La Belle Cévenole de Marie-Claude Gay

Vous connaissez mon amour pour les romans historiques ? Je dois dire que j’ai été bien servie pas le roman de Marie-Claude Gay. En plus d’être une histoire bien menée, la période au cœur de l’intrigue ici est finalement assez rarement traitée.

Louis XIV a révoqué l’Edit de Nantes qui mettait fin aux guerres de religion et reconnaissait le droit aux Protestants de pratiquer librement leur culte. Le roi fait la guerre aux huguenots. Ses Dragons sont envoyés dans tout le royaume pour massacrer une partie de la population. En 1702, ils arrivent dans les Cévennes, où vivent Clémence et sa famille. Un soir, le père part pour une mission. Chaque membre de la famille sait ce qu’il doit faire si Victor ne rentre pas. Ils doivent fuir, séparément, pour se retrouver par la suite. Malheureusement, l’inévitable se produit et Clémence se retrouve sur les routes.
La jeune fille doit se méfier de tout le monde. Si on découvre qu’elle est protestante, elle sera tuée dans d’atroces souffrances. Survivra-t-elle ? Retrouvera-t-elle les siens ?

Une guerre civile, intestine, au nom de la religion ; des scènes d’une violence inouïe, une haine fondamentalement injustifiée, des populations qui s’exilent, qui se cachent, qui mentent et qui se sentent constamment en danger. Ces drames de l’Histoire ne font décidément que se répéter depuis des siècles et il est ici flagrant de retrouver ces élans de colère, d’aveuglement, de fanatisme que nous connaissons encore aujourd’hui, bien malheureusement.

J’ai été vraiment sensible à la volonté de Marie-Claude Gay de ne pas diaboliser les Catholiques au profit des Protestants. Au contraire, on voit très rapidement que la folie furieuse concerne les deux camps, que les victimes sont aussi nombreuses d’un côté que de l’autre, que les soldats ne sont pas de plus fervents croyants que les « parpaillots », pas plus convaincus que ce qu’ils font est juste et bien. Ça ne se sent pas uniquement parce que les deux héros sont de deux camps différents, mais, plus subtilement, parce que chaque personnage intelligent, profond hésite, doute de sa foi, de son roi, de l’humain d’une manière générale.

Toutefois, si j’ai été vraiment prise par les aventures de Clémence, si j’ai vraiment voulu savoir comment elle allait s’en sortir, j’ai trouvé l’histoire trop rapide finalement. Les personnages sont bien campés dès le début, ce qui permet de s’attacher à cette famille avant de vivre de l’intérieur leur intolérable séparation. Mais après l’arrivée de Clémence au port, les choses vont beaucoup trop vite à mon goût (son amnésie, les retrouvailles avec un ancien ennemi, la fin « heureuse » ou non, d’ailleurs). C’est dommage car du coup, sur la fin, j’ai moins adhéré au roman, j’y ai moins cru.

La Belle Cévenole reste néanmoins une lecture agréable qui montre une connaissance fine, passionnée et passionnante de l’auteure pour cette période conflictuelle, un roman qui se lit avec plaisir et que je vous conseille si la question des guerres de religion vous intéresse. Vous y apprendrez plein de choses, sans même vous en apercevoir…

Priscilla

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Un fils obéissant de Laurent Seksik

Vous le savez tous, il y a des romans qui nous passionnent, qui nous fascinent, qui nous révoltent, qui nous interrogent… Et puis il y a ces romans qui nous scotchent, tellement ils sont humains, des romans dont on sent qu’ils sont comme des amis intimes, de ceux qui nous connaissent mieux que personne…

Un fils obéissant fait partie de ces rares textes qui m’ont parlé comme peu de textes savent le faire, avec une humanité, une simplicité et une beauté qui m’ont autant émue que le sujet du livre.

C’est l’histoire d’un quinquagénaire qui vient de perdre de son père et qui, un an après le drame, se souvient de ses derniers instants avec lui. C’est aussi l’histoire d’un enfant qui voue un culte à cet homme qui lui apprend la Vie, qui lui apprend tout, qui le porte, même quand il n’a plus envie d’être relevé. C’est l’histoire d’un quinquagénaire qui vient de perdre son père mais veut rester l’enfant auprès de son papa.

Laurent doit écrire un discours en hommage à Lucien. Mais comment rendre hommage à ces êtres qui nous créent, nous construisent, nous blessent parfois, mais nous aiment, comme jamais plus personne ne nous aimera ? Comment faire de cet hommage un texte qui ne soit pas triste mais qui ne soit pas non plus dépourvu de ce sentiment de manque affreux dont on ne se défait jamais ? Laurent Seksik a pansé mes blessures, sans essayer de les masquer par l’oubli ou la détermination, simplement en le nommant, en parvenant à dire l’indicible, de l’amour et de la peine, de l’admiration et de la colère, de la reconnaissance et du deuil.

La force de ce texte réside dans la parfaite maîtrise d’une alternance toujours juste entre sourires aux lèvres et larmes aux yeux. Car c’est là qu’est la vérité, c’est ce qu’explore ce texte, ce petit espace de flottement entre le souvenir heureux et le sentiment de vide qui lui succède inévitablement.

« Je pleurais comme certains esprits simples disent qu’un homme ne devrait jamais pleurer, anéanti de douleur, un édifice effondré sur mes épaules, je pleurais de désespoir, liquéfié, dissous, manquant de souffle et d’air. Mais le plus étrange était que ce saccage intime qui me laissait plus abattu qu’un boxeur après son combat, loin de m’affliger, s’accomplissait dans une sorte d’extase, car cet abîme de désolation, plongée à l’écart di monde, m’accordait de partager un dernier moment avec mon père. »

C’est un texte fort, beau, profondément vrai et tellement touchant. On y retrouve les émotions positives de l’enfance idéale, les colères amusantes de l’adolescence contrariée, les dilemmes de l’adulte en devenir et les maux de l’adulte qui regrette son enfance mais regarde vers l’avenir. Le portrait de Laurent qui se dessine en filigrane dans ce récit est celui, sans concession, de l’homme, de tous les enfants qui ne le sont plus, le mien, et très certainement, le vôtre aussi…

Priscilla

Throwback Thursday Livresque n°23

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 10 octobre : Les métamorphes

Après le succès de Twilight, Vampire Diaries, Teen Wolf et autres sagas ou séries du même acabit, on a vu fleurir dans les étagères de nos libraires ou, en ce qui me concerne, de nos CDI, des romans plus ou moins réussis sur le thème des métamorphes.

Je me souviens avoir lu, il y a fort longtemps (bon d’accord 6 ans seulement), les deux tomes de Zoanthropes de Mathias Rouage que j’avais beaucoup aimés, au point que je les avais conseillés à mon père et à ma cousine qui avaient, eux aussi, bien apprécié l’intrigue et l’écriture. Seulement voilà, j’en ai lu des romans en 6 ans et je n’avais pas de blog à l’époque, il ne m’en reste donc qu’un vague souvenir, mais un vague souvenir uniquement positif… Une histoire bien construite, des personnages attachants et un style vraiment agréable. Désolée de ne pouvoir faire que cela cette semaine… Mais au moins, on est dans le thème !

Voici la quatrième de couverture :

Dans un futur flou, le monde humain doit faire face à la menace des zoanthropes, des hommes ayant la capacité de se changer en hybrides, mi-hommes, mi-animaux. Ces créatures redoutées inspirent la terreur. Shina Sirkis, jeune humaine, découvre que son destin est lié à une ancienne guerre. Découvrant sa zoanthropie, elle devra quitter son propre pays fuyant à la fois les humains, et une organisation mystérieuse.
 De péripéties en rebondissements, Shina comprend qu’elle ne voit que la partie émergée de l’iceberg. L’Histoire telle qu’elle la connaît n’est peut-être pas celle qu’on a bien voulu lui raconter.

J’ai hâte maintenant de voir ce que vous avez choisi aujourd’hui…

Priscilla

Journal de L. de Christophe Tison

J’ai bien fait d’enchaîner les lectures de Lolita et de Journal de L. Les perspectives offertes par Christophe Tison dans cette réécriture du mythe de la nymphette sont tellement riches. J’ai apprécié le talent avec lequel, sans rien dénoncer, l’auteur dévoile les mensonges, les omissions de Humbert Humbert. Dans le roman de Nabokov, je vous en parlais dans ma chronique, la petite fille est présentée comme une femme fatale, responsable du désir, de la passion qu’elle insuffle à son pauvre beau-père, victime de son amour vicieux.

Avec ce pendant aux réflexions de Humbert, la vérité semble reprendre ses droits. Christophe Tison veut laisser à Dolores la possibilité de se justifier. Bien sûr, cette gamine, que son beau-père a odieusement forcée à grandir, joue de ses charmes, mais on sent bien ici que c’est ce qu’on lui a appris à faire. La principale victime des charmes de Lolita, c’est Dolores, elle n’en joue que pour s’en sortir. Que veut-elle ? Où va-t-elle ? Que risque-t-elle ? Comment voulez-vous qu’elle en ait conscience ? Elle n’a que douze ans…

Ce texte possède une vraie profondeur : la plume de la jeune narratrice évolue très nettement entre la première partie et la fin, mimant ainsi son évolution, sa prise de maturité, même si le recul qu’elle semble réussir à prendre paraît justement parfois trop réfléchi, mais qu’importe. Tout m’a paru juste, tout m’a paru vrai. Ma deuxième lecture du roman de Nabokov ayant dépassé le simple rejet de cette fiction pédophile, j’avais trouvé dans le roman de trop nombreux silences, des éléments qui m’avaient interloquée et étaient restés sans suite, notamment autour des transformations physiques de la jeune nymphette. J’ai vraiment eu l’impression, en découvrant ce journal, que la lumière était enfin faite sur cette sombre affaire. Aucune incohérence, aucune fausse note !

De fait, le récit est violent, cru, amer, il ne peut en être autrement. Mais Christophe Tison est d’une grande subtilité : on éprouve inévitablement de l’affection pour cette jeune fille qui doit apprendre à se détacher de son corps pour survivre, s’en détacher pour en devenir une simple spectatrice, s’en détacher pour en faire commerce quand il le faut. Justice est faite : Dolores Haze n’est plus simplement Lolita, Humbert n’est plus simplement l’amoureux transi, Clare Quilty n’est pas le Sauveur, Rick n’est pas le butor naïf et complaisant. Tout reprend sa place et on sent que ce rééquilibrage tenait vraiment au cœur de l’auteur, et fait du bien à celui des lecteurs…

Une vraie belle découverte, une preuve s’il en faut encore une que la littérature peut toujours se réinventer, se réécrire, un ultime signe du génie de Nabokov qui avait déjà, je le pense sincèrement, imaginé tous ces interstices laissés volontairement en blanc, comme autant d’appels à la voix de Lolita, qu’il fallait juste faire entendre ! Bravo Christophe Tison, et merci aux éditions Goutte d’Or.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Throwback Thursday Livresque n°22

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 03 octobre : Les animaux

Aujourd’hui encore, je vais pouvoir m’offrir le plaisir de vous parler d’un classique que j’ai beaucoup aimé et souvent lu, La Ferme des Animaux de George Orwell. Je l’avais étudié en classe de 1ère, j’ai relu ce court récit pendant mes études supérieures, et encore deux fois depuis, en tant qu’enseignante, pour préparer mes cours de 3ème dessus.

Ce petit texte est une longue fable, mettant en scène des animaux qui détiennent la parole. L’histoire commence avec Sage l’Ancien, un vieux cochon, qui affirme aux autres animaux qu’il est l’heure de se révolter face aux injustices commises par le fermier, Mr Jones, à leur encontre. Il leur démontre que les hommes ont besoin des animaux pour s’enrichir mais ne leur accordent que le minimum de soins. Les animaux se rebellent bien sûr, ils chassent le fermier et mettent en place une communauté égalitaire, ainsi que des commandements.

Au début, tout se passe bien, mais à chaque problème, les cochons, qui sont les seuls animaux à savoir lire et écrire, prennent de plus en plus de pouvoir. Un pouvoir d’abord démocratique et de plus en plus autoritariste. Deux cochons se livrent une guerre interne jusqu’à la fuite de l’un d’eux, Boule de Neige, accusé de trahison par l’autre, Napoléon. Resté à la tête de la ferme, Napoléon gouverne seul, officiellement pour le bien du plus grand nombre. Mais au vu de son nom, vous imaginez ce que cela peut donner… Les transformations du régime sont passionnantes, tout comme les transformations plus sournoises des individus.

Au-delà de la réécriture évidente des dérives liées à la Révolution bolchévique (Sage l’Ancien serait Lénine, Napoléon Staline et Boule de Neige Trotski), cet apologue fait réfléchir de manière plus générale sur le pouvoir : qui le met en place ? A quelles fins ? A qui cela profite-t-il ? Mais c’est aussi une réflexion sur l’homme, celui qui constitue le peuple, celui qui laisse faire ; celui qui voit, même s’il ne comprend pas ; celui qui ne fait rien, même quand il comprend.

C’est donc un texte riche, court et très parlant, que j’aime beaucoup faire étudier à mes chères têtes blondes afin de les inviter à un début de réflexion sur la politique. Vous connaissez ? Peut-être l’avez-vous lu quand vous étiez élèves… Qu’en pensez-vous ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Les Classiques de Priscilla – Lolita de Nabokov

« Moi, je m’appelle Lolita / Collégienne aux bas bleus de méthylène / Moi, je m’appelle Lolita / Coléreuse et pas mi-coton, mi-laine / Motus et bouche qui ne dit pas / A Maman que je suis un phénomène / Je m’appelle Lolita / Quand je rêve au loup, c’est Lola qui saigne » Ces paroles si souvent fredonnées au cours de mon adolescence prennent tous leurs sens après la lecture de ce classique russe. Si je l’avais déjà lu à l’époque où je compilais les classiques pour préparer le concours, j’ai décidé de me replonger dedans aujourd’hui, en prenant mon temps. Et j’ai bien fait, c’est une lecture exigeante…

L’intrigue, tout le monde la connaît : Humbert Humbert est une homme d’apparence classe et qui a tout pour lui, mais le lecteur lui connaît une passion dangereuse pour les « nymphettes », ces petites filles âgées de 10 à 14 ans, qui sont loin d’être des femmes, qui sont dans un entre-deux, au cours duquel le corps se transforme mais pas l’attitude. Quand il rencontre Charlotte Haze, tout en elle le révulse, sauf sa fille, Dolores, l’incarnation parfaite de la nymphette. Alors quand cette petite rebelle s’amuse à se rapprocher de l’homme dont elle sent que sa mère est tombée amoureuse, juste pour la faire enrager, Humbert craque et passe d’une relation fantasmée à une relation envisageable. Il épouse Charlotte, devient veuf et du même coup tuteur de Lolita. La petite continue son jeu dangereux tant qu’elle ignore la mort de sa mère. Quand elle l’apprend, des portes invisibles se verrouillent sur elle : elle est prise au piège dans un road trip moralement incestueux et franchement pédophile, dont elle ne sortira que par la fugue.

Evidemment, le roman a fait scandale et l’on comprend aisément pourquoi. Pourtant, la force du récit de Nabokov est réelle et repose, à mon humble avis, sur plusieurs points. Premièrement, il s’agit d’une fiction, c’est selon moi essentiel car cela évite une réaction épidermique du lecteur contre Humbert : aucune petite fille n’a été sa victime. Deuxièmement, ce personnage, indubitablement condamnable, est aussi un homme brillant, profondément amoureux, sincère et mythomane, malgré quelques violents éclairs de lucidité. Troisièmement, Humbert n’est pas seulement un personnage, c’est le narrateur : tout est raconté à travers ses yeux, ce qui rend le récit de ces quelques années un peu moins insoutenable.

Lolita est donc décrite à travers les yeux de son bourreau. Si son attitude est ambiguë, on ne doit pas faire de cette fillette une espèce de femme-enfant fatale. Le lecteur se laisse pourtant fatalement prendre : il est très facile de penser – alors même qu’il semble difficile de l’accepter – que Lolita séduit Humbert, que c’est elle qui l’embrasse, que c’est elle qui prend les devants la première nuit, elle qui ne se dit même plus vierge. Pour ce lecteur, appelé beaucoup trop souvent « mon frère », le piège est bien tendu. Et pourtant, quelle petite fille n’a jamais menti pour faire croire qu’elle avait plus d’expérience ? Quelle petite fille n’a jamais testé sur un homme – souvent son père d’ailleurs – son charme et son pouvoir de séduction à des fins telles que l’achat d’une nouvelle robe ou d’un magazine ? En prenant du recul, la réalité reprend ses droits. En lisant attentivement le texte, on se rend compte que c’est Humbert qui nous ment, qui se ment : Lolita pleure toutes les nuits, parle de « viol », supplie « Oh non » quand elle voit la lueur lubrique dans les yeux de son « père ». Lolita est une petite fille dont un monstre a volé l’enfance. Mais un monstre qui ne voudrait pas en être un, un monstre qui l’aime vraiment.

L’ambiguïté est au cœur de ce texte qui ne peut laisser quiconque de marbre. J’ai été dérangée, heurtée, révoltée et touchée par ce que je lisais, tout en refusant d’être touchée par un tel être.

La question du personnage de Lolita reste donc centrale : qui est-elle vraiment ? Je vais dès aujourd’hui me lancer dans le roman de Christophe Tison, Journal de L. qui prend le parti de raconter cette histoire du point de vue de Lolita. C’est un véritable tour de force et une analyse forte du roman de Nabokov à mon avis. Je vous en parle très vite…

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Throwback Thursday Livresque n°20

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 19 Septembre : Ma plus grosse déception

Aujourd’hui, thème délicat. Comme souvent, avec moi (vous êtes habitués maintenant), je vais vous parler d’un classique. Si j’ai plutôt tendance à encenser des auteurs et des œuvres qui m’ont marquée, en tant qu’élève, en tant que professeure, en tant que personne. Mais cette fois-ci, il faut faire l’inverse.

Je reviens donc sur une chronique que j’avais publiée l’année dernière au sujet de Tous les matins du monde de Pascal Quignard. C’est une œuvre vraiment courte, dont on m’avait dit beaucoup de bien, trop peut-être. J’en suis sortie déçue : aucun personnage ne m’a semblé attachant, l’histoire m’a paru cousue de fil blanc et le style m’a souvent laissée dubitative. C’est toujours très frustrant comme sentiment, de ne pas avoir embarqué avec l’auteur, vous ne trouvez pas ?

Vous trouverez ici ma chronique plus complète de l’œuvre. Belles lectures à tous (car oui, la plupart du temps, nous faisons de belles lectures, et heureusement !)

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L’Hiver du mécontentement de Thomas B. Reverdy

Ce roman, qui a remporté le prix Interallié en 2018, me semblait très prometteur à la lecture de la quatrième de couverture, et pourtant, j’ai été déçue. Je vous explique pourquoi juste après la quatrième de couverture.

« L’hiver du mécontentement », c’est ainsi que le journal le Sun qualifia l’hiver 1978-1979, où des grèves monstrueuses paralysèrent la Grande-Bretagne. Dans un Londres en proie au désordre, Candice répète pour incarner le Richard III de Shakespeare. Entre deux courses à vélo, la rencontre d’une Margaret Thatcher encore méconnue ou du jeune musicien Jones, elle essaie de se faire une place dans ce monde.

Thomas B. Reverdy écrit le roman de cet hiver qui a sonné le glas d’une époque et accouché d’un monde sans pitié. Mais il raconte aussi comment de jeunes gens réussissent à s’y faire une place, en luttant avec toute la vitalité, la détermination et les rêves de leur âge.

Vous connaissez maintenant ma prédilection pour les romans à toile de fond historique… Ignorant tout de cette période sombre et décisive pour la Grande-Bretagne, j’avais hâte de me plonger dans l’époque et de voir des personnages auxquels je me serais attachée se battre avec leurs démons. Et c’est là que le mélange n’a pas pris sur moi. J’ai trouvé que le récit des grèves, de la dégradation progressive des rues de Londres, des conditions de travail prenait trop de place, notamment parce que l’auteur met à les décrire un soin quasi-scientifique. C’est trop pour moi. Je me suis accrochée au début, mais j’avoue avoir sauté des pages entières, ce qui ne m’arrive jamais.

Les personnages sont, de ce fait, relégués au second plan. Je déplore un manque d’évolution chez nombre d’entre eux. Si Candice est attachante, son histoire est trop rapide, paraît presque bâclée et le lecteur passe à côté de tout ce qui fait la consistance d’un personnage romanesque. Ne parlons même pas des autres, dont on ne sait quasiment rien (qu’il s’agisse de Cindy, Jones ou Alice). Il manque les éléments clés de leur histoire : la première de la pièce, l’histoire d’amour, les conséquences du départ… Tout cela laisse vraiment un goût d’inachevé.

Il y a néanmoins de bons points dans ce roman, évidemment. J’ai beaucoup aimé, par exemple, la description en pointillés de Margaret Thatcher que l’on voit devenir La Dame de Fer après n’avoir été que la fille d’un épicier.

J’ai adoré, surtout, toute la réflexion de Candice sur le pouvoir à travers les notes qu’elle prend pour s’approprier le rôle de Richard III. Les parallèles entre l’histoire de ce tyran et celles des luttes politiques pour le pouvoir au sein d’une Angleterre en pleine crise sont d’une grande finesse et invitent à la réflexion. D’autant plus que les parallèles ne se limitent pas à l’Angleterre de 1978, loin s’en faut. Je vous laisse juger.

Voilà, je sais bien que ce roman a été encensé et je suis ouverte à la discussion avec tous ceux qui trouveront mon jugement cruel, mais pour le coup, cette fois, je suis complètement passée à côté…

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Colère assassine de Stéphanie Exbrayat

Me voilà de retour pour vous parler d’un roman assez addictif qui paraît aujourd’hui aux éditions De Borée, dans leur collection « Marge Noire », Colère assassine de Stéphanie Exbrayat.

Voici la quatrième de couverture : Malheur à quiconque provoque la colère de Léa, trentenaire parisienne qui ne supporte pas l’incivilité. Un soir, en quittant sa salle de sport, elle entend l’appel au secours d’une femme enfermée dans les toilettes du sous-sol. Mais quand la prisonnière s’impatiente au point de devenir odieuse, Léa explose et part en l’abandonnant à son sort. Le lendemain la femme est retrouvée morte… Se retrouvant au cœur d’une machination diabolique, Léa pourra compter sur Rodolphe, policier chargé de l’enquête, qui, entre un petit garçon mutique et une ex-conquête rancunière, a pourtant déjà fort à faire dans sa vie privée !

Il ne vous faudra que quelques pages pour entrer dans l’histoire et vous familiariser avec Léa, Rodolphe et Gabin. Chacun de ces personnages est attachant mais complexe et dissimulateur, ce qui donne encore plus envie de continuer la lecture, évidemment. Quant à Adeline, je ne peux pas trop vous en dire, mais l’ « ex-conquête rancunière » est bien plus que cela dans ce thriller bien ficelé.

Trois destins qui se croisent à des moments charnières : Léa, avec son enfance difficile, son caractère imprévisible, sa violence potentielle, fait la connaissance de Rodolphe, policier veuf, père d’un enfant mutique et peu convaincu qu’il a encore sa place dans la police, dans un commissariat où elle est entendue en tant que témoin d’un meurtre, ou en tant que suspecte… Adeline… Adeline est folle ! Elle aurait pu ne faire que passer, mais ça n’aurait pas été elle.

En fait, Stéphanie Exbrayat mêle habilement enquête policière, thriller psychologique, histoire de serial killer, histoire d’amour et récit d’une renaissance, dans un roman dont le rythme va crescendo pour finir en apothéose. Le dernier tiers du livre m’a complètement tenue en haleine, sans parler de la fin… Non… Evidemment… Je ne peux pas parler de la fin !

Le seul petit bémol que j’émettrais, c’est que finalement l’enquête policière qui a fait que tous ces destins se sont croisés m’a semblé bâclée sur la fin : la machination annoncée n’est pas si diabolique. Toutefois, au regard de tout ce qui leur arrive à côté, ce n’est peut-être pas un mal… En tout cas, si vous êtes des adeptes du thriller, si vous avez envie d’un roman à l’intrigue addictive, si vous souhaitez côtoyer des personnages tendres et délicieusement dingues, Colère assassine est le roman qu’il vous faut en cette période de rentrée littéraire !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)