Journal de L. de Christophe Tison

J’ai bien fait d’enchaîner les lectures de Lolita et de Journal de L. Les perspectives offertes par Christophe Tison dans cette réécriture du mythe de la nymphette sont tellement riches. J’ai apprécié le talent avec lequel, sans rien dénoncer, l’auteur dévoile les mensonges, les omissions de Humbert Humbert. Dans le roman de Nabokov, je vous en parlais dans ma chronique, la petite fille est présentée comme une femme fatale, responsable du désir, de la passion qu’elle insuffle à son pauvre beau-père, victime de son amour vicieux.

Avec ce pendant aux réflexions de Humbert, la vérité semble reprendre ses droits. Christophe Tison veut laisser à Dolores la possibilité de se justifier. Bien sûr, cette gamine, que son beau-père a odieusement forcée à grandir, joue de ses charmes, mais on sent bien ici que c’est ce qu’on lui a appris à faire. La principale victime des charmes de Lolita, c’est Dolores, elle n’en joue que pour s’en sortir. Que veut-elle ? Où va-t-elle ? Que risque-t-elle ? Comment voulez-vous qu’elle en ait conscience ? Elle n’a que douze ans…

Ce texte possède une vraie profondeur : la plume de la jeune narratrice évolue très nettement entre la première partie et la fin, mimant ainsi son évolution, sa prise de maturité, même si le recul qu’elle semble réussir à prendre paraît justement parfois trop réfléchi, mais qu’importe. Tout m’a paru juste, tout m’a paru vrai. Ma deuxième lecture du roman de Nabokov ayant dépassé le simple rejet de cette fiction pédophile, j’avais trouvé dans le roman de trop nombreux silences, des éléments qui m’avaient interloquée et étaient restés sans suite, notamment autour des transformations physiques de la jeune nymphette. J’ai vraiment eu l’impression, en découvrant ce journal, que la lumière était enfin faite sur cette sombre affaire. Aucune incohérence, aucune fausse note !

De fait, le récit est violent, cru, amer, il ne peut en être autrement. Mais Christophe Tison est d’une grande subtilité : on éprouve inévitablement de l’affection pour cette jeune fille qui doit apprendre à se détacher de son corps pour survivre, s’en détacher pour en devenir une simple spectatrice, s’en détacher pour en faire commerce quand il le faut. Justice est faite : Dolores Haze n’est plus simplement Lolita, Humbert n’est plus simplement l’amoureux transi, Clare Quilty n’est pas le Sauveur, Rick n’est pas le butor naïf et complaisant. Tout reprend sa place et on sent que ce rééquilibrage tenait vraiment au cœur de l’auteur, et fait du bien à celui des lecteurs…

Une vraie belle découverte, une preuve s’il en faut encore une que la littérature peut toujours se réinventer, se réécrire, un ultime signe du génie de Nabokov qui avait déjà, je le pense sincèrement, imaginé tous ces interstices laissés volontairement en blanc, comme autant d’appels à la voix de Lolita, qu’il fallait juste faire entendre ! Bravo Christophe Tison, et merci aux éditions Goutte d’Or.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

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Les Classiques de Priscilla – Lolita de Nabokov

« Moi, je m’appelle Lolita / Collégienne aux bas bleus de méthylène / Moi, je m’appelle Lolita / Coléreuse et pas mi-coton, mi-laine / Motus et bouche qui ne dit pas / A Maman que je suis un phénomène / Je m’appelle Lolita / Quand je rêve au loup, c’est Lola qui saigne » Ces paroles si souvent fredonnées au cours de mon adolescence prennent tous leurs sens après la lecture de ce classique russe. Si je l’avais déjà lu à l’époque où je compilais les classiques pour préparer le concours, j’ai décidé de me replonger dedans aujourd’hui, en prenant mon temps. Et j’ai bien fait, c’est une lecture exigeante…

L’intrigue, tout le monde la connaît : Humbert Humbert est une homme d’apparence classe et qui a tout pour lui, mais le lecteur lui connaît une passion dangereuse pour les « nymphettes », ces petites filles âgées de 10 à 14 ans, qui sont loin d’être des femmes, qui sont dans un entre-deux, au cours duquel le corps se transforme mais pas l’attitude. Quand il rencontre Charlotte Haze, tout en elle le révulse, sauf sa fille, Dolores, l’incarnation parfaite de la nymphette. Alors quand cette petite rebelle s’amuse à se rapprocher de l’homme dont elle sent que sa mère est tombée amoureuse, juste pour la faire enrager, Humbert craque et passe d’une relation fantasmée à une relation envisageable. Il épouse Charlotte, devient veuf et du même coup tuteur de Lolita. La petite continue son jeu dangereux tant qu’elle ignore la mort de sa mère. Quand elle l’apprend, des portes invisibles se verrouillent sur elle : elle est prise au piège dans un road trip moralement incestueux et franchement pédophile, dont elle ne sortira que par la fugue.

Evidemment, le roman a fait scandale et l’on comprend aisément pourquoi. Pourtant, la force du récit de Nabokov est réelle et repose, à mon humble avis, sur plusieurs points. Premièrement, il s’agit d’une fiction, c’est selon moi essentiel car cela évite une réaction épidermique du lecteur contre Humbert : aucune petite fille n’a été sa victime. Deuxièmement, ce personnage, indubitablement condamnable, est aussi un homme brillant, profondément amoureux, sincère et mythomane, malgré quelques violents éclairs de lucidité. Troisièmement, Humbert n’est pas seulement un personnage, c’est le narrateur : tout est raconté à travers ses yeux, ce qui rend le récit de ces quelques années un peu moins insoutenable.

Lolita est donc décrite à travers les yeux de son bourreau. Si son attitude est ambiguë, on ne doit pas faire de cette fillette une espèce de femme-enfant fatale. Le lecteur se laisse pourtant fatalement prendre : il est très facile de penser – alors même qu’il semble difficile de l’accepter – que Lolita séduit Humbert, que c’est elle qui l’embrasse, que c’est elle qui prend les devants la première nuit, elle qui ne se dit même plus vierge. Pour ce lecteur, appelé beaucoup trop souvent « mon frère », le piège est bien tendu. Et pourtant, quelle petite fille n’a jamais menti pour faire croire qu’elle avait plus d’expérience ? Quelle petite fille n’a jamais testé sur un homme – souvent son père d’ailleurs – son charme et son pouvoir de séduction à des fins telles que l’achat d’une nouvelle robe ou d’un magazine ? En prenant du recul, la réalité reprend ses droits. En lisant attentivement le texte, on se rend compte que c’est Humbert qui nous ment, qui se ment : Lolita pleure toutes les nuits, parle de « viol », supplie « Oh non » quand elle voit la lueur lubrique dans les yeux de son « père ». Lolita est une petite fille dont un monstre a volé l’enfance. Mais un monstre qui ne voudrait pas en être un, un monstre qui l’aime vraiment.

L’ambiguïté est au cœur de ce texte qui ne peut laisser quiconque de marbre. J’ai été dérangée, heurtée, révoltée et touchée par ce que je lisais, tout en refusant d’être touchée par un tel être.

La question du personnage de Lolita reste donc centrale : qui est-elle vraiment ? Je vais dès aujourd’hui me lancer dans le roman de Christophe Tison, Journal de L. qui prend le parti de raconter cette histoire du point de vue de Lolita. C’est un véritable tour de force et une analyse forte du roman de Nabokov à mon avis. Je vous en parle très vite…

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Throwback Thursday Livresque n°20

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 19 Septembre : Ma plus grosse déception

Aujourd’hui, thème délicat. Comme souvent, avec moi (vous êtes habitués maintenant), je vais vous parler d’un classique. Si j’ai plutôt tendance à encenser des auteurs et des œuvres qui m’ont marquée, en tant qu’élève, en tant que professeure, en tant que personne. Mais cette fois-ci, il faut faire l’inverse.

Je reviens donc sur une chronique que j’avais publiée l’année dernière au sujet de Tous les matins du monde de Pascal Quignard. C’est une œuvre vraiment courte, dont on m’avait dit beaucoup de bien, trop peut-être. J’en suis sortie déçue : aucun personnage ne m’a semblé attachant, l’histoire m’a paru cousue de fil blanc et le style m’a souvent laissée dubitative. C’est toujours très frustrant comme sentiment, de ne pas avoir embarqué avec l’auteur, vous ne trouvez pas ?

Vous trouverez ici ma chronique plus complète de l’œuvre. Belles lectures à tous (car oui, la plupart du temps, nous faisons de belles lectures, et heureusement !)

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Les Classiques de Priscilla – Crime et Châtiment de Fédor Dostoïevski

Ce mois-ci, grâce au Reading Classics Challenge de Lilly & Books, je me suis lancée dans la lecture de Crime et Châtiment de Dostoïevski. J’avais déjà fait connaissance avec la plume de cet auteur russe, au cours de mes études : j’avais lu Le Double. Il ne m’a pas autant marquée que les autres textes lus dans le cadre de cette thématique (Le Portrait de Dorian Gray que j’avais adoré, Les Elixirs du diable et La Méprise de Nabokov).

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Ce roman de plus de 650 pages a beaucoup joué avec mes nerfs. Je l’ai d’abord trouvé, il me faut vous l’avouer, long et ennuyeux, d’autant que cette manie russe de donner, à chaque fois que l’on parle de quelqu’un, ses trois noms rend le style lui-même un peu lourd. Cela manque d’action, le personnage principal manque de dynamisme et d’assurance, j’ai vraiment cru que j’allais abandonner, mais je tenais tellement à connaître cette histoire que je me suis accrochée, et tant mieux. A partir de l’entrée en scène d’autres personnages (Razoumikhine, Dounia, la mère, Svidrigaïlov, Catherine Ivanovna et Sonia), le roman prend une autre dimension. C’est par l’intervention de tous ces êtres que le héros, Raskolnikov, prend son épaisseur et gagne en intérêt.

Le synopsis de ce roman, on le devine avec le titre : il s’agit d’un étudiant désargenté qui, par dépit, va se laisser aller au vol et au meurtre. S’il n’est pas arrêté tout de suite (c’est bien là tout l’enjeu du texte), son châtiment commence avant la moindre décision de justice. Raskolnikov doit vivre avec ce qu’il a fait et on ne peut pas dire que cela soit une réussite. De maladies nerveuses en décisions constamment avortées, ce personnage n’a pas grand chose d’attachant. Il se montre certes souvent généreux, mais avec un tel mépris pour ceux qu’il aide, que cela en devient odieux. Il a une grande estime de lui-même et manque cruellement d’assurance. Il ne parvient ni à regretter son geste, ni à en profiter. Quant à son attitude avec les amis qui l’entourent, malgré tout, elle est tout simplement détestable. Mais c’est là toute la force de ce récit, je me suis sentie absolument fascinée par les êtres les moins agréables (notamment le héros et Svidrigaïlov) alors que les autres me laissaient davantage de marbre (exceptions faites de Dounia dont la loyauté ne va pas sans un caractère fort et de Catherine Ivanovna dont le tempérament de feu m’a souvent fait sourire). En effet, Sonia, Razoumikhine, la mère du héros et de nombreux autres personnages m’ont semblé trop naïfs, trop purs pour être vraiment intéressants. Ce qui me fait dire que l’auteur s’ingénie à nous rendre aussi méprisants (voire méprisables) que son personnage principal : pour être exceptionnel, il faut être vicié…

Ce roman ressemble à une tragédie, mais une tragédie moderne et sans noblesse. Beaucoup de morts évidemment, mais aucune intervention divine, ni présence – selon moi – de destin qui s’acharne : les personnages choisissent leur sort et en paient les conséquences, même s’ils essaient d’oublier le plus souvent. Beaucoup de personnages positifs souffrent malgré leur bonté naturelle. Une seule petite nuance d’espérance apparaît dans l’épilogue et vient redonner un peu de couleur à cette réalité noircie par une plume acerbe mais que j’ai finalement trouvée addictive.

Et vous, connaissez-vous ce classique ? L’avez-vous lu jusqu’au bout ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Dites-moi tout, cela m’intéresse !

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Les Classiques de Priscilla – Le Comte de Monte-Cristo (Tome II) d’Alexandre Dumas

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A peine sur la route des vacances, je me suis jetée dans le tome II des aventures d’Edmond Dantès, et je l’ai terminé hier soir ! Dans son intégralité, le roman fait 1400 pages mais ce sont 1400 pages de pur bonheur, qu’on soit amateur ou non des classiques et des pavés. Vous trouverez d’ailleurs ma chronique du premier tome ici.

qrfNous retrouvons donc le Comte de Monte-Cristo à Paris, en pleine construction d’une triple vengeance qui n’aura pas de limites, autres que celles qu’Edmond Dantès lui-même s’est fixé, guidé, croit-il par la main de Dieu. Il s’introduit ainsi dans les maisons de ses trois ennemis : Danglars, qui avait écrit la lettre responsable de son emprisonnement ; Fernand, se faisant appeler M. de Morcerf, qui l’avait envoyée et avait ensuite épousé Mercédès ; de Villefort qui avait fait enfermer Edmond parce qu’il risquait de nuire à la réputation de son père et à son futur mariage avec Melle de Saint-Méran. Le temps a passé : beaucoup d’entre eux, en plus de la richesse, ont eu le bonheur de se marier et d’avoir des enfants. C’est là que les choses se compliquent, car même si la parole divine annonce que les coupables paieront jusqu’à plusieurs générations, Monte-Cristo a du mal à faire souffrir ces individus innocents.

C’est ce que j’ai trouvé très intéressant dans ce second tome. A la haine et la colère succède le doute. On retrouve des passages dignes de la « Tempête sous un crâne » de Jean Valjean. Cela rend encore plus attachant le personnage principal qui, sans cela, deviendrait presque inhumain tant son entreprise l’obsède. Edmond Dantès, à l’instar d’Alexandre Dumas, est tout simplement un génie : son argent lui permet d’avoir accès à toutes les informations, de déployer tous les stratagèmes et sincèrement, sa vengeance est extrêmement vicieuse. Il ne s’agit pas seulement de tuer ou de ruiner, il s’agit de priver l’ennemi de tout ce dont il l’a privé lui-même plusieurs années auparavant. Franchement, je ne pense pas que l’on puisse se détacher de ce très beau texte avant d’en connaître la fin.

Au-delà de l’histoire (vous devinerez que je reste très vague pour ne rien dévoiler), j’ai beaucoup aimé suivre l’évolution de la relation entre Mercédès et Edmond. Bien sûr, on comprend rapidement qu’elle est la première à l’avoir reconnue et on se demande tout au long du roman ce qu’ils finiront par se dire. Mais non, le temps a passé : s’il reste des traces du premier Amour, elles sont rapidement effacées par l’amour maternel d’une part, par la colère d’autre part. L’ultime soubresaut de Monte-Cristo est touchant, parce que très réaliste. La place d’Haydée est également essentielle : l’inconnue, que l’on savait esclave du comte, devient l’équivalent d’une fille et cet amour pur tend à se présenter comme la seule source d’un éventuel bonheur futur pour ce comte, dont, rappelons-le, la moitié de la vie s’est passée en prison et la deuxième dans la vengeance.

Beaucoup de personnages secondaires, apparemment, revêtent un caractère fort, symbolique et deviennent de vrais points d’accroche dans ce roman que l’on pourrait qualifier de roman-fleuve. Maximilien Morrel bien sûr, dont la droiture, la loyauté et l’amitié en font le digne héritier de son père ; Valentine, deuxième être prodigieusement pur du texte ; Albert de Morcerf, l’âme déchirée entre son sens de l’honneur et la réputation de sa famille ; Beauchamp ; Eugénie Danglars… Même les personnages mauvais ont leur charme : je pense notamment à Caderousse ou à Benedetto.

Bref, ce fut un réel bonheur de découvrir ce roman et de découvrir Dumas par la même occasion. Autant vous dire que maintenant, il me tarde de me lancer dans Les Trois Mousquetaires. Si vous ne connaissez pas l’auteur, mais que vous aimez l’aventure, les histoires finement construites, le beau style (celui qui ne tombe ni dans la vulgarité, ni dans l’excès de descriptions ou d’effets de style justement), les personnages fins, complexes et réalistes, ne vous laissez pas rebuter par le nombre de pages. Sincèrement, ce roman est en passe de devenir mon préféré, c’est un monument de notre littérature française qui m’a laissée sans voix. Alors, je vous ai donné envie, j’espère ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Les Classiques de Priscilla – Le Blé en herbe de Colette

Encore une auteure découverte grâce au Reading Classics Challenge de Lilly & Books ! C’est toujours un plaisir pour moi de découvrir des œuvres de notre patrimoine que mes études ne m’avaient pas permis de découvrir.

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Ce texte est très court et pourtant, j’ai trouvé qu’il traînait en longueur. Si j’ai aimé cette peinture assez réaliste des émois adolescents, j’ai trouvé le personnage de Phil assez peu attachant de par son manque de maturité et de volonté. Finalement, le chapitre que j’ai préféré, c’est l’avant-dernier, quand enfin les deux héros s’expliquent et s’expriment, de toutes les manières dont ils le peuvent.

hdrplLe topo est rapide : Phil et Vinca sont deux enfants de deux couples d’amis très proches et de ce fait, avec un an d’écart entre eux, ils ont grandi ensemble, ils se connaissent, s’aiment comme des frère et sœur, jusqu’à l’été de leurs quinze et seize ans. A ce moment où les hormones entrent dans la danse, les deux jeunes gens se découvrent un amour différent l’un pour l’autre mais n’osent pas encore changer la nature de leur relation si spéciale. Convaincus qu’ils s’appartiennent de toute éternité, ils vont se faire du mal. Phil ne comprend pas tout de suite qu’il est amoureux et préfère se contenter de découvrir l’amour physique avec une femme plus âgée, pensant pouvoir le cacher à Vinca, mais devenue une femme jalouse, elle découvre tout très rapidement et lui reproche de ne pas avoir fait d’elle la première. Je ne raconterai pas la fin, qui n’est pas vraiment une fin, ou alors justement celle de l’enfance, une fin qui ouvre finalement sur la vie d’adulte avec ses espoirs et ses désillusions.

Vinca est un personnage très fort mais qui ne porte pas assez le roman selon moi. Le lecteur suit beaucoup plus Phil, dont il lit les pensées, des pensées troubles qui miment l’égarement d’un jeune qui a du mal à quitter l’enfance et qui voudrait pourtant être un homme. Vinca est plus sincère, plus entière bien qu’elle non plus ne soit pas sûre d’elle. Quant à la dame, Elle, Mme Dalleray, elle reste très énigmatique. Comme elle ne se confie pas à Phil, nous ne la connaissons pas non plus. Elle se laisse deviner comme un personnage riche, un de ces femmes qui sent que jeunesse se passe et qui s’accroche à un adolescent sans espérance mais pleine d’espoir, n’attendant rien mais observant tout.

Je comprends parfaitement qu’à la date de sa parution, le texte ait pu paraître choquant et scandaleux. L’éveil à la sexualité, la découverte craintive de l’amour par deux adolescents étaient des sujets tabous à l’époque. Mais justement, peut-être le tabou était-il si fort qu’il fallait absolument semer le trouble dans l’écriture, mettre de l’implicite partout. Mais dans le même genre, j’ai été beaucoup plus sensible au roman Le Diable au corps de Raymond Radiguet.

Le style enfin… Que dire ? Evidemment, c’est bien écrit, mais cette écriture n’a, pour moi, qu’un charme un peu désuet. Je n’ai pas été transportée par le style de Colette (j’ai le droit de dire ça ?).

En bref, un roman court, pas désagréable mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable et qui ne me donne pas envie de me ruer sur tous les autres récits de Colette, n’en déplaise aux puristes. Et vous, l’avez-vous lu, qu’en avez-vous pensé ? Ca m’intéresse…

Une petite citation que j’ai trouvée très jolie :

« Nous finissons ici, cette année, pensait sombrement Philippe, en regardant la mer. Vinca et moi, un être juste assez double pour être deux fois plus heureux qu’un seul, un être qui fut Phil-et-Vinca va mourir ici, cette année. Est-ce que cela n’est pas terrible ? Est-ce que je ne puis pas l’empêcher ? Et je reste là… Et ce soir, après dix heures, peut-être que je m’en irai encore une fois, la dernière fois des vacances, chez Mme Dalleray… »

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Throwback Thursday Livresque n°12 – Les Classiques de Priscilla – Madame Bovary

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 20 juin : un personnage accro à la lecture

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Aujourd’hui encore (ça va finir par devenir une habitude, méfiez-vous), je vais évoquer un grand classique de notre littérature française qui, de toute façon, a abordé déjà pléthore de thèmes, ce qui explique sa grande présence lors de mes TBTL…

Deux personnages me viennent à l’esprit quand on me parle d' »accro à la lecture » : Don Quichotte et Emma Bovary. C’est d’Emma que j’ai décidé de vous parler aujourd’hui.

Madame Bovary est un roman que j’ai tenté de lire deux fois en vain avant de le dévorer littéralement quelques années plus tard (et à deux reprises !). Plus que l’histoire, je pense que c’est le style de Flaubert qui m’a perturbée les premières fois, je n’étais sûrement pas assez préparée, et pourtant… Quelle merveille !

L’histoire est relativement simple. Emma est une jeune femme qui lit beaucoup de romances et qui attend de l’amour autant de passion, d’aventure et de frisson que ce que vivent ses héroïnes préférées. Seulement voilà, Emma se voit mariée à Charles, un médecin qui vit dans un petit village campagnard, loin, très loin, des intrigues passionnantes des romans, et bien qu’elle soit véritablement aimée de son mari, très vite, Emma s’ennuie. Elle va donc chercher l’aventure ailleurs, avec d’autres hommes qu’elle croit meilleurs et qui ne le sont pas, qu’elle aime, qu’elle aide jusqu’à se perdre elle-même, préférant la mort au retour à une vie morne et triste.

Pourquoi ce roman est-il aussi fascinant ? Parce que Flaubert est génial. Emma est naïve, souvent bête même, mais Flaubert s’évertue à en faire un personnage avec lequel on compatit forcément. Nous nous ennuierions nous aussi à sa place. Il faut voir la galerie de personnages à laquelle la pauvre héroïne est confrontée : entre la bêtise de son mari Charles, la suffisance stupide du pharmacien Homais, la vénalité de Rodolphe, et j’en passe, la pauvre n’est vraiment pas servie…

L’ironie flaubertienne atteint son paroxysme avec sa peinture du prêtre et du pharmacien. L’un cherchant l’expiation des péchés de la jeune femme et l’autre cherchant la gloire à tout prix. Si j’ai vraiment compris la souffrance d’Emma, j’ai aussi beaucoup souri en lisant ce roman et son style ironique et acerbe. Je vous en conseille vivement la lecture, si ce n’est déjà fait…

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Les Classiques de Priscilla – Throwback Thursday Livresque n°8

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 23 mai : Un classique

Quand j’ai vu sur le blog de Carol le thème de cette semaine, je me suis bien sûr frotté les mains, les classiques, c’est un peu mon dada, vous le savez. Mais lequel choisir ?

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Et bien, figurez-vous que j’ai vite fait mon choix, il s’est imposé à moi en quelques secondes. Déjà, parce que Molière est un Grand Classique parmi les classiques et parce que Le Misanthrope… C’est une merveille !

qrfAlceste est misanthrope, il supporte mal ses congénères dont l’hypocrisie le rend fou. Malheureusement, dans une société de cour et de salons, Alceste devient rapidement la risée de tous les marquis et autres nobles à fanfreluches. Sa franchise et sa nature colérique font de lui la cible de divers procès et autres désaccords.

Pourtant, notre Alceste est amoureux. De qui, me direz-vous ? D’une femme sincère, honnête et droite comme lui ? Non, évidemment… Alceste aime Célimène, une jeune veuve parfaitement à l’aise dans cet univers de faux-semblants. Alceste refuse la présence des hommes dans des salons, Célimène organise des salons. Alceste ne supporte pas de ne pas dire en face ce qu’il pense des autres, Célimène est la championne des portraits à charge derrière le dos de ses victimes… A quel sort Alceste se voue-t-il donc ?

Il semble assez facile de dire qu’évidemment le misanthrope est le Juste de cette intrigue, mais que son tort est l’excès, à l’instar de ce que lui dit son ami Philinte « La parfaite raison fuit toute extrémité, / Et veut que l’on soit sage avec sobriété« . Mais qui a dit qu’Alceste voulait être sage ou parfait ? Ce qui me touche chez ce personnage, c’est justement son imperfection : il aime, et c’est ce qui le fragilise. En fin de compte, sa haine des hommes n’est-elle pas liée à l’amour que sa belle leur inspire, à tous ces hommes qui deviennent des rivaux ? Ce culte voué à la franchise n’est-il pas simplement la traduction de l’espoir de voir Célimène devenir franche avec lui et lui avouer son amour sans détour, sans concession ? Et Célimène, a-t-elle le choix ? Peut-elle tout renié pour un homme ? Elle qui, en tant que femme, perdrait tout, en le perdant ?

Cette pièce sous-titrée « L’atrabilaire amoureux » trouble ses lecteurs : n’aurait-elle pas davantage mérité le sous-titre de « L’amoureux atrabilaire » ? Je ne sais pas si je vous ai convaincus de lire cette excellente pièce, si ce n’est pas encore le cas, je vous quitte sur quelques citations inoubliables pour moi (et belles… des alexandrins, quoi !!!).

Je veux qu’on soit sincère et qu’en homme d’honneur / On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

Efforcez-vous, ici, de paraître fidèle, / Et je m’efforcerai, moi, de vous croire telle. (lui, l’amoureux de la franchise supplie celle qu’il aime de lui mentir, c’est magnifique, non ?)

Non, vous ne m’aimez point comme il faut que l’on aime.

Vous voyez ce que peut une indigne tendresse,
Et je vous fais tous deux témoins de ma faiblesse.
Mais, à vous dire vrai, ce n’est pas encor tout,
Et vous allez me voir la pousser jusqu’au bout, 
Montrer que c’est à tort que sages on nous nomme,
Et que dans tous les cœurs il est toujours de l’homme. (ce vers… )

Trahi de toutes parts, accablé d’injustices,
Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices ;
Et chercher sur la terre un endroit écarté
Où d’être homme d’honneur on ait la liberté.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Throwback Thursday Livresque n°6

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 9 mai : Maltraitance

Je vais vous parler aujourd’hui d’un classique littéraire dont l’auteur a à cœur la protection des enfants. Il s’agit évidemment des Misérables de Victor Hugo. Les destins croisés de Cosette chez les Thénardier ou de Gavroche, l’enfant des rues dressent une peinture pathétique de la manière dont pouvaient être traités les enfants.

cae-19-bayard-cosette-pCette œuvre me semble d’autant plus intéressante de ce point de vue qu’il y a quand même une grande différence entre les deux enfants. Si Cosette est confiée très jeune par sa mère, obligée de se prostituer et de vendre ses dents et ses cheveux pour payer la pension qu’exigent les Thénardier, elle va heureusement croiser la route de Jean Valjean. M. Madeleine, convaincu d’avoir une part de responsabilité dans le sort de Fantine qui a été renvoyée de ses usines, promet de retrouver la petite. Mais il fait bien plus : voyant les conditions de vie de l’enfant, il l’emmène, l’élève et l’aime comme sa fille, la protégeant de tout et lui offrant une enfance dorée, même si elle est, pour une part, bâtie sur un mensonge. Jean Valjean va faire preuve, par amour pour Cosette, d’un sens du sacrifice qui ira jusqu’à ne pas se rendre à son mariage et mourir seul, afin de ne pas gêner la famille de son gendre avec son passé douteux.

Gavroche n’aura pas cette chance. Victime des Thénardier lui aussi, puisqu’il est leur fils, Gavroche, épris de liberté, vit de menus larcins dans Paris. Sa franchise, son air de titi Parisien font de ce personnage un « gamin » vraiment attachant. On ne le suit pas de manière continue mais il apparaît ponctuellement, venant égayer la description des bas-fonds de Paris et ajouter, par petites touches, à la peinture pathétique de ses conditions de vie. Tout cela jusqu’à la scène très connue de sa mort sur les barricades. Un passage émouvant et merveilleusement bien écrit dont je ne me lasserai jamais.

800px-Gavroche_(Les_Misérables)« Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l’air de s’amuser beaucoup. C’était le moineau becquetant les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en l’ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s’effaçait dans un coin de porte, puis bondissait, disparaissait, reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait son panier. Les insurgés, haletants d’anxiété, le suivaient des yeux. La barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n’était pas un enfant, ce n’était pas un homme ; c’était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu’elles. Il jouait on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la face camarde du spectre s’approchait, le gamin lui donnait une pichenette. Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l’enfant feu follet. […] Gavroche n’était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l’air, regarda du côté d’où était venu le coup, et se mit à chanter.
Je suis tombé par terre,
C’est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C’est la faute à…
Il n’acheva point. Une seconde balle du même tireur l’arrêta court. Cette fois il s’abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s’envoler. »

Ce roman est un chef-d’œuvre sur bien des aspects. Je me contenterais de ceux-là pour respecter la thématique, mais il y a tant à en dire…

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)