La Disparue de Saint-Maur de Jean-Christophe Portes

Est-il encore nécessaire de vous présenter Jean-Christophe Portes (auteur de L’Affaire des Corps sans tête, L’Affaire de l’Homme à l’escarpin, Minuit dans le jardin du manoir, que j’ai déjà chroniqués) et Victor Dauterive ?

Pour les néophytes, Victor est un lieutenant de gendarmerie, le héros d’une série de livres mêlant avec brio thriller et roman historique. Ses enquêtes se déroulent à l’époque de la Révolution dans un ordre chronologique et tellement précis qu’il force l’admiration : c’est une vraie somme de connaissances sur cette période mouvementée et passionnante (et que finalement on ne connaît que grossièrement). J’avais déjà beaucoup aimé entrer dans cet univers avec les deux premières enquêtes, mais ce troisième opus m’a embarquée comme ses aînés n’avaient pas encore su le faire.

Voici la quatrième de couverture :

En cet hiver 1791, la France est au bord du chaos. Depuis sa fuite à Varennes, Louis XVI est totalement discrédité. Royalistes et nouveaux députés se menacent, armes à la main et la tension est extrême.

C’est dans ce contexte explosif qu’Anne-Louise Ferrières disparaît. La belle et mystérieuse fille d’aristocrates désargentés, encore célibataire à trente ans, n’a pas été vue depuis une semaine. Et une semaine, avec ce froid polaire… Plus personne ne s’attend à la retrouver en vie.

Enlèvement ? Suicide ? Fuite ? Étrangement, la question semble laisser sa famille de glace. Loin de dissuader le gendarme Victor Dauterive, cette indifférence hostile excite sa curiosité. Et il flaire chez les Ferrières des manigances qui débordent largement le cadre familial…

Ce tome commence de manière différente, le lecteur retrouve immédiatement Victor et part enquêter avec lui sur la disparition de la jeune fille. J’ai trouvé ce début plus limpide que celui des précédents tomes. En outre, cette intrigue des Ferrières n’est pas vraiment reliée à la Révolution, elle touche aux mœurs des aristocrates, à l’hypocrisie des pratiques prétendument religieuses, à de sombres secrets de famille. Cette histoire intime, très peu mêlée à la grande Histoire qui fait l’objet d’une narration presque parallèle, rend l’ensemble encore plus passionnant. Bien sûr, j’ai retrouvé avec plaisir Charpier, La Fayette et la Cour dans des rôles toujours troubles, faisant ainsi ressentir la perte de repères que cette période historique a dû engendrer chez nombre de Français. Et puis, cette fois, on quitte la France dans une partie pleine de rebondissements. Bref, j’ai trouvé qu’au niveau de la construction de l’intrigue, Jean-Christophe Portes avait vraiment fait preuve de nouveauté dans cet opus.

Au-delà de l’élaboration de la narration, ce qui m’a franchement tenue en haleine, c’est l’évolution des personnages. Je trouve que c’est sur ce point que l’auteur s’est dépassé dans ce troisième tome. Victor n’est pas du tout le héros traditionnel bien sous tous rapports. Il se fait avoir, il se montre courageux mais parfois mauvais, notamment avec Joseph, on le sent intuitif mais hésitant, fébrile, poussé à la fois par la colère et par la recherche de reconnaissance et d’affection. J’ai beaucoup aimé aussi redécouvrir Charpier : comme Victor, je me suis méfiée, puis je me suis mise à l’apprécier. Quant à Olympe, elle est vraiment un personnage fascinant. Portée par ses idéaux et par un féminisme qui semble très actuel, elle est passionnée, fonceuse, quitte à se mettre en danger. En outre, si dans ce tome, Victor et Olympe ne sont quasiment jamais réunis, leur relation gagne en intensité et en maturité. Leur séparation les rapproche et on sent tous les liens qui les unissent, de manière forte et complexe.

Vous l’aurez compris, j’ai été absolument conquise par ce troisième tome que j’ai trouvé d’une richesse supérieure aux deux précédents, tant au niveau de l’intrigue que de la psychologie des personnages. On sent déjà poindre toute une série d’aventures que font naître l’apparition de François et l’imminence de la guerre. Je n’ai qu’une hâte : me procurer le quatrième volume de cette série. Bravo Jean-Christophe Portes, j’étais déjà sous le charme, je suis maintenant complètement envoutée.

Priscilla

Noël & Préjugés de la Team Romcom

Je voulais attendre la période de Noël pour me lancer dans ce recueil, mais finalement, j’ai craqué et grand bien m’en a pris. Novembre et son lot de mini-déprimes sont en fait l’époque idéale pour une lecture aussi rafraîchissante que celle-ci.

J’ai pris énormément de plaisir à chacune de ces histoires reliées entre elles par le fil rouge d’une vieille édition d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen, ma révélation littéraire de l’hiver dernier.

Voici la quatrième de couverture :

Pour Noël, Eva se voit offrir une cure d’amaigrissement détox en Savoie, Cassandra un séjour de rêve dans un hôtel perdu dans les montagnes. Lisa se réfugie chez sa psychanalyste, terrifiée à l’idée de revoir son amour de jeunesse. Vincent tente désespérément de reconquérir son ex avec l’aide d’un coach en séduction loufoque. Lara est enfermée dans un magasin de jouets avec son chef qu’elle exècre, quant à Charlie, elle est coincée dans une tempête de neige à New York, coupée du monde à un moment crucial…

Ces six personnages ne se connaissent pas, mais sont liés à leur insu par le même roman : une ancienne édition d’Orgueil et Préjugés à la couverture rouge, qui passe de main en main et pourrait leur porter chance… ou pas !

Magie de Noël ou hasard de la vie, ils s’apprêtent tous à passer un réveillon inoubliable…

Si vous êtes du genre à regarder la rediffusion de Love Actually tous les mois de décembre alors ce livre est fait pour vous. Il met en scène des femmes et des hommes maladroits, touchants et souvent drôles dans leur quête plus ou moins consciente de l’amour. Alors, bien sûr, toutes ces histoires se terminent de la manière qu’on attendait, mais c’est ce qui fait du bien au moral, vraiment ! On sourit très souvent, on est attendri à chaque nouvelle et on est heureux de retrouver Jane Austen laisser sa marque dans notre univers moderne.

Finalement, j’attendais d’être dans l’ambiance de Noël pour lire ce recueil et c’est l’inverse qui s’est produit, c’est lui qui m’a mise dans l’ambiance de Noël et j’adore ! Donc si vous avez besoin d’un petit coup de boost, n’hésitez pas ! Ces textes se dévorent en quelques heures et vous en ressortirez ressourcés.

Priscilla

Des Etoiles dans les yeux de Nicolas Fraissinet

Aujourd’hui, je veux vous parler d’un livre que j’ai savouré lentement pour en apprécier l’histoire, la poésie et la musique. Il s’agit du roman de Nicolas Fraissinet, des Etoiles dans les yeux.

Voici la quatrième de couverture :

Je m’appelle Eliott. J’ai 25 ans. Je l’ai appris aujourd’hui. Je serai aveugle dans quinze jours.

Imaginez qu’il ne vous reste que quelques jours pour voir le monde et les personnes que vous aimez. Comment ne pas vous lancer, comme Eliott, à la recherche des seules images que l’on ne peut pas observer du bout des doigts ?

Recueillir les regards qui traduisent la profondeur de l’âme, quand les yeux s’emplissent d’étoiles.

Avant que l’obscurité ne vienne, Eliott découvre que sa quête effrénée lui ouvre les portes d’un monde nouveau, aussi bouleversant qu’inattendu.

Dans la première partie de ce roman très original, nous suivons Eliott lors de ses quinze derniers jours d’homme pleinement valide. Un chapitre par jour, un chapitre en musique, au rythme des rêves pleins de signes de ce jeune homme attachant. J’ai tellement aimé me fondre dans cette histoire au son de cette ambiance musicale toujours en accord avec l’histoire. Ce voyage initiatique à l’issue que l’on croirait dépourvue de surprise est un périple des sens : la vue est au cœur de l’intrigue bien sûr, les toucher est la principale perspective d’avenir du sculpteur que veut devenir Eliott, et l’ouïe, la sienne, la nôtre portent la sensibilité du personnage et des lecteurs aux nues. Les personnages sont profondément attachants : Eliott, d’abord, partagé entre la colère, la peur, le désespoir et la vitalité ; Camille et Robin, des amis extraordinaires dont l’amour, l’humour et l’espoir porteront Eliott jusqu’au bout ; la mère d’Eliott pudique et impliquée, son petit frère Hadrien, son père perdu pour d’autres raisons dans un autre monde et bien sûr. Nous avançons avec eux vers cette inexorable issue, difficile mais poétique, peuplée de papillons bleus, de regards fulgurants et d’amour, beaucoup… Jusqu’au jour J.

Et là, tout bascule, je ne peux vous dire comment. La narration change, la focalisation bascule, l’histoire prend une autre dimension. Une dimension toujours aussi humaine mais qui ne se limite pas à la problématique de la vue. Eliott doit apprendre à vivre dans un corps qui a changé et qui a bousculé sa façon de vivre, sa façon d’être. Nous rencontrons alors d’autres personnages, dont les plus marquants sont les jumelles Justine et Romane, ouragans d’énergie et tornades d’affection. La quête est différente mais les buts se rapprochent : trouver un sens à ce qui nous arrive, donner du corps à ce que nous sommes.

Enfin dans la troisième partie, toutes les pièces du puzzle s’assemblent dans un finale qui m’a vraiment émue.

Ce roman est un texte d’une poésie qui m’a embarquée dès les premières pages. Je vous en donne quelques exemples pour, à mon tour, vous inviter au voyage initiatique et humain que j’ai fait en compagnie de Nicolas Fraissinet.

« Je voudrais fuir, mais ton regard me maintient au sol. Le reste de tes mouvements disparaît en perte de connaissance. Qui es-Tü ? Voile noir sur ma terreur. Toutes lumières évanouies. »

« Camille, ma petite fée. La seule qui connaît la recette magique pour transformer un sanglot en éclat de rire. Semeuse de miel dans le sel de mes larmes. »

« J’observe en silence ce magnifique recueillement de l’un vers l’autre, sous les gouttes de soleil projetées en miroitements de cristal. […] Sans le savoir, cette vieille femme perdue dans son été-pluie d’or vient de m’offrir le plus beau regard de ces derniers jours. »

« Son regard est comme une flèche, un élan d’espoir tiré en plein ciel vers une histoire que lui seul peut voir. Qu’importe ce qui l’entoure, ou les erreurs d’ici-bas. Qu’importent ses mains cernées de cambouis. Il rêve avec une force brûlante. Un cavalier aux yeux d’enfant. Il nous parle avec des mots de presque adulte, mais ses yeux ont le langage de l’émerveillement. »

Priscilla

Throwback Thursday Livresque n°29 – Les Classiques de Priscilla – La Confession d’un enfant du siècle de Musset

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Le thème de cette semaine, 21 novembre 2019 : Romantique

Cette semaine, j’ai décidé de jouer sur le double sens du mot « romantique » en vous parlant non d’un roman d’amour, mais d’un roman écrit pendant la période romantique. Ce roman d’Alfred de Musset n’est pas le plus connu de cette époque, mais c’est sa lecture qui m’a fait comprendre ce qu’était vraiment la littérature romantique, La Confession d’un enfant du siècle.

Voici la quatrième de couverture : « J’ai bien envie d’écrire notre histoire. Il me semble que cela me guérirait et m’élèverait le cœur. Je voudrais te bâtir un autel, fût-ce avec mes os… »
C’est ainsi que le 30 avril 1834, un mois après la fin du séjour mouvementé des deux écrivains-amants à Venise, Alfred de Musset faisait part à George Sand de son projet de « confession. »
Or, ce roman quasi-autobiographique où le badinage le cède bientôt à la tragédie intime apparaît aujourd’hui comme un des livres phares du dix-neuvième siècle français. Non qu’il constitue comme Le Génie du Christianisme un quelconque acte de naissance du mouvement romantique, mais parce qu’il situe le Romantisme à la croisée des chemins, à un moment où celui-ci tend à délaisser l’idéalisme pour s’adonner à la « curiosité du mal ».

Le narrateur raconte une période précise de sa vie, celle où l’on n’est plus un enfant mais pas encore un adulte, à un moment précis de l’Histoire, ce moment où les idéaux des révolutions ont laissé place à une désillusion, à l’ennui de toute une génération. Quand se conjuguent ces deux entre-deux, la jeunesse sombre…dans le désespoir, dans la débauche, dans la passion, dans la démesure en tout cas.

« J’ai à raconter à quelle occasion je fus pris d’abord de la maladie du siècle »

Le narrateur, trahi par celle qu’il aimait, va finir par retrouver l’amour, avec une femme plus âgée que lui, qui refuse de se donner et qui va finir par l’aimer, d’un amour à mi-chemin entre la dévotion maternelle et la passion, d’un amour qui, pour l’un comme pour l’autre, finira par être surtout destructeur. Une relation tumultueuse qui n’est pas sans rappeler celle, bien réelle, de Musset et George Sand.

Mais au-delà de l’intérêt autobiographique de cette histoire, ce qui m’a émue à l’époque, c’est la psychologie du narrateur, que l’on sent constamment en détresse, même dans les moments de bonheur. L’insatisfaction, la jalousie, la tristesse, la méfiance viennent ternir le quotidien d’Octave, mais aussi celui de Brigitte, alors que tous deux méritent le bonheur, souhaitent le bonheur à l’autre. Ils s’aiment, s’attirent, se rejettent, se disent des horreurs, se pardonnent et il faudra longtemps avant que leur relation devienne sereine, et à quel prix ?

C’est un roman que j’avais trouvé fort lors de ma première lecture, un peu lent et répétitif lors de ma deuxième lecture, mais je n’en retiens que la première et cette impression de voir s’écrire devant moi les préceptes du Romantisme mis en pratique.

Connaissez-vous ce texte ?

Priscilla

Notre soirée à l’Olympia : Harlan Coben & Friends

Magali et moi-même avons été gentiment invitées par les éditions Belfond à une soirée à l’Olympia en compagnie d’Harlan Coben et de quelques-uns de ses amis. Une soirée qui promettait d’être exceptionnelle : aucune d’entre nous n’était déjà allée à l’Olympia et… Harlan Coben quand même !! J’avoue être une groupie récente, mais bon, ça ne change rien au fait.

Nous avons eu la chance d’être très bien placées et de pouvoir regarder l’auteur de près, ce qui lui donnait immédiatement une dimension humaine, renforcée par sa simplicité, son humour, son désir de partager, de toucher, sa sincérité. La soirée portait vraiment bien son nom, nous avons eu l’impression de passer une soirée entre amis… Et quels amis !

Menée par la charmante Laurie Cholewa, la soirée a été égayée par la présence de Mark Daumail du groupe Cocoon qui nous a fait le plaisir d’interpréter trois de ses chansons, dont « Sushi », un morceau qui a ensorcelé Harlan Coben et qui est à l’origine de leur touchante complicité.

Un moment tout simplement hors du temps, pendant lequel la guitare et la voix de Mark ont conquis le public, entre français et anglais, entre professionnalisme et intimité…

Ce fut ensuite au tour d’Hildur Gudnadottir, violoncelliste, chanteuse et compositrice de talent, qui s’est fait remarquer ces derniers temps en signant les bandes-annonces de Tchernobyl et Joker.

Là aussi, nous avons été sensibles à la proximité qui existe entre les deux artistes, mais aussi à celle qu’ils instauraient avec nous. Hildur nous a parlé de secrets de famille, de son fils et même de ses courses. C’était encore un excellent moment !

Et enfin, la magie de la littérature a opéré. Ce fut au tour de Stéphane Varupenne d’entrer en scène pour nous lire quelques passages du roman Ne t’enfuis plus dont c’était la soirée de lancement.

Dans une salle plongée dans le noir, à l’exception l’estrade de Stéphane Varupenne, au son ensorcelant de la musique d’Hildur, les mots d’Harlan Coben ont rencontré et touché leur public. Et pour le passage le plus émouvant du roman, c’est Harlan lui-même qui est venu lire en anglais quelques lignes à ses fans. Nous en avons eu des frissons !

Vous l’aurez compris, nous avons passé une excellente soirée, au cours de laquelle nous avons eu le plaisir de rencontrer Julie, de Julitlesmots, la cerise sur le gâteau comme on dit…

Merci, vraiment, aux éditions Belfond, qui nous ont offert une soirée magique.

Priscilla & Magali

Ne le dis à personne d’Harlan Coben

Très connu pour son adaptation cinématographique, ce roman d’Harlan Coben est une pépite du genre. Une première pour moi avec cet auteur, mais une chose est sûre, ce ne sera pas la dernière.

Voici la quatrième de couverture :

Imaginez…
Votre femme a été tuée par un serial killer.
Huit ans plus tard, vous recevez un e-mail anonyme.
Vous cliquez une image…
C’est son visage, au milieu d’une foule, filmé en temps réel.
Impossible, pensez-vous ?
Et si vous lisiez « Ne le dis à personne… » ?

Ne le dis à personne est un roman oppressant et obsédant jusqu’à la dernière page. L’auteur maîtrise parfaitement son intrigue dont il distille savamment les éléments les uns après les autres, afin que le lecteur ne comprenne pas avant David ce qu’il en est. L’amour se mêle à la pègre, au danger, au mensonge, à la violence de la rue, mais aussi aux liens familiaux (trop) forts. On ne peut pas s’ennuyer avec un tel panaché, avec un tel rythme.

Mais l’art d’Harlan Coben ne se limite pas à cela. Finalement, les véritables enjeux sont seulement humains : qui sont vraiment David ? Elizabeth ? Hoyt ? Scope ? Shauna ? Laura ? La galerie des personnages est riche et intelligemment présentée. Si David apparaît immédiatement comme quelqu’un qui a quelque chose à avouer, la manière dont il parle de son couple au début du roman, laisserait penser à une aventure, lui, l’homme heureux depuis si longtemps qu’il a oublié quelle chance il avait, l’homme amoureux depuis si longtemps qu’il a oublié à quel point il l’était…jusqu’au drame. Ce roman est aussi celui de l’amour, du vrai, celui dont on perçoit la force quand on l’a perdu, celui qui vous transforme profondément et durablement. Elizabeth apparaît comme la jeune femme parfaite, idéaliste et romantique, puis on tente de la présenter comme une femme manipulatrice, menteuse et adultère : la vérité ne se situe-t-elle pas entre ces deux extrêmes ? Hoyt, le père méfiant et à l’origine de tout, est-il seulement machiavélique ?

La trame romanesque est aussi complexe que la trame psychologique du roman dont on ne peut arrêter de tourner les pages une fois qu’on a commencé. Je lirai d’autres romans de lui, c’est certain, d’ailleurs avez-vous des titres à me conseiller ?

J’avoue que la soirée de lancement de son nouveau roman à laquelle Magali et moi avons été invitées ce soir, prend une autre dimension après cette lecture : j’y allais par curiosité, maintenant j’y vais impressionnée… On vous racontera !

Priscilla

Throwback Thursday Livresque n°28

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Aujourd’hui, un thème cher à mon cœur. J’ai beaucoup hésité entre La Vague de Todd Strasser, Hunger Games, saga que j’ai adorée entre nous soit dit, Douze hommes en colère et tellement d’autres titres… Mais la nouvelle que j’ai choisi de vous présenter a, selon moi, une dimension supplémentaire. Il s’agit de Matin brun de Franck Pavloff.

Voici la quatrième de couverture :

Charlie et son copain vivent dans une époque trouble, celle de la montée d’un régime politique extrême : l’Etat brun. Dans la vie, ils vont d’une façon bien ordinaire : entre bière et belote. Ni des héros, ni de purs salauds. Simplement, pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux. Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d’entre nous ?

Je n’ai presque pas besoin d’en dire plus. Mais je vais le faire quand même…

Ce très court texte met le doigt sur un sujet que j’ai à cœur de faire travailler à mes élèves. Que se passe-t-il quand on ne se révolte pas ? Que se passe-t-il quand personne n’a le courage de hurler ? Que se passe-t-il quand il ne se passe rien ? Quand on laisse faire, par tranquillité.

C’est une nouvelle percutante parce qu’elle interroge, parce qu’elle bouscule. On pourrait d’abord penser qu’il s’agit d’un texte pamphlétaire sur les dictatures et en quelque sorte, la nouvelle a ce rôle aussi, mais c’est tellement évident que ce n’est pas drôle. Dans Matin brun, le régime – imaginaire et caricatural – n’est pas le plus coupable. Je ne ferai pas de politique ici, mais je crois qu’aujourd’hui, il est important que les jeunes aient conscience de l’importance de la révolte, quels que soient les sujets pour lesquels ils choisiront plus tard de se battre.

Finalement, pour ce thème de la révolte, j’ai fait le choix de vous parler d’un texte qui aborde l’absence de révolte… Mais, je vous assure, c’est un texte révoltant !!

Priscilla

La Cité du Lotus Rose de Kate McAlistair

C’est avec un plaisir non dissimulé que je me suis jetée dans la lecture du second tome des aventures de Jezebel. Vous souvenez-vous de ma chronique de La Vallée du Lotus Rose ? Cette histoire m’avait enchantée, fait voyager, c’est un roman qui m’avait passionnée, de la première à la dernière page.

En ouvrant ce deuxième opus, j’en attendais autant et s’ajoutait à cette impatience la petite angoisse de ne plus me souvenir de tout, d’être un peu perdue. Mais non ! En plus d’avoir retrouvé mes marques en quelques pages, j’ai retrouvé de l’écriture de Kate McAlistair le rythme et le dépaysement.

Voici la quatrième de couverture :

Après plusieurs années, Jan retrouve enfin la trace de Jezebel à Singapour. Fuyant ses ennemis, celle-ci s’est réfugiée avec sa petite fille dans une mission religieuse. Tout à leur nouveau bonheur, les jeunes gens décident d’unir leurs destins et annoncent un grand mariage. Jezebel goûte enfin à la sérénité.

Pourtant, le jour des noces, la jeune mariée est abordée par deux hommes mandatés par le baron von Rosenheim, le cruel trafiquant d’opium auquel elle fut un temps fiancée. Celui-ci veut récupérer le légendaire médaillon Sher-Cîta que Jezebel a conservé, malgré les funestes souvenirs qui s’y rattachent. Pour ce faire, il est prêt à tout.

Espérant éloigner son épouse de cet homme machiavélique, Jan décide de l’emmener à New York. Après un tumultueux voyage à bord d’un cargo chinois, Jezebel découvre une ville éblouissante, à mille lieues de tout ce qu’elle a connu jusqu’ici. Ils s’installent à Long Island dans une superbe demeure au bord de l’océan, avec l’espoir de goûter une paix méritée.

Mais l’Inde ne cesse de se rappeler à eux. Revenus sur cette terre fascinante, le jeune couple est à nouveau guetté par le danger… L’intrépide Jan saura-t-il libérer Jezebel de son passé ?

Dans ce tome, Jezebel n’est jamais seule : mère avant tout, épouse très rapidement, la jeune fille d’à peine 16 ans a laissé place à une femme forte (même si très fragilisée par son douloureux passé) qui sait ce qu’elle veut et qui a conscience de ses responsabilités.

Les personnages qui entourent l’héroïne sont très attachants encore une fois. Hushi, Jan, Mary-Leela, Mukhy Aadamee, Mme Appelrood, Omji marquent le lecteur par leur bonté, leur histoire : ils nous font sourire, rire, ils sont tous touchants. J’ai été si heureuse de retrouver Olga aussi, avec sa spontanéité, sa fraîcheur, son humour… Le Baron von Rosenheim est toujours aussi détestable, si ce n’est plus : j’ai vraiment les poils qui se dressent à chacune de ses apparitions. Mais ce qui m’a marquée ici, c’est l’apparition de personnages bien moins manichéens, des personnages comme Jangalee ou le maharaja qui sont troubles, peut-être même doubles. Cet ensemble rend le roman addictif, autant, si ce n’est plus, que son frère aîné.

Si on ne se promène plus sur les marchés indiens, j’ai beaucoup aimé la description des promenades à cheval de Jezebel, je ressentais presque le vent dans mes cheveux ; l’expédition dans la jungle est aussi effrayante que fascinante. On sent l’humidité, le danger des animaux qui rodent, le grouillement des insectes, le pas lourd des éléphants, la peur insidieuse des serpents cachés dans les buissons, les thugs dissimulés dans la luxuriance du paysage.

L’histoire est elle aussi d’une grande richesse, mêlant habilement archéologie rêvée de la Cité Rose, le colonialisme en Inde, le racisme américain, l’amour sous toutes ses formes, l’amitié. On ne s’ennuie pas une seule seconde pendant ces 587 pages. Le rythme est effréné : le dénuement et la stabilité précèdent l’amour et la richesse ; Singapour est le point de départ vers Constantinople puis New York ; la vie mondaine se conjugue à la vie de famille ; la sédentarité se confronte à la soif d’aventure et l’aventure appelle le danger, la mort, les meurtres…

Je vous défie de vous ennuyer une seule seconde aux côtés de Jezebel, Jan et Mary-Leela, dans cette fabuleuse histoire racontée avec talent par Kate McAlistair.

Priscilla

Throwback Thursday Livresque n°26

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine du 31 octobre : Halloween évidemment !

Cet article aurait pu aussi avoir sa place dans la rubrique « Ma vie de prof », car je vais vous parler d’un recueil de nouvelles que j’adore donner à lire à la maison à mes 4e pour se familiariser avec l’ambiance du récit fantastique que nous étudions en classe juste après.

« Neuf histoires à vous glacer le sang » est le sous-titre de ce recueil et il le porte bien. Anthony Horowitz fait varier les époques, les degrés de frissons et l’hésitation fantastique dans ces courts récits qui ne sont pas de qualité égale mais qui, dans l’ensemble, se tiennent bien et connaissent leur petit succès auprès de mes chères têtes blondes. Mes préférées sont « La photo qui tue », « L’Homme au visage jaune », « L’Oreille du singe » et « L’horrible rêve de Harriet »

Si j’ai pensé à ce texte aujourd’hui, c’est parce qu’une des nouvelles « Bus de nuit » se passe le soir d’Halloween. Des enfants prennent le bus en rentrant de leur soirée du 31 octobre et s’aperçoivent au fur et à mesure de leur retour que leur moyen de locomotion est rempli des morts du cimetière de la ville.

Le décor est planté… Je ne sais pas si vous aimez ce genre d’ambiance, mais si oui, ce petit recueil devrait vous plaire…

Sur, Happy Halloween ! Et oui, la lanterne a été faite maison avec mes loulous ! 😉

Priscilla