Sous le soleil de mes cheveux blonds d’Agathe Ruga

C’est sur le trajet de retour des vacances que je me suis plongée dans ce beau roman. Heureusement pour moi, le trajet était long et les enfants fatigués. J’ai donc pu en toute tranquillité savourer les mots d’Agathe et les émotions de Brune.

Depuis sa parution, je n’ai pas lu beaucoup de critiques négatives sur ce petit bijou et je comprends pourquoi. Bien sûr, Agathe est déjà une personnalité appréciée sur la toile littéraire, mais ça ne fait pas tout, loin de là. Déjà comme chroniqueuse, ses mots transportent mais en tant qu’écrivaine, c’est mieux qu’un voyage…

« Ton absence me pèse autant car tu existes toujours. Si notre histoire est finie, notre amitié ne l’est pas. Elle perdure malgré nous car elle a eu un commencement, un début. Il y a un nous qui existe, des choses ont été dites. Toutes les amitiés seront évaluées à l’aune de celle-ci, sans le vouloir, comme pour un premier amour. Personne ne te devine à travers moi, personne ne peut savoir que tu fais partie de mon sourire, parfois de mon humour. A partir du moment où tu es entrée dans ma vie, rien n’a pu t’effacer, ni te soustraire. Tu es toujours là… »

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Cette histoire relève de l’auto-fiction : qu’est-ce qui est biographique ? qu’est-ce qui ne l’est pas ? Finalement, je vous assure que cela importe peu, car tout est vrai. Je pense qu’on ne peut qu’être touché par ce roman parce qu’on a tous été jeunes et on a tous eu un ou des amis, perdus de vue ou non depuis, mais grâce auxquels nous sommes conscients d’avoir changé, d’avoir grandi, d’avoir appris.

Brune et Brigitte sont opposées sur bien des aspects et pourtant c’est ensemble qu’elles sont le plus elles-mêmes. Les tourments de l’adolescence, les émois des premières amours, les échecs et réussites scolaires, les projets de vie, elles partagent tout. Elles s’aiment, s’adorent, se déchirent, mais ne peuvent se passer l’une de l’autre. C’est fort, c’est beau, c’est destructeur aussi parfois. A force de vivre l’une près de l’autre, l’une pour l’autre, l’une par l’autre, les deux jeunes femmes s’oublient, se perdent aussi. A force de partager les galères, les joies, les secrets, elles finissent par partager les sentiments, les ambitions, les affections.

Ce roman est un roman de l’amitié, bien sûr, mais c’est surtout un roman de la mémoire. Qui n’a jamais vu remonter ses souvenirs à l’écoute d’une chanson, à l’évocation d’un lieu ? Le topos de la madeleine de Proust, me direz-vous… C’est plus subtil que ça : Proust ne s’attend pas à l’émergence de son souvenir d’enfance ; Brune cherche constamment à le provoquer, refuse de le perdre, quitte à souffrir, quitte à pleurer. Qui n’a jamais fait ça non plus ? J’ai été vraiment touchée par la proximité de Brigitte dans le cœur, les pensées, les rêves de Brune. Agathe Ruga n’hésite pas à mêler l’amour, l’amitié, la sexualité, utilisant tour à tour la poésie, la grivoiserie, transcendant le vulgaire par l’onirique grâce à une plume envoûtante et rythmée.

Je suis intimement persuadée que les amitiés de l’adolescence sont déterminantes dans la construction de la vie des adultes. Le fil rouge de la maternité est d’ailleurs significatif dans le texte d’Agathe. Blanche est l’enfant de la raison, de l’entrée dans l’âge adulte. C’est le moment pour la narratrice de faire un point sur le passé et de s’appuyer dessus pour avancer, plutôt que d’essayer de l’enterrer et de s’enterrer elle-même par la même occasion. Brune refuse l’amnésie que s’est imposée Brigitte, elle ne nie pas ce que cette relation a pu lui apporter de positif et de négatif, et je crois que c’est le message que j’ai choisi de retenir de ce magnifique roman : les gens vont et viennent, certains restent longtemps, marquent davantage mais ils disparaissent, laissant derrière eux des dizaines de questions, des centaines de souvenirs. Ils restent vivants en nous, comme des béances, mais on vit avec eux, toujours, quoi qu’il arrive…

« L’absence est pire que la mort, rien n’arrête le sentiment d’absence, on est condamné à vivre avec tous ces absents qui demeurent quelque part et sans nous. Et quand bien même ils tenteraient de revenir dans nos vies, leur réapparition ne changerait rien. Ils ont été absents, ils seront toujours absents, ils ont créé un immense vide, impossible à combler. Il n’y a pas d’issue. Les absents sont des trous dans nos cœurs. »

Alors chers lecteurs, à vous, à votre jeunesse, à vos absents !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

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2 réflexions sur “Sous le soleil de mes cheveux blonds d’Agathe Ruga

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