Les Classiques de Priscilla – Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage de Maya Angelou

Ce mois-ci, grâce au Reading Classics Challenge de Lilly and Books, j’ai découvert un roman que la quatrième de couverture qualifie de « classique de la littérature américaine », Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage de Maya Angelou.

IMG_20190705_232016 1.jpgAutobiographique, ce récit retrace sans pathétique excessif l’enfance de Marguerite, appelée Maya par son frère, une enfant noire que ses parents divorcés confient à sa grand-mère Momma dans l’Arkansas des années 1930.

Ce que j’ai trouvé de plus émouvant dans cette autobiographie, c’est la prise de conscience progressive de la narratrice, de sa position de noire, d’enfant, de femme ensuite et de toutes les injustices que ces différents statuts engendrent. La première de toutes ces injustices, c’est que Maya n’a pas vraiment droit à l’enfance, la vie va se charger ensuite de la priver d’une partie de son adolescence. Elle devient femme très vite, très tôt, et en tant que telle, elle refuse le statut de victime et essaie de se battre. On sent rapidement chez elle émerger une colère justifiée qu’elle a du mal à réfréner. Les scènes auxquelles elle est rapidement confrontée sont d’une extrême violence, physique ou psychologique.

Pourtant, aucune accumulation de pathos dans ce récit. L’auteure parvient même parfois à nous faire sourire. Cette petite fille a de l’humour, du cran, de la répartie (même quand elle ne répond que dans son imagination). Pourtant, on ne peut s’empêcher d’être révolté contre les hommes, contre les Blancs, contre la société. Et puis, effectivement, on se rappelle que les choses ont évolué depuis, heureusement. Ce livre n’est que l’introduction finalement : Maya commence tout juste ses combats, elle en a gagné un mais se prépare, à la toute fin du récit, à se battre pour la plus belle et la plus motivante des raisons.

Voici quelques citations que j’ai trouvées vraiment belles :

« De tous les besoins (il n’y en a aucun d’imaginaire) qu’éprouve un enfant solitaire, celui qui doit être satisfait si l’espoir doit exister, et un espoir de plénitude, c’est le besoin constant d’un Dieu à toute épreuve. Mon beau petit frère noir fut mon royaume sur terre. »

« Être abandonnée à soi-même sur la délicate corde raide de l’ignorance adolescente, c’est expérimenter la déchirante beauté de la pleine liberté et la menace de l’éternelle indécision. Peu d’êtres survivent à leur adolescence. La plupart succombent à la pression imprécise mais meurtrière du conformisme adulte. Il devient plus facile de mourir et d’éviter les conflits que de soutenir une bataille permanente contre les forces supérieures de la maturité »

Vous connaissez le roman ? L’auteure ? Dites-moi ce que vous en pensez !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

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Les Classiques de Priscilla – Le Blé en herbe de Colette

Encore une auteure découverte grâce au Reading Classics Challenge de Lilly & Books ! C’est toujours un plaisir pour moi de découvrir des œuvres de notre patrimoine que mes études ne m’avaient pas permis de découvrir.

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Ce texte est très court et pourtant, j’ai trouvé qu’il traînait en longueur. Si j’ai aimé cette peinture assez réaliste des émois adolescents, j’ai trouvé le personnage de Phil assez peu attachant de par son manque de maturité et de volonté. Finalement, le chapitre que j’ai préféré, c’est l’avant-dernier, quand enfin les deux héros s’expliquent et s’expriment, de toutes les manières dont ils le peuvent.

hdrplLe topo est rapide : Phil et Vinca sont deux enfants de deux couples d’amis très proches et de ce fait, avec un an d’écart entre eux, ils ont grandi ensemble, ils se connaissent, s’aiment comme des frère et sœur, jusqu’à l’été de leurs quinze et seize ans. A ce moment où les hormones entrent dans la danse, les deux jeunes gens se découvrent un amour différent l’un pour l’autre mais n’osent pas encore changer la nature de leur relation si spéciale. Convaincus qu’ils s’appartiennent de toute éternité, ils vont se faire du mal. Phil ne comprend pas tout de suite qu’il est amoureux et préfère se contenter de découvrir l’amour physique avec une femme plus âgée, pensant pouvoir le cacher à Vinca, mais devenue une femme jalouse, elle découvre tout très rapidement et lui reproche de ne pas avoir fait d’elle la première. Je ne raconterai pas la fin, qui n’est pas vraiment une fin, ou alors justement celle de l’enfance, une fin qui ouvre finalement sur la vie d’adulte avec ses espoirs et ses désillusions.

Vinca est un personnage très fort mais qui ne porte pas assez le roman selon moi. Le lecteur suit beaucoup plus Phil, dont il lit les pensées, des pensées troubles qui miment l’égarement d’un jeune qui a du mal à quitter l’enfance et qui voudrait pourtant être un homme. Vinca est plus sincère, plus entière bien qu’elle non plus ne soit pas sûre d’elle. Quant à la dame, Elle, Mme Dalleray, elle reste très énigmatique. Comme elle ne se confie pas à Phil, nous ne la connaissons pas non plus. Elle se laisse deviner comme un personnage riche, un de ces femmes qui sent que jeunesse se passe et qui s’accroche à un adolescent sans espérance mais pleine d’espoir, n’attendant rien mais observant tout.

Je comprends parfaitement qu’à la date de sa parution, le texte ait pu paraître choquant et scandaleux. L’éveil à la sexualité, la découverte craintive de l’amour par deux adolescents étaient des sujets tabous à l’époque. Mais justement, peut-être le tabou était-il si fort qu’il fallait absolument semer le trouble dans l’écriture, mettre de l’implicite partout. Mais dans le même genre, j’ai été beaucoup plus sensible au roman Le Diable au corps de Raymond Radiguet.

Le style enfin… Que dire ? Evidemment, c’est bien écrit, mais cette écriture n’a, pour moi, qu’un charme un peu désuet. Je n’ai pas été transportée par le style de Colette (j’ai le droit de dire ça ?).

En bref, un roman court, pas désagréable mais qui ne me laissera pas un souvenir impérissable et qui ne me donne pas envie de me ruer sur tous les autres récits de Colette, n’en déplaise aux puristes. Et vous, l’avez-vous lu, qu’en avez-vous pensé ? Ca m’intéresse…

Une petite citation que j’ai trouvée très jolie :

« Nous finissons ici, cette année, pensait sombrement Philippe, en regardant la mer. Vinca et moi, un être juste assez double pour être deux fois plus heureux qu’un seul, un être qui fut Phil-et-Vinca va mourir ici, cette année. Est-ce que cela n’est pas terrible ? Est-ce que je ne puis pas l’empêcher ? Et je reste là… Et ce soir, après dix heures, peut-être que je m’en irai encore une fois, la dernière fois des vacances, chez Mme Dalleray… »

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Les Classiques de Priscilla – C’est le cœur qui lâche en dernier de Margaret Atwood

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C’est, encore et toujours, grâce au Reading Classics Challenge de Lilly & Books, que je me suis lancée dans ce roman de Margaret Atwood, bien connue pour sa Servante écarlate. J’ai d’abord été tentée de découvrir celui-ci, mais les critiques que j’en ai lu n’étaient pas toujours élogieuses, beaucoup avaient même arrêté en cours de route. Je suis donc allée dans ma librairie préférée et j’ai pris un autre roman de cet auteur. Je ne regrette pas.

C’est un roman vraiment haletant construit autour d’une intrigue mêlant l’argent, l’amour, le désir, la politique, la déontologie, la science, le bonheur… Les personnages de Stan & Charmaine sont livrés à eux-mêmes : mariés depuis peu mais victimes d’une crise économique sans précédent, ils vivent dans leur voiture, constamment inquiets à l’idée d’être agressés. Quand Charmaine voit passer une publicité pour Consilience, elle est immédiatement attirée. Le concept est simple : un mois en liberté dans un monde coupé de tout, au sein duquel tous les habitants ont du travail, un toit sur la tête et de quoi manger, et un mois en prison à s’occuper de travaux d’intérêt général. Evidemment, même la prison semble plus attirante que la vie qu’elle connaît avec son mari : on y mange et on y dort en sécurité. Malgré les réticences de Conor, le frère de Stan, les deux héros signent et s’engagent pour la vie… Ils ne savent malheureusement pas dans quoi !

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Derrière la façade dorée se cache une réalité glaçante. Bien sûr le concept fonctionne, mais à quel prix ? Que fait-on de ceux qui veulent s’enfuir ? Qui n’y croient plus ? Les deux personnages voient leurs illusions fondre comme neige au soleil au fil des mois. Leur mariage a été amoché par la vie qu’ils ont dû partager et Charmaine est séduite par un homme qu’elle désire passionnément. A partir de cet écart de conduite, tout va s’accélérer pour nos héros. La simple histoire de sexe devient une intrigue politico-économique dont dépend la vie de milliers de personnes. Ed, le fondateur de Consilience, maîtrise les faits et gestes de tous ses clients. Il va de soi que, comme beaucoup d’êtres humains, il sera tenté d’utiliser son pouvoir à des fins personnelles. Au cœur d’une histoire qui les dépasse et qu’ils ont de la peine à croire, Stan et Charmaine, séparés par les membres de la sécurité du protocole, apprennent à se battre seuls, contre leurs désirs, leurs colères, leurs préjugés. Ils ouvrent les yeux sur la réalité, sur la chance qu’ils avaient avant et ils grandissent. Charmaine, surtout. Profondément naïve, influençable, elle est l’instrument de beaucoup de gens véreux et elle a même eu tendance à m’agacer dans sa tendance à se convaincre que tout va bien dans le meilleur des mondes ; alors que Stan, plus « ours », devient l’outil de la rébellion pour sauver sa femme, pour se sauver lui, pour tenter quelque chose !

Comme à chaque fois, je ne peux pas trop en dire car il y a un vrai suspens dans ce roman, et jusqu’à la dernière page, vraiment ! Je m’en tiendrai donc à mon ressenti. Ce roman est une dystopie passionnante parce qu’à dimension plus humaine que ne le sont des sagas, que j’ai par ailleurs adorées, comme Hunger Games ou Divergente. Nous savons tous que l’argent ne fait pas le bonheur, mais l’absence d’argent mène très souvent à une grande détresse. N’aurions-nous pas signé, nous aussi ?

Ce texte fait également réfléchir à une tendance que nous avons encore aujourd’hui : préférer fermer les yeux que découvrir la vérité et dénoncer, de peur de perdre son confort. Jusqu’où les dirigeants (de manière générale bien sûr, aucune volonté politique dans mon propos !) peuvent-ils utiliser cette peur de perdre ce que l’on a ? Jusqu’où les laisserons-nous aller avant de réagir ?

Je vous laisse sur cette réflexion 😉

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Les Classiques de Priscilla – Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas

 

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Alors que cela faisait des années que j’avais envie de découvrir la plume de Dumas, je me suis lancée, grâce au Reading Classics Challenge de Lilly & Books, dans la lecture du premier tome du Comte de Monte Cristo et je ne regrette pas !

Ce classique a, en effet, été un véritable coup de cœur. 700 pages en petits caractères, mais quelle aventure ! J’ai été happée par le roman dès le premier chapitre. L’histoire est campée en quelques mots et on ne peut plus s’en détacher.

Edmond Dantès n’est que le premier d’une galerie de personnages, impressionnante par sa pluralité et sa richesse. Le lecteur sent très rapidement le piège se refermer autour de ce jeune héros de 19 ans encore naïf et peu ambitieux. L’auteur a un style vraiment fluide, sa description (jamais ennuyeuse) des individus nous laisse entrevoir, grâce à son ironie sociale (qui n’a parfois rien à envier à celle que Flaubert utilisera dix années plus tard dans Madame Bovary) mordante et acerbe, la sincérité des personnages que nous rencontrons.

IMG_20190428_223411.jpgLe scénario est tellement riche que je ne peux pas en dire grand chose de peur de trop en dire. Edmond Dantès est sur le point de se marier avec celle qu’il aime, Mercédès, et de devenir capitaine du Pharaon pour le compte de M. Morrel. C’est un jeune homme simple que cette double perspective de bonheur fait devenir la cible d’envieux et de jaloux qui complotent au point de le faire arrêter à quelques minutes de son mariage. Les enjeux propres à cette période trouble qui se situe après Napoléon, pendant la Restauration mais avant le retour de l’Empereur, puis celui du roi, font de ce petit complot un engrenage politique, juridique et d’intérêts personnels dont Dantès ne soupçonne rien. Il sera finalement enfermé au Château d’If pendant quatorze années. Il parvient à s’échapper, à se faire passer pour mort, à changer d’identité en devenant riche (je vous laisse découvrir comment) et décide alors de récompenser les quelques amis qui ont tout tenté pour lui venir en aide et de se venger de ceux qui l’ont injustement fait tomber et qui ont gâché entièrement sa vie.

On ne peut s’ennuyer un seul instant pendant cette lecture : on y trouve de l’aventure pure, du danger, de l’amour, des complots, de la vengeance, de l’amitié, des trésors, du poison… et je n’en suis qu’à la moitié. A ce stade, on sent que le filet que tisse notre héros, devenu le Comte de Monte Cristo, est constitué de mailles serrées et solides, mais rien n’est encore complètement engagé. Je suis donc tenue en haleine et ne pense qu’à une chose, me procurer le second tome !

En bref, c’est un classique comme je les aime : un récit intelligemment ficelé, une écriture agréable et accessible, un ton parfois grave, parfois jubilatoire, des éléments historiques précis car essentiels au déroulement de l’intrigue, mais jamais lourds ou difficiles à saisir. Une histoire comme on n’en lit que trop peu et que je vous conseille plus que vivement !…

Priscilla (@priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Les Classiques de Priscilla – Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway

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C’est grâce au Reading Classics Challenge de Lilly and Books que j’ai découvert la plume d’Hemingway, en lisant ce roman que tout le monde connaît de nom mais que peu ont vraiment lu, Le vieil homme et la mer.

IMG_20190322_230508.jpgC’est un roman assez court et que j’ai lu plutôt facilement. On ne peut pas vraiment dire que l’histoire racontée soit passionnante. Il s’agit d’un homme de quatre-vingts et quelques années qui va pêcher seul, qui ferre un énorme poisson avec lequel s’engage une lutte indirecte mais acharnée pour savoir lequel des deux vaincra et survivra à l’autre. C’est un très beau texte qui interroge sur la vieillesse, sur le rapport au temps, à la nature. Santiago, le héros, doit tuer ce poisson mais le respecte énormément et le considère comme un frère. Cet animal devient l’enjeu d’un dépassement de soi, d’un combat contre le temps et la solitude, mais d’un combat finalement vain.

Parce que oui, la conclusion est ambiguë. En réalité, il ne s’agit pas de savoir qui triomphe, ce texte n’a pas vraiment d’enjeu finalement. Il se déploie devant nos yeux comme une parabole, riche de sens, autres que religieux, humains tout simplement. Santiago doit se battre contre sa vieillesse, sa pauvreté, sa malchance (il n’a rien pêché depuis plus de quatre-vingts jours), contre la vigueur de ce poisson, contre le poids de l’animal mort, contre les requins qui viennent lui voler peu à peu des morceaux de son butin. Il est seul, il souffre, il a faim, il ne peut pas dormir, il s’obstine, se bat corps et âme. Pour quoi finalement ? Les larmes de son jeune ami qui le récupère après ces journées épuisantes sont finalement plus riches d’émotions que ce qu’arrive à exprimer le vieil homme, que je n’ai trouvé ni triste, ni en colère. C’est sûrement là sa force.

C’est donc une lecture que j’ai appréciée et que je suis ravie d’avoir faite, mais qui, je le sais bien, ne peut pas plaire à tout le monde…

Et vous, l’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Les Classiques de Priscilla – Mrs Dalloway de Virginia Woolf

Je suis encore dans les temps, ouf… Dans les temps pour vous parler de mon mois de février du ReadingClassicsChallenge 2019 dont vous avez mon programme ici.

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J’ai donc découvert ce mois-ci Virginia Woolf et son célèbre roman Mrs Dalloway. C’est une lecture qui a été longue et difficile en ce qui me concerne. J’ai beaucoup aimé le style : tout y est décrit en nuances, en sensations qui invitent le lecteur à imaginer parfaitement le Londres des années 1920, et ça, ce fut un réel plaisir.

Je ne peux qu’être admirative du tour de force opéré par Virginia Woolf dans ce roman où il ne se passe pas grand chose, mais pendant plus de 300 pages. C’est ce qui a rendu ma lecture un peu fastidieuse, je n’ai que rarement été happée par un suspens qui m’aurait motivée à ouvrir mon livre à chaque occasion et, fait assez rare en ce qui me concerne, mes yeux se sont souvent fermés malgré moi au cours de ma lecture. D’ailleurs, l’action que nous attendons le plus n’a jamais lieu.

IMG_20190225_220945_654Et pourtant… Pourtant, j’ai aimé ce roman ! Ce glissement opéré entre plusieurs personnages, chacun nous offrant un monologue intérieur par définition très intime. Je me suis sentie émue par Peter, Clarissa, Richard, Septimus et Rézia en particulier. Nous sommes confrontés, presque malgré nous, au décalage qui existe entre les apparences et les méandres profonds de leurs âmes. Nous découvrons alors les finesses des psychologies, les incidences du passé et les manœuvres des égos surdimensionnés des bourgeois anglais.

A cette richesse de la narration s’ajoute un travail important de tissage entre les différentes « intrigues ». Tout se passe comme si nous suivions un personnage, jusqu’à ce qu’il en rencontre un autre, qui l’intrigue de quelque manière que ce soit, et que nous choisissions de changer notre focalisation pour suivre ce nouveau personnage.

Pour moi, ce roman est une parfaite illustration d’une forme de tragédie moderne, celle de ces personnages de la haute société qui donnent le change, quitte à s’enfoncer dans des vies mornes, sans saveur, désespérées, accrochés qu’ils sont à un passé, une adolescence insouciante ou qu’ils veulent voir comme telle. Ces gens deviennent ternes, vides, dépressifs, suicidaires mais surtout condamnés à ne pas s’en sortir, comme prisonniers d’une destinée qui les dépasse. En effet, on sait, on sent que Clarissa & Peter n’arriveront pas à vivre un amour, dont on ne peut même pas assurer qu’il serait salutaire ; on sent que personne ne connaît vraiment Clarissa qui finalement ne s’interroge sur ses sentiments qu’à l’égard d’une personne qui n’est ni son mari, ni son premier amant.

Mais attention, je ne ressors pas moi-même déprimée par ma lecture, déjà parce que je n’appartiens pas, et heureusement, à cette catégorie de personnes et parce que, ce que je garde de ce récit, c’est sa beauté et sa poésie, malgré une certaine lenteur.

L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ? Ca m’intéresse…

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Les Classiques de Priscilla – Bonjour Tristesse de Françoise Sagan

 

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Grâce au Reading Classics Challenge de Lilly and Books, j’ai (enfin !) découvert la plume de la sulfureuse Françoise Sagan avec Bonjour Tristesse. Il s’agit d’un court roman que la fluidité du style rend très facile d’accès, malgré tous les sujets qu’il aborde.

La narratrice, Cécile, 17 ans, nous parle de ses vacances d’été dans une villa de la Côte d’Azur que son père a louée pour plusieurs semaines. Elle vient de rater son bac et n’a pas l’air de voir cet échec comme quelque chose de grave. On sent très vite malgré un contexte apparemment assez neutre, l’importance de ce flashback dans la vie de la jeune femme, mais il faudra attendre les dernières pages pour comprendre pourquoi (honnêtement, je ne l’avais pas vu venir…).

L’ensemble du récit est très théâtralisé, ce qui n’est pas désagréable, et ce qui pourrait ressembler, au premier coup d’œil, à un simple vaudeville (le père avec sa très jeune maîtresse, éphémère évidemment, et sa fille passent des vacances reposantes jusqu’à l’arrivée de la bourgeoise, amie intime de la mère décédée, « tutrice » morale de la fille, mais belle…incroyablement belle !) prend très rapidement une tonalité tragique.

IMG_20190122_210048.jpgLes monologues de la jeune adolescente qui ont semblé longs à plusieurs lecteurs m’ont passionnée. Comme une sorte de fatalité, la narratrice se rend compte, au fur et à mesure, de l’étendue du pouvoir des mots, du mensonge, facultés qu’elle ne pensait même pas posséder. Finalement, elle lance les dés mais au moment où elle souhaiterait les reprendre, elle se rend compte qu’elle n’est plus la seule en lice dans la partie et tous les coups décisifs se font presque sans elle.

J’ai trouvé ses hésitations et sa versatilité très réalistes : elle ne sait pas si elle est amoureuse ou non, si elle est jalouse ou non, si elle aime Anne ou si elle la déteste. Finalement, Cécile est encore une enfant capricieuse qui, au gré des événements, change radicalement de désir, mais comme elle n’est effectivement plus une enfant, le destin ne lui passe pas ses caprices. Comme pour les adultes, chacun de ses choix a une conséquence ; comme les héros tragiques, la question de sa culpabilité demeure en suspens.

Le thème du désir me semble central dans ce roman ; au-delà de l’amour, c’est lui qui détermine la destinée de tous les personnages (de 17 à 45 ans, homme ou femme, enfant ou fiancé…) Cette vision, déjà quelque peu désabusée sur la nature humaine, est impressionnante pour une auteure de 17 ans elle aussi. Car en effet, derrière Cécile, on devine Françoise Sagan : la jeune femme libre, refusant les carcans de la famille, de la bourgeoisie et même des études, à la sexualité affirmée sans honte dans une société encore très moralisatrice, un être assoiffé de changements, de variété et craignant plus que tout la monotonie. On comprend alors le scandale qu’une telle œuvre a pu susciter à l’époque (1954 !!!!!).

En bref, un roman bien construit, une pièce régulière, une narratrice intéressante et un style très agréable, c’est donc une lecture qui m’a vraiment plu et m’a donné envie de découvrir l’œuvre de Françoise Sagan plus en détails. Si vous ne connaissez pas encore, n’hésitez pas !

Juste pour le plaisir des mots, je vous cite le début du roman qui m’a enchanté immédiatement : « Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi, comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. »

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Les Classiques de Priscilla – Le Reading Classics Challenge 2019

J’ai donc terminé 2018 en suivant le Reading Classics Challenge proposé par Lilly and Books et c’est tout naturellement et avec plaisir que je m’engage à suivre la version 2019.

Voici le programme :

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Et voici mon programme de lecture :

Janvier : Françoise Sagan, Bonjour tristesse (il paraît que c’est une merveille)

Février : Virginia Woolf, Mrs Dalloway (je ne suis pas fan de Jack London)

Mars : Ernest Hemingway, Le Vieil Homme et la mer (je ne connais pas du tout)

Avril : Alexandre Dumas : Le Comte de Monte-Cristo (ça fait des années que j’ai envie de le lire)

Mai dépendra de l’issue du match

Juin : Colette, Le Blé en herbe (depuis des années dans ma bibliothèque mais jamais lu non plus !)

Juillet : Maya Angelou, Je sais pourquoi l’oiseau chante en cage (je ne connais pas du tout, j’ai fait des recherches sur Internet et ce premier roman autobiographique me tente vraiment !)

Août : Dostoïevsky, Crimes et châtiments (lui aussi fait partie de ces titres que tout le monde connait mais que nous sommes peu nombreux à avoir lus)

Septembre : Romain Gary, La vie devant soi (tout le monde dit que ce roman est une merveille)
Octobre dépendra de l’issue du match

Novembre : Philip Roth, Pastorale américaine (on en a beaucoup entendu parler lors de son décès, et je ne connais pas du tout ses œuvres)

Décembre : Kenzaburo Oé, Seventeen (je ne connais pas du tout la littérature japonaise, alors je me lance !)

Merci encore à Lilly and Books grâce à qui je vais faire de nombreuses découvertes encore cette année. Je suis déjà emballée alors que 2019 n’a même pas commencé !

Des volontaires pour suivre ce challenge ?

Priscilla (@Priss0904)