « Tempête sous un crâne » de Jean Valjean. Cela rend encore plus attachant le personnage principal qui, sans cela, deviendrait presque inhumain tant son entreprise l’obsède. Edmond Dantès, à l’instar d’Alexandre Dumas, est tout simplement un génie : son argent lui permet d’avoir accès à toutes les informations, de déployer tous les stratagèmes et sincèrement, sa vengeance est extrêmement vicieuse. Il ne s’agit pas seulement de tuer ou de ruiner, il s’agit de priver l’ennemi de tout ce dont il l’a privé lui-même plusieurs années auparavant. Franchement, je ne pense pas que l’on puisse se détacher de ce très beau texte avant d’en connaître la fin.

Au-delà de l’histoire (vous devinerez que je reste très vague pour ne rien dévoiler), j’ai beaucoup aimé suivre l’évolution de la relation entre Mercédès et Edmond. Bien sûr, on comprend rapidement qu’elle est la première à l’avoir reconnue et on se demande tout au long du roman ce qu’ils finiront par se dire. Mais non, le temps a passé : s’il reste des traces du premier Amour, elles sont rapidement effacées par l’amour maternel d’une part, par la colère d’autre part. L’ultime soubresaut de Monte-Cristo est touchant, parce que très réaliste. La place d’Haydée est également essentielle : l’inconnue, que l’on savait esclave du comte, devient l’équivalent d’une fille et cet amour pur tend à se présenter comme la seule source d’un éventuel bonheur futur pour ce comte, dont, rappelons-le, la moitié de la vie s’est passée en prison et la deuxième dans la vengeance.

Beaucoup de personnages secondaires, apparemment, revêtent un caractère fort, symbolique et deviennent de vrais points d’accroche dans ce roman que l’on pourrait qualifier de roman-fleuve. Maximilien Morrel bien sûr, dont la droiture, la loyauté et l’amitié en font le digne héritier de son père ; Valentine, deuxième être prodigieusement pur du texte ; Albert de Morcerf, l’âme déchirée entre son sens de l’honneur et la réputation de sa famille ; Beauchamp ; Eugénie Danglars… Même les personnages mauvais ont leur charme : je pense notamment à Caderousse ou à Benedetto.

Bref, ce fut un réel bonheur de découvrir ce roman et de découvrir Dumas par la même occasion. Autant vous dire que maintenant, il me tarde de me lancer dans Les Trois Mousquetaires. Si vous ne connaissez pas l’auteur, mais que vous aimez l’aventure, les histoires finement construites, le beau style (celui qui ne tombe ni dans la vulgarité, ni dans l’excès de descriptions ou d’effets de style justement), les personnages fins, complexes et réalistes, ne vous laissez pas rebuter par le nombre de pages. Sincèrement, ce roman est en passe de devenir mon préféré, c’est un monument de notre littérature française qui m’a laissée sans voix. Alors, je vous ai donné envie, j’espère ?

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Throwback Thursday Livresque n°16

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 18 juillet : Quête

La dernière fois que ce thème est tombé, c’était lors d’une de nos premières participations au TBTL et j’avais choisi de vous parler de la quête du Graal et de ma fascination pour les romans du cycle du roi Arthur.

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Aujourd’hui, grâce à Magali, grâce au blog, et grâce à vous qui nous suivez, j’ai lu des romans plus contemporains et peut-être moins hermétiques et pourtant, le titre que j’ai choisi de vous présenter est celui d’un roman qui a aussi un cadre médiéval. Il s’agit d’un coup de cœur assez récent : La Confrérie des Mages d’Emmanuelle Ferré. Vous trouverez ma chronique ici.

On y retrouve de nombreux éléments propres à la thématique de la quête : l’initiation, l’enquête, la recherche, l’apprentissage, les épreuves, les longs voyages, les rencontres heureuses ou non.

Je m’étais vraiment régalée avec les aventures de Lera qui doit découvrir l’étendue de ses pouvoirs, les responsables des malheurs de sa contrée, les motivations du Grand Mage. Mais surtout, à la fin de ce tome, la quête semble prendre une nouvelle tournure, puisqu’il s’agira de retrouver Alistair. J’ai tellement hâte de m’y replonger…et c’est prévu pour le retour des vacances ! Faut bien essayer de retrouver le moral en rentrant à Paris, c’est le médicament secret que je me suis mis de côté… Je vous en dirai des nouvelles.

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Fleurs captives de Virginia C. Andrews

Voici un des rares romans que j’aurai lu deux fois dans ma vie. Il faut dire que ma première lecture remonte à une autre vie, j’avais environ 12 ans et j’avais emprunté les deux premiers tomes de cette saga de cinq livres à la mère d’une amie. Voici donc la confirmation de ma passion depuis toujours pour les livres, car pendant que mère et fille essayaient des tenues, moi je furetais dans leur bibliothèque!

Je me souvenais des grandes idées de cette histoire absolument passionnante qu’a imaginé Virginia C. Andrews, il faut dire que c’est le type de lecture qui vous marque, surtout à 12 ans. Cette relecture m’a permise de voir les choses avec plus de recul, ma compréhension a bien entendu était différente, ma colère, certainement plus intense encore! Je suis restée accrochée à ces lignes comme une affamée, connaitre l’issue de ce premier tome était pour moi une véritable drogue, il faut dire que rien n’est épargné à ces quatre enfants et le lecteur vit chaque minute d’enfermement avec eux. S’engage alors une terrible réflexion sur les priorités de la vie lorsqu’on est parent, les enfants passent-ils avant tout? Il semble et l’actualité, la vraie, nous prouve parfois que non!

Un début de saga qui ne donne qu’une envie: se plonger dans la suite dont je ne me souviens absolument pas, le plaisir ne va donc en être que plus intense. Je ne peux que vous conseiller vivement de découvrir ce roman, qui, quoiqu’il crée comme réaction chez vous, ne pourra vous laisser indifférent. J’ai d’ailleurs hâte d’avoir des avis, des ressentis…

D’autant plus qu’un très belle réédition a été publiée chez France Loisirs. Ce qui n’est pas du luxe car il faut avouer que la couverture de la version que j’ai lu étant jeune et que voici est absolument repoussante et ne traduit absolument l’histoire haletante qui s’y déroule.

A très vite pour le deuxième tome dont je reviendrai vous parler très prochainement.

Résumé:

A la mort de son mari, Corinne retourne dans la demeure parentale en compagnie de ses quatre enfants. Malheureusement, la vie deviendra rapidement un enfer pour cette famille maudite. Pour de sombres histoires d’héritage, l’existence des enfants doit rester cachée aux yeux du père de Corinne, avec lequel elle est brouillée. Sa mère, pour sa part, se montre vindicative et terrible envers eux : sous couvert de les préserver, elle les séquestre dans le grenier avec à peine de quoi subsister. Alors, pour oublier, ils font de cet endroit d’incertitudes et de traumatismes le royaume de leurs jeux et de leurs rêves, le refuge secret de leur tendresse, à l’écart du monde. Mais les jours deviennent des semaines et les semaines des mois. Très loin d’être au bout de leurs surprises, dans cette atmosphère délétère de complots familiaux, leur seul objectif demeure de s’échapper. A n’importe quel prix.

Ca raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard

Juste avant de partir en vacances, j’ai terminé Ca raconte Sarah, et il faut que je vous raconte ! Il fait partie de ces romans que l’on a beaucoup vus sur la toile à la fin de l’année dernière (oui, c’est un cadeau de Noël) et je sais maintenant pourquoi.

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Sarah, c’est la vie, c’est la folie, c’est l’urgence. Cette prodigieuse vitesse, on la sent même dans le style. L’écriture de Pauline Delabroy-Allard est haletante, on a du mal à reprendre son souffle, surtout dans la première partie du roman. Cette urgence, elle casse les codes de l’écriture : ça va vite, ça ne suit pas de chronologie définie, ça bouillonne, ça explose même pour décrire le bonheur, ça raconte Sarah. Comme tout ce qui explose, au début, c’est grisant. La narratrice répète souvent que Sarah, « elle est vivante » et pour nous lecteurs, c’est la même chose. Au début, heureusement que Sarah est là pour allumer la petite étincelle, mais très vite, comme la narratrice, on sent l’odeur de soufre, annonciatrice sûrement de « souffre ». Une étincelle, une explosion, par définition, ça ne peut pas durer.

Que reste-il après ? Des cendres. C’est ainsi que l’on retrouve la narratrice dans le seconde partie du roman, en cendres… Par la nature même de la focalisation interne, on ne sait pas non plus ce qui s’est passé lors de cette dernière soirée. Sarah est-elle morte ou non ? Peu importe finalement. L’étincelle s’est éteinte et le travail de la narratrice est de survivre dans les cendres. L’Italie, la folie, la table rase, elle tente tout, mais rien n’y fait, elle cherche désespérément à retrouver cette explosion achevée.

Ce roman est donc bien le roman de la passion. Elle est définie à plusieurs reprises, réactivant du même coup le sens étymologique qui renvoie à l’idée de « souffrir, subir ». Comment vivre sans la Passion quand on l’a connue, quand elle nous a embrasé ? On ne vit plus vraiment, à vrai dire, on survit, et c’est assez pathétique.

L’Amour est bien au centre de ce récit, mais pas dans ce qu’il a de plus constructif et apaisant. C’est un Amour destructeur. La narratrice ne se connaissait pas elle-même avant Sarah et elle doit apprendre à se découvrir, pas seulement sans Sarah, mais après Sarah. Même absente, elle est au cœur de la quête de l’héroïne. Cette femme qui est maman et enseignante perd tous ses repères après le tsunami S, elle ne sait plus ce qu’elle veut, ce qu’elle aime, ce qu’elle est, ce qu’elle va devenir.

Comme je vous le disais, je comprends maintenant pourquoi ce roman a fait couler tellement d’encre. Il laisse une trace marquante, un goût d’inachevé, des questions sans réponses, mais en tout cas, c’est certain, il ne laisse pas de marbre. Et vous, chers lecteurs, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)