Throwback Thursday Livresque n°26

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine du 31 octobre : Halloween évidemment !

Cet article aurait pu aussi avoir sa place dans la rubrique « Ma vie de prof », car je vais vous parler d’un recueil de nouvelles que j’adore donner à lire à la maison à mes 4e pour se familiariser avec l’ambiance du récit fantastique que nous étudions en classe juste après.

« Neuf histoires à vous glacer le sang » est le sous-titre de ce recueil et il le porte bien. Anthony Horowitz fait varier les époques, les degrés de frissons et l’hésitation fantastique dans ces courts récits qui ne sont pas de qualité égale mais qui, dans l’ensemble, se tiennent bien et connaissent leur petit succès auprès de mes chères têtes blondes. Mes préférées sont « La photo qui tue », « L’Homme au visage jaune », « L’Oreille du singe » et « L’horrible rêve de Harriet »

Si j’ai pensé à ce texte aujourd’hui, c’est parce qu’une des nouvelles « Bus de nuit » se passe le soir d’Halloween. Des enfants prennent le bus en rentrant de leur soirée du 31 octobre et s’aperçoivent au fur et à mesure de leur retour que leur moyen de locomotion est rempli des morts du cimetière de la ville.

Le décor est planté… Je ne sais pas si vous aimez ce genre d’ambiance, mais si oui, ce petit recueil devrait vous plaire…

Sur, Happy Halloween ! Et oui, la lanterne a été faite maison avec mes loulous ! 😉

Priscilla

Ma vie de prof – La Conjuration de Catilina de Salluste

Voilà, je me lance dans cette nouvelle rubrique que je vous avais proposée il y a quelques mois. Je ne savais pas trop comment la mener, je ne sais toujours pas… Au feeling, ça me semble bien !

J’ai profité du Reading Classics Challenge de Lilly and Books pour me lancer dans la préparation de ma certification LCA en lisant La Conjuration de Catilina de Salluste.

Premier point : Qu’est-ce que la certification LCA ? Très rapidement, il s’agit pour les inspecteurs d’un moyen de vérifier que les enseignants qui prennent en charge le latin dans les collèges aient le niveau pour le faire. Je ne ferai pas de polémique ici : est-ce que ça engendre la disparition pure et simple du concours en lettres classiques ? Oui. Est-ce que cette certification est nécessaire ? Oui aussi. La preuve : dans mon établissement le collègue de Lettres Classiques est parti à la retraite et personne ne l’a remplacé. Deux solutions : l’arrêt du latin pour tous les élèves ou des volontaires pour reprendre le flambeau alors que ce n’est pas leur formation initiale… Et voilà comment je me retrouve à préparer une séquence sur Catilina et Cicéron !

Deuxième point : Qu’est-ce que cette œuvre ? C’est le récit par Salluste d’une crise majeure de la République Romaine. Catilina est un homme ruiné et avide de pouvoir qui, après avoir tenté de se faire élire au Sénat à deux reprises, décide de prendre le pouvoir par la force. Il profite alors du fait que les jeunes et les anciens soldats soient davantage libres et du coup moins sérieux que leurs aïeuls, depuis la dictature de Sylla. Il promet l’argent aux désargentés et le pouvoir aux faibles, il rallie des troupes, des armes… Mais c’était sans compter sur Cicéron, consul à l’époque. Patient et consciencieux, il va déjouer la conjuration pierre après pierre, réunissant progressivement les preuves qu’il lui faut et servant au Sénat et au peuple romain trois discours dont la puissance, la verve et la construction sans faute les élèveront au rang de modèles rhétoriques, les Catilinaires.

Troisième point : Qu’en faire avec mes élèves ? La chute de la République romaine est au programme de 3e. Pour éviter de faire de ce chapitre quelque chose de trop historique et potentiellement rébarbatif, j’ai l’intention de faire mener l’enquête de Cicéron aux élèves, à travers l’étude de tableaux, de cartes et après l’étude de quelques extraits des Catilinaires et du récit de Salluste, d’écrire un discours à la manière de Cicéron, une catilinaire moderne en quelque sorte. J’ai encore du travail, c’est juste une ébauche. Je vous en reparle très vite mais dites-moi déjà ce que vous en pensez.

Priscilla

La maison aveugle de Alex Reeve

Voici un roman très original, atypique et vraiment passionnant paru aux éditions Stéphane Marsan. Cette lecture est vraiment une belle découverte, une enquête riche et complexe totalement hors norme sous le charme de l’Angleterre à l’aube du 20ème siècle.

Tout tourne principalement autour de ce personnage: Léo Stanhope, né femme sous le prénom de Charlotte, Léo n’est pas une simple femme qui aime les femmes, il est un homme piégé dans le mauvais corps, du mauvais côté de la barrière, à une époque où la femme ne tient pas grande place face à l’homme! Une situation pas toujours facile à vivre de nos jours, imaginez donc ce qu’il pouvait en être en 1880. Léo vit son statut masculin à part entière, à partir de là le lecteur se demande où va le mener cette histoire, comment va t-il se passionner pour ce personnage soudain il se retrouve plonger dans une enquête qui gagne en rythme au fil de la lecture, des personnages qui semblent se mettre à vivre sous ses yeux non seulement physiquement mais aussi et surtout psychologiquement, à coup de caractères bien trempés, d’envies de grandeur et de richesse ou tout simplement de d’existences simples.

Léo est prêt à de nombreux sacrifices afin d’être enfin lui-même, nous apprenons ainsi, par des retours dans le passé, quel a été le déclic, nous sommes amenés à le découvrir fil à fil et il devient un homme attachant qui au final pourrait être l’être humain parfait ou ce qui s’en rapproche le plus en alliant les qualités masculines et féminines.

Un constat de la société, de la condition de la femme, des préjugés et des difficultés à être différent à la fin du 19ème siècle, qui permet une comparaison avec notre vie moderne où les écarts hors du chemin classique ne sont pas toujours accepté, malgré les 140 ans écoulés!

Mais aussi et surtout, une enquête passionnante et surprenante où chaque découverte embarque le lecteur dans un Londres sombre, humide et poisseux où les souffrances des uns permettent le bonheur des autres. Une superbe découverte qui m’a transportée hors de ma zone de confort littéraire et je dois avouer que j’adore cela.

http://www.stephanemarsan.fr

4ème de couverture:

« En sous-vêtements, je n’avais pas grand-chose d’un garçon, il me manquait les formes de rigueur. Lorsque je fermais les yeux, je sentais les atouts qui auraient dû être les miens : la largeur des épaules, la puissance des cuisses, le poids du membre entre mes jambes. Lorsque je les rouvrais, j’étais toujours le même, un brouillon d’homme dessiné par un enfant, informe, dénué de force, privé des attributs élémentaires d’un homme. »

Londres, 1880. Leo Stanhope, assistant d’un médecin légiste et fervent joueur d’échecs, cache un lourd secret. En effet, Leo est né Charlotte, fille d’un pasteur respectable. Persuadé d’être un homme au plus profond de lui, et incapable de vivre plus longtemps dans le mensonge, il fuit sa famille dès l’âge de quinze ans, pour s’affirmer en tant qu’homme. Lorsqu’il se voit accusé du meurtre de la femme qu’il aime, Leo est prêt à tout pour retrouver le coupable. Ce faisant, il prend le risque de perdre, en plus de celle qu’il aimait, sa liberté, et peut-être même sa vie.

Alex Reeve est né à Twickenham et vit dans le Buckinghamshire. Il a travaillé dans la publicité et enseigné l’anglais comme langue étrangère à Paris. Il est chargé de cours à l’université et prépare une thèse de doctorat.

10ème Salon du livre des Essarts le roi

Le 17 novembre se tiendra le 10eme salon du livre des Essarts le roi dans les Yvelines. En 2018, Livresque78 s’y était rendu, pour le rappel des événements c’est ici:

https://livresque78.wordpress.com/tag/essarts-le-roi/

De belles rencontres, de retour les bras chargés de livres pour Priscilla et moi-même. Nous avions grandement apprécié l’ambiance ainsi que les lieux, un moment parfait si je n’avais pas été aphone 😨. Mais cette année promis je serais au top.

J’espère que pour cette édition je vais rencontrer bon nombre d’entre vous, blogueurs, blogueuses et auteurs.

50 auteurs invités, dont voici la liste:

Du poison dans la tête de Jacques Saussey

Plongeon de haut vol, immersion totale, ravissement littéraire, voilà quelques unes des sensations ressenties à la découverte de la plume de Jacques Saussey. Car, oui, je l’avoue bien honteusement, Du poison dans la tête est le premier roman que je lis de l’auteur, mais pas le dernier, ça je peux vous le garantir! Car voici encore un bel exemple de ce qui me fait aimer la lecture, ces moments où presque plus rien d’autre ne compte, ces instants juste pour moi.

Commençons par parler de l’histoire en vous faisant découvrir la quatrième de couverture:

« Elle a incliné le cou, le visage déformé par les flocons épais qui se déposaient déjà sur le carreau. Elle a cherché son regard à travers le verre qui s’opacifiait de seconde en seconde, mais les lunettes noires l’ont empêchée de le trouver. Alors, elle s’est détournée vers le pont et elle a commencé à marcher en direction de la gare, son manteau ouvert claquant sur ses jambes face au vent glacial.
Dans la voiture, le son des feux de détresse rythmait sa progression comme le tic-tac d’une minuterie. Une femme qui arrivait en sens inverse s’est retournée sur elle. Elle a eu un temps d’arrêt, comme si elle doutait de ce qu’elle venait d’apercevoir.
Il a vu un panache de vapeur sortir de la bouche de l’inconnue. Elle s’est figée d’horreur au moment où Myriam a laissé tomber son manteau dans la neige et a enjambé le parapet. Elle s’est précipitée vers elle en hurlant, mais il était trop tard.
Après un dernier regard en direction de la voiture immobile, Myriam, entièrement nue, avait déjà sauté dans le fleuve. »

Tout démarre sur ce passage, tel que vous venez de le lire, l’intrigue est mise en place et je peux vous garantir que l’accroche est forte. De là démarre des histoires différentes mais toutes aussi difficiles pour les protagonistes, elles touchent pour certaines au passé, d’autres à la famille, ou encore à la faiblesse de l’âme humaine et à la volonté d’être aimé à tous prix. Pas besoin de nous abreuver de violence inutile, car Jacques Saussey s’attaque ici à nos âmes, à notre psychisme et à la volonté primaire de chacun de protéger les siens, quelques fois par la vengeance qu’elle soit judiciaire ou personnelle, mais chut! N’en disons pas trop.

J’ai donc fais la connaissance du commandant Magne, de sa compagne Lisa et de leur fils Oscar, dont les aventures ont débuté plus tôt, dans de précédents romans, il me faut de suite vous rassurer et vous confirmer que même sans connaître leurs précédentes histoires j’ai parfaitement suivi celle-ci, donc pas d’inquiétude Du poison dans la tête se lit individuellement. La vie de Magne n’est pas un long fleuve tranquille, on sent et on comprend d’ailleurs que cette famille en a vécu et leur existence ne semble pas sur le point de s’apaiser. Mais quelle est donc cette histoire de poison dans la tête? La violence faite aux femmes quelle qu’elle soit est inamissible et Jacques Saussey met à jour une nouvelle facette de la perfidie criminelle et je dois dire que c’est savamment orchestré avec un rythme régulier, des révélations qui arrivent à point et au bon rythme. Un véritable polar, un style pointu et précis qui rappelle vite au lecteur sa propre expérience, ses propres craintes, ses terreurs, les raisons de ses insomnies occasionnelles ou régulières, son passé qui le hante parfois. J’ai aimé, j’ai adoré, j’ai emmené ma lecture partout afin de grignoter des instants à tourner les pages et je suis certaine qu’il en sera de même pour vous!

TBT Livresque n°25

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 24 octobre: Frissons

Concernant ce thème, les possibilités sont nombreuses mais je voulais faire découvrir à ceux et celles d’entre vous qui ne l’ont pas encore fait: Arnaud Codeville, jeune auteur de trois romans. La tour de sélénité et 1974 sont ses deux premiers livres, depuis est sorti Parasite, cet auteur a réussi à me filer pas mal de frissons, voici ce que je vous en dis sur le blog:

https://livresque78.wordpress.com/2016/05/02/la-tour-de-selenite-de-arnaud-codeville/

1974: https://livresque78.wordpress.com/2016/08/02/1974-de-arnaud-codeville/

Les Secrets de Cloudesley de Hannah Richell

De l’Angleterre, on aime Londres, on aime Jane Austen, on aime le thé Earl Grey et éventuellement la reine Elisabeth… On connaît moins bien ses campagnes profondes, comme le Buckinghamshire, mais, j’insiste, si vous aimez tout cela de l’Angleterre, laissez-vous guider par Hannah Richell : c’est un voyage que vous ne regretterez pas.

On y retrouve un charme britannique qui mêle jeune(s) femme(s) naïve(s) et société pompeuse, pauvreté et richesse, amour et violence, mais de manière originale et fort plaisante.

Voici la quatrième de couverture :

1955. On dit qu’au manoir de Cloudesley, l’ennui n’existe pas. Pourtant, ce lieu de faste et de beauté, Lillian Oberon rêve de le fuir. À vingt-six ans, la jeune femme n’arrive plus à maintenir les apparences d’une vie heureuse aux côtés du séduisant magnat et collectionneur Charles Oberon. Qu’est-elle réellement pour lui ? Une œuvre de plus à contempler ou une femme à aimer ? Mais le jour où le destin place sur son chemin un peintre passionné, une autre vie semble possible…
Soixante ans plus tard, de la splendide demeure ne reste qu’une bâtisse en ruines. De retour à Cloudesley pour veiller sur Lillian, sa grand-mère adorée, Maggie Oberon fait une promesse : sauver l’héritage familial. Mais comment affronter les créanciers ? Et, surtout, comment la jeune femme, aux prises avec ses erreurs passées, pourra-t-elle gérer seule le domaine ?
Maggie ignore qu’entre les murs décrépis de la vieille maison se cache un trésor inestimable. Et un terrible secret, qui pèse sur elle et sur Lillian…

Deux voix, deux temps, deux époques s’entrelacent finement tout au long de ce récit que j’ai vraiment eu du mal à lâcher. Mais au sein de ce concerto, une même énergie, celle de la femme passionnée et bridée qui voudrait quitter son carcan. La seule différence entre Maggie et Lillian sa grand-mère, c’est que c’est encore possible pour l’une des deux.

Cette histoire familiale est une histoire forte qui ne se contente pas de happer le lecteur, complètement avide de connaître la suite de l’intrigue, c’est un récit qui se transforme en une véritable ode à la vie et à l’amour, malgré les difficultés, malgré la violence, malgré la guerre et malgré le temps. Les deux voix fusionnent enfin et ce chant libère Maggie.

Tous ces secrets, ces non-dits, ces trahisons sont parfaitement orchestrées, les révélations sont progressives et apportent chacune leur lot de conséquences qu’on n’avait pas vues venir. Ce qui reste inexplicable est constamment justifié par Lillian (du moins le tente-t-elle), et ce qui cache une raison forcément profonde n’est dévoilé qu’à la fin. Chaque personnage porte en lui une profondeur qui rend le récit réaliste et l’ensemble captivant.

Quant au décor, il est vraiment central dans le texte et l’auteure réussit à le rendre assez précisément sans le décrire dans les détails. Ce manoir est imposant, fastueux, inquiétant et j’ai retrouvé dans le va-et-vient entre les deux époques un ressenti assez proche de celui que j’avais éprouvé en regardant Titanic de James Cameron (ces scènes où l’on passe de l’épave au fond de l’océan au paquebot flambant neuf). C’est déjà impressionnant avec les effets spéciaux, ça l’est d’autant plus quand l’imagination est la seule à travailler.

Vous l’aurez donc compris, c’est une lecture que j’ai beaucoup aimée. Une de ces lectures qu’il est agréable de faire sous un plaid au coin du feu le soir…même quand on n’a pas de cheminée… et de courtes soirées !

Priscilla

X ou Y de Séverine De La Croix

X ou Y est un roman classé jeunesse qui sort ce 23 octobre aux éditions du Rocher. Très curieuse de découvrir cette histoire:

« Je suis Camille mais depuis un an, quatre mois et vingt-et-un jours, je m’appelle Yann. Depuis que mon père ne sait plus lequel de nous deux est mort dans l’accident, son fils ou sa fille, Camille ou Yann. »Pour se protéger de son père devenu alcoolique depuis le drame, Camille a pris l’identité de son frère jumeau : Yann, son double, la moitié d’elle sans laquelle elle n’arrive plus à vivre, décédé dans l’accident avec leur mère. Inscrite dans un nouveau lycée, elle fait illusion. Mais comment demeurer Yann quand Thomas fait irruption dans sa vie ? Et comment redevenir Camille alors que son père s’accroche à « son fils » pour ne pas sombrer ?

Vous comprenez à présent ma curiosité, comment Camille peut- elle se faire passer pour son frère mort? Quelles sont les circonstances exactes qui l’y ont amené? Il me faut comme toujours être franche, j’ai beau adorer la littérature jeunesse, être ouverte d’esprit , il manque clairement pour moi quelque chose à ce livre, ce qui est bien dommage car le synopsis me paraissait bien accrocheur. Je le termine non convaincue, non embarquée dans cette histoire, les explications et éclaircissements attendus ne m’ont pas été donnés. De nombreux détails m’ont agacée, ennuyée et j’en passe. Impossible (pour moi) en tout cas d’y croire! Je me retrouve devant mon clavier vraiment embarrassée car plusieurs points sont vraiment positifs dans ce roman, notamment le fait que l’auteure aborde les thèmes de l’homosexualité, de l’alcoolisme, de la violence. Son message est au final très positif mais cette impression qu’il est délivré à un public incapable de discerner les incohérences me perturbe profondément. C’est donc au final un goût d’inachevé et celui d’un livre qui, si il avait été davantage travaillé aurait pu être très bon!

La Belle Cévenole de Marie-Claude Gay

Vous connaissez mon amour pour les romans historiques ? Je dois dire que j’ai été bien servie pas le roman de Marie-Claude Gay. En plus d’être une histoire bien menée, la période au cœur de l’intrigue ici est finalement assez rarement traitée.

Louis XIV a révoqué l’Edit de Nantes qui mettait fin aux guerres de religion et reconnaissait le droit aux Protestants de pratiquer librement leur culte. Le roi fait la guerre aux huguenots. Ses Dragons sont envoyés dans tout le royaume pour massacrer une partie de la population. En 1702, ils arrivent dans les Cévennes, où vivent Clémence et sa famille. Un soir, le père part pour une mission. Chaque membre de la famille sait ce qu’il doit faire si Victor ne rentre pas. Ils doivent fuir, séparément, pour se retrouver par la suite. Malheureusement, l’inévitable se produit et Clémence se retrouve sur les routes.
La jeune fille doit se méfier de tout le monde. Si on découvre qu’elle est protestante, elle sera tuée dans d’atroces souffrances. Survivra-t-elle ? Retrouvera-t-elle les siens ?

Une guerre civile, intestine, au nom de la religion ; des scènes d’une violence inouïe, une haine fondamentalement injustifiée, des populations qui s’exilent, qui se cachent, qui mentent et qui se sentent constamment en danger. Ces drames de l’Histoire ne font décidément que se répéter depuis des siècles et il est ici flagrant de retrouver ces élans de colère, d’aveuglement, de fanatisme que nous connaissons encore aujourd’hui, bien malheureusement.

J’ai été vraiment sensible à la volonté de Marie-Claude Gay de ne pas diaboliser les Catholiques au profit des Protestants. Au contraire, on voit très rapidement que la folie furieuse concerne les deux camps, que les victimes sont aussi nombreuses d’un côté que de l’autre, que les soldats ne sont pas de plus fervents croyants que les « parpaillots », pas plus convaincus que ce qu’ils font est juste et bien. Ça ne se sent pas uniquement parce que les deux héros sont de deux camps différents, mais, plus subtilement, parce que chaque personnage intelligent, profond hésite, doute de sa foi, de son roi, de l’humain d’une manière générale.

Toutefois, si j’ai été vraiment prise par les aventures de Clémence, si j’ai vraiment voulu savoir comment elle allait s’en sortir, j’ai trouvé l’histoire trop rapide finalement. Les personnages sont bien campés dès le début, ce qui permet de s’attacher à cette famille avant de vivre de l’intérieur leur intolérable séparation. Mais après l’arrivée de Clémence au port, les choses vont beaucoup trop vite à mon goût (son amnésie, les retrouvailles avec un ancien ennemi, la fin « heureuse » ou non, d’ailleurs). C’est dommage car du coup, sur la fin, j’ai moins adhéré au roman, j’y ai moins cru.

La Belle Cévenole reste néanmoins une lecture agréable qui montre une connaissance fine, passionnée et passionnante de l’auteure pour cette période conflictuelle, un roman qui se lit avec plaisir et que je vous conseille si la question des guerres de religion vous intéresse. Vous y apprendrez plein de choses, sans même vous en apercevoir…

Priscilla