Un parfum de rose et d’oubli de Martha Hall Kelly

Si vous n’avez jamais entendu parler de Martha Hall Kelly, c’est que vous n’avez pas encore lu son précédent roman : Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, dont je vous parlais ici:

https://livresque78.wordpress.com/2018/01/17/le-lilas-ne-refleurit-quapres-un-hiver-rigoureux-de-martha-hall-kelly/

Voici donc un préquel, car l’auteure écrit une trilogie qui remonte dans le temps, nous sommes ici durant la première guerre Mondiale, nous découvrons entre autres Eliza, la mère de Caroline, une des trois femmes dont il est question dans le précédent roman. Si vous les lisez indépendamment où dans un ordre différent, aucun soucis. J’attendais donc beaucoup de cette nouvelle histoire qui s’inspire de faits réels et historiques et qui est également construite sur la base de trois histoires, celles de trois femmes. Des destins qui se croisent, s’entremêlent, se chevauchent, se bousculent violemment. On est ici sur un rythme et une émotion vraiment différents du premier roman, il est important de le savoir, car ce que j’ai, pour ma part ressenti lors de ma lecture de Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, était un choc total. Ici nous sommes dans un registre différent, qu’il est important d’aborder avec un œil neuf. Eliza, l’américaine qui, même si la vie lui donne quelques coups de poignard, a une existence, qui comparé à Varinka et Sofya, reste digne, elle n’abandonne pourtant pas ceux et celles qui ont moins de chance. Les deux jeunes Russes: Varinka, qui vit dans un dénuement total, et Sofya à qui tout souriait jusqu’à ce qu’elle perde tout et bien plus encore, vont déclencher chez vous, je n’en doute pas, de la colère, de la pitié et tout un tas d’émotions fortes.

Nous assistons ici, une nouvelle fois à trois destins de femmes fortes qui prennent et donnent ce que la vie leur a refusé, à elle mais également aux autres. Une période de l’histoire en plein milieu de la guerre 14-18, une guerre au milieu de la guerre!

Un roman qui même si émotionnellement il est moins fort que le précédent, reste une histoire forte à lire absolument car il parle de combats de femmes, il parle de courage, de sauver sa vie et celle des siens, de ne pas lâcher prise, de continuer, une belle leçon qui relativise encore une fois nos vies actuelles.

Publicités

La Goûteuse d’Hitler de Rosella Postorino

Ce roman qui date du début de l’année a remporté de nombreux prix littéraires en Italie et à juste titre. S’appuyant sur un fait historique avéré, celui des goûteuses payées pour manger avant Hitler les mets qui lui étaient destinés afin de savoir s’ils étaient sains ou empoisonnés, Rosella Postorino nous embarque dans une fiction mêlant habilement Amour, Amitié, Danger, Guerre, Génocide et Vie à l’arrière.

J’avoue avoir eu un peu de mal à entrer dans le récit, mais une fois que j’y suis arrivée, ce roman a été difficile à lâcher.

qrf

Le personnage de Rosa Sauer est riche et complexe. Jeune secrétaire berlinoise, mariée à son patron, elle est forcée à vivre en Prusse Orientale après la mort de sa mère dans un bombardement, alors que Gregor, son mari, est au front. C’est ainsi qu’elle se retrouve malgré elle dans la Tanière du Loup, autour d’une table avec neuf autres femmes, condamnée à goûter tous les plats d’Hitler, au risque de mourir elle-même. Pourtant, aucune d’elles ne se plaint vraiment, puisqu’au moins, elles mangent.

J’ai d’ailleurs trouvé la peinture de la vie à l’arrière assez réaliste : on y trouve des « enragés » fanatiques d’Hitler, des révoltés, mais surtout beaucoup d’effrayés, de victimes. Plus encore qu’au front, il faut se méfier de tous, on ne sait pas si les propos échangés sont sincères ou servent de couverture, on ne sait pas à qui ou quand faire confiance. Au sein même d’un groupe, les tensions sont légion. Rosa aura d’ailleurs bien des difficultés à se faire accepter par ses congénères qui parfois, se connaissent de longue date ou qui ont des vies similaires en de nombreux points. A la Wolfsschanze, la berlinoise mariée, sans enfants qui porte des robes chics et des talons est vite regardée différemment par les autres filles et par les SS.

La suite de l’histoire ? De mauvaises nouvelles du front, des amitiés naissantes, un coup de foudre, des coups dans le ventre, de la complicité, des empoisonnements, de la peur. un scénario riche en rebondissements qui fait qu’on a du mal à décrocher de ce roman.

La dernière partie est étonnante, elle laisse en bouche comme un goût d’inachevé, volontaire me semble-t-il. La fiction semble laissée en suspens comme la vie de Rosa à son retour à Berlin. Beaucoup de questions restent sans réponses et ne règne que la désillusion dans la vie de cette femme qui a tout perdu, trop proche de la guerre, trop proche des SS, trop proche d’Hitler qui ne l’a pourtant jamais vue. A force de vouloir vivre sans trop y croire, Rosa Sauer n’a rien vécu, vraiment… Seuls les photos, les souvenirs et les odeurs la maintiennent en vie, et ce, dès le début du roman.

Une histoire documentée et intéressante, des personnages attachants (j’ai été aussi intriguée que la narratrice par Elfriede) et une fiction passionnante font de ce roman italien une lecture d’été idéale, même si effectivement, on n’y trouve pas beaucoup de légèreté.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Minuit dans le jardin du manoir de Jean-Christophe Portes

J’ai été très honorée quand Jean-Christophe Portes, après avoir lu ma chronique sur L’Affaire des corps sans tête, m’a proposé de lire et critiquer son nouveau roman, un polar contemporain cette fois, Minuit dans le jardin du manoir. C’est aujourd’hui chose faite et…comment vous dire ?… Il ne faut surtout pas hésiter, foncez le lire !

rhdrC’est un roman riche en rebondissements et vraiment pluriel dans sa nature. A l’intrigue principale, cette tête piquée dans le jardin du manoir de Colette et Denis, son petit-fils, s’ajoutent une véritable chasse au trésor, une dimension historique passionnante (pas sur la Révolution cette fois…) et des (en)quêtes personnelles plus humaines. J’ai vraiment vite été ferrée par la plume haletante de Jean-Christophe Portes qui, avec des chapitres courts et efficaces, relève le défi de piquer toujours plus ma curiosité de lectrice.

Les personnages sont plaisants, je me suis beaucoup attachée à Denis qui évolue tout au long du roman, en conservant sa droiture et encore parfois son étroitesse d’esprit qui prête à sourire. Nadget est, elle aussi, un personnage riche et agréable à suivre. Trividec est un personnage volontairement caricatural et de ce fait, assez truculent. Quant à Colette, elle est surprenante, mais je ne peux pas vous en dire plus.

Des enquêtes de Victor Dauterive, on retrouve la vivacité de l’enquête qui s’avère, à chaque chapitre, plus complexe que prévu, sans que l’on perde le fil ; on retrouve la passion de l’auteur pour l’Histoire (on ne change pas une équipe qui gagne) grâce à des événements précis narrés sans lourdeur et qui apporte un vrai complément à l’histoire initiale ; on retrouve une plume légère et enlevée que j’ai toujours autant de plaisir à suivre ; on retrouve le mélange des genres, des milieux (la police, les pirates, le journalisme, la mafia, le pouvoir…).

C’est donc à un vrai moment de plaisir que vous invite Jean-Christophe Portes avec son premier polar contemporain, une vraie réussite que je vous invite chaleureusement à découvrir.

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Le Voyage de Ludwig de Julien Jouanneau

Ce roman, qui paraît aujourd’hui, est d’une grande originalité. Il raconte l’itinéraire de Ludwig, un chien qui part à la poursuite de sa maîtresse Hannah, arrêtée et déportée par les Crieurs, les SS. Le voilà donc sur les routes européennes, de Paris à la Pologne avec, en ligne de mire, le doux visage de sa maîtresse mais, en obstacles, les hommes, la haine, la mort…

photomania-cdd71bdaca6438d3cca60a86a0cd7595

C’était un pari un peu fou que de donner à lire cette sombre période à travers les yeux d’un animal. On se reconnaît souvent dans les pensées de Ludwig, nous qui ne pouvons comprendre non plus ce déferlement de haine injustifiée, de violence incommensurable, ce fanatisme qui sacralisait Hitler en dépit du bon sens. L’amour qui lie la maîtresse et son animal est vraiment touchant, ils se protègent l’un l’autre même si cela les conduit à leur perte, peu importe tant qu’ils sont ensemble.

Bien que cette histoire ne s’appuie pas sur des faits historiques précis, l’ambiance de l’Europe occupée m’a semblé fidèle à ce que j’en connaissais. Des hommes qui tentent de ne pas se frotter aux nazis, d’autres qui ont embrassé leurs croyances (car oui, on peut presque parler de divinité), certains qui essaient de s’en sortir, d’autres qui utilisent des stratégies peu scrupuleuses pour faire du bénéfice, des innocents massacrés, des chiens dressés et abrutis pour le culte du Führer, des cadavres jetés aux animaux, des animaux tués pour être mangés… Je crois que tout cela est réaliste, malheureusement, à défaut d’être réel et encore une fois, je me suis sentie triste et révoltée à la lecture de certaines scènes, d’une violence physique ou psychologique absolument inhumaine.

Toutefois, malgré ces nombreux points positifs, je n’ai pas adhéré à ce récit. J’ai lu les « Notes de l’auteur » qui précisent que les qualités et capacités prêtées à Ludwig ont été déjà avérées chez un chien ou un autre, mais là non, c’est trop. Ludwig sait reconnaître les mots, passe encore, mais qu’il sache lire « Attention » sur un panneau, je n’y arrive pas. Qu’il soit capable de tisser des liens avec ses semblables et d’échanger avec eux sur leur passé grâce aux odeurs, oui évidemment, mais qu’il arrive à revivre une scène vieille de plusieurs mois et à laquelle il n’a pas assisté, en reniflant sa compagne qui dort, non, je n’y crois plus.

Je sais bien que nous ignorons encore beaucoup de choses sur le fonctionnement de la psychologie de nos amis les bêtes et j’accepte de penser qu’ils sont fidèles, profondément loyaux et aimants, mais je reste sceptique quand on étend leurs performances trop loin.

En bref, c’est une histoire qui ne m’a pas déplu et qui aurait pu être une vraie réussite si certains passages ne m’avaient pas fait décrocher et lever les yeux au ciel. Ceci dit, on ne peut pas tout aimer, et heureusement ! Rien ne vous empêche de vous faire votre propre avis, c’est un texte qui se lit sans aucun problème, très riche et bien écrit.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

De notre côté du ciel d’Hans Meyer zu Düttingdorf

IMG_20181211_204505.jpgEnfin une nouvelle chronique ! Et sur un très beau roman, encore une fois ! J’ai déjà lu des dizaines d’histoires, fictives ou autobiographiques, qui retraçaient le drame indicible des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale, mais avec De notre côté du ciel, l’auteur va plus loin. D’une part, parce que l’histoire commence bien avant 1939, avant 1933 même ! Nous assistons, aussi impuissants que les membres de la famille Ahrenfelss, à la montée des tensions, de l’antisémitisme, de la violence et de la haine en Allemagne à partir du traité de Versailles. D’autre part, parce que le roman joue sur une double temporalité dans laquelle nous faisons constamment des allers-retours, sans jamais nous y perdre.

Il ne s’agit pas de décrire la vie dans les camps, la traque, les rafles. Il s’agit ici de raconter la vie d’une jeune fille qui a survécu et à quel prix. Henriette a presque cent ans au moment de l’histoire et elle décide d’accompagner son arrière-petite-fille orpheline Rachel pour un voyage en Europe afin de fêter le début de sa vie d’étudiante. Elles vivent en Uruguay, sont catholiques et n’ont apparemment pas grand chose à voir avec la Shoah. Et pourtant…

La seconde histoire, imbriquée dans la première, se passe à Küstrin, elle retrace l’enfance d’Henriette, Hans, Karl et Charlotte, la bande du trèfle à quatre feuilles, des amis qui se promettent un amour éternel mais qui devront se séparer, à cause de l’Histoire.

Je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas trop en dévoiler. Je vous parlerai donc davantage de mon ressenti. Beaucoup d’émotions durant cette lecture : les personnages sont attachants, la construction narrative est originale et nous oblige à déambuler, à l’instar d’Henriette et Rachel à travers les ruines dans lesquelles nous espérons retrouver des traces d’un passé plus glorieux, bien que lourd. Les souvenirs dont nous connaissons la signification forment la trame de ce récit émouvant. On y retrouve la naïveté de ces familles qui se considéraient allemandes avant tout, l’angoisse de leurs amis qui se rendaient bien compte des changements, la transformation de leurs voisins aveuglés par les propos prometteurs du Führer. L’étau se resserre et nous oppresse, nous aussi. La seconde vie d’Henriette nous interpelle aussi sur toutes les conséquences de la Shoah, des conséquences spirituelles, psychologiques qui ne sont pas seulement le désespoir ou la tristesse d’avoir perdu les membres de sa famille.

C’est donc une histoire prenante mais le pathos, forcément présent dans ce type de récit, a été quelque peu dévié par Hans Meyer Zu Düttingdorf, pour notre plus grand bonheur. Les blessures ne se referment pas, ni celle du deuil, ni celle de la perte de confiance, ni celle de la culpabilité, mais les âmes se retrouvent, se rejoignent et se pardonnent. C’est donc sur une note étonnamment optimiste que s’achève cette histoire que l’on quitte les yeux humides mais le sourire aux lèvres. Une lecture qui fait réfléchir, qui secoue et qui fait du bien. Vous auriez tort de vous en priver !

Merci aux éditions Les Escales et à Nadia Ahmane pour cet intense moment de lecture !

Priscilla (@Priss0904)

Quatrième de couverture : Allemagne, années 1930 : Henriette, Hans, Charlotte et Karl sont les meilleurs amis du monde. Ensemble, ils jouent dans les rues de leur petite ville, et saisissent parfois les conversations des adultes qui annoncent des heures sombres à venir. Tandis que le climat politique empire d’année en année, Henriette et Hans tombent follement amoureux. Seulement, Henriette est juive. obligée de fuir l’Allemagne pour rester en vie, elle devra abandonner sa famille, ses amis et l’amour de sa vie.

Plusieurs décennies plus tard, à bientôt 100 ans,, Henriette quitte l’Uruguay accompagnée de son arrière-petite fille, Rachel pour retourner sur les lieux de son enfance. Débute alors un voyage terriblement émouvant pour Henriette, mais aussi pour Rachel, qui ne sait rien du tout du passé de son arrière-grand-mère.

Un roman tendre sur l’enfance et le passage à l’page adulte d’une fillette au destin bouleversé par l’Histoire.

47682447_533305240478712_6426049262760493056_n

J’IRAI TUER POUR VOUS DE HENRI LOEVENBRUCK

Voici notre première chronique en binôme, à quatre mains, certainement une des chroniques les plus difficiles à rédiger, c’est compliqué de trouver les mots suite à une lecture aussi bouleversante que celle-ci.
Ce roman est un coup de poing, à de nombreux sens du terme. C’est un roman fort, riche qui nous a fait passer par toutes les émotions. Henri Loevenbruck est tout simplement un génie de la construction narrative. L’histoire est lourde, c’est un feu d’artifices qui part dans tous les sens mais on ne s’y perd pas une seconde. L’auteur prend en effet le temps de nous laisser lire toutes ses cartes avant de les mettre sur la table. Forte, intense, une lecture qui reste dans vos pensées bien longtemps après avoir tourné la dernière page.

Un roman qui démarre vite et fort, voilà nous sommes ferrées, nous avons mordu à l’hameçon, on découvre Marc et on l’aime déjà.  On se sent comme au cinéma, les personnages se dessinent autour de nous, on vit l’action.Puis c’est un bond en arrière et Mag se retrouve en 1985, elle a 8 ans, elle entend, chaque jour, égrener aux informations le temps de détention des otages au Liban, Jean-Paul Kauffman, Marcel  Carton, Marcel Fontaine, Michel Seurat. Ce moment de son enfance revécue, fait déjà de ce roman une lecture particulière pour Mag…Comment vous parler de cette histoire sans trop en dire ? L’intrigue touche à un sujet, encore plus sensible depuis Charlie Hebdo, ou les attentats de novembre 2015. La situation fait malheureusement trop penser à ce qui se passe encore aujourd’hui. Et ça fait froid dans le dos de lire et de comprendre à quel point les vies humaines, nos vies, sont entre les mains des hommes du pouvoir. Mitterrand, Chirac, Pasqua jouent avec la vie des otages, avec la vie des Parisiens, constamment menacés par le Hezbollah et savoir que l’histoire de Marc Masson et Olivier Dartan s’appuie sur des faits réels interroge les Français que nous sommes. Le ressenti des otages,  la face politique, les méthodes d’enquête, les missions ô combien dangereuses qu’effectuent la DGSE, les services secrets, tous ces hommes de l’ombre, tout nous est montré. Les rouages du jeu des ambassades, des accords conclus entre les pays, de l’importance du nucléaire se dévoilent à nos yeux ébahis. Les multiples ramifications des organisations terroristes et des dangers sans fin qui pesaient à l’époque sur notre pays sont mis au jour ce qui encore probablement le cas aujourd’hui. Un travail de recherche incroyable de l’auteur, qui rend cette lecture terriblement réaliste. Un suspense qui ne permet plus de lâcher ce pavé et nous emmène de Paris à Beyrouth en passant par Bélem au Brésil. Cela a beau être d’une complexité inénarrable, nous suivons parfaitement Henri Loevenbruck… 

Et, au milieu de ces stratégies écœurantes, qu’elles réussissent ou qu’elles échouent, il y a, comme dans la vraie vie, des humains. C’est la grande force du roman : l’auteur ne met pas de côté les histoires individuelles au profit de ce massif historico-politique. Justement parlons des personnages. C’est aussi l’histoire de Marc Masson, un de ces hommes, recruté pour ces talents d’action, il a déjà tellement vécu en si peu de temps, un très jeune homme, au sens moral irréprochable et au goût pour la violence incommensurable. Un jeune homme qui va grandir, vieillir, espérer, désespérer, aimer… C’est l’histoire de Pauline aussi, une jeune libraire hippie qui n’aime que « des tordus » et qui va devoir se battre contre un ennemi qu’elle ne connaît pas et qui vit dans les tripes de celui qu’elle aime. C’est l’histoire de Luciana… Le personnage d’Olivier Dartan est lui aussi passionnant : nous devenons les témoins de l’itinéraire d’un homme d’éthique et d’action, marié à une musulmane dont l’abnégation force notre admiration, et dont les certitudes vont être à plusieurs reprises ébranlées par les douteux procédés politiques et les ordres de sa hiérarchie. Il joue en quelques sortes le mentor de Marc, les relations qui s’établissent entre les deux hommes nous ouvrent les yeux sur le fait qu’un cœur comme le vôtre et le mien bat dans leur poitrine, ils ont une vie personnelle malgré la complexité de maintenir une relation…Vous l’aurez compris, on s’attache profondément à chacun de ses personnages, c’est ce qui nous a pris aux tripes.Quant à l’écriture, je pense sincèrement qu’Henri Loevenbruck est un virtuose des mots. C’est quand même extraordinaire de nous assommer à coup de sigles, spécialité française (DGSE, DST, Farl, SA…), de noms de villes du monde entier, de noms d’hommes politiques moins connus que leurs supérieurs à la tête du pays, sans que jamais, nous ne sentions dépassés ou lassés. On commence dans le feu de plusieurs actions qui vont mettre un certain temps à se lier les unes aux autres mais qui nous tiennent en haleine dès les premières pages. Quand tout s’enclenche enfin, c’est simple, c’est presque impossible de se décider à poser ce roman. Mais, parallèlement, les extraits des carnets de Marc Masson sont tout simplement des bijoux : le personnage se livre dans toutes la complexité de sa psychologie, à travers son amour de la littérature, de la patrie, de l’Homme en fait, et ce sont des pages de poésie qui s’offrent à nous.

La narration et la mise en scène de Loevenbruck, inimitables, rrndent cette histoire de 630 pages passionnante d’un bout à l’autre.

A lire absolument.

Un très grand merci à Charlotte Ajame de chez Flammarion pour cette première collaboration, et pour sa confiance.

Mag&Priscilla

 
Pour le résumé, c’est par ici:

https://www.babelio.com/livres/Loevenbruck-Jirai-tuer-pour-vous/1061810

 

 

Les Conquérantes (Tome 1) d’Alain Leblanc

mde

Et voilà… Enfin ! Je renoue complètement avec mon genre de prédilection : la fiction historique ! Et je me suis ré-ga-lée !

Premier tome d’une saga familiale qui couvre tout le XXe siècle, ce roman est écrit par un homme (c’est important !) sur un sujet ô combien actuel, la conquête de l’égalité hommes-femmes. Je ne dirais pas que ce roman est féministe, il n’y a pas de propagande ici, sauf l’histoire elle-même évidemment.

Nous suivons Clémence de sa naissance à l’aube de ses quarante ans dans ce premier opus. Elle voit le jour à la toute fin du XIXe siècle dans une famille de Province, assez aisée, et pourtant, on ne peut pas dire qu’elle soit née sous une bonne étoile.

Personnage attachant, au tempérament de feu, Clémence ne veut pas grand chose, à première vue, elle veut juste mener sa vie comme elle l’entend. Mais au début du XXe siècle, c’est un combat, un combat de tous les instants, contre ses parents, son mari, la société, les clichés, la religion, la justice. Je ne peux pas vraiment dire si ce combat est gagné ou non, chaque victoire comporte son lots de sacrifices. Conquérir son indépendance, sa liberté va conduire notre héroïne à être malheureuse très souvent.

Le reste du personnel du roman est très bien travaillé : les femmes (Thérèse, Mary, Mariette, Gilberte, Noémie, Emilienne, Pauline, Jeannette) forment un groupe hétéroclite. Toutes, et c’est en cela assez fidèle à la réalité, ne cherchent pas à se battre, certaines ne comprenant absolument pas la soif de liberté de l’héroïne. Les hommes (Alphonse, Gustave, Adrien, Edmond, Guillaume, Pierre, Lionel, Gabriel) ne sont pas non plus unanimes sur la question. J’ai adoré bon nombre de ces individus et j’ai même adoré détester certains d’entre eux, c’est dire…

Les péripéties sont nombreuses, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Il y a de l’amour, de la violence, physique et psychologique, des voyages, de la guerre, des risques.

Les apports historiques sont documentés et se fondent très agréablement dans l’intrigue. On y (re)découvre le rôle des femmes pendant la Première Guerre Mondiale, les métamorphoses dans l’état d’esprit parisien juste après la guerre, les conséquences de la vie dans les tranchées pour les soldats qui ont pu revenir, mais aussi le fonctionnement de l’univers de la mode, de la confection des étoffes à la création des modèles. Tout m’a passionnée dans ce roman.

L’écriture est fluide, agréable et les aventures sont dirigées d’une main de maître, rendant chaque chapitre plus riche de suspens que le précédent. Certaines citations sont percutantes, je ne vous présente qu’un avant-goût de cette lecture en vous citant la première phrase, qui donne immédiatement le ton : « A peine Clémence eut-elle poussé son premier cri, ce jour de juin 1890, qu’Alphonse se détourna de l’enfant, déçu de constater qu’il s’agissait d’une fille ».

ob_34e464_les-conquerantes-tome-2-la-resistance

Pour ne pas trop en dévoiler, je ne dirai qu’une chose : à la fin, entrent en ligne de compte la montée du nazisme, le krach boursier de 1929, l’homosexualité… J’ai tellement hâte de découvrir la suite de ces aventures. Quant au troisième tome, je ne connais que sa couverture et sa datation, 1960-2000, des années pendant lesquelles la lutte pour l’émancipation de la femme continue malgré des obstinés qui maintiennent que tout est acquis. Certes, le plus dur est fait, en France en tout cas, mais je suis vraiment impatiente de découvrir quels seront les enjeux pour les descendant(e)s de Clémence. Affaire à suivre donc !!

Merci à FrenchPulp Editions pour leur confiance. Soyez sûrs que vous avez rallié à votre cause une nouvelle fan !

Priscilla (@Priss0904)

Code Victoria de Thomas Laurent

51AwDUOHRyL._SX195_Thomas Laurent
ISBN : 2848591609
Éditeur : Zinedi (15/06/2017)

Si vous aimez les romans de type thrillers, qui mêlent enquêtes et histoire, tout cela avec une savante dose d’imagination, ce roman est pour vous sans aucune hésitation.

Thomas Laurent est un jeune auteur, qui pourtant a l’aisance d’un grand auteur. Une écriture fluide et attirante qui vous plonge dans un univers intrigant dont chaque page est un vrai plaisir. Une ambiance qui m’a par moment rappelé Le nom de la rose et une intrigue qui ne peut que rappeler le style de Da Vinci Code.

Une ambiance bien particulière et travaillée qui happe le lecteur du début à la fin.

Une héroïne que j’ai trouvé bien sympathique et qui se retrouve dans un village isolé où elle n’est pas forcément la bienvenue.

Le début de ce livre m’a immédiatement intrigué car je ne porte que peu d’importance au quatrième de couverture, de ce fait je découvre totalement l’histoire page après page. Je connaissais le style de la lecture dans laquelle je me lançais mais pas grand chose de plus. Les premières pages et la façon dont Thomas Laurent pose son histoire m’ont donné envie d’en savoir plus.

Une vraie belle lecture et un auteur qui mérite vraiment d’être découvert du grand public.

L’histoire:

Rochehauh. Petit village oublié de tous, où, selon un manuscrit médiéval, serait enfermé le diable lui-même… Un parfait sujet d’article pour Victor, journaliste, parti enquêter trois mois plus tôt, mais jamais revenu. Pour comprendre ce qui s’est passé, son amie Victoria décide de se rendre à Rochehauh. Rapidement, elle est forcée d’admettre que quelque chose ne tourne pas rond. Pourquoi lui interdit-on l’accès au vieux monastère ? Quel secret Victor avait-il découvert dans les pages du codex crypté ? Qui est cet inconnu qui la menace ? Happée dans un dangereux jeu de piste, Victoria n’a d’autre choix que de découvrir la vérité. Plus aucun doute : sa vie en dépend…

 

 

 

 

L’effet Domino de François Barranger

51isqx5ev9l-_sx195_Voici un pavé de 569 pages, que j’ai dévoré. Non pas en quelques jours, car le boulot et les obligations m’ont empêché d’y consacrer le temps que j’aurais souhaité, mais dans l’intensité de la lecture. J’y pensais lorsque je ne l’avais pas dans les mains et je me pressais de terminer mes tâches quotidiennes afin de pouvoir en lire quelques pages et de connaître la suite de l’action.

Un thriller qui se déroule en début de siècle, plus précisément en 1907 à Paris, nous y rencontrons Mr Lépine, Mr Fulgence Bienvenüe ( inspecteur des Ponts et Chaussées, à l’origine du projet du Métro Parisien). La quatrième ligne était en construction à cette époque.

Nous assistons à l’émergence de l’électricité dans les bâtiments publics. Un époque où pour se rendre de la Bretagne à la capitale, il fallait s’armer de patience lors d’un voyage en train ressemblant à un vrai périple de plusieurs heures.

Mais attention, ce roman ne fait pas que nous embarquer à une époque où les avancées étaient énormes, il nous plonge surtout au cœur de l’horreur et d’une enquête incroyable de ténacité et de patience.