La promesse de l’apiculteur de Fiona Valpy

Je vous propose de découvrir un superbe roman, une alternance entre deux belles et touchantes histoires, celles de deux femmes, l’une est forte et la seconde va le devenir.

Fiona Valpy connaît la France, elle l’aime et cela se sent, elle nous emmène dans le sud-ouest durant deux époques différentes: de nos jours où elle nous présente Abi, une jeune femme au cœur et au corps brisés, et en 1938 où nous découvrons cette merveilleuse jeune femme qu’est Eliane. Abi a besoin de se reconstruire, une rencontre issue d’un hasard ou d ‘un coup de pouce du destin va l’amener à découvrir la vie et l’histoire d’Eliane et de sa famille, les Martin, qui vont subir l’occupation de leur ville et de leur quotidien par les Allemands durant cette terrible période qu’a été la Seconde Guerre mondiale. Abi va, 70 ans plus tard, au travers de la narration qui va lui être faite de cette incroyable combat familial, apprendre à guérir, découvrir le sens du courage, de la résilience malgré les maltraitances et les difficultés de la vie. Une leçon de courage dont elle avait besoin pour reprendre sa vie en mains.

Un roman qui malgré le sujet et l’époque dont il traite est un hymne à la France, à la nature, à la famille et surtout un hymne au courage des résistants qui chacun à leurs façons ont combattu l’occupant et ont refusé la barbarie. De petites ou de grandes actions, mais des actions qui ont sauvé des vies en grand nombre.

Tout au long de ce roman, le lecteur entend les abeilles bourdonner à son oreille et il hume les fleurs qu’elles butinent. Des bouquets de saveur qui malgré les privations qu’ont engendrées cette guerre, la volonté de cuisiner, de profiter de quelques plaisirs sucrés, le potager d’Eliane, les tisanes et infusions de Lisette ou de Mme Boin, L’auteure, vous l’aurez compris, parvient à toucher nos cœurs de nombreuses façons. J’ai aimé cette famille ainsi qu’Abi, même si l’histoire est moins centrée sur elle. Ce livre est un parfait mélange de tout ce qui fait pour moi le succès littéraire, une très belle lecture, vraiment!

http://www.city-editions.com/index.php?page=livre&ID_livres=1037&ID_auteurs=539

Résumé:

Le cœur brisé après la mort (brutale) de son mari, Abi prend un emploi d’été au château de Bellevue. La propriété campagnarde résonne des voix du passé et Abi se retrouve happée par l’histoire et les secrets d’Eliane, une femme qui a vécu là autrefois. En 1938, Eliane s’occupait des ruches de la propriété. Elle y est tombée amoureuse et croyait en un avenir radieux. Mais l’Histoire avait d’autres projets pour la jeune apicultrice qui a rejoint la Résistance… au risque de tout perdre. 70 ans plus tard, grâce à cette histoire étrangement similaire à la sienne, Abi marche dans les pas d’Eliane et retrouve goût à la vie. Même dans les pires moments, il y a toujours de l’espoir. Surtout quand, telles les abeilles, on fait partie d’une communauté où l’amitié permet de surmonter toutes les tragédies.

Publicités

Une vie de carrosse de Jean-Marie Catonné

C’est ma première lecture d’un ouvrage paru aux éditions Héloïse d’Ormesson, et je dois dire que je ne suis pas déçue. Comme vous pouvez le constater, l’objet est vraiment beau, la couverture est sublime, les couleurs sont harmonieuses et le logo de la maison d’édition est lui aussi très joli.

Le fond n’a pourtant rien à envier à la forme : j’ai beaucoup aimé ce roman historique. C’est une période mouvementée que nous donne à lire Jean-Marie Catonné puisque nous suivons notre héroïne, Clarisse, de la fin du règne de Louis XV jusqu’à la seconde Restauration après le deuxième empire de Napoléon Bonaparte. Ces nombreux changements de régimes (monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, république, empire, restauration, cent jours…) font de cette période un moment charnière et complètement instable, et ça je le savais.

rhdr

Ce que j’ignorais en revanche, c’est à quel point le monde du théâtre avait subi de plein fouet tous les changements liés aux nouveaux régimes. En suivant Clarisse, fille d’aubergiste, violée par Louis XV, comédienne de foire, puis à la Comédie Française, devant affronter alors tous les conflits liés à la nature de « troupe royale » de celle-ci, on se rend compte que le monde de la scène a cristallisé les problèmes politiques et sociaux de l’époque. Les jugements portés sur les comédiens, par l’Eglise évidemment mais aussi par les détenteurs du pouvoir et par le public lui-même, ont changé au gré des années, des tendances, au point de faire de ces hommes et femmes des stars avant l’âge ou des prisonniers risquant la peine de mort.

La galerie des personnages est impressionnante, on côtoie des individus fictifs évidemment, aux côtés de personnalités historiques (Louis XV, Louis XVI, Marie-Antoinette, d’Artois, Bonaparte, Louis XVIII, Beaumarchais, Talma) mais on ne se perd jamais. J’ai beaucoup aimé retrouver toutes les anecdotes historiques bien connues et les voir servir l’avancée de l’intrigue. Rien n’est dit sans raison, tout est lié, plus ou moins directement à Clarisse.

L’héroïne est un personnage intriguant, autant qu’attachant. Je me suis dit, à plusieurs reprises, qu’elle manquait de sentiments, d’une intériorité profonde, d’une complexité humaine mais cette froideur a une explication. Clarisse ne surmontera jamais l’horrible épreuve que fut la perte de sa virginité, un complot barbare liant son père à un « triste sire » qui aurait pu être son grand-père. Clarisse aime, mais ne sait pas forcément le montrer, Clarisse est détruite dans ce qu’elle avait de plus vrai, et elle devient alors comédienne sur scène et dans la vie. Adrien lui-même, alors qu’on voudrait y croire, ne parvient pas à rallumer la flamme, le brasier n’a pas été seulement soufflé, il a été piétiné, irrémédiablement détruit.

C’est dans ce contexte de violence, d’insécurité et de trahison que Clarisse devient femme, actrice émérite mais peu reconnue. J’ai vraiment été passionnée par tout ce que ce roman, sans être jamais pédant ou trop documentaire, nous apprend du monde du théâtre et j’ai beaucoup souri, car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, on y trouve de nombreuses pointes d’humour, grinçant parfois, mais quand même drôle.

Si vous aimez l’Histoire, si vous aimez le théâtre, si vous aimez suivre la destinée d’un personnage original, si vous aimez les romans documentés et bien écrits, alors vous ne pourrez que vous régaler à la lecture de ces pages. Et pour information, il sort aujourd’hui en librairie… A bon entendeur !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Le Moulin des larmes de Francis Angeletti

Ce roman publié par les éditions Amalthée m’a été proposé par son auteur lui-même, Francis Angeletti. Il a certainement senti, via ma page Facebook, mon intérêt profond pour les romans historiques… C’est une lecture palpitante et émouvante, comme je les aime. Nous suivons la destinée d’une famille, maudite à bien des égards, mais maudite par l’Histoire. Entre 1904 et 1970, nous suivons trois générations ébranlées, chacune à leur manière, par la folie meurtrière des hommes.

Ce roman a le mérité de mêler différents genres : Histoire bien sûr, saga familiale, romance, enquête policière, crise identitaire. Où l’on pourrait se perdre, on navigue assez facilement.

hdrpl

Quatrième de couverture : Ce roman à tiroirs retrace la saga d’une famille de 1904 à 1970. S’il dévoile des actes de courage et d’entraide, il ne tait pas pour autant une malédiction transmise de génération en génération, pour qu’enfin la vérité éclate au grand jour.
​En 1942, au milieu de la Poméranie occidentale, le sort s’acharnera sur des familles fuyant le nazisme. Elles se réfugieront pour la nuit dans un moulin perdu au bord d’une rivière. Au petit matin, dans une effroyable confusion, les parents voués à une mort certaine seront miraculeusement sauvés. 27 ans plus tard, un père déterminé à retrouver les criminels, lancera un journaliste d’investigation dans une enquête improbable. En rouvrant ce dossier oublié, il ne se doutait pas qu’il découvrirait aussi l’impensable.
Une jeune femme ne pouvait pas imaginer non plus le lourd secret dont elle était l’épicentre. Sa vie commença par un mensonge autour d’une histoire machiavélique. Elle vivra dans l’insouciance jusqu’au jour où elle retrouvera ses véritables origines et son nom.
Elle y découvrira l’amour et la paix. Seuls les caprices du temps pouvaient contrarier ce qui devait être établi.

Dans sa postface, l’auteur nous dit qu’il cherchait surtout à nous émouvoir. C’est chose faite ! J’ai été vraiment secouée par cette histoire, je me suis entendue pousser des cris lors de la scène la plus atroce, j’ai senti les larmes me monter aux yeux à la fin du roman. Pourtant, comme Francis Angeletti le dit aussi, c’est un roman porteur d’espoir, parce que chaque personnage porte en lui une rage de vaincre, de survivre qui n’empêche évidemment pas la mort, mais qui donne du sens à la vie. L’Amour est une valeur essentielle, il scelle le destin de ces personnages touchants et peu gâtés par la vie jusqu’à la rencontre d’un homme, d’une femme, d’un enfant qui changent tout.

Ce qui me frappe à l’issue de cette lecture, c’est que les criminels du XXe siècle ne sont pas seulement ceux que l’on pense. La Grande Guerre n’atteint pas la profonde Pologne et ce ne sont pas les nazis qui commettront l’impensable dans ce moulin éponyme qui porte parfaitement bien son nom. Ce sont des hommes, souvent sans scrupule, parfois seulement dans le besoin, et donc généralement vénaux qui se laissent dépasser par leurs peurs, leur déraison, leurs mensonges. De fait, même les pires personnages, bien que je ne les aie pas trouvés particulièrement touchants, ne commettent pas que des horreurs.

Francis Angeletti nous happe dès le début de son œuvre, il parvient à rendre attachants les premiers êtres que l’on y croise et qu’on n’arrive plus à lâcher. Pour chacune des générations que l’on suit, le portrait des personnages est vivant, brossé par des attitudes, des remarques, des actes, plus que par des descriptions trop explicites. On a vraiment le temps de s’éprendre de chacun d’eux avant de les perdre, toujours trop brusquement.

Le seul bémol de ce roman vient justement de là : il reste, à mon goût, encore trop de zones d’ombre, j’en aurais voulu encore, en fait. J’aurais aimé savoir ce que faisait Wiktor tout seul dans cette forêt, quelles relations Maria entretenait avec sa mère et ses oncles, précisément, des moments de complicité, de tendresse. Autant d’éléments qui auraient encore enrichi l’image que je me fais de ces personnages tous intrigants. Mais vraiment, avoir ce genre de remarques à faire à l’issue de la lecture d’un premier roman, je pense qu’en réalité, ça revient à faire un compliment.

Merci, M. Angeletti, pour ce bon moment de lecture, pour cette histoire originale, riche, passionnante et surtout profondément humaine. Merci également aux éditions Amalthée.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Sœurs de lait de Frédérique-Sophie Braize

IMG_20190228_234842.jpgC’est lors de notre visite au Salon du Livre des Essarts Le Roi (dont vous trouverez le compte-rendu ici) que ce roman m’avait fait de l’œil. J’avais été intriguée par le fait que cet ouvrage avait reçu un prix de l’Académie Nationale de Pharmacie, mais son auteure, très abordable, m’avait expliqué pourquoi.

J’ai enfin pu lire son texte et j’en suis ravie ! C’est un roman finement construit qui repose sur des mensonges et des silences, propres à chaque famille, mais qui, ici, aggravent la situation déjà rendue critique par la visite étrange de trois hommes qui semblent vouloir, sans contrepartie, aider la population du petit village en fournissant à ses habitants des soins, à base de radium.

Aujourd’hui, cela fait frémir mais à l’époque, on pouvait encore penser que la radioactivité pouvait avoir des effets bénéfiques sur le corps, malheureusement. Ainsi Frédérique-Sophie Braize articule les conséquences de la Grande Guerre (les morts, les gazés, les gueules cassées, les malades, les célibataires), les progrès scientifiques et une saga familiale. Le récit s’étend sur plusieurs années et met en scène quatre sœurs de lait : Ferdinande, Anthelmette, Zoé et Coqueline, aux prises avec une sorte de malédiction familiale. En effet, Prunelle et Prudent, leurs parents n’ont jamais réussi à garder en vie un fils. A l’époque, avoir une fille n’a aucun intérêt financier et génère des tensions familiales importantes, c’est ce qui explique aussi qu’Anthelmette se détourne de sa propre fille alors que Zoé se bat bec et ongles pour sauver ses jumeaux, d’autant que son fils aîné vient lui aussi de perdre la vie.

Non, ce roman n’est pas d’un abord facile : les sujets traités sont assez graves, l’ambiance de départ est plutôt lourde et les noms (qui nous paraissent) étranges de tous ces personnages obligent le lecteur à se concentrer. Mais ça ne dure pas bien longtemps : j’ai été vite happée par les aventures de ces femmes, de nombreux fils conducteurs se mêlent et l’on se demande : si Coqueline va épouser Côme (le Parisien, bon samaritain, croit-elle), si Anthelmette va aimer sa fille, si Ferdinande va revenir, ce qu’a bien pu faire Anselme pour être réformé… Et il faut vraiment aller au bout pour tout comprendre. J’ai donc, tout simplement, dévoré ce texte, tenaillée par l’envie de savoir qui étaient tous ces gens, quels étaient leurs secrets.

Les personnages sont vraiment intrigants. Si l’on s’attache plutôt facilement à Coqueline, Zoé, Zéphir, Anselme, Ferdinande, Pasque, Florimont et Fleur, les autres membres de la famille sont assez énigmatiques et dérangeants. Quant aux trois escrocs, je dirais que leur portrait est plutôt fin, notamment celui du docteur et du vétérinaire. Côme est à part, il joue un double jeu que le lecteur lui-même découvre au fil du texte, mais ses dernières apparitions font définitivement de lui un être abject. Je suis vraiment passée par de nombreuses émotions au fil de ma lecture, donc.

Le cadre médical fait froid dans le dos. On se rend compte de manœuvres de l’industrie pharmaceutique pour faire passer le radium partout (dans l’eau, les médicaments, les savons, les crèmes, les légumes, la terre elle-même, les vêtements) au point de pouvoir utiliser un village entier comme cobaye. Ca semble inhumain et fou, et pourtant, c’est encore un pan bien sombre de notre Histoire, un pan que nous méconnaissons. L’auteure est savamment documentée et nous livre toutes ces informations sans aucune lourdeur, ce qui constitue un vrai tour de force. 

Aujourd’hui encore, les nombreux rappels de médicaments, de laits infantiles font ponctuellement planer la menace d’empoisonnements plus ou moins généralisés. Nous ne sommes pas beaucoup plus à l’abri de tout cela…

Mais ce qui m’a le plus touchée à la lecture de Sœurs de lait, c’est l’évolution de cette famille. La sècheresse et la dureté qui caractérisent notamment la mère laissent peu à peu entrevoir un amour très fort pour ses filles et ses petites-filles. Les quatre femmes, pas forcément proches au début, tissent des liens dans la douleur, des liens qu’elles voient devenir indéfectibles. Malgré leurs différends, elles se soutiennent, se prêtent main forte si besoin et finissent par former un cercle solide. La fin, à cet égard, est assez émouvante.

Je remercie donc chaleureusement Frédérique-Sophie Braize pour son enthousiasme communicatif qui a suscité ma curiosité lors du salon des Essarts-Le-Roi, ainsi que les éditions De Borée qui m’ont gentiment fait parvenir l’exemplaire que j’ai dévoré en quelques jours.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Sur les ailes de la chance de Georgia Hunter

Découvrir à l’âge de 15 ans que vous êtes issue d’une famille qui a survécu à l’holocauste, c’est ce qui est arrivé à Georgia Hunter, elle a fait de cette incroyable révélation un roman. Un travail de recherche absolument incroyable lui a permis de nous présenter la terrible histoire de cette famille juive polonaise durant la Seconde Guerre mondiale.

L’auteure dont voici le premier roman a donc effectué un travail titanesque afin de rassembler les destins de la famille Kurc, une famille soudée, courageuse, qui force le respect à de nombreuses reprises durant les événements qui sont relatés dans ce roman riche en faits historiques, de 1939 à l’issue de cette terrible guerre et de l’horreur qu’ont vécue les Juifs polonais, lors de l’occupation de leur patrie par les nazis. Malgré des moments certes difficiles et insoutenables, nous ne tombons pas dans le drame et la lamentation, que bien entendu, cette période crée en nous. Non, nous vivons dans cette lecture, le combat, la force, la volonté de survivre, de protéger les siens. Une véritable leçon de courage, qui rend un hommage fort et vibrant à tous ceux qui ont laissé leur vie, qui ont perdu un proche durant cette guerre.

Une approche, pour moi qui lit régulièrement des romans sur cette période, différente car la Pologne n’est pour ma part, pas la face la plus exposée, la plus narrée, ce pays a pourtant tellement souffert, lui aussi…

Une lecture donc, émouvante, forte, puissante, qui parvient à faire resurgir le meilleur au milieu du pire, l’espoir au cœur de l’innommable, la force des liens familiaux face aux distances et aux obstacles. A LIRE ABSOLUMENT.

Les blogueurs en parlent:

https://www.editionsleduc.com/produit/1786/9782368123447/sur-les-ailes-de-la-chance

Résumé:

Inspiré par l’incroyable histoire vraie d’une famille juive polonaise séparée au début de la Seconde Guerre mondiale, Sur les ailes de la chance est un hommage au triomphe de l’espoir et de l’amour sur l’horreur.

Au printemps 1939, la famille Kurc fait de son mieux pour mener une vie normale, en dépit du danger chaque jour plus proche. Halina savoure son histoire d’amour naissante, Jakob prépare son avenir avec Bella, et Mila s’habitue à son nouveau statut de mère, sous le regard bienveillant de Nechuma, la matriarche de cette joyeuse tribu. Chacun à sa façon tente d’oublier la situation de plus en plus précaire des Juifs dans leur ville de Radom, en Pologne. Mais l’horreur qui envahit l’Europe ne va pas tarder à les rattraper.

Séparés par six années de guerre et cinq continents, des jazz clubs du Paris des années 1930 aux plages de Rio de Janeiro en passant par le goulag sibérien et le ghetto de Varsovie, les Kurc vont traverser la guerre, poussés par la même rage de survivre et l’espoir, immense, qu’un jour ils seront à nouveau réunis.

Les sœurs de Biscarosse de Corinne Javelaud

Le 23 janvier 2019 est sorti aux éditions Terre d’histoires le nouveau roman de Corinne Javelaud, je vous avais précédemment parlé de Un été d’orage sorti en mars 2018 dont la chronique est ici

N’abordez pas ce livre en vous disant que vous allez découvrir des femmes(entre autres ici des sœurs) soumises à la gent masculine et transies d’amour, vous allez au contraire découvrir de vraies femmes fortes et volontaires. Vinciane l’aînée se retrouve à devoir gérer la claire pinède, la propriété familiale et sa cadette Mahaut va devenir pilote d’avion et suivre le parcours d’un de ses modèles: Hélène Boucher. 

Donc nous suivons ces deux femmes dont la volonté n’a d’égal que la persévérance. Entre coups du sort, rencontres inespérées, trahisons et mensonges au cœur des merveilleuses forêts Landaises.

Ce que j’ai particulièrement aimé dans ce roman, vous l’avez compris c’est surtout ce côté si différent des romans de terroirs et historiques classiques où la femme faible rentre obligatoirement dans ce cliché typique de l’époque.( n’oublions pas que nous sommes ici au début des années 30). Certaines pionnières ont ouvert la porte, la libération physique est en route, les vêtements deviennent moins engoncés, plus légers. La pauvre jeune fille incapable de travailler, de diriger, ou même de prendre une décision seule s’efface peu à peu, c’est une période charnière pour la femme…Ici Corinne Javelaud nous dresse un tableau plaisant de la femme tout en nous ravissant avec des faits historiques et des records féminins qui font plaisir à découvrir.

Corinne Javelaud est une romancière, une vraie, des faits, des personnages profonds que l’on admire, un amour des mots et des histoires, à découvrir si vous ne connaissez pas ses romans.

Résumé:

A Biscarrosse, au début des années 30, la famille Gelinmacq fait partie de ces propriétaires terriens enrichis grâce au reboisement de la forêt landaise. La fille aînée, Vinciane, a repris la gestion de la propriété familiale qu’elle dirige avec passion. Pourtant, sa rencontre avec un séduisant médecin d’Arcachon qu’elle envisage d’épouser remet en jeu l’avenir de la pinède.
Mahaut Gelinmacq, la cadette, n’a quant à elle qu’un seul rêve : apprendre à voler. Piloter un avion, faire partie de ce cercle restreint de femmes aventurières à la conquête du ciel…
Les sœurs veulent que la Claire Pinède soit préservée sans pour autant sacrifier leur liberté. Mais de douloureux secrets menacent de faire voler en éclats la famille. Les deux sœurs vont devoir choisir entre leur héritage familial et leurs rêves, quel qu’en soit le prix

La promesse de Lucile d’Albert Ducloz

Second roman que je lis de l’auteur, souvenez-vous de Pascalou dont voici la chronique:https://livresque78.wordpress.com/2018/01/26/pascalou-de-albert-ducloz/

Albert Ducloz écrit ici encore, un très beau roman, cette fois il aborde le sujet de la guerre, mais aussi et surtout de l’occupation. Rien n’est tout blanc ou tout noir dans la vie, cette maxime vaut encore plus je pense en période d’occupation. Difficile de juger Lucile, cette femme courageuse, qui a tant fait pour les siens durant la Première Guerre Mondiale, poursuit sa bonne action alors que les Allemands sont aux portes de la ville de Valence, où elle est « ses filles » se sont réfugiées. Lucile est une femme qui a aimé et aime toujours un homme, peu importe au regard de son cœur la patrie de cet homme, seuls les sentiments qu’elle lui porte comptent.

Une réflexion nécessaire sur l’attitude qu’on pu avoir certaines femmes durant l’occupation, facile de tomber dans l’incompréhension pour nous qui n’avons pas eu à vivre ce dilemme, cette faim perpétuelle, ce manque de tout, cette promiscuité, ce froid… Un homme est un homme d’où qu’il vienne, d’autant que beaucoup de soldats occupants tentaient d’aider ces malheureux dont ils occupaient les terres, et à qui l’Allemagne ôtait le pain de la bouche.

La seconde Guerre mondiale se révèle bien entendu être, des années de souffrance, de tortures, d’emprisonnements; de morts…Mais au milieu de tout cela, quelques fois , l’amour, l’amitié, l’empathie parvenaient à se frayer un chemin, à apporter une touche d’humanité à toute cette horreur. C’est cela que nous raconte Albert Ducloz  ici avec ce très beau roman où rien n’est écrit d’avance, où rien n’est bien ou mal, nous sommes des êtres humains avec nos faiblesses et quelle que soit l’époque et les difficultés que nous vivons, nous le resterons. https://boutique.centrefrance.com/de-boree/la-promesse-de-lucile-837

Résumé:

A l’issue de la Grande Guerre, Lucile, infirmière auprès des soldats blessés, tombe amoureuse d’un soldat allemand dont il ne lui restera qu’une photo. Elle n’oubliera pas cet amour pourtant controversé. Les années passent et Lucile s’engage auprès des femmes atteintes de tuberculose. A l’aube de la Seconde Guerre, sentant le vent tourner avec les nazis aux portes de Paris, elle décide de partir avec ses protégées de Paris pour Valence où ensemble elles trouvent refuge dans un sanatorium inhabité. Mais les allemands envahissent bientôt la zone libre et réquisitionnent les immeubles. C’est alors que, parmi ces allemands, Lucile reconnaît Ludwig. Les anciens amants ne tardent pas à se retrouver et à s’aimer comme avant, malgré les interdits, les regards réprobateurs et la guerre. Ludwig n’hésitera alors pas à prendre tous les risques à l’encontre de sa hiérarchie pour sauver celle qu’il aime.

L’Affaire des corps sans tête de Jean-Christophe Portes

Avis aux amateurs de romans policiers, ce livre est une pépite du genre ! Moi qui ne suis pas férue de ce genre de littérature au départ (même si j’apprécie de plus en plus), je me suis complètement laissée embarquée par les aventures du jeune Victor Dauterive.

50597985_558685484607354_8827810509580402688_o.jpg

Le roman de Jean-Christophe Portes mêle petite et grande Histoire, et vous savez à quel point j’adore ça. Mais attention, on a affaire à un vrai professionnel… La Révolution n’est pas la période historique la plus limpide : encore aujourd’hui, on idéalise la naissance de la République et la fin de l’injustice monarchique mais, que ce soit la prise de la Bastille ou les années qui suivent la mort du roi et de la reine, on est loin du conte de fées. C’est une période trouble, violente, injuste où les intérêts de la Nation sont passés parfois après les intérêts personnels. J’ai trouvé personnellement très intéressant de découvrir cette période méconnue de 1789-1791 : ce moment où l’on croit à la Révolution mais où l’on croit aussi, encore un peu, à Louis XVI.

L’intrigue que nous peint l’auteur est aussi complexe que la période, c’est dire ! La force de ce roman, c’est que l’on ne peut pas imaginer l’étendue du complot avant Victor Dauterive, j’ai même souvent été un peu perdue par la foule de personnages mis en scène, les changements de focus et les avalanches de détails, mais je ne me suis pas ennuyée une seconde ! Il faut se concentrer, croiser les récits, les personnages, les points de vue. J’ai vraiment eu le sentiment d’avancer en même temps que le personnage principal, de mener une enquête complexe à ses côtés et cette fin…oh la la…cette fin ! Je ne spoilerai pas, mais j’ai ressenti les mêmes émotions que Dauterive là encore.

Autre point positif, et vous savez à quel point j’y accorde de l’importance : ce roman est vraiment très bien écrit. Le contexte langagier est respecté, sans jamais être lourd, les descriptions sont brèves mais précises et efficaces et le suspens est travaillé de main de maître.

Bravo Jean-Christophe Portes pour votre œuvre et merci pour cet envoi ! Je sais que vous avez écrit d’autres aventures de Victor Dauterive (lien ici) et je m’y replongerai avec plaisir…

 

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Quatrième de couverture : 1791. On découvre des cadavres dans la Seine, nus et la tête coupée. Malgré l’’émoi que cela provoque, Victor Dauterive, jeune officier de la nouvelle Gendarmerie nationale n’’a guère le temps de s’en préoccuper : La Fayette, son mentor, l’’a chargé d’’arrêter Marat, ce dangereux agitateur qui en appelle au meurtre des aristocrates. Une mission qui tourne vite au cauchemar pour l’’enquêteur qui joue sa vie en posant trop de questions. Les vainqueurs de la Bastille sont-ils de vrais patriotes ou des activistes corrompus ? Existe-il vraiment un Comité secret aux Tuileries, dans l’ombre de la Cour ? Et n’’y aurait-il pas un lien entre Marat et ces corps flottant dans la Seine ? Peu à peu, Victor Dauterive lève le voile sur un effrayant complot. Une conspiration qui pourrait changer le cours de la Révolution…

L’affaire Rose Keller de Ludovic Miserole

Attention! Arrêtez tout ce que vous êtes en train de faire! J’ai une chose de la plus haute importance à vous dire: J’ai lu L’affaire Rose Keller de Ludovic Miserole et j’ai tout simplement trouvé cela génial. Mais je vous connais, vous êtes exigeants et vous avez entièrement raison, vous voulez donc en savoir plus… Un bijou French Pulp.

Ce roman m’a passionné car je ne connaissais pas du tout l’histoire de ce fameux Marquis de Sade, j’avais entendu parler de ses écrits dont la réputation n’était plus à faire, bien sûr, mais mis à part cela, je n’avais jamais rien lu de son histoire, de sa vie. Alors bien évidemment il ne m’est pas devenu sympathique, loin de là, mais découvrir à quel point cet homme semblait n’avoir aucun remords, aucune conscience du mal et de la perversité qui l’habitaient, l’a totalement scotché à cette lecture.

De nos jours cet homme sera qualifié de sociopathe, sadique, pervers, les actes que nous racontent Ludovic Miserole, commis par Sade sont difficilement supportables, mais il faut aussi dire que l’époque prêtait également à ce genre de dérive. La condition de la femme, absolument abominable, traitée comme un sous être, ne pouvait que subir le diktat de l’homme. Malheur à la veuve qui se retrouve sans le sou ou à celle qui doit faire commerce de son corps afin de survivre, ces dernières ne représentent que peu d’intérêt pour la société de l’époque et leur parole ne compte pour rien.

Des recherches poussées et méticuleuses, additionnées d’éléments fictifs donnent à ce roman une saveur hors du commun. Les méthodes utilisées dans cette enquête si on peut l’appeler ainsi, les témoignages, le peu de crédibilité donné à la victime, mais aussi et surtout les passe-droits, font bondir le lecteur qui se dit qu’au final rien n’a vraiment changé depuis.

Une lecture magistrale que je veux absolument vous recommander. Bonne lecture donc.

Résumé:

Rose Keller est au chômage depuis plus d’’un mois. Elle est réduite, en ce dimanche de Pâques du 3 avril 1768, à mendier sur la Place des Victoires à Paris. En acceptant de suivre, pour un écu, un jeune homme soigneusement habillé qui a besoin de quelqu’’un pour un peu de ménage dans sa maison d’’Arcueil, elle ne peut se douter qu’’elle se dirige tout droit vers l’enfer. Elle ne sait pas encore que l’’homme qui vient de l’’engager n’’est autre que Donatien Alphonse François de Sade, celui qu’’on surnommera « le divin marquis »…