L’Archipel du chien de Philippe Claudel

IMG_20181027_142055[1745].jpgCe roman, offert par mon Chéri, a été un vrai coup de cœur surprise pour moi ! Je n’en avais pas entendu parler jusqu’alors et la quatrième de couverture est plus qu’énigmatique… Je me suis donc lancée à l’aveugle avec, pour seule certitude que je trouvais la couverture vraiment jolie ! Et grand bien m’en a pris !

J’ai adoré le style de l’auteur, fluide, cynique (jusque dans le choix des noms des personnages) ; j’ai beaucoup souri pendant la lecture de ce roman malgré la noirceur du tableau qui nous est représenté.

Parce que, non, cette fable ne prête pas vraiment à rire dans le fond. Le cadre est rapidement posé : la Voix nous interpelle dès le début, elle nous accuse, même si nous ne savons pas encore de quoi, et elle revient à la fin, renouveler son réquisitoire, faire entendre la morale. Mais là ne s’arrête pas le parallèle que l’on peut sentir entre ce roman et le genre pratiqué par La Fontaine.

Le cadre spatio-temporel est essentiel : pas d’époque précise (« Les faits que je vais raconter ont eu lieu hier. Il y a quelques jours. Il y a un an ou deux. Pas davantage« ) et…une île ! Avec tout ce que ça implique : l’île, dans la littérature, ça a toujours été le lieu de l’inconnu, de l’aventure, de la sauvagerie, du danger, mais aussi de la rencontre avec l’Autre, celui qui est différent de nous, de la rencontre avec le Surnaturel aussi parfois ; c’est un lieu aux limites claires, mais isolé du reste du monde, ouvert sur l’océan mais fermé sur lui-même. Tous ces topoi se retrouvent, de manière très savoureuse, chez Philippe Claudel. Notons qu’en outre, le nom de cet archipel, le titre du roman, a son importance : notre île est quand même une des dents du chien que dessine l’archipel sur une carte, tout un programme !

Les personnages enfin. Aucun prénom, ou presque. Aucun pour les personnages principaux de ce huis-clos en tout cas, mais des caractéristiques qui les définissent parfaitement et viennent donner corps à ces êtres de papier. Le Maire d’abord, pragmatique, à un point tel qu’il en devient inhumain ; le Docteur, complice silencieux jusqu’à l’innommable ; la Vieille, complètement flippante ; l’Instituteur, le révolté assoiffé de justice ; le Commissaire, alcoolique jamais ivre et grand manipulateur ; le Curé, sans aucun doute mon personnage préféré, porteur certes d’une morale, mais qui tient plus de l’apiculture et de la psychologie que de la religion, puisque, selon lui, Dieu est parti en pré-retraite ; les hommes de main enfin, Amérique et le Spadon. D’autres représentants de l’Humanité sont marquants : Mila et son père, effrayants vraiment ; la femme et les jumelles de l’Instituteur, symboles douloureux ; l’odeur, enfin, qui a un statut de personnage à part entière pour moi, odeur de plus en plus présente, oppressante, symbolique du ou des « crime(s) » mais que tous ne sentent pas… ou ne veulent pas sentir.

Les couleurs sont très importantes et significatives également : le noir de la pierre de lave du Brau, volcan plus ou moins endormi ; le blanc de la pureté (ou pas !!) ; le rouge sang qui envahit le bleu de la mer lors de la pêche au harpon…

La fable fait sourire, comme toutes les fables, mais fait aussi froid dans le dos, comme toutes les peintures un peu réalistes de l’être humain. Ce roman a vraiment été une belle lecture, qui m’a fait rire, surtout parce que ces êtres ne sont pas nous, et qui m’a fait réfléchir, surtout parce qu’ils pourraient l’être en vérité. Un beau moment de lecture que je vous invite à vivre : merci à mon Chéri donc ! Et merci à Philippe Claudel !

Priscilla (@Priss0904)

Quatrième de couverture https://www.babelio.com/livres/Claudel-LArchipel-du-chien/1020629

Quelques citations qui m’ont marquée :

« Vous convoitez l’or et répandez la cendre. Vous souillez la beauté, flétrissez l’innocence. Partout vous laissez s’écouler de grands torrents de boue. La haine est votre nourriture, l’indifférence votre boussole. Vous êtes créatures du sommeil, endormies toujours, même quand vous vous pensez éveillés. Vous êtes le fruit d’une époque assoupie. Vos émois sont éphémères, papillons vite éclos, aussitôt calcinés par la lumière des jours. Vos mains pétrissent votre vie dans une glaise aride et fade. Vous êtes dévorés par votre solitude. Votre égoïsme vous engraisse. Vous tournez le dos à vos frères et vous perdez votre âme. Votre nature se fermente d’oubli. »

« Mais le métier de ces hommes [politiques] est de parler tout le temps, de parler et de ne jamais écouter qui leur parle, de ne jamais s’arrêter de parler, de vivre dans la parole, même la plus creuse et qui devient un bruit inepte et enjôleur, le chant moderne des Sirènes. »

« C’était toujours pareil avec les hommes qui ont étudié. Le Maire se disait que si le monde tournait si mal, c’était la faute aux hommes comme l’Instituteur, empêtrés d’idéaux et de bonté, qui cherchent jusqu’à l’obsession l’explication du pourquoi du comment, qui se persuadent de connaître le juste et l’injuste, le bien et le mal, et croient que les frontières entre les deux versants ressemblent au tranchant d’un couteau, alors que l’expérience et le bon sens enseignent que ces frontières n’existent pas, qu’elles ne sont qu’une convention, une invention des hommes, une façon de simplifier ce qui est complexe et de trouver le sommeil. »

« Qu’est-ce que la honte, et combien la ressentirent ? Est-ce la honte qui rattache les hommes à l’humanité ? Ou ne fait-elle que souligner qu’ils s’en sont irréversiblement éloignés ? »

 » – Vous êtes pourtant intelligent. Je comptais sur vous. Et je suis certain que vous êtes un homme bon.

Je suis surtout un homme lâche, lui avait-il répondu.

Un homme lâche ? avait repris, songeur, l’Instituteur.

C’est presque un pléonasme, non ?  » avait conclu le Docteur« 

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Le géant de Stefan Aus Dem Siepen

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Un conte philosophique qui comme son nom nom l’indique, fait réfléchir. Car faire une taille hors norme doit être non seulement compliqué dans la vie de tous les jours, le regard des gens doit être pesant. Mais on oublie une chose toute simple: Comment vivre, travailler quand rien n’est à votre taille? Comment aimer?

Tilman est grand, très grand, mais la taille de son corps n’est pour lui, pas le plus important, il veut grandir intellectuellement, il veut apprendre…

Une belle histoire, d’un point de vue important, celui du géant, de celui qui fait nous fait lever la tête, met une mine étonnée sur nos visages, mais lui que pense t’il de tout cela, en souffre t’il?

Une réflexion nécessaire sur la différence, quelle  qu’elle soit.

Merci à L&P conseils, une fois de plus…

Résumé:

Tilman Wölzinger n’est pas un garçon ordinaire. A dix-sept ans, il mesure déjà plus de deux mètres, et sa croissance est loin d’être terminée. Car Tilman grandit, grandit encore…

Tilman le géant – ainsi le surnomme-t-on désormais – souffre de sa différence, qui l’éloigne peu à peu de ses semblables. D’autant qu’il ne grandit pas seulement en taille, mais aussi en sagesse et en savoir.

Comment s’accepter si l’on ne cesse de changer? Comment dépasser sa condition? Après La corde, Stefan aus dem Siepen propose un nouveau conte philosophique qui, dans le sillage de Hermann Hesse et Thomas Mann, s’inscrit dans la tradition du Bildungsroman à l’allemande.