Throwback Thursday Livresque 2019 – Cycle 1 – Episode 4

Le Throwback Thursday Livresque est une initiative de BettieRoseBooks afin de parler de livres qui nous ont marqués, plus ou moins récemment. En 2019, les règles changent un peu.

Chaque mois nous tournerons autour d’un concept et de quatre de ses déclinaisons. Le challenge sera de ne pas reprendre le même livre pour les déclinaisons du concept ( exemple : émotions, leçons de vie, amour, pays imaginaire…). Aussi un genre littéraire pourrait être exploité et aussi dériver vers vos styles de prédilection à vous.

Ce mois-ci :

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Semaine 1 : Un livre qui fait peur ou fait ressentir un profond dégoût envers certains personnages, certaines actions, certains faits…
Semaine 2 : un livre qui m’a mis en joie
Semaine 3 : Un livre qui m’a rendu triste ou en colère (ou les deux)
Semaine 4 : Un livre qui fut une bonne surprise ou un livre dont l’intrigue m’a surpris, pris de court, je ne l’avais pas vu venir.

Cette semaine, le thème proposé a eu le mérite de faire émerger immédiatement de ma mémoire de lectrice, un titre particulier, découvert grâce au Reading Classics Challenge de l’an dernier. Un titre dont la fin m’a scotchée… Dix petits nègres d’Agatha Christie !!

dix-petits-necc80gres-agatha-christieC’était le premier roman d’Agatha Christie que j’ouvrais et l’on m’avait dit que c’était le meilleur. Je n’ai pas été déçue du voyage.

Les personnages sont tous inquiétants, tous suspects, le paysage est escarpé, isolé et dangereux. Les meurtres sont incompréhensibles. Quant à cette petite comptine, elle est oppressante au possible !

Evidemment, l’auteure est une Grande Dame du roman policier. Au bout de quelques pages seulement, il semblait évident que je finirais vite par savoir qui était le coupable, j’ai senti comme une urgence dans mon besoin d’aller au bout. C’est du grand art !

J’imagine que je ne serai pas la seule cette semaine à évoquer Agatha Christie, voire Dix petits nègres. Je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir ses autres romans. Et vous, faites-vous partie des nombreux fans de cette Grande Dame ? Quels autres titres me conseilleriez-vous ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

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S’inventer une île d’Alain Gillot

C’est portée par une émotion profonde que je vais tenter de vous parler du roman d’Alain Gillot qui paraît aujourd’hui aux éditions Flammarion, S’inventer une île. Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par vous donner la quatrième de couverture :

Alors qu’il est sur un chantier en Chine, Dani apprend que son fils, Tom, 7 ans, s’est noyé. Il rentre précipitamment pour rejoindre Nora, sa femme, et s’occuper des formalités. Mais il traverse cette nouvelle réalité en étranger. Son chagrin ne trouve pas sa place, tout comme ses regrets, ceux de s’être si souvent absenté de chez lui. Quel père aura-t-il été en fin de compte ? C’est alors qu’il lui apparaît, son fils, tel un petit fantôme de chair et d’os, et qu’il lui parle. Dani résiste un temps à sa présence aussi magique qu’inexplicable, puis l’accepte. Ensemble, ils partent pour Belle-Île, s’inventer un endroit à eux, leur île, où Dani retrouvera des forces, pour apprendre à vivre d’une autre manière, plus essentielle.

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Sujet douloureux, sensible et universel qui m’a évidemment rappelé ma dernière lecture Une longue impatience de Gaëlle Josse. Et pourtant, le deuil de l’enfant est traité de façon complètement différente. A la poésie envoûtante de Gaëlle Josse a succédé une prose plus abrupte, peut-être un peu sèche mais qui m’a pourtant semblé juste, mimant assez finement la sècheresse intérieure de ce père dépossédé de ce qu’il avait de plus cher.

Pour Nora et Dani, aucun espoir. Leur fils est bien mort et c’est avec cette cruelle réalité qu’il leur faut vivre. Dès lors, une question me taraude : est-ce tout simplement possible ? Comment vivre ? Pourquoi vivre quand on a perdu son seul enfant ? Parce que c’est là le plus dur : après l’effondrement, les accusations, la culpabilité, les formalités, comment occuper cet infini soudainement empli de néant ? Les rires, les caprices, les colères qui rendent fous chacun d’entre nous par moments sont le sel de l’existence parce qu’ils sont les signes de l’Amour, de la vie, de l’enfant qui, de bébé complètement dépendant de ses parents tend à devenir un adulte…quand on lui en laisse le temps. On peut évidemment vivre sans avoir d’enfants, mais le peut-on encore quand on n’en a plus ? On peut se nourrir, travailler, dormir (et encore !), marcher, parler, mais est-ce encore de la vie ?

Bien sûr, ce roman n’est pas réaliste, et n’a pas vocation à l’être selon moi, mais il symbolise tellement de choses. On pourrait se contenter de cataloguer Dani comme un fou qui perd complètement contact avec la réalité après la mort de son fils. Mais, je m’interroge. Où commence la folie ? Est-ce de croire que l’on peut encore se racheter, est-ce d’imaginer un monde dans lequel tout serait encore possible, d’essayer, plus que tout au monde, de retrouver par l’imaginaire un peu de ces joies simples mais si précieuses ? Ne serait-ce pas plutôt de croire que l’on peut continuer sans ? Qui est le plus fou ? Celui qui sait que toute tentative de vivre avec ce deuil innommable est vaine et tente alors de vivre autrement ? Ou celui qui essaie quand même, avec un acharnement terrible, à faire ce qui est désespérément inutile ? Fuite en avant, fuite dans le vide ou fuite du réel, finalement, y a-t-il grande différence ? 

La douleur enferme, c’est certain. L’hôpital psychiatrique, l’île, la folie ne sont que des déclinaisons de cette réalité. La fin de ce roman n’est pas idéaliste : si la dernière image est celle de ce couple voguant sur l’eau, elle est aussi celle d’un homme qui garde un pied sur chaque rive. La réalité et…l’autre réalité !

« La marbrerie, le cimetière, et maintenant ma belle-mère. Cette forme de réalité était pour moi la vraie fiction. Un monde oscillant entre grotesque et tragique. […] Cet aspect du réel était fantastique. Au sens effrayant du terme »

Le fantastique, c’est le doute, l’hésitation permanente : est-ce surnaturel ? est-ce réel ? Cela s’est-il produit ? Est-ce une simple hallucination ? De quoi parle-t-on alors ? Du petit fantôme de Tom qui apparaît dans le monde de son père ? Ou de la mort de ce petit garçon de sept ans ?

Je l’avoue, j’ai senti les larmes monter à plusieurs reprises durant ma lecture. C’est sûrement dû au transfert que l’on peut aisément faire dès lors que l’on des enfants. Alors oui, ce roman aurait pu être plus bouleversant avec davantage d’implicite et de poésie, mais en ce qui concerne, il m’a déjà beaucoup touchée en l’état. Il invite en outre à savourer la vie, à ne pas oublier l’essentiel, perdus que nous sommes dans nos existences capitalistes à 100 à l’heure. Le message n’est pas d’une grande originalité, il n’en demeure pas moins vrai !

Je remercie Charlotte Ajame des éditions Flammarion de m’avoir fait découvrir cet émouvant roman.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Une longue impatience de Gaëlle Josse

Je m’y étais engagée, je l’ai fait, j’ai dévoré ce roman en une soirée. Il faut dire que ce n’était vraiment pas une corvée. Maintenant, comment vous en parler de façon juste ?IMG_20190214_100347.jpg

Nous savons tous, ou du moins nous en avons tous entendu parler, donner la vie est une expérience extraordinaire. Nos enfants deviennent Tout, c’est plus fort que nous, plus fort que le monde entier, même aux âges où ils sont les plus difficiles, ils sont notre énergie vitale, le mot Amour prend une autre dimension dans leurs yeux. Ce roman ne raconte pas cela, il le montre, de la manière la plus violente qui soit : en effet, on donne la vie à nos enfants, mais ils peuvent nous la reprendre, en une fraction de seconde, un geste impétueux, un départ…

C’est ce qui arrive à cette Maman qui attend son fils, sans savoir où il est. Ce fils qu’elle a fait grandir en le gardant tout près d’elle, après la mort de son père, ce fils qui n’a jamais trouvé sa place dans leur famille recomposée, qui entre progressivement en conflit avec son beau-père et qui craque, subitement, sans rien dire, sans rassurer… A ce moment-là, la maman devient une espèce de Pénélope qui tisse tous les jours en attendant le retour de son Louis. Pour elle, nul besoin de défaire son ouvrage pour calmer la pression subie par les prétendants. Pour elle, la Vie ne tente pas de reprendre ses droits, il n’y a que le vide, ou presque…

Parce que justement, cette femme forte ne peut se laisser aller au désespoir, ne peut se laisser mourir. Elle a deux autres enfants, qu’elle aime tout autant. En elle, se crée alors une scission, elle est la mère silencieuse mais aimante et caressante ou la mère qui attend. Car l’espoir, ici, n’est pas salvateur, c’est un poison qui se distille dans les veines, qui prend son temps et qui happe la vie entière.

Ce roman est d’une sensibilité remarquable, d’une grande poésie. Les images maritimes viennent rythmer une litanie sans fin, qui ressemble aux battements du cœur d’une maman qui aime plus que tout, qui ne vit plus, si ce n’est au-dessus d’un grand vide. De nombreuses phrases m’ont marquée par leur beauté, par leur vérité.

Ce n’est évidemment pas une lecture qui met en joie, mais c’est beau…tellement beau ! Et c’est ça, surtout, la littérature…un art, l’art de pouvoir mettre en mots ce qu’on croit être de l’ordre de l’indicible.

Merci à Marie Foache des éditions J’ai lu pour cette magnifique découverte !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quelques citations, pour la beauté des mots :

« Je plonge le visage dans la tiédeur des cous, des oreilles, des bras qui veulent me retenir, des doigts légers, un peu collants, qui caressent mes joues, je sombre dans la douceur des cheveux lavés, du linge frais. Chut maintenant. Il faut dormir. Une fois franchie leur porte, j’entre dans ma nuit, à la rencontre de la part de ma vie qui vient de brûler. »

« Je le cherche, comme n’importe quelle mère cherche son enfant et ne cessera d’errer, de renifler toutes les traces possibles, comme un animal, avant de connaître la vérité.  J’ignorais abriter en mo, au creux de mon corps de mère, autant de place, autant de replis, d’interstices que la douleur pouvait atteindre et irriguer d’un flux sans fin »

« Ma maison à moi, c’est l’attente. C’est l’océan et le bateau de Louis. Quelque part sur une mer du monde. L’incertitude comme seul point fixe. Sous mes gestes de chaque jour, il n’y a que du vide. De la place pour les songes apportés par le vent, pour les mots racontés par les flots. »

Throwback Thursday Livresque 2019 – Cycle 1 – Episode 3

Le Throwback Thursday Livresque est une initiative de BettieRoseBooks afin de parler de livres qui nous ont marqués, plus ou moins récemment. En 2019, les règles changent un peu.

Chaque mois nous tournerons autour d’un concept et de quatre de ses déclinaisons. Le challenge sera de ne pas reprendre le même livre pour les déclinaisons du concept ( exemple : émotions, leçons de vie, amour, pays imaginaire…). Aussi un genre littéraire pourrait être exploité et aussi dériver vers vos styles de prédilection à vous.

Ce mois-ci :

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Semaine 1 : Un livre qui fait peur ou fait ressentir un profond dégoût envers certains personnages, certaines actions, certains faits…
Semaine 2 : un livre qui m’a mis en joie
Semaine 3 : Un livre qui m’a rendu triste ou en colère (ou les deux)
Semaine 4 : Un livre qui fut une bonne surprise ou un livre dont l’intrigue m’a surpris, pris de court, je ne l’avais pas vu venir.

J’ai pas mal réfléchi avant de faire mon choix. La littérature fait ressentir un flot d’émotions mais souvent, elles sont fugaces et on s’aperçoit, en fermant un livre, qu’on a ressenti de la colère, de la joie, de la peine, de l’espoir et qu’il n’y a pas une émotion particulière qui ressort. Or, la tristesse et la colère sont deux émotions violentes…

Je les ai ressenties lors d’une lecture de 2016, un classique que j’avais plusieurs fois essayé de découvrir, en vain. Sûrement parce que la plantation du décor, au début du roman, est longue et précise et aussi parce que je pense qu’il faut une certaine maturité pour s’attaquer à ce genre d’ouvrage. J’ai nommé 1984 de George Orwell.

1984Ce roman m’a glacé le sang. La société est effrayante, les héros sont attachants, la fin est d’une violence sans nom, mais surtout ce qui m’a marquée, c’est le parallèle avec notre société actuelle. La surveillance constante, l’omniprésence d’une menace que l’on dit extérieure, les tentatives du gouvernement de créer des dissensions dans le peuple, l’idéologie de la peur pour formater les individus, tout cela a résonné en moi comme un terrible écho. Je crois que ce roman est désespérément actuel, même si le futur qu’il dépeint est pour nous le passé. Et c’est ce qui m’a fait de la peine, ce qui m’a mise en colère aussi… L’histoire se répète dangereusement, et trop peu de gens veulent le voir !

 

Voici le passage que j’avais publié à l’époque sur Facebook, avant même d’avoir cette chance ultime de partager toutes mes aventures livresques avec vous :

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Effrayant, n’est-ce pas ?

Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Le Ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler

IMG_20190209_232637.jpgJ’ai eu la chance de découvrir ce roman enchanteur suite à une enquête des éditions de L’Archipel, et j’en suis plus que ravie. Il m’a fait immédiatement penser au coup de cœur que j’avais ressenti pour La Vallée du Lotus Rose de Kate McAlistair dont j’avais écrit la chronique en fin d’année dernière. Evidemment, les deux textes ont de nombreux points communs :

  • l’héroïne, d’abord, jeune, femme, forcée par l’état de ses finances à épouser un homme qu’elle n’aime pas et à s’expatrier loin de son Angleterre natale. Jezebel et Helena ont en commun une grande soif de liberté, d’indépendance et d’amour, un grand sens de l’honneur et une force en elles, dont elles ne connaissent même pas l’étendue.
  • L’Amour ensuite, les deux hommes de leur cœur portent d’ailleurs le même prénom et sont deux aventuriers au passé trouble et dont les vies sont toujours menacées.
  • L’Inde bien sûr !

Mais la richesse de la comparaison entre les deux œuvres vient aussi de leurs différences. Je vous laisse découvrir ou relire ma chronique du roman de Kate McAlistair et je ne vous parlerai que de celui de Nicole Vosseler.

Le récit que nous suivons dans Le Ciel de Darjeeling est original et ajoute à la description des charmes de l’Inde la narration de faits historiques violents. Les destins de nombreux personnages (Ian, Mohan, Winston, Sitara, Emily, Richard) sont liés à la tragique destinée de ce pays fascinant mais en proie à de nombreux conflits entre les différentes ethnies se partageant le pouvoir jusqu’à la décolonisation. La haine, la peur de l’inconnu, la rancœur d’une nation se fond dans la vendetta de plusieurs familles, conférant ainsi au récit une dimension épique que n’a pas La Vallée du Lotus rose.

Aucun personnage n’apparaît comme fondamentalement mauvais. Ce sont la culture, le contexte, les convictions, les lois qui poussent chaque personnage à agir, à un moment ou un autre, de manière condamnable. J’ai pourtant immédiatement été encline à pardonner à Winston ou à Ian, peut-être même plus facilement qu’Héléna. Sûrement parce qu’ici, en dépit de ce que tous disent ou même pensent, c’est uniquement l’amour qui les fait agir : l’amour pour une divinité, pour une femme, pour sa famille, pour la justice, pour l’honneur. Peut-on tout faire par amour ? Je ne le crois pas. Mais en tout cas, il explique bien des choses. La violence des sentiments se lit ici, non grâce à des déclarations romantiques ou niaiseuses, mais par le prisme des violences passionnelles qu’ils engendrent. En outre, Ian ne se laisse pas aisément deviner ou découvrir mais de nombreux indices m’ont conduite à le ranger immédiatement dans la catégorie des hommes bien, par le respect qu’il témoigne à la jeune fille, par le souci qu’il a du bien-être de son petit frère, par le traitement qu’il réserve à ses domestiques… La part d’ombre qu’il garde jalousement ne remet jamais cela en question et avant même que je ne m’en rende compte, je lui étais tout acquise.

Vous vous en doutez, je me suis immédiatement laissée embarquer dans cette triple histoire d’amour, dans ce voyage en un Orient fantasmé et dangereux, dans cette découverte de l’Amour par une jeune fille qui s’en croit longtemps exempte. Lors de cette lecture, le spectre du personnage d’Angélique d’Anne & Serge Golon est – encore – plusieurs fois apparu devant moi, d’autant plus qu’ici Ian m’a fait vraiment penser à Joffrey de Peyrac, dont on a – presque ! – toutes été amoureuses à un moment.

Seul petit bémol, mais qui n’est finalement que le contrepoint de mon enthousiasme à la lecture de ce récit : j’ai trouvé la fin un peu précipitée. Suite à la narration enchâssée de l’enfance d’Ian, j’ai moins bien compris les réactions d’Héléna et ses hésitations… Peut-être aussi que je voulais tellement connaître la fin de cette histoire d’amour, que j’ai lu à toute vitesse la dernière partie…

En conclusion, je dirais que si vous avez soif d’aventures, de dépaysement, de dangers mais aussi et surtout d’amour (après tout, la Saint Valentin, c’est pour bientôt !), n’hésitez pas, ce roman est un pur moment d’évasion. Et, ce qui ne gâche rien, les éditions de l’Archipel éditent toujours des objets-livres beaux et de bonne qualité ! Merci beaucoup à eux, c’est toujours un plaisir !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quatrième de couverture : Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya.
En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.
Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?
Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l’Inde millénaire.

On a tous une bonne raison de tuer de Pétronille Rostagnat

Screenshot_20190209_222219_com.android.gallery3dLa première chose qui me vient là, c’est que visiblement, chez Incartade(s) Editions, on sait choisir les romans policiers… Après Laurent Fréour dont j’avais beaucoup apprécié Les Naufragés du navire de pierre, Pétronille Rostagnat m’a scotchée avec ce roman.

Un bon roman policier, qu’est- ce que c’est ? Une victime, des suspects, un coupable, un ou des policiers, des preuves, des rebondissements… Et bien, ici, on a la totale, mais ça va bien au-delà. Je n’ai jamais eu le moindre soupçon sur le coupable, et ça, c’est assez fort ! Je mets au défi quiconque d’envisager la fin et l’étendue des dommages collatéraux de cet homicide en lisant les premières pages. Pétronille Rostagnat a élaboré une histoire complexe dont elle tient à merveille toutes les ficelles, laissant le lecteur suspendu à ses mots, jusqu’à l’ultime fin du roman. Et quelle fin ! Je ne vous dis que ça…

On suit le personnage principal Alexane, une femme forte, juste, passionnée et droite, dans une affaire qui font se mêler dangereusement sa vie professionnelle et sa vie privée, au point d’ébranler les fondations de sa famille et de son métier. Nous évoluons à ses côtés, vivons ses doutes, ses déceptions, ses espoirs et ses passions. Je l’ai trouvée attachante et vraie, pas parfaite, loin de là, mais toujours sincère et investie dans tout.

L’intrigue est un nœud de vipères. Au-delà du meurtre de la jeune femme, il se cristallise dans cette affaire des non-dits malsains et destructeurs, entre époux, amis et collègues. Néanmoins, l’histoire est réaliste et on ne passe pas systématiquement de l’amour à la haine, les personnages se jugent, se trahissent, s’excusent, pardonnent, et ça change !!

Cette lecture a cela de marquant qu’elle n’est finalement pas qu’un roman policier : l’amitié, l’amour, le sexe, la maladie, l’admiration, la jalousie, la cupidité entrent en scène et ce, au sein même de l’engrenage judiciaire. Les suspects, les victimes, les coupables, les avocats, les policiers, personne n’est blanchi immédiatement, et cela rend le roman absolument passionnant. Parce que, oui, évidemment, on veut absolument savoir qui est le coupable, mais on veut tout autant savoir pourquoi tout le monde ment, quel couple va tenir, qui est un véritable allié…

Cette histoire m’a fait l’effet d’un cocktail détonant dont le titre est absolument parfait, et justifié !

Merci aux éditions Incartade(s) pour cet agréable moment de lecture et merci à Pétronille Rostagnat, pour son talent, tout simplement !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

 

Throwback Thursday Livresque 2019 – Cycle 1 – Episode 2

Le Throwback Thursday Livresque est une initiative de BettieRoseBooks afin de parler de livres qui nous ont marqués, plus ou moins récemment. En 2019, les règles changent un peu.

Chaque mois nous tournerons autour d’un concept et de quatre de ses déclinaisons. Le challenge sera de ne pas reprendre le même livre pour les déclinaisons du concept ( exemple : émotions, leçons de vie, amour, pays imaginaire…). Aussi un genre littéraire pourrait être exploité et aussi dériver vers vos styles de prédilection à vous.

Ce mois-ci :

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Semaine 1 : Un livre qui fait peur ou fait ressentir un profond dégoût envers certains personnages, certaines actions, certains faits…
Semaine 2 : un livre qui m’a mis en joie
Semaine 3 : Un livre qui m’a rendu triste ou en colère (ou les deux)
Semaine 4 : Un livre qui fut une bonne surprise ou un livre dont l’intrigue m’a surpris, pris de court, je ne l’avais pas vu venir.

Il me faut, cette semaine, évoquer un livre qui m’a rendue joyeuse… Je vous parlerai donc d’une saga que j’ai commencée, pas encore achevée, mais qui à chaque fois, me procure beaucoup de plaisir parce que l’histoire est toujours prenante et loufoque. Il s’agit de la Saga Malaussène de Daniel PENNAC.

J’ai déjà lu Au bonheur des ogres, La fée Carabine, La petite marchande de prose et Monsieur Malaussène. On y suit les aventures de Benjamin Malaussène qui a une histoire étonnante. C’est un bouc émissaire pour un grand magasin, avant de travailler dans une maison d’édition où il accomplit le même genre de tâches, se faire hurler dessus par des clients mécontents et éviter des conflits avec la hiérarchie. Parallèlement à cette situation qui offre des situations vraiment cocasses, Benjamin est l’aîné d’une fratrie qui ne cesse de s’agrandir suite aux frasques d’une mère absente avec un cœur d’artichaut. Il veille donc sur ses nombreux frères et sœurs qui, eux-mêmes, grandissent et ont des enfants.

Bouc émissaire, c’est une stature pour lui, plus qu’un emploi : dans chacun des romans,  il se retrouve, à son corps défendant, au cœur d’affaires policières où il apparaît toujours comme le coupable idéal. Au fil de ces nombreuses intrigues, il se lie d’amitié avec des personnages très différents mais systématiquement hauts en couleurs. La narration est, en outre, toujours pleine d’humour et de rebondissements. On ne s’ennuie jamais avec la famille Malaussène que j’ai toujours retrouvée avec beaucoup de plaisir et de joie…justement !

A suivre pour moi :

Et vous, quel livre vous a mis en joie ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Après la mer d’Alexandre Feraga

hdrplC’est l’histoire d’un enfant…dépossédé par trois fois d’une part de lui. C’est l’histoire d’un enfant avec deux prénoms, deux identités, deux cultures qu’on ne lui a pas laissé découvrir et qui se les voit imposés puis arrachés. C’est l’histoire d’un enfant de 10 ans qui veut simplement être aimé, sans contrepartie, comme doit l’être tout enfant. C’est une histoire qui émeut et qui révolte.

Alexandre Feraga nous raconte, avec beaucoup de poésie, son enfance ou du moins, sa sortie de l’enfance. Jusqu’au début du récit, il n’est qu’Alexandre, fils de Mohamed et Jocelyne, tous les deux divorcés et en union libre, tous deux déjà parents de respectivement 4 et 1 enfants. Il a du mal à se faire une place dans cette famille recomposée qui gravite autour d’un père absent (même quand il est présent) et d’une mère soumise, simplement par l’amour. Il souffre de la rancœur de ses frères et sœurs, des coups de Salim, son frère aîné, des silences intolérables de son père, de la passivité extrême de sa mère. Mais il s’en accommode, avec l’aide de ses amis, Chérif et Dorothée en tête. Alexandre est donc un enfant normal, sauf qu’il ignore encore qu’il est incomplet.

Embarqué malgré lui dans une 504 avec son père, avec le consentement muet et l’absence d’explications de sa mère et de sa fratrie, il découvre qu’il s’appelle aussi Habib, parce que ça faisait plaisir à ses grands-parents algériens, qu’il n’a pas revus depuis des années. Il découvre qu’il doit mentir à ces personnes qu’on lui impose d’aimer. Lui, à 10 ans, doit affirmer que son père ne fume pas, ne boit pas, qu’il ne mange pas de porc…sans trop savoir pourquoi. C’est la forme de violence qui m’a le plus marquée dans ce roman : personne n’explique jamais rien. Alexandre-Habib doit deviner, il félicite d’ailleurs à plusieurs reprises son imagination d’avoir renforcé sa capacité à combler les blancs laissés par les adultes. Cet enfant est mis de côté, même quand il est sur le devant de la scène, il subit tout ce qui lui arrive sans qu’on lui explique les raisons de tout cela… Seule phrase qui rythme sa vie « Je reviens »… d’où ? Quand ? Pourquoi ? Il ne le saura jamais.

La violence est omniprésente : la violence physique, bien sûr, que sont les coups – rares mais choquants – de son père et de son grand-père, la violence culturelle qui est le point de mire du roman et la violence psychologique. C’est en écoutant les conversations qu’il comprendra que son père ne fréquente plus ses frères et sœurs, que certains membres de sa communauté sont menacés, que son père passe souvent à Marseille, que sa grand-mère a tenté de se pendre plusieurs fois, que sa mère et ses frères savaient très bien où il allait, que ses grands-parents désapprouvent l’union de leur fils (au point d’essayer de le marier avec une autre pendant son séjour).

Honnêtement, le roman est construit d’une manière très originale. On ne comprend tellement pas ce que cet enfant risque, lors de ce voyage, qu’on se surprend à être soulagé quand enfin le voile est levé, je me suis même sentie sourire, mais en fait, non ! C’est toujours extrêmement violent, surtout dans la manière de faire. Comme le dit le narrateur, on lui avait tu l’existence de ce double, Habib, on la lui a imposée, en lui demandant instamment de museler Alexandre, et puis il a compris qu’Habib n’était né que pour être tronqué et de nouveau tué pour faire rejaillir Alexandre, tout cela pour amoindrir la culpabilité de son père, pour qu’il paie son tribut. L’image de l’agneau est donc vraiment centrale, quelle que soit la culture à laquelle il renvoie.

Les personnes rencontrées lors de ce voyage enrichissent le récit : certaines hautes en couleurs (Zeïna, Fahd, Zahir), certaines tendres (Fahra, Myrtille), d’autres formatrices (Idir, Kamel…). On sent très vite que la plupart de ces rencontres laisseront à l’enfant un souvenir impérissable auquel seule la maturité pourra donner sa véritable signification.

Dans les interstices de cette histoire violente, prenante et initiatique, le narrateur laisse ses émotions d’adulte apparaître dans des chapitres à part. Des passages vraiment beaux qui rendent hommage à sa mère, notamment. Des divagations dans lesquelles on sent que l’adulte tente de comprendre ce qui a motivé ses parents, des divagations empreintes d’émotions et de poésie.

Vous l’aurez compris, le roman d’Alexandre Feraga m’a touchée en plein cœur. La peinture de cette famille fait parfois sourire, parfois grincer des dents ; la description des sentiments de cet enfant fait mal, souvent, mais toujours avec la magie de l’innocence liée à la jeunesse et surtout avec la magie des mots. Bravo M. Feraga et merci à Charlotte Ajame des éditions Flammarion pour cette belle découverte.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quatrième de couverture : « J’avais dix ans lorsque je suis sorti de l’enfance. »
Devant la voiture chargée jusqu’à la gueule, Alexandre comprend qu’il part en vacances, seul avec son père. Il n’a aucune idée de leur destination : qu’importe, il espère se rapprocher de cet homme taiseux qui l’impressionne et glaner enfin quelques signes d’affection. Le temps d’un été, Alexandre va devenir Habib, son vrai premier prénom qu’il n’a jamais utilisé en France, traverser la mer, découvrir d’où vient son père et prouver à ses grands-parents que leur aîné n’a pas renié ses origines. Même si pour cela il doit engloutir tout ce que l’Algérie fait de pâtisseries et subir les corrections d’un grand-père soucieux d’honneur. Mais le but de ce voyage se révèle, au fur et à mesure, étrangement plus inquiétant. Avec la tendresse et la cruauté qu’on a pour le passé qu’on enterre, Alexandre Feraga signe le roman de la fin d’une enfance.

Quelques citations marquantes :

« Je le connaissais par cœur en père absent. J’avais échafaudé de multiples versions de lui. Je vivais en secret les mots qu’il ne me disait pas, les règles des jeux que nous ne partagions pas, les regards qu’un fils espère, les conseils qu’un fils attend.

« Je n’ai jamais vu personne menacer un arbre pour qu’il donne ses fruits plus vite. »

« Je n’ai pas trouvé les mots pour lui dire que je voulais la sauver. Simplement la sauver. J’étais trop jeune pour comprendre qu’il est impossible de sauver quelqu’un de l’amour. »

« Elle ne me permettait pas seulement de réinventer mes parents, de redéfinir mes racines, de réviser mon histoire, l’imagination m’a également permis de transformer l’absence en carnaval et les attaques de Salim en paragraphes. Le silence de mes parents m’a pesé, les mots importants que j’espérais m’ont manqué, mais l’imagination a pris le relais ; comme une nourrice, elle m’a fourni des prothèses pour avancer, pour accepter de me montrer au monde. L’imagination m’a autorisé à vivre. »

« Habib Alexandre, né de la rencontre entre l’oued Jocelyne et l’oued Mohamed, il était la promesse de réconciliation entre les affluents Amina, Rahma, Nourredine, Salim et Laurent. Il était né pour être le fleuve qui les guiderait vers la mer, mais les invasions mensongères et l’hégémonie de la trahison ont détourné son cours et asséché son lit. »

« Tout ce que voyait l’adulte passait par le filtre de l’enfant trahi et laissé pour mort après la mer. »

L’Affaire des corps sans tête de Jean-Christophe Portes

Avis aux amateurs de romans policiers, ce livre est une pépite du genre ! Moi qui ne suis pas férue de ce genre de littérature au départ (même si j’apprécie de plus en plus), je me suis complètement laissée embarquée par les aventures du jeune Victor Dauterive.

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Le roman de Jean-Christophe Portes mêle petite et grande Histoire, et vous savez à quel point j’adore ça. Mais attention, on a affaire à un vrai professionnel… La Révolution n’est pas la période historique la plus limpide : encore aujourd’hui, on idéalise la naissance de la République et la fin de l’injustice monarchique mais, que ce soit la prise de la Bastille ou les années qui suivent la mort du roi et de la reine, on est loin du conte de fées. C’est une période trouble, violente, injuste où les intérêts de la Nation sont passés parfois après les intérêts personnels. J’ai trouvé personnellement très intéressant de découvrir cette période méconnue de 1789-1791 : ce moment où l’on croit à la Révolution mais où l’on croit aussi, encore un peu, à Louis XVI.

L’intrigue que nous peint l’auteur est aussi complexe que la période, c’est dire ! La force de ce roman, c’est que l’on ne peut pas imaginer l’étendue du complot avant Victor Dauterive, j’ai même souvent été un peu perdue par la foule de personnages mis en scène, les changements de focus et les avalanches de détails, mais je ne me suis pas ennuyée une seconde ! Il faut se concentrer, croiser les récits, les personnages, les points de vue. J’ai vraiment eu le sentiment d’avancer en même temps que le personnage principal, de mener une enquête complexe à ses côtés et cette fin…oh la la…cette fin ! Je ne spoilerai pas, mais j’ai ressenti les mêmes émotions que Dauterive là encore.

Autre point positif, et vous savez à quel point j’y accorde de l’importance : ce roman est vraiment très bien écrit. Le contexte langagier est respecté, sans jamais être lourd, les descriptions sont brèves mais précises et efficaces et le suspens est travaillé de main de maître.

Bravo Jean-Christophe Portes pour votre œuvre et merci pour cet envoi ! Je sais que vous avez écrit d’autres aventures de Victor Dauterive (lien ici) et je m’y replongerai avec plaisir…

 

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quatrième de couverture : 1791. On découvre des cadavres dans la Seine, nus et la tête coupée. Malgré l’’émoi que cela provoque, Victor Dauterive, jeune officier de la nouvelle Gendarmerie nationale n’’a guère le temps de s’en préoccuper : La Fayette, son mentor, l’’a chargé d’’arrêter Marat, ce dangereux agitateur qui en appelle au meurtre des aristocrates. Une mission qui tourne vite au cauchemar pour l’’enquêteur qui joue sa vie en posant trop de questions. Les vainqueurs de la Bastille sont-ils de vrais patriotes ou des activistes corrompus ? Existe-il vraiment un Comité secret aux Tuileries, dans l’ombre de la Cour ? Et n’’y aurait-il pas un lien entre Marat et ces corps flottant dans la Seine ? Peu à peu, Victor Dauterive lève le voile sur un effrayant complot. Une conspiration qui pourrait changer le cours de la Révolution…