De notre côté du ciel d’Hans Meyer zu Düttingdorf

IMG_20181211_204505.jpgEnfin une nouvelle chronique ! Et sur un très beau roman, encore une fois ! J’ai déjà lu des dizaines d’histoires, fictives ou autobiographiques, qui retraçaient le drame indicible des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale, mais avec De notre côté du ciel, l’auteur va plus loin. D’une part, parce que l’histoire commence bien avant 1939, avant 1933 même ! Nous assistons, aussi impuissants que les membres de la famille Ahrenfelss, à la montée des tensions, de l’antisémitisme, de la violence et de la haine en Allemagne à partir du traité de Versailles. D’autre part, parce que le roman joue sur une double temporalité dans laquelle nous faisons constamment des allers-retours, sans jamais nous y perdre.

Il ne s’agit pas de décrire la vie dans les camps, la traque, les rafles. Il s’agit ici de raconter la vie d’une jeune fille qui a survécu et à quel prix. Henriette a presque cent ans au moment de l’histoire et elle décide d’accompagner son arrière-petite-fille orpheline Rachel pour un voyage en Europe afin de fêter le début de sa vie d’étudiante. Elles vivent en Uruguay, sont catholiques et n’ont apparemment pas grand chose à voir avec la Shoah. Et pourtant…

La seconde histoire, imbriquée dans la première, se passe à Küstrin, elle retrace l’enfance d’Henriette, Hans, Karl et Charlotte, la bande du trèfle à quatre feuilles, des amis qui se promettent un amour éternel mais qui devront se séparer, à cause de l’Histoire.

Je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas trop en dévoiler. Je vous parlerai donc davantage de mon ressenti. Beaucoup d’émotions durant cette lecture : les personnages sont attachants, la construction narrative est originale et nous oblige à déambuler, à l’instar d’Henriette et Rachel à travers les ruines dans lesquelles nous espérons retrouver des traces d’un passé plus glorieux, bien que lourd. Les souvenirs dont nous connaissons la signification forment la trame de ce récit émouvant. On y retrouve la naïveté de ces familles qui se considéraient allemandes avant tout, l’angoisse de leurs amis qui se rendaient bien compte des changements, la transformation de leurs voisins aveuglés par les propos prometteurs du Führer. L’étau se resserre et nous oppresse, nous aussi. La seconde vie d’Henriette nous interpelle aussi sur toutes les conséquences de la Shoah, des conséquences spirituelles, psychologiques qui ne sont pas seulement le désespoir ou la tristesse d’avoir perdu les membres de sa famille.

C’est donc une histoire prenante mais le pathos, forcément présent dans ce type de récit, a été quelque peu dévié par Hans Meyer Zu Düttingdorf, pour notre plus grand bonheur. Les blessures ne se referment pas, ni celle du deuil, ni celle de la perte de confiance, ni celle de la culpabilité, mais les âmes se retrouvent, se rejoignent et se pardonnent. C’est donc sur une note étonnamment optimiste que s’achève cette histoire que l’on quitte les yeux humides mais le sourire aux lèvres. Une lecture qui fait réfléchir, qui secoue et qui fait du bien. Vous auriez tort de vous en priver !

Merci aux éditions Les Escales et à Nadia Ahmane pour cet intense moment de lecture !

Priscilla (@Priss0904)

Quatrième de couverture : Allemagne, années 1930 : Henriette, Hans, Charlotte et Karl sont les meilleurs amis du monde. Ensemble, ils jouent dans les rues de leur petite ville, et saisissent parfois les conversations des adultes qui annoncent des heures sombres à venir. Tandis que le climat politique empire d’année en année, Henriette et Hans tombent follement amoureux. Seulement, Henriette est juive. obligée de fuir l’Allemagne pour rester en vie, elle devra abandonner sa famille, ses amis et l’amour de sa vie.

Plusieurs décennies plus tard, à bientôt 100 ans,, Henriette quitte l’Uruguay accompagnée de son arrière-petite fille, Rachel pour retourner sur les lieux de son enfance. Débute alors un voyage terriblement émouvant pour Henriette, mais aussi pour Rachel, qui ne sait rien du tout du passé de son arrière-grand-mère.

Un roman tendre sur l’enfance et le passage à l’page adulte d’une fillette au destin bouleversé par l’Histoire.

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Un concours exceptionnel

cropped-20181130_085859_00019009438687987251052.pngBonjour à tous !

C’est avec un immense plaisir que nous créons cet article aujourd’hui. Un plaisir double : celui de réunir, autour de notre passion pour les livres, 700 abonnés (!!) et celui de pouvoir vous gâter pour marquer le coup et vous remercier de nous lire, de nous suivre…

S’ouvre donc sur le blog une période riche en cadeaux que vous, chers lecteurs, pouvez gagner.

Pour que tout cela soit possible, il nous a fallu l’aide de nos nombreux partenaires qui se sont montrés très généreux en cette occasion spéciale. Nous vous conservons la surprise des noms, vous les découvrirez au fur et à mesure…

Tous les deux jours vous sera proposé un nouveau lot et les tirages au sort auront lieu le soir du deuxième jour.

logo_légé2138312338233866147..jpgPremier lot offert par FrenchPulpEditions : trois romans de Ludovic Miserole.

Pour remporter Rosalie Lamorlière, L’Affaire Rose Keller et Zamor le nègre républicain, il suffit de commenter cet article en précisant que vous voulez participer et d’aimer la page Facebook de la maison d’édition : lien ici.

 

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Ce superbe cadeau est donc à remporter aujourd’hui et demain (tirage au sort à partir de 19h) avant d’être remplacé par le suivant…

Vous l’aurez compris : plus que jamais, c’est le moment de nous suivre !

Bonne chance à tous et merci encore !

Priscilla & Magali

[TBTL] Throwback Thursday Livres – Nature paisible

Conçu par BETTIE ROSE BOOKS sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram mais version livres ! Chaque semaine, un thème est proposé et il faut partager une lecture correspondante (une seule) à ce thème.
Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont nous n’avons plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à vos lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres ! Comme nous « revenons en arrière », il s’agit de livres déjà lus. Sauf exception de thème. Quand un thème ne vous inspire pas, vous pouvez piocher à votre guise dans les anciens.

Cette semaine, un thème qui appelle à la méditation et au retour à la nature : Nature paisible, lieu isolé, campagne, montage, retraite, désert.

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Ce thème me renvoie inévitablement à une lecture, récente, mais qui m’a beaucoup marquée : Seules les montagnes dessinent des nuages de Marc Lepape aux éditions Emmanuelle Colas. C’est un roman que je vous avais déjà présenté comme magnifique et cet article me permet de revenir sur un aspect essentiel de son écriture : la présence de la nature…

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La Sélébie est une île fictive, mais en tant qu’île, c’est bien un lieu isolé, qui a des liens commerciaux avec le reste du Monde, l’Europe notamment, mais qui, sinon, vit en autarcie. Le port de Ryot, porte d’entrée de ce lieu enchanteur, est en ce sens assez peu révélateur du reste de l’île : « Il tenta d’appréhender la façade des bâtiments qui ceignaient en un demi-cercle le grand bassin. La juxtaposition des maisons, des immeubles d’armateurs et des entrepôts rappelait à s’y méprendre l’Europe, mais la palette de couleurs rythmant le bois le déconcertait. »

En effet, Erraink quitte assez rapidement cette ville pour s’enfoncer dans les profondeurs de la Sélébie et atteindre la région de l’Onk qui réunit les critères de cette semaine : campagne, nature paisible, lieu isolé… Autant de caractéristiques qui permettent à l’auteur des envolées lyriques qui ne peuvent pas laisser insensible : « Ce rempart l’hypnotisait comme le font les hautes enceintes et les lourds portails des cités légendaires. Il devinait dans les moindres anfractuosités, à l’intérieur même de la roche si dense, des trésors de temps, des palpitations figées, des exhalaisons à jamais serties. et combien de grottes inaccessibles, de ténèbres om la moindre lueur introduite incendierait un dédale de voûtes, de plafonds et de colonnes ! Combien de lacs souterrains qui feraient oublier l’impuissance du mot pureté ! »

La montagne ensuite évidemment… C’est là que tout se déclenche, le lieu de la retraire de Dmyrn, plateau sauvage, menaçant mais au point de vue époustouflant et aux vérités lourdes de conséquences : « Sur la longue sente escarpée, elle ressasserait ses pensées et elle déboucherait sur ce site grandiose dont les proportions et l’aspect lui coupaient le souffle. Dmyrn, son unique frère, serait là, inaccessible, silhouette minuscule juchée depuis trois ans au somment d’un piton rocheux vertigineux. »

Le désert enfin, menaçant mais inexploré et dont la réalité va déterminer non seulement le destin des personnages mais celui de la région tout entière.

Je n’en dis pas plus, vous trouverez ici ma chronique complète, mais si vous voulez du dépaysement, de la nature sauvage, dangereuse et de la poésie, n’hésitez plus et laissez Marc Lepape vous enchanter !

Bonne lecture !

Priscilla (@Priss0904)

 

Les Classiques de Priscilla – Tous les matins du monde de Pascal Quignard

 

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Avec cette chronique, la première question que je me pose, c’est « qu’est-ce qu’un classique ? ». Ce roman peut-il bénéficier de ce statut ? Je ne trancherai pas sur la question de la littérarité de telle ou telle œuvre. Et tout simplement, je rangerais dans cette rubrique les romans que l’on a pour habitude de donner à lire à nos élèves de collège, de lycée ou d’université…

IMG_20181121_133609.jpgMe voici donc à vous parler du roman de Pascal Quignard que je dois lire depuis longtemps et que j’ai enfin pris le temps de découvrir. J’en ai entendu beaucoup de bien, du coup, je m’attendais sûrement à un chef-d’œuvre, d’où ma légère déception.

Le sujet n’est pas facile : rendre la magie de la musique en mots est très délicat, peut-être même impossible. Les limites du « Ut pictura poesis » !

Ce roman raconte l’histoire de la famille de Sainte-Colombe : le père vient de perdre son épouse et doit élever seul ses deux filles, Madeleine et Toinette. Complètement anéanti par son veuvage, l’homme ne se concentre que sur sa musique et n’a de rapport avec ses filles qu’à travers elle. C’est un homme froid, colérique, taciturne et dans le rejet de tout ce qui a trait à la cour de Versailles. Il rencontre un jour un jeune homme, Marin Marais qui vient lui demander de le former à la viole. Le jeune homme est ambitieux, il veut vivre de son art et de son succès. Cette divergence de point de vue et d’objectifs va vite séparer le maître et l’élève, de manière irrévocable. A cette intrigue s’ajoute une dimension amoureuse. Madeleine s’éprend de Marin et vit avec lui une relation  charnelle que Marin rompra de manière cruelle après choisi de voler – aussi – la virginité de la petite sœur.

Je n’ai vraiment pas accroché avec ce roman. Monsieur de Sainte Colombe, aussi touchant qu’il puisse être en veuf qui veut absolument revoir sa femme, magie rendue possible grâce à la musique, ne m’a pas vraiment émue. On ne comprend pas bien ses colères, sa haine de la cour et son revirement final. Seul élément convaincant à mon goût : son amour de la musique et son élitisme. Pour lui, savoir jouer ne suffit pas à devenir un vrai musicien et l’on sait combien c’est vrai…

« Quand je tire mon archet, c’est un petit morceau de mon cœur vivant que je déchire. Ce que je fais, ce n’est que la discipline d’une vie où aucun jour n’est férié. J’accomplis mon destin. »

En ce qui concerne les autres personnages, la brièveté du récit ne m’a pas permis de m’attacher à eux. Madeleine et Toinette sont assez insipides à mon goût, quant à Marin, le narrateur fait en sorte que le jugement que l’on porte à son encontre ne soit jamais remis en cause, même à la fin… On espère qu’il a changé et la dernière phrase fait tout basculer.

Dernière chose qui m’a profondément déplu, ce sont les passages évoquant la sexualité des personnages. Evidemment, dans une intrigue située au XVIIe siècle, cela détonne, on n’y est pas habitués. Qu’à cela ne tienne, Pascal Quignard revendique son appartenance au XXe siècle et le dépassement de ces convenances, tant mieux ! Toutefois, ces mentions sont trop crues à mon goût. Ne voyez pas là un excès de pudeur, non, non ! Mais je trouve que cela n’apporte rien à l’histoire et que, suggérée, cette dimension aurait été plus acceptable. Franchement, savoir que comme il fait froid, « son sexe est tout petit et gelé » alors que le personnage est en train d’écouter la musique dans la nuit, j’ai du mal à en comprendre l’intérêt.

Je suis évidemment prête à entendre tous les désaccords et toutes les rébellions que ma chroniques pourraient susciter, avec grand plaisir, même. C’est ça, la magie de la littérature, elle touche chacun selon ses sensibilités !…

Priscilla (@Priss0904)

Quatrième de couverture : Il poussa la porte qui donnait sur la balustrade et le jardin de derrière et il vit soudain l’ombre de sa femme morte qui se tenait à ses côtés. Ils marchèrent sur la pelouse.
Il se prit de nouveau à pleurer doucement. Ils allèrent jusqu’à la barque. L’ombre de Madame de Sainte Colombe monta dans la barque blanche tandis qu’il en retenait le bord et la maintenait près de la rive. Elle avait retroussé sa robe pour poser le pied sur le plancher humide de la barque. Il se redressa. Les larmes glissaient sur ses joues. Il murmura :
– Je ne sais comment dire : Douze ans ont passé mais les draps de notre lit ne sont pas encore froids

Les Prénoms épicènes d’Amélie Nothomb

46469314_263036677732390_7201266408439676928_nLà encore, il ne s’agit pas d’un service presse, même si l’on peut encore considérer ce roman comme une nouveauté… Ce livre a une histoire : je l’ai offert à mon père à l’occasion d’une visite de l’auteure dont il est inconditionnellement fan dans la librairie de son quartier. Il a donc reçu une belle dédicace et m’a invitée ensuite à le lire. Ce que j’ai ENFIN fait !

Amélie Nothomb, on a souvent un avis tranché sur ses romans : on aime ou on déteste. En ce qui me concerne, je suis moins catégorique. J’ai beaucoup aimé Stupeur et Tremblements ou Acide Sulfurique, j’ai été moins sensible au charme de Métaphysique des Tubes. Dans l’absolu, je n’ai jamais eu de grand coup de cœur et donc je n’ai jamais ressenti l’envie de lire tous ses textes. Mais celui-ci, il avait une jolie histoire…

Et oui, je lève ce suspens insoutenable : ce roman m’a plu. Avec un premier chapitre qui donne à l’histoire une tonalité et une direction que l’on oublie vite, Amélie Nothomb brouille les pistes. Le personnage de Claude (prénom épicène évidemment) est dérangeant et très intriguant, c’est finalement ce personnage sombre et négatif qui m’a le plus happée. Pourquoi veut-il épouser Dominique (vous aurez compris que c’est encore un prénom épicène) si rapidement ? Pourquoi veut-il absolument un enfant ? Pourquoi se détourne-t-il de sa fille ? Pourquoi se montre-t-il gentil parfois ? Pourquoi se montre-t-il froid juste après ? C’est là la plus grande finesse de l’auteure selon moi : il y a peu d’indices qui expliquent son comportement jusqu’à la fin.

Les autres personnages sont plus lisibles, peut-être un peu trop : Epicène (leur fille, oui oui !) est trop intelligente, trop fine, trop mature, trop, trop… Dominique n’est pas assez vindicative, pas assez présente, pas assez forte, pas assez, pas assez…

Le style est toujours aussi fluide et agréable. La langue française est maîtrisée au point qu’Amélie Nothomb peut se permettre de jouer avec elle. Ce roman aurait pu être un grand thriller psychologique, mais l’auteure semble définitivement préférer le petit roman percutant… Pourquoi pas !

Quant à la morale, elle n’est pas aussi simpliste qu’on pourrait le croire de prime abord. Certes « la personne qui aime est toujours la plus forte« , mais ici les personnages sont surtout guidés par la haine : Claude, bien sûr, dont l’échec a une portée morale, mais Epicène aussi, et avec elle, plus difficile de trancher.

Bref, j’ai retrouvé cette auteure avec grand plaisir : amour, haine, trahison, vengeance, famille, bourgeoisie, jalousie. Des thèmes récurrents, certes, mais pas seulem46449336_336805403773048_7846879406973779968_nent chez Amélie, ne sont-ils pas aussi ceux que Shakespeare, dont il est beaucoup question dans ce roman, affectionnait le plus ?

Merci, donc, cette fois, non pas à une maison d’édition particulière, mais à mon Papa !!

Priscilla (@Priss0904)

Semaine des écrivains persécutés, empêchés et emprisonnés

Bonjour à tous !

Cette fois, je ne vous parlerai pas d’une de mes lectures, du moins pas directement. Je voudrais partager avec vous une expérience qui m’a secouée cette semaine.

Tous les ans, il y a, en France, une Journée nationale des écrivains persécutés, empêchés et emprisonnés. Première nouvelle pour beaucoup d’entre vous, j’imagine… Car on n’en parle pas beaucoup, pas assez en tout cas.
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A cette occasion, mes élèves de 3e ont eu la chance de bénéficier de deux interventions autour d’un beau projet. Ils ont d’abord dû choisir des poèmes qu’ils ont appris à dire à voix haute avec deux slameurs de la compagnie Uppercut, afin d’aller les réciter dans les autres classes et de se faire les vecteurs d’une parole brimée. Ils ont ainsi lu des poèmes poignants venant de tous horizons : Ousmane Doumbouya, Moneim Rahama, Salah Al Hamdani, Robert Desnos, Nazim Hikmet, Pablo Neruda, Nedim Gürsel et bien d’autres encore.

Ils ont surtout eu la chance de rencontrer deux personnes chaleureuses et touchantes. Thelma Chikwanha est une journaliste exilée du Zimbabwe, pays dans lequel, malgré de nombreuses libertés écrites dans la loi, il est impossible de s’opposer à la famille au pouvoir. Moneim Rahama est un journaliste et poète originaire du Soudan où il a été arrêté, torturé et condamné à mort. Tous deux se sont réfugiés en France après de nombreuses péripéties et n’ont toujours pas obtenu de véritable statut. Toutefois, grâce à La Maison des Journalistes, ils sont en sécurité et vont dans les établissements scolaires qui le souhaitent pour raconter leur histoire. Tout cela grâce à l’investissement des Itinéraires poétiques de Saint Quentin en Yvelines.

Ce fut un beau moment, chargé d’émotions, pendant lequel mes chers élèves se sont comportés de façon exemplaire, sûrement parce que leur attention, leur curiosité et leur étonnement n’étaient pas feints. Ce qui les a le plus marqués, c’est la violence dont les deux journalistes ont été victimes et surtout l’absence d’intervention systématique de tous les autres pays, qui savent mais se taisent. Ils ne comprennent pas. Et je dois dire que moi non plus. Ils ont clairement senti que cela dépassait la politique, qu’on avait surtout affaire à de l’humain. Ils ont également fait le lien avec les migrants dont on parle très souvent et qu’on aide peu, finalement… Leur naïveté, leur colère m’ont fait du bien ! Même avec ces nouvelles générations qu’on ne comprend pas toujours, tout n’est pas perdu, au contraire !

J’en profite pour relayer les appels des blogueurs en ce jour particulier du 17 novembre. IMG_20181117_140113.jpgNous vous invitons à vous offrir le magnifique livre de Khaled Hosseini chez Albin Michel, Une Prière à la mer. Une lettre fictive écrite à un fils endormi qui ne connaîtra pas la Syrie, car il faut la fuir. 1€ revient à l’association Cimade qui vient en aide aux réfugiés et l’ensemble des droits d’auteurs sont reversés au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

N’hésitez pas ! On ne peut pas faire grand chose, mais ce qu’on peut faire, il faut s’en saisir. Il y a des choses bien plus graves que le prix de l’essence…

Priscilla (@Priss0904)

Quelques liens utiles :

 

Les Conquérantes (Tome 1) d’Alain Leblanc

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Et voilà… Enfin ! Je renoue complètement avec mon genre de prédilection : la fiction historique ! Et je me suis ré-ga-lée !

Premier tome d’une saga familiale qui couvre tout le XXe siècle, ce roman est écrit par un homme (c’est important !) sur un sujet ô combien actuel, la conquête de l’égalité hommes-femmes. Je ne dirais pas que ce roman est féministe, il n’y a pas de propagande ici, sauf l’histoire elle-même évidemment.

Nous suivons Clémence de sa naissance à l’aube de ses quarante ans dans ce premier opus. Elle voit le jour à la toute fin du XIXe siècle dans une famille de Province, assez aisée, et pourtant, on ne peut pas dire qu’elle soit née sous une bonne étoile.

Personnage attachant, au tempérament de feu, Clémence ne veut pas grand chose, à première vue, elle veut juste mener sa vie comme elle l’entend. Mais au début du XXe siècle, c’est un combat, un combat de tous les instants, contre ses parents, son mari, la société, les clichés, la religion, la justice. Je ne peux pas vraiment dire si ce combat est gagné ou non, chaque victoire comporte son lots de sacrifices. Conquérir son indépendance, sa liberté va conduire notre héroïne à être malheureuse très souvent.

Le reste du personnel du roman est très bien travaillé : les femmes (Thérèse, Mary, Mariette, Gilberte, Noémie, Emilienne, Pauline, Jeannette) forment un groupe hétéroclite. Toutes, et c’est en cela assez fidèle à la réalité, ne cherchent pas à se battre, certaines ne comprenant absolument pas la soif de liberté de l’héroïne. Les hommes (Alphonse, Gustave, Adrien, Edmond, Guillaume, Pierre, Lionel, Gabriel) ne sont pas non plus unanimes sur la question. J’ai adoré bon nombre de ces individus et j’ai même adoré détester certains d’entre eux, c’est dire…

Les péripéties sont nombreuses, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Il y a de l’amour, de la violence, physique et psychologique, des voyages, de la guerre, des risques.

Les apports historiques sont documentés et se fondent très agréablement dans l’intrigue. On y (re)découvre le rôle des femmes pendant la Première Guerre Mondiale, les métamorphoses dans l’état d’esprit parisien juste après la guerre, les conséquences de la vie dans les tranchées pour les soldats qui ont pu revenir, mais aussi le fonctionnement de l’univers de la mode, de la confection des étoffes à la création des modèles. Tout m’a passionnée dans ce roman.

L’écriture est fluide, agréable et les aventures sont dirigées d’une main de maître, rendant chaque chapitre plus riche de suspens que le précédent. Certaines citations sont percutantes, je ne vous présente qu’un avant-goût de cette lecture en vous citant la première phrase, qui donne immédiatement le ton : « A peine Clémence eut-elle poussé son premier cri, ce jour de juin 1890, qu’Alphonse se détourna de l’enfant, déçu de constater qu’il s’agissait d’une fille ».

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Pour ne pas trop en dévoiler, je ne dirai qu’une chose : à la fin, entrent en ligne de compte la montée du nazisme, le krach boursier de 1929, l’homosexualité… J’ai tellement hâte de découvrir la suite de ces aventures. Quant au troisième tome, je ne connais que sa couverture et sa datation, 1960-2000, des années pendant lesquelles la lutte pour l’émancipation de la femme continue malgré des obstinés qui maintiennent que tout est acquis. Certes, le plus dur est fait, en France en tout cas, mais je suis vraiment impatiente de découvrir quels seront les enjeux pour les descendant(e)s de Clémence. Affaire à suivre donc !!

Merci à FrenchPulp Editions pour leur confiance. Soyez sûrs que vous avez rallié à votre cause une nouvelle fan !

Priscilla (@Priss0904)

[TBTL] Throwback Thursday Livres – Quête ou enquête

Conçu par BETTIE ROSE BOOKS sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram mais version livres ! Chaque semaine, un thème est proposé et il faut partager une lecture correspondante (une seule) à ce thème.
Ce que permet ce rdv ? De ressortir des placards des livres qu’on aime mais dont nous n’avons plus l’occasion de parler, de faire découvrir des livres à vos lecteurs, de se faire plaisir à parler de livres ! Comme nous « revenons en arrière », il s’agit de livres déjà lus. Sauf exception de thème. Quand un thème ne vous inspire pas, vous pouvez piocher à votre guise dans les anciens.

C’est la première fois que je participe à ce rendez-vous et j’en suis ravie. Je commencerais donc par remercier Bettie Rose pour cette jolie initiative.

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En ce qui me concerne, quand on me dit « quête », ce qui me vient immédiatement, c’est « Quête du Graal ». Depuis ma première année d’université, je suis absolument passionnée par la littérature médiévale. L’univers arthurien me fascine : ces légendes écrites à partir du XIIe siècle construisent un univers riche dont nous sommes encore aujourd’hui les héritiers. Merlin, Arthur, Mordred, Morgane, Gauvain, Yvain, Lancelot, Guenièvre, Mélusine, les nains, les dragons. Tous ces personnages peuplent encore les contes de notre enfance.

La magie la plus païenne (Avalon notamment) côtoie la culture chrétienne (le Graal, le diable, géniteur de Merlin) pour dessiner sous nos yeux ébahis un monde riche de symboles, d’amour, de valeurs morales et d’aventures qui nous permettent de nous évader, en nous faisant entrer dans des châteaux, des forêts enchanteresses, dans lesquelles personnellement j’adore flâner.

Les romans qui m’ont le plus marquée :

  • Le Chevalier au Lion, Erec & Enide de Chrétien de Troyes
  • L’Enchanteur de Barjavel
  • Le Cycle du Graal de Jean Markale

Et comme le but, c’est d’en sélectionner un, mon cœur vibrera toujours de manière particulière pour le premier !

Prochaine lecture prévue sur ce thème que j’affectionne : Le Cycle d’Avalon de Marion Zimmer Bradley.

Je vous invite donc chaleureusement à découvrir cet univers féérique.

Bonnes(s) lecture(s) !

Priscilla (@Priss0904)

Les Classiques de Priscilla – Phèdre de Jean Racine

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Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un classique parmi les classiques : Phèdre de Jean Racine. Je l’ai lu une première fois au lycée, il y a … quelques années ! Puis en première année de Lettres Modernes à l’université pour le cours de Littérature comparée. En préparant le concours évidemment. Et pour moi, après, souvent… Pourquoi cette pièce me touche-t-elle ? Pourquoi suis-je tant émue par son intrigue ? Je vais tenter de l’expliquer.

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L’histoire, tout le monde la connaît, ou presque ! Phèdre, sœur d’Ariane (épisode du Minotaure) et « fille de Minos et de Pasiphaé », épouse de Thésée, plus âgé que lui, tombe amoureuse du fils de Thésée, Hippolyte, au premier coup d’œil. Sachant cet amour impossible car presque incestueux, moralement en tout cas, Phèdre se retranche derrière une apparence de marâtre et parvient à éloigner l’objet de ses vœux du palais. Forcée par son mari lui-même à le rejoindre quelques années plus tard, elle se rend compte que sa passion ne s’est pas éteinte. Thésée quitte le palais pour combattre et on annonce sa mort. Phèdre voit là une urgence, celle de placer son propre fils comme héritier légitime, mais aussi une entrave en moins à ses désirs. Elle avoue, sous le coup de la colère, son amour à Oenone, sa nourrice, puis à Hippolyte lui-même. Devant un refus qui blesse son orgueil, Phèdre fulmine, souffre, d’autant plus qu’Hippolyte aime ailleurs, une certaine Aricie que Thésée maltraite à cause de la trahison de ses frères. Pire encore, Thésée revient, sa mort n’était qu’une rumeur. C’est là que les choses se précipitent : il faut sauver l’honneur, empêcher Hippolyte de parler, à tout prix. Et je n’irai pas plus loin, au cas où certains d’entre vous n’auraient pas encore lu cette magnifique pièce. Toutefois, le fait que ce soit une tragédie doit vous aiguiller.

L’intrigue en soi est assez complexe mais ce n’est pas ce qui me passionne le plus dans cette pièce. Cette tragédie est une tragédie du langage. A part à la fin, il n’y a aucune véritable action, tout se passe dans les mots… Et quels mots ! Racine a le don de m’embarquer quand il fait parler ses personnages :

  • d’acharnement du sort : « Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire » « Les dieux m’en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc / Ont allumé le feu fatal à tout mon sang, / Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle / De séduire le cœur d’une faible mortelle. »
  • de culpabilité : « J’ai conçu pour mon crime une juste terreur. / J’ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur »
  • d’amour : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. / Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue. / Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais plus parler. / Je sentis tout mon corps et transir, et brûler. »  « Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée ; / C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. »

Il y en a évidemment bien d’autres, que je vous invite à découvrir par vous-mêmes. Cette pièce, c’est celle de l’amour impossible (encore !), de l’amour incestueux (pas tout-à-fait), de la culpabilité, de la jalousie destructrice, de la haine de soi-même surtout. Ces vers me donnent des frissons, pas vous ?

Priscilla (@Priss0904)