Throwback Thursday Livresque n°12 – Les Classiques de Priscilla – Madame Bovary

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 20 juin : un personnage accro à la lecture

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Aujourd’hui encore (ça va finir par devenir une habitude, méfiez-vous), je vais évoquer un grand classique de notre littérature française qui, de toute façon, a abordé déjà pléthore de thèmes, ce qui explique sa grande présence lors de mes TBTL…

Deux personnages me viennent à l’esprit quand on me parle d' »accro à la lecture » : Don Quichotte et Emma Bovary. C’est d’Emma que j’ai décidé de vous parler aujourd’hui.

Madame Bovary est un roman que j’ai tenté de lire deux fois en vain avant de le dévorer littéralement quelques années plus tard (et à deux reprises !). Plus que l’histoire, je pense que c’est le style de Flaubert qui m’a perturbée les premières fois, je n’étais sûrement pas assez préparée, et pourtant… Quelle merveille !

L’histoire est relativement simple. Emma est une jeune femme qui lit beaucoup de romances et qui attend de l’amour autant de passion, d’aventure et de frisson que ce que vivent ses héroïnes préférées. Seulement voilà, Emma se voit mariée à Charles, un médecin qui vit dans un petit village campagnard, loin, très loin, des intrigues passionnantes des romans, et bien qu’elle soit véritablement aimée de son mari, très vite, Emma s’ennuie. Elle va donc chercher l’aventure ailleurs, avec d’autres hommes qu’elle croit meilleurs et qui ne le sont pas, qu’elle aime, qu’elle aide jusqu’à se perdre elle-même, préférant la mort au retour à une vie morne et triste.

Pourquoi ce roman est-il aussi fascinant ? Parce que Flaubert est génial. Emma est naïve, souvent bête même, mais Flaubert s’évertue à en faire un personnage avec lequel on compatit forcément. Nous nous ennuierions nous aussi à sa place. Il faut voir la galerie de personnages à laquelle la pauvre héroïne est confrontée : entre la bêtise de son mari Charles, la suffisance stupide du pharmacien Homais, la vénalité de Rodolphe, et j’en passe, la pauvre n’est vraiment pas servie…

L’ironie flaubertienne atteint son paroxysme avec sa peinture du prêtre et du pharmacien. L’un cherchant l’expiation des péchés de la jeune femme et l’autre cherchant la gloire à tout prix. Si j’ai vraiment compris la souffrance d’Emma, j’ai aussi beaucoup souri en lisant ce roman et son style ironique et acerbe. Je vous en conseille vivement la lecture, si ce n’est déjà fait…

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

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L’Île aux mille sources de Sarah Lark

Encore un beau voyage offert par les éditions de l’Archipel ! Cette fois, il ne s’agit ni de l’Asie, ni de l’Italie, avec la nouvelle sage de Sarah Lark, vous vous envolerez vers la Jamaïque.

On retrouve avec ce roman les ingrédients qui ont fait le succès des autres sagas : une héroïne forte, blessée par la vie et qui force l’admiration ; des contrées dépaysantes, pittoresques et très élégamment décrites ; des personnages riches et complexes ; des aventures palpitantes.

IMG_20190617_230635.jpgNora est une jeune femme éprise de liberté et d’exotisme, cherchant à vivre loin de Londres, de sa grisaille, de ses faux-semblants et de ses codes sociaux. Fille d’un riche négociant, elle s’éprend d’un noble désargenté qu’elle soigne jusqu’à sa mort, malgré l’opposition de son père et de son milieu. Pendant son deuil, elle rencontre une propriétaire de champs de cannes à sucre. A défaut d’être heureuse en amour, elle décide de l’épouser pour se rapprocher de son rêve. Mais la Jamaïque n’est pas un rêve, Elias Fortnam n’est pas un rêve. La réalité à laquelle Nora va vite être confrontée, c’est celle de l’esclavage, du viol, du meurtre, de la haine. Je ne peux pas vous en dire plus parce que vraiment, vous perdriez beaucoup à trop en apprendre sur cette histoire que je trouve construite très finement, l’auteure proposant de nombreux coups de théâtre qui font de son roman un véritable page-turner.

Si le début m’a semblé un peu long, dès l’arrivée en Jamaïque de Nora et Elias, l’histoire prend vie. Aucun personnage n’est simple à comprendre : tous vivent depuis des années, des générations parfois, dans la haine, la peur et la colère ; mais tous sont aussi des êtres humains qui ont soif d’amour et de liberté. Cette contradiction interne font du personnel romanesque des individus attachants et dont nous nous sentons proches : Maànu, Akwasi, Nanny, Kwodwa, Tolo, Adwea sont vraiment complexes et passionnants.

La description des paysages jamaïcains, ces descriptions qui font tellement rêver Nora et SImon au début du roman, font rêver les lecteurs aussi. On y retrouve les couleurs chatoyantes, les odeurs enivrantes, les insectes, les herbes médicinales, le rhum, les chants des rituels. On s’y croirait…

La réflexion sur l’esclavage est évidemment bien présente, mais l’auteure ne se contente pas de clichés en la matière : bien sûr, les personnages que le lecteur est amené à cautionner, moralement parlant, sont contre l’esclavage tel qu’il est appliqué par la plupart des hommes Blancs ; mais j’ai trouvé dans ce roman une autre vision des choses. On y parle aussi du rôle de certains Noirs d’Afrique dans la vente des esclaves, du lien commercial entre les Blancs et les Nègres Marrons, de ces esclaves qui préféraient vivre de cette manière plutôt que de risquer de mourir dans la jungle. Le panorama est riche et varié.

Quant à l’aventure, amis amateurs, vous serez servis ! Des combats, des enlèvements, des incendies, des promenades à cheval, des embuscades, des secrets, des espions, tout vous sera servi sur un plateau avec ce roman, disponible dans toutes les bonnes libraires depuis le 5 juin. Merci, encore une fois, aux éditions de l’Archipel !

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Les belles vies de Benoît Minville

Avec ce roman qui se dévore littéralement, Benoît Minville réussit à évoquer la vie d’adolescents blessés, ces gamins de la DDASS paumés, parfois délinquants mais jamais volontairement mauvais, sans écrire pour autant un roman triste.

IMG_20190612_133710_184Djib et Vasco sont deux jeunes, un peu borderline. L’un vit avec sa mère et sa sœur, son père ayant abandonné le foyer quelques années auparavant ; l’autre vit avec ses deux parents, des émigrés du Portugal, et son petit frère Hugo. Ils ne sont pas brisés par leur enfance, ils sont juste adolescents. Ils fument, boivent de temps en temps, se battent assez facilement, sèchent les cours de temps en temps. Mais cette ultime baston, à la fin de l’année scolaire, va changer le cours de leurs vies. Fatigués de devoir aller les chercher au commissariat, leurs trois parents décident de les envoyer dans la Nièvre, dans la maison de « Tata & Tonton », famille d’accueil pour la DDASS.

Là-bas, les deux jeunes banlieusards seront confrontés à des réalités, des sentiments, des émotions qu’ils ne soupçonnaient pas : l’injustice évidemment, la colère, l’amitié, l’amour, la solidarité, le pardon. Ils en ressortent grandis, différents. Benoît Minville se garde pourtant bien de faire à ses lecteurs une quelconque leçon de vie.

Pour moi, qui travaille depuis 10 ans maintenant au contact d’adolescents, ce roman est un petit trésor de réalisme. Il permet aux adultes que nous sommes de relativiser le discours ambiant sur ces graines de voyous. J’ai beaucoup souri en les « entendant » parler, en lisant le cheminement de leurs pensées, parfois tordues, je veux bien l’admettre ; j’ai été très émue par ces jeunes adultes en devenir qui doivent composer avec le vol de leur enfance, avec leur manque d’assurance, avec des tas d’erreurs pour lesquelles ils paient, alors que ce ne sont pas les leurs. Chaque personnage est attachant et on a à cœur de les voir s’en sortir, pas sur le long terme, nous ne sommes pas dans un conte de fées, mais au quotidien, face aux problèmes qu’ils peuvent régler, des problèmes qui semblent secondaires aux adultes occupés que nous sommes, mais qui constituent le peu d’éléments sur lesquels ces gamins ont une vraie emprise.

Ce roman m’a charmée sur bien des aspects et pourtant, ce qu’il ne dépeint n’est pas rose : il y a évidemment des enfants battus, des enfants abandonnés, des orphelins, mais en fait, quelle que soit leur histoire, ils sont avant tout des enfants. Les adultes de cette histoire sont eux aussi très touchants : Tonton & Tata évidemment qui sont des modèles de compréhension et d’amour (un amour qui se donne inconditionnellement et immédiatement, à tout le monde), mais aussi les mamans de Djib et Vasco, qui se battent pour que leurs fils aient le meilleur, même quand il faut se battre contre leur cœur de maman…

Je trouve que le texte, l’histoire, le style de Benoît Minville rendent un bel hommage à tous les adolescents et rappellent le rôle des adultes dans leur construction. Nous tous, parents, enseignants, encadrants, adultes en général, sommes en charge de la jeunesse, de notre relève, et c’est une vraie belle mission, j’en suis convaincue ! Merci donc à Benoît Minville de le dire de si belle manière et merci aux éditions J’ai lu pour cette touchante découverte !

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Ma première interview : Frédérique-Sophie Braize

C’est avec une certaine fierté que j’ai, aujourd’hui, le plaisir de vous dévoiler ma première interview. Frédérique-Sophie Braize, dont j’avais eu le plaisir de lire et chroniquer deux romans, Sœurs de lait et Lily sans logis, a en effet eu la gentillesse de répondre à mes nombreuses questions sur son travail d’auteure.

1) Avant toute chose, une petite présentation :

photo Frédérique-Sophie Braize

Fille unique d’un alpiniste – ingénieur des Colonnes de Buren à Paris – Frédérique-Sophie Braize vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles, d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Puis elle travaille dans la sécurité privée et industrielle. Après une reconversion, elle enseigne l’anglais aux très jeunes Français, et le français aux enfants primo-arrivants, avant de se lancer dans l’écriture en 2012. Elle vit et travaille entre Paris et la Haute-Savoie.
Elle est l’auteur de recueils de nouvelles remarqués par la critique, pour lesquels elle a reçu les Prix Vedrarias 2012, Gaston Welter 2013, Ecriture d’Azur 2013 et 2014, et Livre sans Frontières 2014. En 2018, son roman Sœurs de lait a remporté le Grand Prix littéraire de l’Académie nationale de Pharmacie et le Prix Patrimoine. Son quatrième roman Lily sans logis a reçu le Coup de cœur de l’éditeur.

2) Lors de notre rencontre au salon du livre des Essarts-le-Roi, ce qui m’avait immédiatement attirée vers votre roman, c’était le prix qui vous avait été attribué. Un prix étonnant dans le monde de la littérature. Vous a-t-il surprise ? Comment est-ce arrivé ?

L’Académie nationale de pharmacie décerne un prix littéraire chaque année depuis 2011. Il est destiné à récompenser une œuvre littéraire évoquant le médicament, la pharmacie, ou d’autres aspects du domaine de la santé. Mon roman Soeurs de lait (éd. De Borée) a fait partie de la pré-sélection, puis de la sélection finale. En décembre dernier, j’ai donc reçu le Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie des mains de Phillipe Grimbert, président du jury. J’ai ressenti une grande joie, car la concurrence était de taille. En effet, j’étais en finale avec Christian Signol, Caroline Charron et Gilbert Sinouë. Pour ce même roman, j’ai également reçu le Prix Patrimoine, une reconnaissance pour avoir fait toute la lumière sur cet incroyable fait de société, ce scandale oublié.

3) Dans Sœurs de lait, vous évoquez le thème des essais du radium sur la population et dans Lily sans Logis celui des expériences scientifiques menées sur les siamois. Dans les deux cas, il s’agit d’histoires vraies du monde scientifique. Pourquoi cet intérêt pour l’histoire de la science ? Cela aurait-il un lien avec votre formation, vos études ? Vous êtes, originellement, plus littéraire ou plus scientifique ?

Ma formation est très éloignée du monde de l’écriture et des sciences, puisque je suis diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Je ne suis ni littéraire ni scientifique. Cet intérêt est dû à mon vécu.

4) Je n’ai pas encore le plaisir de connaître les nouvelles que vous avez publiées avant vos romans. Les sujets en sont-ils proches ? Pourquoi avoir commencé par le genre de la nouvelle ? Les idées de roman sont venues plus tard ou bien est-ce l’envie de développer ce qui aurait pu d’abord être une nouvelle ? Avec quel genre êtes-vous finalement le plus à l’aise et pourquoi ?

Les sujets sont différents. Certaines nouvelles sont urbaines et contemporaines, d’autres tendent vers la fable moderne ou, à l’inverse, vers le souvenir de famille ancré dans le passé. Le fil rouge : des héroïnes aux prises avec les soubresauts du destin.
Je n’ai pas commencé par écrire des nouvelles, mais un roman : Paysannes de montagne, publié par les éd. Lucien Souny en 2015 et paru en format poche aux éd. Souny poche en 2018.
Les deux genres me plaisent. Ce sont des exercices très différents. Certains sujets sont plus percutants quand ils sont traités sous la forme d’une nouvelle. D’autres nécessitent le développement du roman.

5) Les personnages féminins de vos romans sont des personnages forts. Pas tout de suite positifs, souvent naïfs au départ, ils évoluent et prennent une vraie force. Anthelmette et Lily ont cela en commun de risquer de tout perdre par amour ou par aveuglement lié à l’amour, pourquoi ?

Parce que l’amour fou porte bien son nom.

6) De fait, et c’est lié à la question précédente, les personnages masculins sont souvent négatifs. Cette dichotomie est-elle liée aux enquêtes que vous avez menées ou plutôt à l’héritage d’autres héroïnes ?

Si l’on regarde mes quatre premiers romans, les personnages masculins sont loin d’être négatifs. Au contraire. Beaucoup de rôles sont attribués à des hommes bons comme Auguste et son fils Hippolyte dans Paysannes de montagne, Gervais le personnage principal de Pour quelques arpents de rêve qui est persuadé que le succès de leur émigration en Argentine passera par les femmes, Anselme qui fait tout pour protéger sa petite Anne-Aimée, ou encore Nez-de-cuir qui a perdu son visage pour tenter de sauver son beau-frère dans Sœurs de lait. Il y a aussi Va-et-Vient qui veille sur Lily dans Lily sans logis. Et d’autres aussi, tels Jean-Sulpice qui va recueillir Yerba Maté, ou encore le père Cabochard qui fait de son mieux pour soutenir sa communauté.

7) Quelles sont vos influences littéraires ? Vos auteurs préférés ? Les œuvres qui vous ont le plus marquée ? Comme ça, à la lecture de vos deux romans, j’aurais pensé à Zola, c’est une erreur ?

Petite, j’ai appris à lire à la maison avec la Comtesse de Ségur.
Gamine, j’ai lu tout Pagnol, car c’était ce que ma grand-mère (chez qui je vivais) avait sur les étagères. J’ai donc été influencée par ces deux auteurs.
Puis Zola, en effet, au lycée. Mais surtout, à titre personnel, Frison Roche (Premier de Cordée, la Grande Crevasse), Hubert Reeves (Poussières d’Etoiles, Sommes-nous seuls dans l’univers ?), Ramuz (La grande peur dans la montagne).

8) Nous sommes sollicitées par de nombreux auteurs auto-édités, parfois par conviction, parfois par obligation. A-t-il été facile pour vous d’être éditée chez De Borée ? Pourquoi avoir choisi cette maison d’édition ?

Avant d’être publiée aux éd. De Borée, j’ai été publiée aux éd. Lucien Souny.
Tout a commencé avec le Prix Vedrarias en décembre 2012.
C’était ma toute première nouvelle et la première fois que je participais à un concours. J’avais déjà écrit un roman que je n’avais fait lire à personne. Le président du jury, Alain Absire, Prix Femina 1987 et directeur de collection chez Calmann-Lévy, m’a encouragée à sortir mon manuscrit du tiroir et à le proposer à des éditeurs. Je l’ai envoyé à huit maisons d’édition. J’ai reçu deux propositions de contrat pour Paysannes de montagne, paru en janvier 2015 aux éd. Lucien Souny. Puis, Pour quelques arpents de rêve est sorti un an plus tard chez le même éditeur. J’ai ensuite proposé le manuscrit de Sœurs de lait aux éd. De Borée. Mon texte a tout de suite été accepté et est sorti en librairie début 2018, puis Lily sans logis aux éd. De Borée également en 2019.

9) Enfin, dernière question, on me dit dans l’oreillette qu’un cinquième manuscrit est en préparation. Pouvez-vous nous en dire plus ? Un roman historico-scientifique aussi ? Ou tout autre chose ?

Il s’agit d’un roman sur le désir féminin et le manque, donc très éloigné du domaine historico-scientifique.

Je tiens encore une fois à remercier chaleureusement Frédérique-Sophie Braize, très sollicitée actuellement, d’avoir bien voulu satisfaire mon immense curiosité. C’est tellement agréable de discuter, de partager avec des auteurs passionnants et abordables comme elle. J’en profite pour vous inviter à découvrir ses écrits.

Romans :
Paysannes de montagne (éd. Lucien Souny 2015) Grand Livre du mois, France Abonnements.
Format poche (éd. Souny Poche 2018)
Pour quelques arpents de rêve (éd. Lucien Souny 2016)
Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Sélection 2019 : Prix Guerres et Paix, et Grand Prix des Ecrins
Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée) à paraître le 13 juin 2019
Lily sans logis (éd. De Borée, mars 2019) Coup de cœur de l’éditeur. Sélection 2019 : Prix Obiou, Prix Patrimoine, Prix du Roman historique.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

 

La Confrérie des Mages d’Emmanuelle Ferré

Avis à tous les fans de fantasy, de saga magico-médiévale : ce roman est une tuerie. 557 pages… Même pas peur !

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Franchement, ça faisait longtemps que je n’avais pas été à ce point transportée par un univers. J’ai lu Eragon, il n’y a que quelques mois et je n’ai pas plus accroché que cela, j’ai trouvé l’univers riche mais les actions finalement rares et le roman plutôt longuet. Ici, c’est tout l’inverse. Emmanuelle Ferré nous propose un roman fort, addictif et tellement dépaysant. J’ai été passionnée dès les premiers chapitres et je viens de passer le week-end à chercher la moindre dizaine de minutes pour savoir ce que deviendraient Lera, Graham et Alistair.

On retrouve, dans le premier tome de cette saga, tous les éléments qui fonctionnent dans la fantasy : un héros à initier, des pratiques magiques, un royaume vaste, des dangers réels, des quêtes d’identité, mais sans jamais se dire au cours de la lecture, que c’est du déjà vu.

Les personnages sont tous intéressants et semblent être une réserve de secrets, de caractéristiques qui pourront enrichir les deux prochains tomes. Lera est une jeune fille attachante, âgée d’à peine douze ans mais au Moyen-âge, ce qui implique d’autres réalités qu’à notre époque. Son tempérament de feu, sa noblesse d’âme, sa soif d’apprendre font d’elles une héroïne à la fois humaine et parfaite que nous avons plaisir à suivre, pour apprendre en même temps qu’elle, la vérité sur son origine. Mais elle n’est pas le seul personnage intéressant. Alistair est tout simplement fascinant, d’autant plus qu’à la fin de ce premier tome, nous ne savons que peu de choses sur sa véritable nature. Les autres mages construisent un personnel bigarré, attachant et souvent drôle autour de nos deux héros, que l’on sait rapidement destinés à s’aimer.

Les scènes d’apprentissages de maîtrise des forces occultes sont riches et, si elles sont nombreuses, elles ne sont jamais répétitives, ce qui constitue un vrai tour de force de l’auteure. Les passages de voyage des personnages sont également passionnants : aucun temps mort, chaque étape est une occasion de s’exercer, d’apprendre sur soi, sur la nature, sur les autres. Quant aux scènes de bataille, je les ai trouvées superbes, de vrais moments épiques où ça part dans tous les sens, où l’on doute de l’issue du combat, où l’on vit les choses. Vous savez, ces moments pendant lesquels on ne peut absolument pas décrocher de sa lecture.

J’ai bien adhéré au style d’écriture que j’ai trouvé travaillé mais fluide. L’intrigue est menée de mains de maître. On a des intuitions, qui, pour ma part, se sont révélées assez justes, mais je suis encore loin de connaître le fin mot de l’histoire. L’avenir est encore bien sombre pour nos héros et s’il y a des messages d’espoir, de futur prometteur, l’énigme est encore insaisissable. Franchement, je viens d’achever ce premier tome et je suis déjà en train d’organiser mes prochaines lectures de façon à pouvoir me lancer dans le second opus le plus rapidement possible.

Je remercie chaleureusement Emmanuelle Ferré et les éditions Amalthée de m’avoir envoyé ce roman et de m’avoir invitée à découvrir cet univers envoûtant que j’ai eu beaucoup de mal à lâcher. A tous les fans du genre, n’hésitez pas, foncez !!! Ce roman gagne à être connu, je l’imagine même parfaitement en film un jour…

Quatrième de couverture :

Les habitants de la contrée indépendante des Bocages Mauves mènent une vie paisible jusqu’’au jour où ils doivent faire face à d’’étranges disparitions.
Sachairi Correnaigh, l’’Administrateur qui dirige cette contrée, comprend très vite que les responsables de ces méfaits ont recours aux forces occultes employées traditionnellement par les Mages. Sans hésiter, il fait appel à la Confrérie des Mages, une organisation veillant à ce que la pratique des forces occultes se fasse dans le respect des populations. Sachairi est alors loin de se douter que toute cette agitation n’’est que le préambule d’’un conflit bien plus grave qui va mettre en péril la contrée mais aussi le royaume voisin de Tanera. Et contre toute attente, les membres de la Confrérie vont découvrir que Lera, sa fille âgée de douze ans, possède des dons particuliers. Pour Lera, c’’est le début d’’une aventure qui la mènera aux confins du royaume de Tanera auprès des Mages. Au cours de son apprentissage, la jeune fille sera amenée à faire des découvertes sur l’’origine même de leurs pouvoirs ainsi que sur son passé mais par-dessus tout, ses dons seront la clé d’’un rassemblement qui permettra de faire face à une guerre menaçant tout un peuple.

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Throwback Thursday Livresque n°10

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 06 juin : Famille

De nombreux romans traitent de ce thème, mais j’ai tenu à réfléchir à un roman dans lequel la famille joue un rôle crucial. Et très rapidement m’est venue en tête la superbe saga d’Alain Leblanc publiée chez French Pulp Editions, Les Conquérantes.

Vous trouverez ici ma chronique du premier tome et celle du deuxième.

Je ne suis que joie puisque le troisième opus de cette fresque familiale historique sort dans quelques jours.

Nous y suivons une famille tout au long du XXe siècle. L’auteur s’attache à nous montrer l’évolution de la condition féminine bien sûr mais tous ces changements ne sont possibles que par la transmission. Transmission d’une colère, d’un sentiment d’injustice ou au contraire d’une tentative d’apaisement, de la mère à la fille, de la cadette à l’aînée, de la partisane à la néophyte… L’histoire laisse son empreinte sur ces jeunes femmes qui avancent avec le récit, les mésaventures, les leçons tirées de l’expérience des femmes plus mûres. L’héritage familial est parfois lourd, toujours riche. C’est ça la famille !

Si vous ne connaissez pas encore cette saga, je vous invite vraiment à la découvrir, c’est juste génial !!

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Les Classiques de Priscilla – C’est le cœur qui lâche en dernier de Margaret Atwood

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C’est, encore et toujours, grâce au Reading Classics Challenge de Lilly & Books, que je me suis lancée dans ce roman de Margaret Atwood, bien connue pour sa Servante écarlate. J’ai d’abord été tentée de découvrir celui-ci, mais les critiques que j’en ai lu n’étaient pas toujours élogieuses, beaucoup avaient même arrêté en cours de route. Je suis donc allée dans ma librairie préférée et j’ai pris un autre roman de cet auteur. Je ne regrette pas.

C’est un roman vraiment haletant construit autour d’une intrigue mêlant l’argent, l’amour, le désir, la politique, la déontologie, la science, le bonheur… Les personnages de Stan & Charmaine sont livrés à eux-mêmes : mariés depuis peu mais victimes d’une crise économique sans précédent, ils vivent dans leur voiture, constamment inquiets à l’idée d’être agressés. Quand Charmaine voit passer une publicité pour Consilience, elle est immédiatement attirée. Le concept est simple : un mois en liberté dans un monde coupé de tout, au sein duquel tous les habitants ont du travail, un toit sur la tête et de quoi manger, et un mois en prison à s’occuper de travaux d’intérêt général. Evidemment, même la prison semble plus attirante que la vie qu’elle connaît avec son mari : on y mange et on y dort en sécurité. Malgré les réticences de Conor, le frère de Stan, les deux héros signent et s’engagent pour la vie… Ils ne savent malheureusement pas dans quoi !

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Derrière la façade dorée se cache une réalité glaçante. Bien sûr le concept fonctionne, mais à quel prix ? Que fait-on de ceux qui veulent s’enfuir ? Qui n’y croient plus ? Les deux personnages voient leurs illusions fondre comme neige au soleil au fil des mois. Leur mariage a été amoché par la vie qu’ils ont dû partager et Charmaine est séduite par un homme qu’elle désire passionnément. A partir de cet écart de conduite, tout va s’accélérer pour nos héros. La simple histoire de sexe devient une intrigue politico-économique dont dépend la vie de milliers de personnes. Ed, le fondateur de Consilience, maîtrise les faits et gestes de tous ses clients. Il va de soi que, comme beaucoup d’êtres humains, il sera tenté d’utiliser son pouvoir à des fins personnelles. Au cœur d’une histoire qui les dépasse et qu’ils ont de la peine à croire, Stan et Charmaine, séparés par les membres de la sécurité du protocole, apprennent à se battre seuls, contre leurs désirs, leurs colères, leurs préjugés. Ils ouvrent les yeux sur la réalité, sur la chance qu’ils avaient avant et ils grandissent. Charmaine, surtout. Profondément naïve, influençable, elle est l’instrument de beaucoup de gens véreux et elle a même eu tendance à m’agacer dans sa tendance à se convaincre que tout va bien dans le meilleur des mondes ; alors que Stan, plus « ours », devient l’outil de la rébellion pour sauver sa femme, pour se sauver lui, pour tenter quelque chose !

Comme à chaque fois, je ne peux pas trop en dire car il y a un vrai suspens dans ce roman, et jusqu’à la dernière page, vraiment ! Je m’en tiendrai donc à mon ressenti. Ce roman est une dystopie passionnante parce qu’à dimension plus humaine que ne le sont des sagas, que j’ai par ailleurs adorées, comme Hunger Games ou Divergente. Nous savons tous que l’argent ne fait pas le bonheur, mais l’absence d’argent mène très souvent à une grande détresse. N’aurions-nous pas signé, nous aussi ?

Ce texte fait également réfléchir à une tendance que nous avons encore aujourd’hui : préférer fermer les yeux que découvrir la vérité et dénoncer, de peur de perdre son confort. Jusqu’où les dirigeants (de manière générale bien sûr, aucune volonté politique dans mon propos !) peuvent-ils utiliser cette peur de perdre ce que l’on a ? Jusqu’où les laisserons-nous aller avant de réagir ?

Je vous laisse sur cette réflexion 😉

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Tout le monde connaît Lola de Jonathan Mazo

Attention, ce roman est un OVNI littéraire. Jonathan Mazo nous embarque dans une histoire abracadabrantesque du début à la fin. J’ai même, à plusieurs reprises, été perdue, mais j’ai aimé être perdue, parce que je me suis retrouvée dans la position du narrateur, David. Comme lui, nous ne connaissons pas Lola, nous ne savons pas ce qu’elle fait là… Je m’explique avec la quatrième de couverture :

qrfÀ la suite d’une rupture dont il ne parvient pas à se remettre, David noie son chagrin entre les quatre murs de son appartement parisien. Un soir, alors qu’il broie du noir, une sublime italienne prénommée Lola surgit dans son salon. Il ne l’a jamais vue mais tout porte à croire qu’ils vivent ensemble depuis plusieurs mois. Aurait-il perdu la raison ? Lorsqu’il se décide à en parler autour de lui, tout le monde semble connaître Lola. Et si le destin s’était décidé à lui prêter main-forte dans sa quête de l’âme sœur ?

Nous en sommes là quand le récit commence…

Le personnage de David est haut en couleurs : paumé, un peu loser sur les bords, David est en plus blasé par la vie et en arrive à tenir des propos d’une misogynie assez affolante, si elle n’était pas drôle, tellement c’est du second degré. Il fuit les responsabilités de couple, d’adulte et se retrouve tout à coup face à une Lola, institutrice, impulsive, volontaire et exigeante. En quel honneur David devrait-il se conformer aux désirs de cette jeune femme qui a déjà l’air désabusée par son couple ?

Lola arrive évidemment avec toute une bande de joyeux lurons autour d’elle : sa meilleure amie Clémentine, une jeune mère célibataire un peu folle, un peu nymphomane, un peu inconsciente, mais surtout en mal d’amour ; ses parents Demetrio, sourd muet un peu rude mais au cœur débordant d’amour, et Louise ; son admirateur, un homme beau, qui connaît le succès et sait y faire pour séduire les femmes. Et surtout Lucien, le vieux voisin aigri que tout le monde déteste et qui s’avère être un ange avec David et Lola, un ange au destin étrange et insaisissable.

Au contant de tout ce petit monde, David va évoluer, se rendre compte qu’il doit se battre pour obtenir la vie qu’il veut, qu’il n’y a pas de fatalité ou de facilité en amour. David va aller d’espoirs en désillusions : Lola existe-t-elle ou non ? La connaît-il ? Le connaît-elle ?

Ce roman est ambigu jusqu’à la fin, il n’est jamais définitif justement. La fin peut même éventuellement être considérée comme un début, pourquoi pas ?

Merci aux éditions Incartades pour cette découverte originale et drôle de Jonathan Mazo.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

 

Les Classiques de Priscilla – Throwback Thursday Livresque n°8

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 23 mai : Un classique

Quand j’ai vu sur le blog de Carol le thème de cette semaine, je me suis bien sûr frotté les mains, les classiques, c’est un peu mon dada, vous le savez. Mais lequel choisir ?

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Et bien, figurez-vous que j’ai vite fait mon choix, il s’est imposé à moi en quelques secondes. Déjà, parce que Molière est un Grand Classique parmi les classiques et parce que Le Misanthrope… C’est une merveille !

qrfAlceste est misanthrope, il supporte mal ses congénères dont l’hypocrisie le rend fou. Malheureusement, dans une société de cour et de salons, Alceste devient rapidement la risée de tous les marquis et autres nobles à fanfreluches. Sa franchise et sa nature colérique font de lui la cible de divers procès et autres désaccords.

Pourtant, notre Alceste est amoureux. De qui, me direz-vous ? D’une femme sincère, honnête et droite comme lui ? Non, évidemment… Alceste aime Célimène, une jeune veuve parfaitement à l’aise dans cet univers de faux-semblants. Alceste refuse la présence des hommes dans des salons, Célimène organise des salons. Alceste ne supporte pas de ne pas dire en face ce qu’il pense des autres, Célimène est la championne des portraits à charge derrière le dos de ses victimes… A quel sort Alceste se voue-t-il donc ?

Il semble assez facile de dire qu’évidemment le misanthrope est le Juste de cette intrigue, mais que son tort est l’excès, à l’instar de ce que lui dit son ami Philinte « La parfaite raison fuit toute extrémité, / Et veut que l’on soit sage avec sobriété« . Mais qui a dit qu’Alceste voulait être sage ou parfait ? Ce qui me touche chez ce personnage, c’est justement son imperfection : il aime, et c’est ce qui le fragilise. En fin de compte, sa haine des hommes n’est-elle pas liée à l’amour que sa belle leur inspire, à tous ces hommes qui deviennent des rivaux ? Ce culte voué à la franchise n’est-il pas simplement la traduction de l’espoir de voir Célimène devenir franche avec lui et lui avouer son amour sans détour, sans concession ? Et Célimène, a-t-elle le choix ? Peut-elle tout renié pour un homme ? Elle qui, en tant que femme, perdrait tout, en le perdant ?

Cette pièce sous-titrée « L’atrabilaire amoureux » trouble ses lecteurs : n’aurait-elle pas davantage mérité le sous-titre de « L’amoureux atrabilaire » ? Je ne sais pas si je vous ai convaincus de lire cette excellente pièce, si ce n’est pas encore le cas, je vous quitte sur quelques citations inoubliables pour moi (et belles… des alexandrins, quoi !!!).

Je veux qu’on soit sincère et qu’en homme d’honneur / On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

Efforcez-vous, ici, de paraître fidèle, / Et je m’efforcerai, moi, de vous croire telle. (lui, l’amoureux de la franchise supplie celle qu’il aime de lui mentir, c’est magnifique, non ?)

Non, vous ne m’aimez point comme il faut que l’on aime.

Vous voyez ce que peut une indigne tendresse,
Et je vous fais tous deux témoins de ma faiblesse.
Mais, à vous dire vrai, ce n’est pas encor tout,
Et vous allez me voir la pousser jusqu’au bout, 
Montrer que c’est à tort que sages on nous nomme,
Et que dans tous les cœurs il est toujours de l’homme. (ce vers… )

Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices ;
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d’être homme d’honneur on ait la liberté.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)