Un parfum de rose et d’oubli de Martha Hall Kelly

Si vous n’avez jamais entendu parler de Martha Hall Kelly, c’est que vous n’avez pas encore lu son précédent roman : Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, dont je vous parlais ici:

https://livresque78.wordpress.com/2018/01/17/le-lilas-ne-refleurit-quapres-un-hiver-rigoureux-de-martha-hall-kelly/

Voici donc un préquel, car l’auteure écrit une trilogie qui remonte dans le temps, nous sommes ici durant la première guerre Mondiale, nous découvrons entre autres Eliza, la mère de Caroline, une des trois femmes dont il est question dans le précédent roman. Si vous les lisez indépendamment où dans un ordre différent, aucun soucis. J’attendais donc beaucoup de cette nouvelle histoire qui s’inspire de faits réels et historiques et qui est également construite sur la base de trois histoires, celles de trois femmes. Des destins qui se croisent, s’entremêlent, se chevauchent, se bousculent violemment. On est ici sur un rythme et une émotion vraiment différents du premier roman, il est important de le savoir, car ce que j’ai, pour ma part ressenti lors de ma lecture de Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, était un choc total. Ici nous sommes dans un registre différent, qu’il est important d’aborder avec un œil neuf. Eliza, l’américaine qui, même si la vie lui donne quelques coups de poignard, a une existence, qui comparé à Varinka et Sofya, reste digne, elle n’abandonne pourtant pas ceux et celles qui ont moins de chance. Les deux jeunes Russes: Varinka, qui vit dans un dénuement total, et Sofya à qui tout souriait jusqu’à ce qu’elle perde tout et bien plus encore, vont déclencher chez vous, je n’en doute pas, de la colère, de la pitié et tout un tas d’émotions fortes.

Nous assistons ici, une nouvelle fois à trois destins de femmes fortes qui prennent et donnent ce que la vie leur a refusé, à elle mais également aux autres. Une période de l’histoire en plein milieu de la guerre 14-18, une guerre au milieu de la guerre!

Un roman qui même si émotionnellement il est moins fort que le précédent, reste une histoire forte à lire absolument car il parle de combats de femmes, il parle de courage, de sauver sa vie et celle des siens, de ne pas lâcher prise, de continuer, une belle leçon qui relativise encore une fois nos vies actuelles.

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L’Affaire de l’homme à l’escarpin de Jean-Christophe Portes

Voici le troisième roman que je lis de cet auteur et je suis toujours aussi emballée. Vous souvenez-vous de ma chronique sur Minuit dans le jardin du Manoir ? Aujourd’hui, je vais vous parler de la suite de L’Affaire des corps sans tête, le premier tome des aventures de Victor Dauterive.

IMG_20190702_214121.jpgNous retrouvons notre jeune gendarme quelques semaines après la fuite du roi Louis XVI retrouvé à Varennes et ramené de force à Paris. La Révolution est encore dans tous les esprits et sur toutes les lèvres. Les Parisiens n’en ont pas fini avec leurs revendications et leurs questionnements. La fuite du roi a fait naître la colère et l’incompréhension au sein du peuple, mais surtout un sentiment d’abandon et de trahison de la part de Louis XVI et de La Fayette que l’on croit complice de cette fuite. Dans ce contexte très tendu, Danton, Robespierre et leurs compagnons revendiquent l’abdication du roi, tandis que Choderlos de Laclos, d’Orléans et son fils Chartres veulent profiter du désarroi général pour faire main-basse sur le pouvoir. Un complot politique donc qui va mêler pétitions, manifestations, violences, attentats et trahisons…

Comme pour le premier opus, ce deuxième tome est brillant. Jean-Christophe Portes s’est précisément informé sur cette période trouble, passionnante et foisonnante. On n’assiste pas à un cours d’Histoire, pourtant, c’est plus fort que cela, on le vit. L’auteur maîtrise parfaitement l’art de mêler fiction et éléments historiques au point qu’on apprend sans s’en rendre compte. Un vrai talent !

On découvre davantage le personnage de Victor. Alors que le premier tome s’attachait beaucoup à son passé, et notamment à sa relation avec son père et La Fayette, celui-ci nous dévoile un jeune homme en devenir, constamment préoccupé (quand ce n’est pas de sa survie) de ce qu’il deviendra professionnellement, personnellement ; de ce qu’il pense vraiment de la Révolution. Sa relation avec Olympe de Gouges est de plus en plus intéressante, celle qu’il crée avec Joseph est touchante. J’ai vraiment hâte de découvrir l’évolution de ce personnage loyal, courageux et si pudique.

Dernier point, enfin, que je tiens à aborder dans cette chronique, c’est le talent de Jean-Christophe Portes pour écrire une enquête politico-criminelle. C’est mené de main de maître. Les histoires se mêlent, s’éloignent, se rapprochent les unes des autres pour finalement apparaître comme une toile d’araignée fine et complexe. Je ne suis, à la base, pas férue des romans policiers, mais je dois reconnaître que dans ces aventures de Victor Dauterive, tout est fait pour que le lecteur soit happé par l’histoire du début à la fin. Il faut néanmoins ne pas trop étirer sa lecture, de peur de ne plus avoir en tête tous les éléments avec lesquels il faut jongler pour comprendre l’intégralité de l’intrigue. A aucun moment, on ne peut se douter de toute la machination : ça fait deux fois que j’essaie, deux fois que c’est un échec.. pour mon plus grand plaisir !

En bref, si vous aimez l’Histoire, si vous aimez les romans policiers ou les histoires de complot politique, vous serez servis avec cette remarquable saga.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Des nerfs d’acier de Philippe Lemaire

Imaginez un Paris sans Tour Eiffel, sans Sacré-Cœur, à peine sorti de la Commune… Difficile, n’est-ce pas ? C’est pourtant le décor que plante Philippe Lemaire dans son roman Des nerfs d’acier qui paraît aujourd’hui aux Editions de Borée.

IMG_20190703_212949.jpgDans ce roman, nous sommes transportés à quelques années de l’exposition universelle, et quel voyage ! A l’instar du héros, Johan, nous débarquons dans ce Paris que nous ne connaissons pas et nous assistons, fascinés, à l’érection d’un monument qui fait naître bien des polémiques et nous savons quelle sera sa destinée dans le ciel de Paris. Du chantier initié par Gustave Eiffel j’ai moi-même appris beaucoup de choses passionnantes : je ne m’étais jamais posé la question de savoir comment ils avaient pu construire une telle chose à la fin du XIXe siècle, ne serait-ce que du point de vue logistique !

Mais l’histoire ne tient pas qu’à cela. Johan est un personnage attachant, épris de liberté et de littérature. Il va découvrir la vie parisienne, la vie tout court au contact de personnages variés et hauts en couleur : Malou et Ti Gouverneur, des expatriés martiniquais qui vont lui apprendre les réalités de l’esclavage et de la colère, mais aussi de l’amour et de la solidarité ; Moriaty et Massimo, ouvriers puis contremaîtres sur cet immense chantier qui vont lui donner le goût du travail et le sens de l’amitié ; Adèle qui va l’initier à l’amour et à la peinture ; Maxence, son frère, qui va lui faire une belle démonstration de la goujaterie ; des peintres, des ouvriers, des journalistes qui constituent une fresque vivante du Paris fascinant de cette entrée dans le XXe siècle.

Ce que j’ai vraiment énormément apprécié dans cette histoire, ce sont les nombreuses références à la littérature du XIXe siècle que j’aime beaucoup. Johan m’a fait tellement penser au Lucien de Rubembré des Illusions perdues de Balzac, ou au George Duroy, Bel-Ami de Maupassant : comme eux, il s’agit d’un jeune homme qui fuit la dictature socio-familiale, empreint d’idéaux et d’admirations littéraires, rimbaldiennes ici. Comme eux, croyant connaître un succès littéraire, il va devoir revoir ses prétentions à la baisse et se contenter du journalisme, avec ses codes et ses lois, pas toujours moraux. Mais Philippe Lemaire ne s’arrête pas là, sa culture littéraire lui permet de faire de Maxence un Bel Ami en puissance, qui profite de l’amour et de la richesse des femmes pour son épanouissement personnel, allant jusqu’au duel (qui tétanise autant George que Maxence). Les descriptions du chantier ont également quelque chose de zolien, on y sent l’influence de Germinal avec les descentes dans la mine ou de L’Assommoir lors des soirées passées par les personnages dans les cabarets (j’ai d’ailleurs noté la présence d’un ouvrier appelé Coupeau et d’un photographe appelé Lantier).

Le style de l’auteur est fluide, agréable et souvent beau. J’ai notamment relevé un passage qui s’annonçait très prometteur dès le début du roman:

« Les ivrognes se succédaient devant le comptoir. Chacun avait sa façon bien à lui d’encourager son vice. Tristesse ombrageuse de l’un, culpabilité fuyante de l’autre, arrogance méprisante du troisième, mais dans le fond, ils se ressemblaient tous avec les mêmes visages couperosés de tristesse, les mêmes voix râpeuses qui se perdaient dans un dédale de mots décolorés. »

La lecture que je vous propose aujourd’hui va vous faire vivre des aventures à dimensions spatiale, temporelle, littéraire et initiatique. Si vous aimez vous fondre dans une époque, dans des destinées romanesques, vous ne pouvez qu’adorer ce roman… Laissez-vous embarquer !

Quatrième de couverture : À la fin du xixe siècle, le jeune Johan de Winkler quitte sa Lorraine natale pour prendre le chemin de la capitale avec la ferme intention de marcher sur les traces de Rimbaud. Un destin malicieux et les rudesses de la vie se chargeront de faire voler ses ambitions en éclats. Si la littérature perd un poète, l’époque y gagne un témoin : devenu journaliste, Johan rendra compte de la construction de cette tour Eiffel qui va célébrer à la fois le centenaire de la révolution de 1789 et le triomphe du génie industriel français, mais aussi des scandales qui secouent alors la France. À Montmartre où il vit, tandis que s’affirme l’Impressionnisme, il croise marlous, peintres sans le sou et modèles à la si charmantevertu. D’un côté les forçats de l’acier, de l’autre la Butte, ses artistes, ses cabarets, son esprit libertaire. Deux mondes que tout oppose en apparence. Johan de Winkler parviendra-t-il à les réconcilier, le temps de cette virevoltante histoire d’amour et d’amitié, authentique épopée de l’âme humaine ?

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Un souffle d’indépendance (Les Conquérantes, Tome 3) d’Alain Leblanc

Magistrale… Cette fin de saga est tout simplement géniale. J’attendais le troisième tome de cette série d’Alain Leblanc chez FrenchPulp Editions depuis longtemps et je ne suis vraiment pas déçue du voyage.

Alors que le premier tome nous présentait Clémence née en 1890, mariée à un homme qu’elle ne connaissait pas et destinée à rester au foyer, nous assistions à la passionnante prise de pouvoir de cette femme sur son mari, sur la société, sur son destin. Le second tome nous avait transportés dans la Seconde Guerre Mondiale aux côtés de Clémence et de ses filles, dont l’une revendiquait son indépendance et son engagement, Gilberte, et l’autre, Noémie, avait été mariée à un sympathisant de la politique d’Hitler. Le dernier opus nous invite à découvrir la génération suivante, celle de Marianne (l’une des filles de Noémie), de ses sœur et cousines, dans la seconde moitié de ce XXe siècle, qui fut celui du début de l’émancipation féminine.

IMG_20190629_224308.jpgJ’ai eu le plaisir de voir renouer l’auteur avec le type d’histoire que nous avions dans le premier tome, le deuxième tournant essentiellement autour des problèmes inhérents à la Seconde Guerre Mondiale en France (collaboration, résistance, protection ou délation des Juifs…). Ici, les conflits mondiaux, fort nombreux du reste, constituent une toile de fond sur laquelle les destins de Marianne, Lise, Carole, Anne et les autres s’écrivent peu à peu.

Et quel destin ! Cette période (des années 1960 aux années 2000) va être celle de la légalisation de l’IVG, de la multiplication des divorces, de l’entrée des premières femmes à l’Académie, au gouvernement, de la pénalisation du « viol » comme crime mais aussi celle de l’OAS, du SIDA, de l’immigration et de la découverte des traditions atroces comme l’excision, après les horreurs qui s’étaient multipliées avec les faiseuses d’anges. Carole, Marianne, Ninon ne sont pas que des témoins de tout cela, elles en sont des victimes, des actrices. Elles conquièrent difficilement un bonheur qu’elles ne trouvent toutes qu’après cinquante ans, forcées qu’elles sont, auparavant, de se battre pendant leurs études, contre leur(s) père(s), contre leurs maris qui deviennent souvent autoritaires et violents, contre la société qui peut leur retirer leurs enfants, contre la loi qui refuse de statuer sur tous ces  trous béants dans la législation sur le statut des femmes. J’ai avec plaisir recroisé les personnages historiques centraux dans cette évolution.

Mais surtout, après l’ébranlement que furent les deux conflits mondiaux, ce ne sont pas seulement les femmes qui doivent se battre. Les combats de Marianne croisent ceux de Steve et des Américains contre la guerre du Viêtnam, des défenseurs des nationalistes pendant la guerre d’Algérie, des jeunes révoltés contre le système de 1968, mais aussi des homosexuels contre le Sida ou des pères qui, eux non plus, ne peuvent rien contre un divorce qui leur retire leurs enfants. Une vie et un bonheur qui s’arrachent dans le sang et dans les larmes.

Je pense sincèrement qu’il est nécessaire de rappeler à quel point nous, femmes d’aujourd’hui, sommes redevables à toutes celles qui se sont battue pour que l’on puisse épouser qui l’on veut, monter une société individuellement, avoir un compte en banque,  mener ou non une grossesse à son terme, quitter un homme que l’on n’aime pas, porter plainte à la suite d’un viol et espérer que le coupable aille en prison pour longtemps.

Les héros de cette saga (parce que, oui, certains hommes aident les femmes dans leur lutte, ils sont même assez nombreux, le roman n’est absolument pas manichéen) sont à des postes stratégiques (cabinets d’avocat, gouvernement, hôpitaux, presse) et se dressent ainsi en témoins privilégiés des changements de la société.

Parallèlement à ce travail d’archive exceptionnel mené par l’auteur, Les Conquérantes se distinguent aussi comme une fiction aux qualités remarquables. Tous les personnages sont finement construits avec leurs histoires, leurs désirs, leurs traumatismes, leurs complexités. Leurs relations sont également d’une richesse rare : à l’amour familial s’ajoutent des antécédents générationnels, des intrigues qui ne les touchent même pas directement. Toutes ces données construisent une mosaïque de personnages hauts en couleurs et attachants.

La destinée de Marianne est vraiment palpitante. Privée très tôt de ses parents qui l’avaient éduquée dans l’idée que la révolte était nécessaire, elle va se construire comme l’opposé des autres femmes : elle ne veut pas se marier, elle ne veut pas forcément d’enfants… Pourtant la vie suit son cours : elle tombera amoureuse, elle fera des erreurs, elle sera heureuse… souvent, elle souffrira… beaucoup !

J’avais déjà été vraiment emballée par les deux premiers tomes mais celui-ci m’a définitivement conquise, je ne peux que chaleureusement vous le conseiller, vraiment !

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La promesse de l’apiculteur de Fiona Valpy

Je vous propose de découvrir un superbe roman, une alternance entre deux belles et touchantes histoires, celles de deux femmes, l’une est forte et la seconde va le devenir.

Fiona Valpy connaît la France, elle l’aime et cela se sent, elle nous emmène dans le sud-ouest durant deux époques différentes: de nos jours où elle nous présente Abi, une jeune femme au cœur et au corps brisés, et en 1938 où nous découvrons cette merveilleuse jeune femme qu’est Eliane. Abi a besoin de se reconstruire, une rencontre issue d’un hasard ou d ‘un coup de pouce du destin va l’amener à découvrir la vie et l’histoire d’Eliane et de sa famille, les Martin, qui vont subir l’occupation de leur ville et de leur quotidien par les Allemands durant cette terrible période qu’a été la Seconde Guerre mondiale. Abi va, 70 ans plus tard, au travers de la narration qui va lui être faite de cette incroyable combat familial, apprendre à guérir, découvrir le sens du courage, de la résilience malgré les maltraitances et les difficultés de la vie. Une leçon de courage dont elle avait besoin pour reprendre sa vie en mains.

Un roman qui malgré le sujet et l’époque dont il traite est un hymne à la France, à la nature, à la famille et surtout un hymne au courage des résistants qui chacun à leurs façons ont combattu l’occupant et ont refusé la barbarie. De petites ou de grandes actions, mais des actions qui ont sauvé des vies en grand nombre.

Tout au long de ce roman, le lecteur entend les abeilles bourdonner à son oreille et il hume les fleurs qu’elles butinent. Des bouquets de saveur qui malgré les privations qu’ont engendrées cette guerre, la volonté de cuisiner, de profiter de quelques plaisirs sucrés, le potager d’Eliane, les tisanes et infusions de Lisette ou de Mme Boin, L’auteure, vous l’aurez compris, parvient à toucher nos cœurs de nombreuses façons. J’ai aimé cette famille ainsi qu’Abi, même si l’histoire est moins centrée sur elle. Ce livre est un parfait mélange de tout ce qui fait pour moi le succès littéraire, une très belle lecture, vraiment!

http://www.city-editions.com/index.php?page=livre&ID_livres=1037&ID_auteurs=539

Résumé:

Le cœur brisé après la mort (brutale) de son mari, Abi prend un emploi d’été au château de Bellevue. La propriété campagnarde résonne des voix du passé et Abi se retrouve happée par l’histoire et les secrets d’Eliane, une femme qui a vécu là autrefois. En 1938, Eliane s’occupait des ruches de la propriété. Elle y est tombée amoureuse et croyait en un avenir radieux. Mais l’Histoire avait d’autres projets pour la jeune apicultrice qui a rejoint la Résistance… au risque de tout perdre. 70 ans plus tard, grâce à cette histoire étrangement similaire à la sienne, Abi marche dans les pas d’Eliane et retrouve goût à la vie. Même dans les pires moments, il y a toujours de l’espoir. Surtout quand, telles les abeilles, on fait partie d’une communauté où l’amitié permet de surmonter toutes les tragédies.

Une vie de carrosse de Jean-Marie Catonné

C’est ma première lecture d’un ouvrage paru aux éditions Héloïse d’Ormesson, et je dois dire que je ne suis pas déçue. Comme vous pouvez le constater, l’objet est vraiment beau, la couverture est sublime, les couleurs sont harmonieuses et le logo de la maison d’édition est lui aussi très joli.

Le fond n’a pourtant rien à envier à la forme : j’ai beaucoup aimé ce roman historique. C’est une période mouvementée que nous donne à lire Jean-Marie Catonné puisque nous suivons notre héroïne, Clarisse, de la fin du règne de Louis XV jusqu’à la seconde Restauration après le deuxième empire de Napoléon Bonaparte. Ces nombreux changements de régimes (monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, république, empire, restauration, cent jours…) font de cette période un moment charnière et complètement instable, et ça je le savais.

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Ce que j’ignorais en revanche, c’est à quel point le monde du théâtre avait subi de plein fouet tous les changements liés aux nouveaux régimes. En suivant Clarisse, fille d’aubergiste, violée par Louis XV, comédienne de foire, puis à la Comédie Française, devant affronter alors tous les conflits liés à la nature de « troupe royale » de celle-ci, on se rend compte que le monde de la scène a cristallisé les problèmes politiques et sociaux de l’époque. Les jugements portés sur les comédiens, par l’Eglise évidemment mais aussi par les détenteurs du pouvoir et par le public lui-même, ont changé au gré des années, des tendances, au point de faire de ces hommes et femmes des stars avant l’âge ou des prisonniers risquant la peine de mort.

La galerie des personnages est impressionnante, on côtoie des individus fictifs évidemment, aux côtés de personnalités historiques (Louis XV, Louis XVI, Marie-Antoinette, d’Artois, Bonaparte, Louis XVIII, Beaumarchais, Talma) mais on ne se perd jamais. J’ai beaucoup aimé retrouver toutes les anecdotes historiques bien connues et les voir servir l’avancée de l’intrigue. Rien n’est dit sans raison, tout est lié, plus ou moins directement à Clarisse.

L’héroïne est un personnage intriguant, autant qu’attachant. Je me suis dit, à plusieurs reprises, qu’elle manquait de sentiments, d’une intériorité profonde, d’une complexité humaine mais cette froideur a une explication. Clarisse ne surmontera jamais l’horrible épreuve que fut la perte de sa virginité, un complot barbare liant son père à un « triste sire » qui aurait pu être son grand-père. Clarisse aime, mais ne sait pas forcément le montrer, Clarisse est détruite dans ce qu’elle avait de plus vrai, et elle devient alors comédienne sur scène et dans la vie. Adrien lui-même, alors qu’on voudrait y croire, ne parvient pas à rallumer la flamme, le brasier n’a pas été seulement soufflé, il a été piétiné, irrémédiablement détruit.

C’est dans ce contexte de violence, d’insécurité et de trahison que Clarisse devient femme, actrice émérite mais peu reconnue. J’ai vraiment été passionnée par tout ce que ce roman, sans être jamais pédant ou trop documentaire, nous apprend du monde du théâtre et j’ai beaucoup souri, car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, on y trouve de nombreuses pointes d’humour, grinçant parfois, mais quand même drôle.

Si vous aimez l’Histoire, si vous aimez le théâtre, si vous aimez suivre la destinée d’un personnage original, si vous aimez les romans documentés et bien écrits, alors vous ne pourrez que vous régaler à la lecture de ces pages. Et pour information, il sort aujourd’hui en librairie… A bon entendeur !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Le Moulin des larmes de Francis Angeletti

Ce roman publié par les éditions Amalthée m’a été proposé par son auteur lui-même, Francis Angeletti. Il a certainement senti, via ma page Facebook, mon intérêt profond pour les romans historiques… C’est une lecture palpitante et émouvante, comme je les aime. Nous suivons la destinée d’une famille, maudite à bien des égards, mais maudite par l’Histoire. Entre 1904 et 1970, nous suivons trois générations ébranlées, chacune à leur manière, par la folie meurtrière des hommes.

Ce roman a le mérité de mêler différents genres : Histoire bien sûr, saga familiale, romance, enquête policière, crise identitaire. Où l’on pourrait se perdre, on navigue assez facilement.

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Quatrième de couverture : Ce roman à tiroirs retrace la saga d’une famille de 1904 à 1970. S’il dévoile des actes de courage et d’entraide, il ne tait pas pour autant une malédiction transmise de génération en génération, pour qu’enfin la vérité éclate au grand jour.
​En 1942, au milieu de la Poméranie occidentale, le sort s’acharnera sur des familles fuyant le nazisme. Elles se réfugieront pour la nuit dans un moulin perdu au bord d’une rivière. Au petit matin, dans une effroyable confusion, les parents voués à une mort certaine seront miraculeusement sauvés. 27 ans plus tard, un père déterminé à retrouver les criminels, lancera un journaliste d’investigation dans une enquête improbable. En rouvrant ce dossier oublié, il ne se doutait pas qu’il découvrirait aussi l’impensable.
Une jeune femme ne pouvait pas imaginer non plus le lourd secret dont elle était l’épicentre. Sa vie commença par un mensonge autour d’une histoire machiavélique. Elle vivra dans l’insouciance jusqu’au jour où elle retrouvera ses véritables origines et son nom.
Elle y découvrira l’amour et la paix. Seuls les caprices du temps pouvaient contrarier ce qui devait être établi.

Dans sa postface, l’auteur nous dit qu’il cherchait surtout à nous émouvoir. C’est chose faite ! J’ai été vraiment secouée par cette histoire, je me suis entendue pousser des cris lors de la scène la plus atroce, j’ai senti les larmes me monter aux yeux à la fin du roman. Pourtant, comme Francis Angeletti le dit aussi, c’est un roman porteur d’espoir, parce que chaque personnage porte en lui une rage de vaincre, de survivre qui n’empêche évidemment pas la mort, mais qui donne du sens à la vie. L’Amour est une valeur essentielle, il scelle le destin de ces personnages touchants et peu gâtés par la vie jusqu’à la rencontre d’un homme, d’une femme, d’un enfant qui changent tout.

Ce qui me frappe à l’issue de cette lecture, c’est que les criminels du XXe siècle ne sont pas seulement ceux que l’on pense. La Grande Guerre n’atteint pas la profonde Pologne et ce ne sont pas les nazis qui commettront l’impensable dans ce moulin éponyme qui porte parfaitement bien son nom. Ce sont des hommes, souvent sans scrupule, parfois seulement dans le besoin, et donc généralement vénaux qui se laissent dépasser par leurs peurs, leur déraison, leurs mensonges. De fait, même les pires personnages, bien que je ne les aie pas trouvés particulièrement touchants, ne commettent pas que des horreurs.

Francis Angeletti nous happe dès le début de son œuvre, il parvient à rendre attachants les premiers êtres que l’on y croise et qu’on n’arrive plus à lâcher. Pour chacune des générations que l’on suit, le portrait des personnages est vivant, brossé par des attitudes, des remarques, des actes, plus que par des descriptions trop explicites. On a vraiment le temps de s’éprendre de chacun d’eux avant de les perdre, toujours trop brusquement.

Le seul bémol de ce roman vient justement de là : il reste, à mon goût, encore trop de zones d’ombre, j’en aurais voulu encore, en fait. J’aurais aimé savoir ce que faisait Wiktor tout seul dans cette forêt, quelles relations Maria entretenait avec sa mère et ses oncles, précisément, des moments de complicité, de tendresse. Autant d’éléments qui auraient encore enrichi l’image que je me fais de ces personnages tous intrigants. Mais vraiment, avoir ce genre de remarques à faire à l’issue de la lecture d’un premier roman, je pense qu’en réalité, ça revient à faire un compliment.

Merci, M. Angeletti, pour ce bon moment de lecture, pour cette histoire originale, riche, passionnante et surtout profondément humaine. Merci également aux éditions Amalthée.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Sœurs de lait de Frédérique-Sophie Braize

IMG_20190228_234842.jpgC’est lors de notre visite au Salon du Livre des Essarts Le Roi (dont vous trouverez le compte-rendu ici) que ce roman m’avait fait de l’œil. J’avais été intriguée par le fait que cet ouvrage avait reçu un prix de l’Académie Nationale de Pharmacie, mais son auteure, très abordable, m’avait expliqué pourquoi.

J’ai enfin pu lire son texte et j’en suis ravie ! C’est un roman finement construit qui repose sur des mensonges et des silences, propres à chaque famille, mais qui, ici, aggravent la situation déjà rendue critique par la visite étrange de trois hommes qui semblent vouloir, sans contrepartie, aider la population du petit village en fournissant à ses habitants des soins, à base de radium.

Aujourd’hui, cela fait frémir mais à l’époque, on pouvait encore penser que la radioactivité pouvait avoir des effets bénéfiques sur le corps, malheureusement. Ainsi Frédérique-Sophie Braize articule les conséquences de la Grande Guerre (les morts, les gazés, les gueules cassées, les malades, les célibataires), les progrès scientifiques et une saga familiale. Le récit s’étend sur plusieurs années et met en scène quatre sœurs de lait : Ferdinande, Anthelmette, Zoé et Coqueline, aux prises avec une sorte de malédiction familiale. En effet, Prunelle et Prudent, leurs parents n’ont jamais réussi à garder en vie un fils. A l’époque, avoir une fille n’a aucun intérêt financier et génère des tensions familiales importantes, c’est ce qui explique aussi qu’Anthelmette se détourne de sa propre fille alors que Zoé se bat bec et ongles pour sauver ses jumeaux, d’autant que son fils aîné vient lui aussi de perdre la vie.

Non, ce roman n’est pas d’un abord facile : les sujets traités sont assez graves, l’ambiance de départ est plutôt lourde et les noms (qui nous paraissent) étranges de tous ces personnages obligent le lecteur à se concentrer. Mais ça ne dure pas bien longtemps : j’ai été vite happée par les aventures de ces femmes, de nombreux fils conducteurs se mêlent et l’on se demande : si Coqueline va épouser Côme (le Parisien, bon samaritain, croit-elle), si Anthelmette va aimer sa fille, si Ferdinande va revenir, ce qu’a bien pu faire Anselme pour être réformé… Et il faut vraiment aller au bout pour tout comprendre. J’ai donc, tout simplement, dévoré ce texte, tenaillée par l’envie de savoir qui étaient tous ces gens, quels étaient leurs secrets.

Les personnages sont vraiment intrigants. Si l’on s’attache plutôt facilement à Coqueline, Zoé, Zéphir, Anselme, Ferdinande, Pasque, Florimont et Fleur, les autres membres de la famille sont assez énigmatiques et dérangeants. Quant aux trois escrocs, je dirais que leur portrait est plutôt fin, notamment celui du docteur et du vétérinaire. Côme est à part, il joue un double jeu que le lecteur lui-même découvre au fil du texte, mais ses dernières apparitions font définitivement de lui un être abject. Je suis vraiment passée par de nombreuses émotions au fil de ma lecture, donc.

Le cadre médical fait froid dans le dos. On se rend compte de manœuvres de l’industrie pharmaceutique pour faire passer le radium partout (dans l’eau, les médicaments, les savons, les crèmes, les légumes, la terre elle-même, les vêtements) au point de pouvoir utiliser un village entier comme cobaye. Ca semble inhumain et fou, et pourtant, c’est encore un pan bien sombre de notre Histoire, un pan que nous méconnaissons. L’auteure est savamment documentée et nous livre toutes ces informations sans aucune lourdeur, ce qui constitue un vrai tour de force. 

Aujourd’hui encore, les nombreux rappels de médicaments, de laits infantiles font ponctuellement planer la menace d’empoisonnements plus ou moins généralisés. Nous ne sommes pas beaucoup plus à l’abri de tout cela…

Mais ce qui m’a le plus touchée à la lecture de Sœurs de lait, c’est l’évolution de cette famille. La sècheresse et la dureté qui caractérisent notamment la mère laissent peu à peu entrevoir un amour très fort pour ses filles et ses petites-filles. Les quatre femmes, pas forcément proches au début, tissent des liens dans la douleur, des liens qu’elles voient devenir indéfectibles. Malgré leurs différends, elles se soutiennent, se prêtent main forte si besoin et finissent par former un cercle solide. La fin, à cet égard, est assez émouvante.

Je remercie donc chaleureusement Frédérique-Sophie Braize pour son enthousiasme communicatif qui a suscité ma curiosité lors du salon des Essarts-Le-Roi, ainsi que les éditions De Borée qui m’ont gentiment fait parvenir l’exemplaire que j’ai dévoré en quelques jours.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla)

Sur les ailes de la chance de Georgia Hunter

Découvrir à l’âge de 15 ans que vous êtes issue d’une famille qui a survécu à l’holocauste, c’est ce qui est arrivé à Georgia Hunter, elle a fait de cette incroyable révélation un roman. Un travail de recherche absolument incroyable lui a permis de nous présenter la terrible histoire de cette famille juive polonaise durant la Seconde Guerre mondiale.

L’auteure dont voici le premier roman a donc effectué un travail titanesque afin de rassembler les destins de la famille Kurc, une famille soudée, courageuse, qui force le respect à de nombreuses reprises durant les événements qui sont relatés dans ce roman riche en faits historiques, de 1939 à l’issue de cette terrible guerre et de l’horreur qu’ont vécue les Juifs polonais, lors de l’occupation de leur patrie par les nazis. Malgré des moments certes difficiles et insoutenables, nous ne tombons pas dans le drame et la lamentation, que bien entendu, cette période crée en nous. Non, nous vivons dans cette lecture, le combat, la force, la volonté de survivre, de protéger les siens. Une véritable leçon de courage, qui rend un hommage fort et vibrant à tous ceux qui ont laissé leur vie, qui ont perdu un proche durant cette guerre.

Une approche, pour moi qui lit régulièrement des romans sur cette période, différente car la Pologne n’est pour ma part, pas la face la plus exposée, la plus narrée, ce pays a pourtant tellement souffert, lui aussi…

Une lecture donc, émouvante, forte, puissante, qui parvient à faire resurgir le meilleur au milieu du pire, l’espoir au cœur de l’innommable, la force des liens familiaux face aux distances et aux obstacles. A LIRE ABSOLUMENT.

Les blogueurs en parlent:

https://www.editionsleduc.com/produit/1786/9782368123447/sur-les-ailes-de-la-chance

Résumé:

Inspiré par l’incroyable histoire vraie d’une famille juive polonaise séparée au début de la Seconde Guerre mondiale, Sur les ailes de la chance est un hommage au triomphe de l’espoir et de l’amour sur l’horreur.

Au printemps 1939, la famille Kurc fait de son mieux pour mener une vie normale, en dépit du danger chaque jour plus proche. Halina savoure son histoire d’amour naissante, Jakob prépare son avenir avec Bella, et Mila s’habitue à son nouveau statut de mère, sous le regard bienveillant de Nechuma, la matriarche de cette joyeuse tribu. Chacun à sa façon tente d’oublier la situation de plus en plus précaire des Juifs dans leur ville de Radom, en Pologne. Mais l’horreur qui envahit l’Europe ne va pas tarder à les rattraper.

Séparés par six années de guerre et cinq continents, des jazz clubs du Paris des années 1930 aux plages de Rio de Janeiro en passant par le goulag sibérien et le ghetto de Varsovie, les Kurc vont traverser la guerre, poussés par la même rage de survivre et l’espoir, immense, qu’un jour ils seront à nouveau réunis.