Le Crépuscule des ronces de Michel Philippo

davJ’écris cette chronique à chaud, alors que je viens juste de fermer le livre… Sûrement parce que je sais que l’émotion ne sera plus la même, déjà, demain matin.

L’amour, l’amitié, la mort, la littérature… Tout m’a parlé dans ce roman, et surtout son style.

J’ai d’abord été déroutée, dérangée par cette avalanche de phrases nominales, brèves qui donnent une impression de didascalies théâtrales et confèrent au texte un style froid, une sorte de détachement émanant de l’auteur lui-même.

Mais c’est justement de cela qu’il s’agit car le style change quand le narrateur cesse de n’être que le spectateur de sa propre vie pour en devenir l’acteur.

De la poésie à l’état pur. Les personnages, dans leur respectable pudeur, se servent eux-mêmes de la poésie des autres pour exprimer leur propre indicible.

Ce roman nous donne à voir la fin – terrestre – d’une relation pourtant vouée à être éternelle. L’auteur parvient à nous faire sentir l’intimité de Mike et de Fañch, à nous faire comprendre l’extrême volubilité de leurs silences, de leurs regards. Nous vivons intensément cette échappée belle à l’issue inexorable, mais que nous voulons, nous aussi, absolument oublier.

Aucun espoir inutile, aucun pathétique vain : le crabe est là, la « Vieille » aussi, il faut composer avec eux. Et ce qu’en font ces deux amis est magnifique.

Les paysages bretons, dans leur sauvagerie, leur violence et leur ineffable beauté, sont le théâtre parfait de cette tragédie en mineure. Ces deux histoires parallèles se fondent vite en une, avec une seule victoire au bout du compte, celle de la Poésie qui défie le Temps et qui célèbre la Vie.

Je m’excuse par avance pour le nombre de citations qui suivront ma chronique mais avec ce roman, plus encore qu’avec d’autres, la magie de la prose sera bien mieux rendue par les mots de l’auteur que par les miens, même réfléchis et travaillés avec la meilleure volonté du monde. Le talent, paraît-il…

Merci aux Editions Marivole pour cette jolie découverte !

Priscilla (@Priss0904)

Résumé du romanhttps://www.babelio.com/livres/Philippo-Le-crepuscule-des-ronces/1059314

Quelques citations qui m’ont marquée :

« Demain au plus tôt, tout aura basculé. De quelle manière ? Je l’ignore : la pièce n’est pas écrite. Pas encore. Pas absolument. Il reste le souffle humide des vents d’ouest. Il reste l’atroce liberté et l’encombrante charogne de l’espoir, qui me sépare du glacial épilogue.  C’est pour cela que je me tiens là, dans cette foule ; c’est pour savoir que j’ai parcouru ce chemin. Il me reste à écrire le dénouement. Alors, je saurai. »

« Ne plus croire au pouvoir de la poésie, c’est laisser libre champ à la mort. »

« Je la sais là qui rôde et nous éloigne ! A l’affût des moindres faiblesses. Les mots ordinaires sont devenus trop ténus. Marcher sur des œufs. Il n’en demeure que des coquilles absurdes. Un infime mouvement les briserait. Il s’est élevé entre nous un infranchissable parapet. Monde pulvérisé, fracassé, auquel je n’ai plus accès. Car je ne suis pas malade, moi ! »

« Un combat contre le compte à rebours. Je sais les échéances. Une lutte inégale contre la charogne, rythmée par les chimios, et qui réclame son dû. Alors, au diable la pudeur et l’orgueil : il a les mots, j’ai l’amour. »

« Le rêve est plus supportable que la réalité du moment. Je pense à toi, très intensément. Pardonne-moi, mon frère, si de nos vies bousculées naît le poème. Si de nos angoisses partagées naît la littérature. Ce sont nos vies que nous jouons. Toi, la tienne, avec davantage encore de cruauté. Mettre des mots sur tout cela, c’est rester maîtres de nos destins. Je ne veux pas être triste. »

« Nos regards ont la pétillance du bonheur irréfléchi de l’instant, en surimpression de la peur du demain. Avec l’ivresse d’une absolue liberté enracinée dans l’inéluctable. »

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Trump Fiction de Jean-Luc Hees

davJe ne suis, initialement, pas une grande fan de débats politiques ou de questions d’actualité. La faute à ce sentiment qu’on nous ment, qu’on nous manipule et que même quand les résultats des élections nous ont satisfaits, on finit déçus de toute façon… J’ai néanmoins des convictions, pas forcément très fines, ni originales, mais j’y tiens ! Et Trump en fait partie ! Alors ce « pamphlet, à charge, aussi décapant qu’hilarant », disait la quatrième de couverture, m’a fait de l’œil.

Et je ne regrette pas !
Evidemment, Jean-Luc Hees déteste Trump et ça a un petit côté jouissif de lire ce mépris dans les mots de quelqu’un d’autre. Les saynètes sont toujours intelligentes, souvent drôles, même si un peu répétitives parfois. Chapeau à l’auteur qui parvient à faire parler aussi bien Donald Duck (qui veut « élever une protestation pour privation de jouissance»), que De Gaulle, le pape François, Brigitte Macron ou Philip Roth !
Néanmoins, le sourire est de courte durée car derrière ces fables, d’apparence légère, se cache une effrayante réalité. L’homme est idiot, malade, mais il est surtout dangereux et en cela, cet ouvrage, agréable en soi, n’est pas pour nous rassurer… Je suis toutefois bien d’accord avec Jean-Luc Hees : dans ce monde où l’expression est parfois trop libérée, surtout celle des imbéciles, la vérité est toujours trop bridée et le droit à la satire, en France, est encore un privilège dont il nous faut profiter, plus que jamais ! Mission parfaitement accomplie, M. Hees, bravo ! Et merci aux éditions BakerStreet pour la découverte !

Priscilla (@Priss0904)

Quelques citations pour comprendre le ton de l’ouvrage :

« Il [John MCCain] se rappelle de ce que son père disait lorsque son rejeton faisait part de ses doutes sur l’issue de la bataille électorale : « Il y a les gagneurs et il y a les branleurs ! » John McCain glousse : « Super ! Aujourd’hui on a les deux pour le prix d’un. »

« En tout cas, le Ku Klux Klan se porte plutôt bien ces jours-ci. Quelques milliers de militants dévoués. Des Américains loyaux, sur qui on peut compter en cas de besoin. C’est vrai, nous avons eu jusqu’à quatre millions d’adhérents à la bonne époque. Mais je garde espoir. Trump a l’art de rouvrir les vieilles plaies américaines et, lorsque je lis que notre pays compte 907 « groupes de haine » entre l’Atlantique et la côte Ouest, je me dis que l’avenir est prometteur. »

« Vous n’allez pas le croire. Mon gros rougeaud de Trump espère obtenir le prix Nobel de la paix. C’est comme si Bonnie and Clyde faisaient savoir au monde qu’ils souhaitaient devenir membres honoraires du FBI… C’est clownesque. »

 

La Vallée du Lotus rose de Kate McAlistair

davFermez les yeux… Respirez… Vous êtes en Inde…

Des couleurs chatoyantes, des odeurs de bougainvillées, d’épices et de lavande, une faune fascinante, une flore dangereuse… Tout y est ! Kate McAlistair a l’art de créer des sensations avec des mots ! Mots qu’elle maîtrise à la perfection d’ailleurs ; j’ai pris un réel plaisir à lire ses phrases, son style fluide, agréable, simple mais ponctué de tournures plus poétiques, au détour de la description d’un paysage enchanteur, d’une émotion nouvelle.

L’intrigue en elle-même est très prenante: l’héroïne, Jezebel, a une histoire douloureuse et un caractère fort. Je l’ai suivie avec plaisir et émotion ; elle m’a fait penser tantôt à la Rose de Titanic, tantôt à l’Angélique d’Anne et Serge Golon, d’autres fois à Jeanne d’Une vie de Maupassant. Personnage riche et complexe donc, toujours partagé entre sa candeur et ses intuitions, sa rage et sa résignation, ses amours et ses haines. Ce roman, ce sont des montagnes russes, on ne s’y ennuie jamais : quand tout est calme, la catastrophe surgit de nulle part et, au cœur de la tempête, la normalité reprend brutalement ses droits, ce qui n’est d’ailleurs pas forcément bon signe.

Jan, Olga et Charu participent à l’entretien de ce rythme effréné, auquel le lecteur ne s’habitue jamais vraiment, tour à tour désespéré, choqué ou soulagé, mais toujours avide de connaître la suite.

A cela s’ajoute un travail titanesque de l’auteur qui saupoudre son récit d’une myriade de détails historiques, géographiques, linguistiques et sociologiques jamais lourds. Au contraire, pour moi, toutes ces informations enrichissent le voile de mystère et de folklore qui nappe les Indes depuis ma découverte de ce roman.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré déambuler dans ces 688 pages. J’y ai trouvé un style riche, une histoire palpitante, des personnages troublants et un nouveau rêve : un voyage en Inde ! Merci Madame McAlistair et merci aux Editions de l’Archipel !

Priscilla (@Priss0904)

Résumé du romanhttp://www.editionsarchipel.com/livre/la-vallee-du-lotus-rose/

Une de mes citations coup de cœur : 

« La nuit indienne était merveilleusement différente. l’air avait une pureté originelle qui autorisait le regard à porter loin, très haut vers l’infini, vers ces milliards d’étoiles qui formaient une poussière luminescente. Face à un tel miracle, il était facile de redevenir un enfant et de croire qu’un immense géant avait jeté en l’air, le temps d’une nuit de la Saint-Sylvestre, des poignées de confettis lumineux qui créaient dans ce velours noir des amas de lumière, des lustres et des chandelles, et des myriades de dessins étranges qui portaient des noms de dieux grecs » (p. 428)

Les Classiques de Priscilla – Le Roi se meurt de Ionesco

Je vous en avais déjà parlé quand je me suis présentée : j’aime beaucoup lire des classiques de la littérature. J’en ai lu beaucoup, forcément, et je ne compte pas vous faire de chroniques sur tous ceux que j’ai aimés, ce serait long pour moi et sûrement fastidieux pour vous. Mais je me dis que ça pourrait aussi dépoussiérer certains de nos vieux auteurs si, au détour d’une lecture de ce genre, je vous faisais un petit article sur ce que j’en ai pensé.

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J’ouvre donc la série « Les classiques de Priscilla », en quelque sorte, en espérant que certains d’entre eux inspirent certains d’entre vous.

davRécemment, donc, j’ai découvert Ionesco grâce à la pièce Le Roi se meurt. J’ai toujours été assez peu réceptive à ce qu’on appelle l’absurde (Beckett, notamment), j’en ai lu pendant mes études et de fait, ceux qui ne m’avaient pas été imposés, je les ai laissés…loin ! Mais cette fois, c’est différent !

Si la pièce reste loufoque, les symboles sont clairement déchiffrables et le message nous parle à tous : comment réagit-on face à la mort ? Evidemment, ici, c’est un roi qui meurt, mais justement, c’est, je pense, pour mieux nous montrer que le pouvoir est complètement vain à ce propos.

On sourit, on rit même parfois, on rit jaune aussi, on a pitié de ce roi médiocre. Bref, on s’interroge et on se reconnaît, même, dans quelques passages. J’émettrais néanmoins une réserve : si le début m’a vraiment plu et embarquée, j’ai trouvé la pièce vite répétitive. A force de longueur, on en vient à souhaiter que le roi meure…un peu plus rapidement !

Quelques citations qui m’ont plu :

« Mon chéri, mon Roi, il n’y a pas de passé, il n’y a pas de futur. Dis-le-toi, il y a un présent jusqu’au bout, tout est présent ; sois présent. »

« Plonge dans l’étonnement et la stupéfaction sans limites ainsi tu peux être sans limites, ainsi tu peux être infiniment »

« Ce n’est plus un roi, c’est un porc qu’on égorge. – Ce n’est qu’un roi, ce n’est qu’un homme. »

Priscilla (@Priss0904)

L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante (4 tomes)

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Pour ma première vraie chronique littéraire, j’ai choisi de ne pas prendre trop de risques et de vous parler d’un coup de cœur estival qui est aussi un best-seller. Il s’agit de la saga napolitaine d’Elena Ferrante, L’Amie prodigieuse.

J’avais judicieusement placé le tome 1 en fin de ma PAL pour ne pas être tentée d’acheter les trois suivants avant de lire ceux que je m’étais mis de côté avant…et j’ai bien fait !

C’est donc en trois semaines que j’ai dévoré les quatre tomes. Que vous dire qui n’ait pas déjà été dit à son sujet ? C’est une saga riche, très éloignée du roman de gare que cela pourrait sembler être au premier abord. Alors oui, il y a des histoires de fillettes, de midinettes, de jalousies puériles et d’amours inconséquentes, mais Elena Ferrante va bien au-delà.

Les personnages sont riches et complexes : du début à la fin, à l’instar de la narratrice, on ne sait pas à qui se fier. Les deux héroïnes entretiennent une relation tendue, instable mais constructive. Les personnages secondaires sont essentiels et apportent du relief à une histoire qui, sans eux, aurait pu être banale.

Quatre tomes donc, environ 2400 pages : il ne pouvait être uniquement question d’amitié. Les thèmes évoluent en même temps que les protagonistes, que l’on suit de l’âge de l’école à celui de la vieillesse.

Sincèrement, j’ai ri, j’ai été émue, je me suis inquiétée, révoltée et surtout je n’ai pas vu le temps passer. Tous les romans ne se valent pas : le deuxième, notamment (Le nouveau nom) m’a paru un peu plus long, moins rythmé que le premier. Le troisième en revanche, Celle qui fuit et celle qui reste, est celui qui m’a le plus convaincue, c’est ici, je trouve, que le destin des deux héroïnes prend forme et tous ces changements dans le contexte, dans les personnalités d’Elena et Lila m’ont vraiment passionnée.

C’est la construction de la femme dans une Europe à peine sortie des traumatismes de la Seconde Guerre Mondiale et tout juste entrée dans les bouleversements des années 1970 qui se joue entre ses lignes.

C’est aussi l’histoire de toutes les jeunes filles qui ont eu une amie qu’elles ont toujours trouvée plus prodigieuse qu’elle, sans savoir que pour cette amie, c’était elle-même l’amie prodigieuse…

Vous l’aurez compris : à lire absolument !

Priscilla (@Priss0904)

Résumés des quatre tomes :

  1. L’Amie prodigieusehttps://www.babelio.com/livres/Ferrante-Lamie-prodigieuse-tome-1–Enfance-adolescence/812075
  2. Le nouveau Nomhttps://www.babelio.com/livres/Ferrante-Lamie-prodigieuse-tome-2–Le-nouveau-nom/805172
  3. Celle qui fuit et celle qui restehttps://www.babelio.com/livres/Ferrante-Lamie-prodigieuse-tome-3Celle-qui-fuit-et-cell/889976
  4. L’Enfant perduehttps://www.babelio.com/livres/Ferrante-Lamie-prodigieuse-tome-4–Lenfant-perdue/992387

Enchantée…

Ravie d’être là et très émue de vous écrire pour la première fois, je me présente, je m’appelle Priscilla (et non, je n’écris pas en rimes habituellement…) !

Comme pour Mag, et sûrement comme pour beaucoup d’entre vous qui passez du temps sur les blogs littéraires, la littérature est une part importante de ma vie depuis que je suis petite.

Pour faire court, je suis passée par Les quatre Filles du Docteur March, Les Club des Cinq, les Alice et autres Fantômette, avant de découvrir les récits de vie révoltants que l’on rencontre souvent à l’adolescence : Brûlée vive de Souad, Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody, Moi Christiane F

J’ai décidé, après le bac, de faire de ce qui aurait pu rester un passe-temps, le cœur de mes études : filière Lettres Modernes pour moi. Ma table de chevet a changé d’aspect pour être envahie par Hugo, Ronsard, Stendhal, Céline et tant d’autres…que j’adore toujours d’ailleurs ! Et ce jusqu’au concours…parce que, oui, aujourd’hui je suis professeur de français en collège !

Et après l’obtention de ce concours ? J’ai continué à lire…beaucoup ! Mais ma table de chevet a encore changé d’aspect pour se revêtir de titres de romans jeunesse que je ne connaissais pas du tout (et qui, souvent, m’ont beaucoup plu aussi !)

Et voilà, huit ans que j’enseigne maintenant et je commence à avoir un certain bagage de lectures à proposer à mes chères têtes blondes, donc, ça y est, c’est officiel, ma table de chevet redevient mon reflet. Et actuellement on y trouve Le Côté de Guermantes de Proust, Eragon de Christopher Paolini, Arthur Rimbaud, le voleur de feu de Sarah Cohen-Scali pour mes 3e et L’Enfant perdue (dernier tome de la sage L’Amie prodigieuse d’Elena Ferrante). Tout un programme !

Un programme que Mag m’a offert la chance de partager avec vous ! Merci à toi donc, Mag, du fond du cœur, de m’offrir cette place sur ton blog, cette possibilité de m’exprimer, de partager et de découvrir de nouveaux auteurs, de nouvelles histoires, car comme le disait Jules Renard « Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux ». Merci donc de contribuer à ce bonheur !

A très vite !

Priscilla