Les Fleurs sauvages de Holly Ringland

Ce livre est magnifique, pour tellement de raisons. Premièrement, je l’ai gagné lors d’un concours sur Facebook organisé par les éditions Mazarine, avec son superbe bouquet livré par Bloom & Wild. Deuxièmement, le livre est beau, et ça ne se limite pas à sa couverture.

Troisièmement, et c’est essentiel, l’histoire est absolument passionnante. Ne me demandez pas pourquoi, mais je m’attendais à un feel-good.

Voici la quatrième de couverture : Lorsqu’une tragédie change à jamais sa vie, la jeune Alice Hart, âgée de neuf ans, part vivre chez sa grand-mère qu’elle ne connaît pas. Quittant le bord de l’océan où elle a grandi, elle trouve refuge dans la ferme horticole de June, où celle-ci cultive des fleurs sauvages d’Australie. Au fil du temps, Alice oublie les démons du passé et apprend à perpétuer la tradition familiale en utilisant le langage des fleurs pour remplacer les mots lorsqu’ils se font trop douloureux. Mais l’histoire des Hart est hantée par de nombreux secrets que June cache à sa petite-fille. Une sorte de fatalité semble accabler les femmes de leur famille, aussi June préfère-t-elle tenir Alice à l’abri de la vérité, quitte à la tenir à distance de l’amour. Une fois adulte, révoltée par ce silence et trahie par celles qui lui sont le plus chères, Alice se rend compte qu’il y a des histoires que les fleurs seules ne peuvent raconter. Si elle veut être libre, elle doit partir et inventer l’histoire la plus importante de toutes : la sienne.

Il s’agit donc d’une histoire familiale : celle d’Alice, composée de sa maman, de son père et du bébé à venir, une histoire écrite avec l’eau de la mer, le nectar des fleurs, mais aussi avec le feu et avec le sang, une histoire qui s’achève brutalement, alors qu’Alice n’a que 9 ans. Recueillie par une grand-mère dont elle ignorait l’existence, l’héroïne va devoir composer avec une histoire intergénérationnelle, une histoire de femmes qu’elle sent lourde, mais dont on ne lui dit rien, pour la protéger (mais les mensonges et les secrets protègent-ils ? Ne protègent-ils pas davantage ceux qui les font que ceux à qui on les fait ?).

Les personnages, notamment ceux d’Alice, Sally, June, Twig, Candy, Lulu et Ruby sont riches, intéressants et bien construits. Chacune de ces femmes a une histoire douloureuse, dans laquelle les hommes jouent des rôles souvent cruels, dans laquelle l’amour est un piège dangereux. Bien sûr, et heureusement, certains personnages masculins relèvent le niveau, mais il faudra un long périple à Alice et à ses amies pour accorder de nouveau leur confiance à la gent masculine.

Ce roman, c’est donc aussi un roman d’apprentissage : quand l’image du père est altérée, quand la présence masculine est évincée, quand le premier amour est éloigné, comment se construire en tant que femme ? Alice doit connaître la vérité, doit faire ses propres erreurs et doit tout quitter pour enfin devenir.

Je ne me suis pas ennuyée un seul instant dans ce roman. On y trouve tellement d’émotions, on s’y pose tellement de questions… Et puis, on voyage aussi. On découvre des fleurs aux couleurs chatoyantes, des paysages fascinants qui donnent terriblement envie d’aller en Australie. J’espère, quant à moi, vous avoir terriblement donné envie de découvrir ce roman qui le mérite grandement !

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Trancher d’Amélie Cordonnier

Pervers narcissique, harcèlement moral, maltraitance des femmes… Ces sujets sont complètement d’actualité. Non pas parce qu’il y a davantage d’hommes mauvais qu’il y a cinquante ans, mais seulement parce qu’aujourd’hui la société a mis un nom dessus et que leurs méfaits sont enfin reconnus.

Dans ce court mais très beau roman d’Amélie Cordonnier (qui sort en poche le 4 septembre), nous reconnaissons les traits de ces histoires et pourtant, aucune redite ! L’auteure réussit le challenge d’écrire un roman entier à la deuxième personne du singulier. Qui parle ? On ne le sait pas vraiment, et pourtant on se laisse embarquer, très facilement.

C’est l’histoire d’une femme amoureuse, d’une mère de famille bienveillante et aimante, d’un être bafoué dans son intimité et dans sa confiance en elle. Après avoir traversé, avec son mari, une période violente et destructrice, après avoir rompu et finalement laissé une chance à l’homme de sa vie, après sept années de bonheur, le Mal revient en force. L’alcool, la jalousie, la colère, tout se mêle pour transformer l’homme gentil en Bête pour sa femme et pour ses enfants. Et puis, un jour, c’est trop ! En mettant des mots sur sa vie, cette jeune femme prend conscience de la réalité et prend une décision : trancher, sous quinzaine ! Elle restera ou le quittera pour toujours. Le compte à rebours est lancé. L’homme en est informé, et pourtant, il ne parvient pas à être parfait pendant deux semaines : oscillant entre une forme orale de barbarie et des preuves d’amour à n’en plus finir. La jeune femme semble prendre peu à peu de l’assurance face au Monstre, mais elle n’est jamais aussi froide qu’elle le souhaiterait face à l’homme.

Evidemment, on peut juger. Il est facile de se demander pourquoi elle reste si longtemps, pourquoi elle lui laisse tant de pouvoir. Mais les mots d’Amélie Cordonnier disent tout, pour peu qu’on veuille les entendre. Ils disent les horreurs prononcées par le Monstre, les déclarations d’amour offertes par l’Amant, les colères et les angoisses des enfants, les doutes, les espoirs et les désillusions de la femme. Aux grossièretés gratuites et injustifiées succèdent de beaux moments de littérature.

Avec le personnage, je me suis demandé si les choses s’arrangeraient, si l’on pouvait pardonner un tel comportement, si l’on pouvait tout recommencer. Finalement, la question n’est pas de savoir si l’on peut accepter ça, évidemment, objectivement, on ne peut pas, on ne doit pas. Mais que faire quand on aime l’autre bien plus qu’on s’aime soi-même ? On a beau dire qu’il ne faut pas, c’est bien le propre de l’amour – de soi, d’un autre – de ne pas pouvoir être contrôlé. Est-il humainement possible de trancher ? Dans le vif, comme ça, sans pouvoir recoller les morceaux ? Quitter un être, c’est dire « Adieu » à sa vie telle qu’on la connaît. Il faut du courage, une forme d’abnégation et énormément d’amour, pour soi-même et pour ses enfants. Tout ça, elle l’a. Est-ce que ça suffit ? A vous de trancher…

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Chocolat et fleurs de sel de Joëlle Loeuille

J’ai choisi ce livre qui est sorti en librairie le 21 août 2019 juste au titre, sans même avoir lu la quatrième de couverture. Période de vacances, il me semblait donc que cette lecture était idéale pour mes soirées de calme et de repos. Je ne me suis pas trompée, Chocolat et fleurs de sel est un roman simple mais dont l’attachement aux personnages est immédiat. Jeanne est une femme comme vous et moi, elle n’est pas parfaite, elle fuit les soucis et se contente d’une vie bien ordonnée en pensant qu’elle y trouvera le bonheur. Mais le destin est impossible à contrôler, il met des événements, des personnes, des situations sur votre chemin et vous n’y pouvez rien.

Ce roman est, hormis les personnages, touchant à plus d’une raison, il parle de tourner la page, de savoir lâcher prise, de laisser ses douleurs et ses pertes derrière soi. Même si rien n’est gagné, si d’autres combats se mettront sur votre route, il faut vivre le jour présent, sans penser au lendemain et aux nouvelles déceptions et difficultés qu’il pourrait nous amener. Jeanne est dévouée aux autres, malgré une image rigide, ses élèves l’apprécient, elle leur demande la perfection et tente de leur faire aimer la littérature autant qu’elle même. L’auteure donne dans ce roman la parole à chacun, vous comprendrez ce que je veux dire lors de votre propre lecture.

Un joli roman sur les périodes de la vie, les opportunités, sur la belle région de Bretagne, un hymne au chocolat et au délices de la pâtisserie. Une lecture qui donne envie de vacances, de repos, de voyages et de plaisirs culinaires. Un « feel good » à la Française avec l’intelligence des mots, des références littéraires, des traditions et de l’importance de la famille. Lu en quelques heures, entre plage et soirée à écouter les vagues, je ne peux que vous conseiller cette lecture fraîche et gourmande, vous allez, comme moi saliver et rêver de chocolat.

Merci à City Editions.

Boy Diola de Yancouba Diémé

Un premier roman très prometteur que ce Boy Diola. L’auteur nous embarque rapidement avec lui au gré de ses souvenirs de l’histoire de son père dont il ne prend lui-même connaissance que par bribes. Nous voyageons donc avec un plaisir non dissimulé, dans le temps et l’espace : nous passons par les forêts luxuriantes d’Afrique, par l’activité foisonnante de Dakar, par Marseille, par Aulnay-sous-bois. Mais tout cela sans suivre une chronologie rectiligne. J’ai vraiment eu cette impression, propre à l’autobiographie, que nous apprenions les événements au fur et à mesure des récits paternels, des rencontres avec les amis, avec les oncles, les cousins. Les failles temporelles sont nombreuses, ces bonds dans le temps obligent le lecteur à rester concentré et attentif tout au long de sa lecture. Mais cela se fait sans problème.

Voici la quatrième de couverture :

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« Boy Diola », c’est ainsi qu’on appelait le villageois de Casamance venu à Dakar pour trouver du travail. Ce villageois, c’est toi, mon père, Apéraw en diola. À force de côtoyer de trop près la souffrance, tu as décidé de partir. Pendant des mois, tu t’es rendu au port jusqu’à ce que ton tour arrive, un matin de 1969. Tu as laissé derrière toi les histoires racontées autour du feu, les animaux de la brousse, les arachides cultivées toute ta jeunesse. De ce voyage tu ne dis rien. Ensuite, tout s’enchaîne très vite. L’arrivée à Marseille, l’installation à Aulnay-sous-Bois, la vie d’ouvrier chez Citroën, le licenciement, la débrouille.

Odyssée depuis le fin fond de l’Afrique jusqu’aux quartiers populaires de la banlieue parisienne, Boy Diola met en scène, avec une pointe d’humour et beaucoup d’émotion, cet homme partagé entre deux mondes et donne ainsi corps et voix à ceux que l’on n’entend pas.

Si la réalité dépeinte ici ne prête pas toujours à sourire, le narrateur rend vraiment un bel hommage à son papa, car ce qui ressort de ce texte, c’est que même dans les problèmes financiers, dans les soucis de santé, de deuil, il n’a pas été malheureux. L’entraide, la famille, la débrouille et la bonne humeur semblent être les maîtres-mots de cette vie de famille. En outre, le père est une vraie personnalité, il oscille entre la naïveté, l’aspiration à la tranquillité et une répartie incroyable. J’ai particulièrement aimé sa réaction face à la couleur rouge.

Je vous invite donc chaleureusement à découvrir cet agréable premier roman vous passerez un excellent moment et normalement, en le refermant, vous devriez vous dire « Déjà ?!… ». C’est un texte drôle, touchant, dépaysant, révoltant aussi parfois, mais sans être grave, et ça, c’est un coup de maître. Il paraît aujourd’hui aux Editions Flammarion.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

À la plage, on lit…

Je suis actuellement à Hendaye au pays Basque. Je lis moins que d’habitude, mais j’observe, je fouine, je farfouille. J’ai pu constater que beaucoup de gens lisent à la plage, j’y ai vu des romans de Olivier Norek, de Éric-Emmanuel Schmit mais aussi beaucoup de lecture locale. En me promenant au grès des rues de la ville, je suis rentrée dans la maison de la presse et j’ai pu vérifier où cette lecture locale se vendait.

L’éditeur Du noir au Sud nous propose ici les romans de Jacques Garay, un auteur pure souche du Sud ouest. Des Thrillers qui se déroulent donc de Bayonne à Biarritz en passant par Ciboure et Saint Jean de Luz.

https://www.editions-cairn.fr/242_garay-jacques

Il me fallait faire un choix, chose qui n’était pas facile. J’ai donc acheté celui-ci qui une fois de retour chez moi s’ajoutera à ma collection de Thrillers Cairn du noir au Sud et me permettra de conserver un peu de cette région que j’aime tant.

Lady Helen Le club des mauvais jours de Alison Goodman

Petit achat totalement compulsif juste avant mon départ en vacances, voici mon avis sur ce premier tome de Lady Helen.

Dans la société Londonienne du 19ème siècle, nous faisons la connaissance de Lady Helen, qui vit sous la garde serrée de son oncle et de sa tante. Helen n’a plus ses parents et il faut dire que la mémoire de sa mère n’est pas à évoquer lors des diners familiaux. Rapidement le lecteur découvre que l’auteure Alison Goodman, a eu la très bonne idée de mettre au milieu de toutes ses manies, de cette bonne conduite typiques de ce siècle, une intrigue qui va donner un rythme fabuleux à ce roman. Entre disparitions et rencontres sombres et intrigantes, Helen va vite découvrir que sa vie risque de perdre de sa quiétude et que son principal soucis journalier ne sera plus de choisir sa tenue… Lord Carlston va chambouler sa vie, ce  » Bad boy » d’une autre époque rentre dans cette histoire de façon fulgurante et j’ai adoré ce personnage qui met de coté les bonnes manières et conventions de l’époque.

Quant à Helen, c’est une jeune femme vive, intelligente et courageuse pour l’époque dans laquelle elle évolue, on la sent tellement envieuse de s’émanciper, de se libérer, mais on sent aussi que les codes et traditions de la société, la freine dans son envie de baisser les dernières barrières face à l’aventure dans laquelle elle se retrouve mêlée bien brutalement. On a bien, à quelques reprises, l’envie de lui mettre un coup de pied aux fesses et de l’encourager à tout envoyer en l’air, mais nous ne vivons pas dans le même monde, trois siècles nous séparent, il ne faut pas l’oublier. Des phénomènes assez horribles, qui glacent le sang et qui amènent à se méfier de tous, même de ses proches, c’est ce que vit Lady Helen. Le rythme du livre monte rapidement en intensité à tel point que je ne pouvais plus le lâcher sur les dernières pages!

Mêler de la fantasy à cette époque romanesque et romantique est à mon avis une idée ingénieuse qui permet à un public diversifié de se passionner pour cette incroyable aventure. Des personnages forts, aux caractères bien trempés et différents, des femmes qui, bien qu’engoncées dans une époque où rien ou presque ne leur est autorisé sans l’aval d’un homme, ne se laissent pas dicter leur conduite et assument leurs actes. Je trépigne d’envie de m’offrir la suite et de la dévorer. N’hésitez donc pas à vous plonger dans cette saga, dont j’espère rapidement pouvoir vous parler encore et encore…

UnPur d’Isabelle Desesquelles

Comment dire l’indicible ? Comment raconter l’innommable, l’Horreur « avec sa grande H » ? Le roman d’Isabelle Desesquelles est dur, il bouscule, il bouleverse. En même temps, on touche à ce qu’il y a de plus précieux, l’enfant, et à ce qu’il y a de plus atroce, le viol.

qrfAlors que Benjamin est en vacances avec son frère jumeau Julien et leur mère en Italie, il est enlevé par celui qu’il appellera « Le Gargouilleur » (parce qu’il le colle toujours contre son ventre). A l’enfer de la séquestration et du viol, s’ajoute celle d’une enfance volée, pendant laquelle on force l’innocence à commettre l’irréparable.

Je ne dirai pas tout ce qui se passe, puisque, de toutes façons, je ne suis pas certaine qu’un lecteur puisse trancher à la fin du roman sur ce qui se passe réellement. Mais la force du texte, c’est de montrer, à travers le regard de l’enfant, du jeune adulte, puis de l’homme mâture toutes les conséquences, directes et indirectes, d’une telle maltraitance. Benjamin est évidemment traumatisé, mais il est le témoin de son impossibilité à se construire en tant qu’adulte, dans son rapport aux autres, dans sa sexualité.

L’horreur ne réside pas seulement dans les sévices physiques. Finalement, la manipulation psychologique est bien pire. Benjamin voit sa vie gâchée : il perd sa mère, son frère, son droit d’être un adulte épanoui, peut-être même d’être un père.

Ce qu’il raconte fait vraiment froid dans le dos : j’ai eu les larmes aux yeux et la nausée plus d’une fois, et pourtant, je n’ai pas pu décrocher de ma lecture. (Avis à tous les parents : il y a un risque très sérieux de devenir parano…)La faute à un style sans fausse note et une maîtrise très fine de l’intrigue. On s’attache très facilement à cet enfant bafoué, on se détache très rapidement de cet adulte déviant, on compatit immédiatement lors du procès. L’auteure nous emmène exactement où elle veut, Au Bout du Bout, là ou Un Pur devient impur, où l’Impur se bat pour rester Un Pur.

C’est une découverte éprouvante, c’est un livre qui marque, au fer rouge. C’est une écriture violente et sans pitié, mais qui emporte inévitablement, par la beauté des mots, malgré la dureté de cette réalité. Et puis, il y a Rimbaud… « Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie. »

Quelques citations qui m’ont marquée :

« Aujourd’hui, j’éprouve bêtement un sentiment de paix à avoir atteint la cinquantaine, ce n’était pas gagné. Quand le passé n’est jamais assez loin, le présent paraît hors de portée. »

« Ce que révèle la photo, c’est le sang qui coule et ne blesse pas. Une image d’un passé inaccessible et elle transcende l’absence définitive. Ressembler à un garçon ne l’a pas une seconde embêtée, la petite fille se sent belle de ressembler à un qui manque. »

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Jour de courage de Brigitte Giraud

Un jeune homme de 17 ans présentant un exposé sur Marcus Hirschberg, un homosexuel juif, fondateur du premier centre de sexologie du monde, victime de la censure et de la barbarie nazie, en profite pour faire son coming-out, ou bien fait son coming-out un peu malgré lui, devant sa professeure, sa meilleure amie amoureuse de lui et tous ses camarades. Le sujet promet d’être intéressant, car mené de manière vraiment originale ; touchant car il relève de l’humain et de l’adolescence. Et pourtant, je n’ai pas été séduite, la magie n’a pas opéré.

Je reste admirative de la manière dont l’auteur gère la temporalité de son récit. La majeure partie du roman nous présente l’exposé dans son déroulement, mais pour que nous puissions comprendre les enjeux du thème et des mots choisis par Livio, il faut bien que nous connaissions son passé. C’est alors mené de main de maître : nous sommes les destinataires des souvenirs de Livio, des flashs qui lui reviennent pendant qu’il parle, mais aussi de ceux de Camille, son amie amoureuse de lui, ce qui nous permet d’avoir une vue d’ensemble de l’évolution du narrateur.

Ce que l’on apprend de Marcus Hirshberg est également très intéressant, j’avoue avoir été aussi peu informée au départ que les élèves du lycée de Livio. Comprendre les conséquences des libertés liées à la République de Weimar et ôtées dans la violence par les nazis m’a semblé très enrichissant, vraiment !

IMG_20190804_172317.jpgMais voilà, au-delà de ces deux points très positifs que je tenais à souligner, je n’ai pas été emballée par cette lecture. J’ai trouvé que l’ensemble manquait d’émotions, de sincérité. Livio met en scène son coming-out mais de fait, tout se passe comme s’il en était détaché. Aucun émoi, ni à son propos, ni à celui de son amie « parfaite » Camille. Quant à sa disparition, elle est rapide, inattendue, pas assez développée à mon goût. Bref, une fois n’est pas coutume, je n’ai pas été convaincue… Cela arrive !

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Les Classiques de Priscilla – Crime et Châtiment de Fédor Dostoïevski

Ce mois-ci, grâce au Reading Classics Challenge de Lilly & Books, je me suis lancée dans la lecture de Crime et Châtiment de Dostoïevski. J’avais déjà fait connaissance avec la plume de cet auteur russe, au cours de mes études : j’avais lu Le Double. Il ne m’a pas autant marquée que les autres textes lus dans le cadre de cette thématique (Le Portrait de Dorian Gray que j’avais adoré, Les Elixirs du diable et La Méprise de Nabokov).

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Ce roman de plus de 650 pages a beaucoup joué avec mes nerfs. Je l’ai d’abord trouvé, il me faut vous l’avouer, long et ennuyeux, d’autant que cette manie russe de donner, à chaque fois que l’on parle de quelqu’un, ses trois noms rend le style lui-même un peu lourd. Cela manque d’action, le personnage principal manque de dynamisme et d’assurance, j’ai vraiment cru que j’allais abandonner, mais je tenais tellement à connaître cette histoire que je me suis accrochée, et tant mieux. A partir de l’entrée en scène d’autres personnages (Razoumikhine, Dounia, la mère, Svidrigaïlov, Catherine Ivanovna et Sonia), le roman prend une autre dimension. C’est par l’intervention de tous ces êtres que le héros, Raskolnikov, prend son épaisseur et gagne en intérêt.

Le synopsis de ce roman, on le devine avec le titre : il s’agit d’un étudiant désargenté qui, par dépit, va se laisser aller au vol et au meurtre. S’il n’est pas arrêté tout de suite (c’est bien là tout l’enjeu du texte), son châtiment commence avant la moindre décision de justice. Raskolnikov doit vivre avec ce qu’il a fait et on ne peut pas dire que cela soit une réussite. De maladies nerveuses en décisions constamment avortées, ce personnage n’a pas grand chose d’attachant. Il se montre certes souvent généreux, mais avec un tel mépris pour ceux qu’il aide, que cela en devient odieux. Il a une grande estime de lui-même et manque cruellement d’assurance. Il ne parvient ni à regretter son geste, ni à en profiter. Quant à son attitude avec les amis qui l’entourent, malgré tout, elle est tout simplement détestable. Mais c’est là toute la force de ce récit, je me suis sentie absolument fascinée par les êtres les moins agréables (notamment le héros et Svidrigaïlov) alors que les autres me laissaient davantage de marbre (exceptions faites de Dounia dont la loyauté ne va pas sans un caractère fort et de Catherine Ivanovna dont le tempérament de feu m’a souvent fait sourire). En effet, Sonia, Razoumikhine, la mère du héros et de nombreux autres personnages m’ont semblé trop naïfs, trop purs pour être vraiment intéressants. Ce qui me fait dire que l’auteur s’ingénie à nous rendre aussi méprisants (voire méprisables) que son personnage principal : pour être exceptionnel, il faut être vicié…

Ce roman ressemble à une tragédie, mais une tragédie moderne et sans noblesse. Beaucoup de morts évidemment, mais aucune intervention divine, ni présence – selon moi – de destin qui s’acharne : les personnages choisissent leur sort et en paient les conséquences, même s’ils essaient d’oublier le plus souvent. Beaucoup de personnages positifs souffrent malgré leur bonté naturelle. Une seule petite nuance d’espérance apparaît dans l’épilogue et vient redonner un peu de couleur à cette réalité noircie par une plume acerbe mais que j’ai finalement trouvée addictive.

Et vous, connaissez-vous ce classique ? L’avez-vous lu jusqu’au bout ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Dites-moi tout, cela m’intéresse !

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