La Belle Cévenole de Marie-Claude Gay

Vous connaissez mon amour pour les romans historiques ? Je dois dire que j’ai été bien servie pas le roman de Marie-Claude Gay. En plus d’être une histoire bien menée, la période au cœur de l’intrigue ici est finalement assez rarement traitée.

Louis XIV a révoqué l’Edit de Nantes qui mettait fin aux guerres de religion et reconnaissait le droit aux Protestants de pratiquer librement leur culte. Le roi fait la guerre aux huguenots. Ses Dragons sont envoyés dans tout le royaume pour massacrer une partie de la population. En 1702, ils arrivent dans les Cévennes, où vivent Clémence et sa famille. Un soir, le père part pour une mission. Chaque membre de la famille sait ce qu’il doit faire si Victor ne rentre pas. Ils doivent fuir, séparément, pour se retrouver par la suite. Malheureusement, l’inévitable se produit et Clémence se retrouve sur les routes.
La jeune fille doit se méfier de tout le monde. Si on découvre qu’elle est protestante, elle sera tuée dans d’atroces souffrances. Survivra-t-elle ? Retrouvera-t-elle les siens ?

Une guerre civile, intestine, au nom de la religion ; des scènes d’une violence inouïe, une haine fondamentalement injustifiée, des populations qui s’exilent, qui se cachent, qui mentent et qui se sentent constamment en danger. Ces drames de l’Histoire ne font décidément que se répéter depuis des siècles et il est ici flagrant de retrouver ces élans de colère, d’aveuglement, de fanatisme que nous connaissons encore aujourd’hui, bien malheureusement.

J’ai été vraiment sensible à la volonté de Marie-Claude Gay de ne pas diaboliser les Catholiques au profit des Protestants. Au contraire, on voit très rapidement que la folie furieuse concerne les deux camps, que les victimes sont aussi nombreuses d’un côté que de l’autre, que les soldats ne sont pas de plus fervents croyants que les « parpaillots », pas plus convaincus que ce qu’ils font est juste et bien. Ça ne se sent pas uniquement parce que les deux héros sont de deux camps différents, mais, plus subtilement, parce que chaque personnage intelligent, profond hésite, doute de sa foi, de son roi, de l’humain d’une manière générale.

Toutefois, si j’ai été vraiment prise par les aventures de Clémence, si j’ai vraiment voulu savoir comment elle allait s’en sortir, j’ai trouvé l’histoire trop rapide finalement. Les personnages sont bien campés dès le début, ce qui permet de s’attacher à cette famille avant de vivre de l’intérieur leur intolérable séparation. Mais après l’arrivée de Clémence au port, les choses vont beaucoup trop vite à mon goût (son amnésie, les retrouvailles avec un ancien ennemi, la fin « heureuse » ou non, d’ailleurs). C’est dommage car du coup, sur la fin, j’ai moins adhéré au roman, j’y ai moins cru.

La Belle Cévenole reste néanmoins une lecture agréable qui montre une connaissance fine, passionnée et passionnante de l’auteure pour cette période conflictuelle, un roman qui se lit avec plaisir et que je vous conseille si la question des guerres de religion vous intéresse. Vous y apprendrez plein de choses, sans même vous en apercevoir…

Priscilla

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Le prix de la terre de Bernard Duporge

Paru le 4 septembre 2019 chez City éditions Terre d’histoires, ce roman est comme souvent dans cette collection un saut dans le passé, dans une campagne profonde où les rumeurs, les mensonges, les accusations faisaient et défaisaient les réputations. Cette histoire part d’un deuil, la famille de Gentil le pleure à sa façon, en 1950 aux alentours de Bordeaux on pleure les morts en silence, avec dignité, on n’étale pas son chagrin sur la place publique. Il faut dire que tout n’est pas aussi clair qu’il y paraît, on apprend vite et par de nombreuses bouches que personne dans ce village n’a les mains totalement propres.

Un véritable roman du terroir dont le déroulement est principalement basé sur les souvenirs des différents personnages, tout cela mis bout à bout éclaire le lecteur sur une vérité qu’il était loin d’imaginer. Des trahisons présentes ou passées, des vérités cachées depuis de nombreuses années, posséder de la terre est ici primordial, certains seraient-ils prêts à tout pour arriver à leurs fins?

Une histoire simple sous notre regard de citadins modernes, mais pourtant des événements qui chamboulent un quotidien tranquille fait de choses simples. Une piqûre de rappel sur les événements que la guerre et l’occupation Allemande ont déclenchés.

Résumé:

Dans un village du Bordelais, on enterre Gentil Bacquey. Aux yeux de tous, l’homme était un paysan respecté et respectable, ancien héros de la Résistance. Pourtant, au fil des jours, délivrées par sa disparition, les langues se délient. Un voisin, qui lorgne sur les terres particulièrement fertiles de ce coin du Bordelais, lance même de graves accusations contre le défunt : cinq ans plus tôt, pendant l’Occupation, Gentil aurait volé de l’argent destiné à lutter contre l’envahisseur. Accusation mensongère ? La veuve de Gentil, s’enferme dans un silence pesant, comme si elle avait peur de salir davantage la mémoire du mort. Mais ce qu’elle cherche surtout à dissimuler, c’est un autre secret plus terrible encore qui, s’il refaisait surface, bouleverserait sa famille à tout jamais…

Assassins ! de Jean-Paul Delfino

C’est la deuxième fois que les éditions Héloïse d’Ormesson parviennent à me séduire avec un roman (le premier, c’était Une Vie de Carrosse de Jean-Marie Catonné). D’une part, parce que cette maison d’édition publie de très beaux « objets-livres » – et l’on sait tous à quel point c’est important quand on est amoureux des livres – d’autre part, parce que ce sont des textes originaux et de qualité. J’ai choisi deux titres qui avaient un lien avec la littérature, mon univers de prédilection, et je n’ai pas été déçue.

Jean-Paul Delfino choisit de nous présenter les derniers moments de la vie de Zola. Tout le monde connaît Emile Zola aujourd’hui. Qu’on l’aime ou non, on a tous entendu parler des Rougon-Macquart ou au moins de certains romans issus de cette somme littéraire (L’Assommoir, Nana, Germinal). Pourtant au moment de sa mort, c’est l’Affaire Dreyfus et sa fameuse lettre ouverte « J’accuse ! » qui hantent tous les esprits. Finalement la dichotomie est assez claire : les dreyfusards aiment Zola, les antidreyfusards le haïssent – j’ai choisi sciemment ce mot très fort).

La structure du roman reprend en quelque sorte cette scission : le lecteur alterne, à chaque chapitre, entre le point de vue de Zola et celui de ses ennemis. Les deux histoires sont absolument édifiantes, même si, de manière très intéressante, elles n’ont pas grand chose à voir l’une avec l’autre et ne se croisent jamais.

L’auteur des Rougon Macquart se voit comme un écrivain émérite qui ne comprend pas le rejet de l’Académie et qui estime (à juste titre) avoir apporté une pierre non négligeable à l’édifice de la littérature de son époque. Il cherche donc les raisons qui pourraient pousser qui que ce soit à lui en vouloir au point de souhaiter, voire d’orchestrer, sa mort. Défile alors devant nos yeux ébahis la vie intime de Zola, une vie que je ne connaissais que très peu finalement. On y découvre son enfance, hantée par le fantôme humain et financier de son père, la folie de sa mère, l’amitié de Paul Cézanne et de quelques autres, son arrivée à Paris, ses échecs, ses désillusions professionnelles et personnelles, son entrée dans le milieu littéraire et la peinture qu’il fait des écrivains de son époque, l’impact de ses relations avec les femmes sur sa vie, ses succès, ses craintes, ses déceptions, notamment liées à l’affaire Dreyfus. On se rend compte alors qu’Emile Zola n’a lui-même pas conscience des passions qu’il exacerbe dans son sillage.

Dans les autres chapitres, l’histoire qui se joue n’est pas moins passionnante, mais elle procède sur un tout autre ton. Le lecteur est invité à passer quelques heures avec ceux à qui la mort de Zola pourrait profiter. J’ai été tout simplement glacée par le récit que j’ai lu. Bien sûr je savais que l’antisémitisme ne datait pas de la Seconde Guerre Mondiale, je savais aussi que l’affaire Dreyfus avait échauffé bien des esprits, mais je ne n’imaginais pas que ce fût à ce point. Franchement, les propos tenus, les idéaux visés par les personnages que sont Barrès, Drumond, Déroulède, Léon Daudet et j’en passe, n’ont pas grand chose à envier à ce qui a pu se dire ou se faire en France pendant l’Occupation. On sent déjà à l’aube de ce sanglant XXe siècle les haines qui engendreront toutes les horreurs que l’on sait, et ça fait peur.

Quant au style, j’ai été admirative : en plus d’une fluidité qui nous embarque sans aucune difficulté dans ces histoires parallèles, l’écriture est vraiment riche, belle, et constitue en tant que telle un bel hommage à Zola et à la littérature. Est-il nécessaire que je développe davantage d’arguments ou vous avez tous bien compris où je veux en venir avec mes gros sabots ? 😉 Amis fans de Zola, de littérature, ou intéressés par cette période historique, foncez, vous ne serez pas déçus !… Il sort demain en librairie. A bon entendeur…

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Un parfum de rose et d’oubli de Martha Hall Kelly

Si vous n’avez jamais entendu parler de Martha Hall Kelly, c’est que vous n’avez pas encore lu son précédent roman : Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, dont je vous parlais ici:

https://livresque78.wordpress.com/2018/01/17/le-lilas-ne-refleurit-quapres-un-hiver-rigoureux-de-martha-hall-kelly/

Voici donc un préquel, car l’auteure écrit une trilogie qui remonte dans le temps, nous sommes ici durant la première guerre Mondiale, nous découvrons entre autres Eliza, la mère de Caroline, une des trois femmes dont il est question dans le précédent roman. Si vous les lisez indépendamment où dans un ordre différent, aucun soucis. J’attendais donc beaucoup de cette nouvelle histoire qui s’inspire de faits réels et historiques et qui est également construite sur la base de trois histoires, celles de trois femmes. Des destins qui se croisent, s’entremêlent, se chevauchent, se bousculent violemment. On est ici sur un rythme et une émotion vraiment différents du premier roman, il est important de le savoir, car ce que j’ai, pour ma part ressenti lors de ma lecture de Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, était un choc total. Ici nous sommes dans un registre différent, qu’il est important d’aborder avec un œil neuf. Eliza, l’américaine qui, même si la vie lui donne quelques coups de poignard, a une existence, qui comparé à Varinka et Sofya, reste digne, elle n’abandonne pourtant pas ceux et celles qui ont moins de chance. Les deux jeunes Russes: Varinka, qui vit dans un dénuement total, et Sofya à qui tout souriait jusqu’à ce qu’elle perde tout et bien plus encore, vont déclencher chez vous, je n’en doute pas, de la colère, de la pitié et tout un tas d’émotions fortes.

Nous assistons ici, une nouvelle fois à trois destins de femmes fortes qui prennent et donnent ce que la vie leur a refusé, à elle mais également aux autres. Une période de l’histoire en plein milieu de la guerre 14-18, une guerre au milieu de la guerre!

Un roman qui même si émotionnellement il est moins fort que le précédent, reste une histoire forte à lire absolument car il parle de combats de femmes, il parle de courage, de sauver sa vie et celle des siens, de ne pas lâcher prise, de continuer, une belle leçon qui relativise encore une fois nos vies actuelles.

L’Affaire de l’homme à l’escarpin de Jean-Christophe Portes

Voici le troisième roman que je lis de cet auteur et je suis toujours aussi emballée. Vous souvenez-vous de ma chronique sur Minuit dans le jardin du Manoir ? Aujourd’hui, je vais vous parler de la suite de L’Affaire des corps sans tête, le premier tome des aventures de Victor Dauterive.

IMG_20190702_214121.jpgNous retrouvons notre jeune gendarme quelques semaines après la fuite du roi Louis XVI retrouvé à Varennes et ramené de force à Paris. La Révolution est encore dans tous les esprits et sur toutes les lèvres. Les Parisiens n’en ont pas fini avec leurs revendications et leurs questionnements. La fuite du roi a fait naître la colère et l’incompréhension au sein du peuple, mais surtout un sentiment d’abandon et de trahison de la part de Louis XVI et de La Fayette que l’on croit complice de cette fuite. Dans ce contexte très tendu, Danton, Robespierre et leurs compagnons revendiquent l’abdication du roi, tandis que Choderlos de Laclos, d’Orléans et son fils Chartres veulent profiter du désarroi général pour faire main-basse sur le pouvoir. Un complot politique donc qui va mêler pétitions, manifestations, violences, attentats et trahisons…

Comme pour le premier opus, ce deuxième tome est brillant. Jean-Christophe Portes s’est précisément informé sur cette période trouble, passionnante et foisonnante. On n’assiste pas à un cours d’Histoire, pourtant, c’est plus fort que cela, on le vit. L’auteur maîtrise parfaitement l’art de mêler fiction et éléments historiques au point qu’on apprend sans s’en rendre compte. Un vrai talent !

On découvre davantage le personnage de Victor. Alors que le premier tome s’attachait beaucoup à son passé, et notamment à sa relation avec son père et La Fayette, celui-ci nous dévoile un jeune homme en devenir, constamment préoccupé (quand ce n’est pas de sa survie) de ce qu’il deviendra professionnellement, personnellement ; de ce qu’il pense vraiment de la Révolution. Sa relation avec Olympe de Gouges est de plus en plus intéressante, celle qu’il crée avec Joseph est touchante. J’ai vraiment hâte de découvrir l’évolution de ce personnage loyal, courageux et si pudique.

Dernier point, enfin, que je tiens à aborder dans cette chronique, c’est le talent de Jean-Christophe Portes pour écrire une enquête politico-criminelle. C’est mené de main de maître. Les histoires se mêlent, s’éloignent, se rapprochent les unes des autres pour finalement apparaître comme une toile d’araignée fine et complexe. Je ne suis, à la base, pas férue des romans policiers, mais je dois reconnaître que dans ces aventures de Victor Dauterive, tout est fait pour que le lecteur soit happé par l’histoire du début à la fin. Il faut néanmoins ne pas trop étirer sa lecture, de peur de ne plus avoir en tête tous les éléments avec lesquels il faut jongler pour comprendre l’intégralité de l’intrigue. A aucun moment, on ne peut se douter de toute la machination : ça fait deux fois que j’essaie, deux fois que c’est un échec.. pour mon plus grand plaisir !

En bref, si vous aimez l’Histoire, si vous aimez les romans policiers ou les histoires de complot politique, vous serez servis avec cette remarquable saga.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

Des nerfs d’acier de Philippe Lemaire

Imaginez un Paris sans Tour Eiffel, sans Sacré-Cœur, à peine sorti de la Commune… Difficile, n’est-ce pas ? C’est pourtant le décor que plante Philippe Lemaire dans son roman Des nerfs d’acier qui paraît aujourd’hui aux Editions de Borée.

IMG_20190703_212949.jpgDans ce roman, nous sommes transportés à quelques années de l’exposition universelle, et quel voyage ! A l’instar du héros, Johan, nous débarquons dans ce Paris que nous ne connaissons pas et nous assistons, fascinés, à l’érection d’un monument qui fait naître bien des polémiques et nous savons quelle sera sa destinée dans le ciel de Paris. Du chantier initié par Gustave Eiffel j’ai moi-même appris beaucoup de choses passionnantes : je ne m’étais jamais posé la question de savoir comment ils avaient pu construire une telle chose à la fin du XIXe siècle, ne serait-ce que du point de vue logistique !

Mais l’histoire ne tient pas qu’à cela. Johan est un personnage attachant, épris de liberté et de littérature. Il va découvrir la vie parisienne, la vie tout court au contact de personnages variés et hauts en couleur : Malou et Ti Gouverneur, des expatriés martiniquais qui vont lui apprendre les réalités de l’esclavage et de la colère, mais aussi de l’amour et de la solidarité ; Moriaty et Massimo, ouvriers puis contremaîtres sur cet immense chantier qui vont lui donner le goût du travail et le sens de l’amitié ; Adèle qui va l’initier à l’amour et à la peinture ; Maxence, son frère, qui va lui faire une belle démonstration de la goujaterie ; des peintres, des ouvriers, des journalistes qui constituent une fresque vivante du Paris fascinant de cette entrée dans le XXe siècle.

Ce que j’ai vraiment énormément apprécié dans cette histoire, ce sont les nombreuses références à la littérature du XIXe siècle que j’aime beaucoup. Johan m’a fait tellement penser au Lucien de Rubembré des Illusions perdues de Balzac, ou au George Duroy, Bel-Ami de Maupassant : comme eux, il s’agit d’un jeune homme qui fuit la dictature socio-familiale, empreint d’idéaux et d’admirations littéraires, rimbaldiennes ici. Comme eux, croyant connaître un succès littéraire, il va devoir revoir ses prétentions à la baisse et se contenter du journalisme, avec ses codes et ses lois, pas toujours moraux. Mais Philippe Lemaire ne s’arrête pas là, sa culture littéraire lui permet de faire de Maxence un Bel Ami en puissance, qui profite de l’amour et de la richesse des femmes pour son épanouissement personnel, allant jusqu’au duel (qui tétanise autant George que Maxence). Les descriptions du chantier ont également quelque chose de zolien, on y sent l’influence de Germinal avec les descentes dans la mine ou de L’Assommoir lors des soirées passées par les personnages dans les cabarets (j’ai d’ailleurs noté la présence d’un ouvrier appelé Coupeau et d’un photographe appelé Lantier).

Le style de l’auteur est fluide, agréable et souvent beau. J’ai notamment relevé un passage qui s’annonçait très prometteur dès le début du roman:

« Les ivrognes se succédaient devant le comptoir. Chacun avait sa façon bien à lui d’encourager son vice. Tristesse ombrageuse de l’un, culpabilité fuyante de l’autre, arrogance méprisante du troisième, mais dans le fond, ils se ressemblaient tous avec les mêmes visages couperosés de tristesse, les mêmes voix râpeuses qui se perdaient dans un dédale de mots décolorés. »

La lecture que je vous propose aujourd’hui va vous faire vivre des aventures à dimensions spatiale, temporelle, littéraire et initiatique. Si vous aimez vous fondre dans une époque, dans des destinées romanesques, vous ne pouvez qu’adorer ce roman… Laissez-vous embarquer !

Quatrième de couverture : À la fin du xixe siècle, le jeune Johan de Winkler quitte sa Lorraine natale pour prendre le chemin de la capitale avec la ferme intention de marcher sur les traces de Rimbaud. Un destin malicieux et les rudesses de la vie se chargeront de faire voler ses ambitions en éclats. Si la littérature perd un poète, l’époque y gagne un témoin : devenu journaliste, Johan rendra compte de la construction de cette tour Eiffel qui va célébrer à la fois le centenaire de la révolution de 1789 et le triomphe du génie industriel français, mais aussi des scandales qui secouent alors la France. À Montmartre où il vit, tandis que s’affirme l’Impressionnisme, il croise marlous, peintres sans le sou et modèles à la si charmantevertu. D’un côté les forçats de l’acier, de l’autre la Butte, ses artistes, ses cabarets, son esprit libertaire. Deux mondes que tout oppose en apparence. Johan de Winkler parviendra-t-il à les réconcilier, le temps de cette virevoltante histoire d’amour et d’amitié, authentique épopée de l’âme humaine ?

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Un souffle d’indépendance (Les Conquérantes, Tome 3) d’Alain Leblanc

Magistrale… Cette fin de saga est tout simplement géniale. J’attendais le troisième tome de cette série d’Alain Leblanc chez FrenchPulp Editions depuis longtemps et je ne suis vraiment pas déçue du voyage.

Alors que le premier tome nous présentait Clémence née en 1890, mariée à un homme qu’elle ne connaissait pas et destinée à rester au foyer, nous assistions à la passionnante prise de pouvoir de cette femme sur son mari, sur la société, sur son destin. Le second tome nous avait transportés dans la Seconde Guerre Mondiale aux côtés de Clémence et de ses filles, dont l’une revendiquait son indépendance et son engagement, Gilberte, et l’autre, Noémie, avait été mariée à un sympathisant de la politique d’Hitler. Le dernier opus nous invite à découvrir la génération suivante, celle de Marianne (l’une des filles de Noémie), de ses sœur et cousines, dans la seconde moitié de ce XXe siècle, qui fut celui du début de l’émancipation féminine.

IMG_20190629_224308.jpgJ’ai eu le plaisir de voir renouer l’auteur avec le type d’histoire que nous avions dans le premier tome, le deuxième tournant essentiellement autour des problèmes inhérents à la Seconde Guerre Mondiale en France (collaboration, résistance, protection ou délation des Juifs…). Ici, les conflits mondiaux, fort nombreux du reste, constituent une toile de fond sur laquelle les destins de Marianne, Lise, Carole, Anne et les autres s’écrivent peu à peu.

Et quel destin ! Cette période (des années 1960 aux années 2000) va être celle de la légalisation de l’IVG, de la multiplication des divorces, de l’entrée des premières femmes à l’Académie, au gouvernement, de la pénalisation du « viol » comme crime mais aussi celle de l’OAS, du SIDA, de l’immigration et de la découverte des traditions atroces comme l’excision, après les horreurs qui s’étaient multipliées avec les faiseuses d’anges. Carole, Marianne, Ninon ne sont pas que des témoins de tout cela, elles en sont des victimes, des actrices. Elles conquièrent difficilement un bonheur qu’elles ne trouvent toutes qu’après cinquante ans, forcées qu’elles sont, auparavant, de se battre pendant leurs études, contre leur(s) père(s), contre leurs maris qui deviennent souvent autoritaires et violents, contre la société qui peut leur retirer leurs enfants, contre la loi qui refuse de statuer sur tous ces  trous béants dans la législation sur le statut des femmes. J’ai avec plaisir recroisé les personnages historiques centraux dans cette évolution.

Mais surtout, après l’ébranlement que furent les deux conflits mondiaux, ce ne sont pas seulement les femmes qui doivent se battre. Les combats de Marianne croisent ceux de Steve et des Américains contre la guerre du Viêtnam, des défenseurs des nationalistes pendant la guerre d’Algérie, des jeunes révoltés contre le système de 1968, mais aussi des homosexuels contre le Sida ou des pères qui, eux non plus, ne peuvent rien contre un divorce qui leur retire leurs enfants. Une vie et un bonheur qui s’arrachent dans le sang et dans les larmes.

Je pense sincèrement qu’il est nécessaire de rappeler à quel point nous, femmes d’aujourd’hui, sommes redevables à toutes celles qui se sont battue pour que l’on puisse épouser qui l’on veut, monter une société individuellement, avoir un compte en banque,  mener ou non une grossesse à son terme, quitter un homme que l’on n’aime pas, porter plainte à la suite d’un viol et espérer que le coupable aille en prison pour longtemps.

Les héros de cette saga (parce que, oui, certains hommes aident les femmes dans leur lutte, ils sont même assez nombreux, le roman n’est absolument pas manichéen) sont à des postes stratégiques (cabinets d’avocat, gouvernement, hôpitaux, presse) et se dressent ainsi en témoins privilégiés des changements de la société.

Parallèlement à ce travail d’archive exceptionnel mené par l’auteur, Les Conquérantes se distinguent aussi comme une fiction aux qualités remarquables. Tous les personnages sont finement construits avec leurs histoires, leurs désirs, leurs traumatismes, leurs complexités. Leurs relations sont également d’une richesse rare : à l’amour familial s’ajoutent des antécédents générationnels, des intrigues qui ne les touchent même pas directement. Toutes ces données construisent une mosaïque de personnages hauts en couleurs et attachants.

La destinée de Marianne est vraiment palpitante. Privée très tôt de ses parents qui l’avaient éduquée dans l’idée que la révolte était nécessaire, elle va se construire comme l’opposé des autres femmes : elle ne veut pas se marier, elle ne veut pas forcément d’enfants… Pourtant la vie suit son cours : elle tombera amoureuse, elle fera des erreurs, elle sera heureuse… souvent, elle souffrira… beaucoup !

J’avais déjà été vraiment emballée par les deux premiers tomes mais celui-ci m’a définitivement conquise, je ne peux que chaleureusement vous le conseiller, vraiment !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)

La promesse de l’apiculteur de Fiona Valpy

Je vous propose de découvrir un superbe roman, une alternance entre deux belles et touchantes histoires, celles de deux femmes, l’une est forte et la seconde va le devenir.

Fiona Valpy connaît la France, elle l’aime et cela se sent, elle nous emmène dans le sud-ouest durant deux époques différentes: de nos jours où elle nous présente Abi, une jeune femme au cœur et au corps brisés, et en 1938 où nous découvrons cette merveilleuse jeune femme qu’est Eliane. Abi a besoin de se reconstruire, une rencontre issue d’un hasard ou d ‘un coup de pouce du destin va l’amener à découvrir la vie et l’histoire d’Eliane et de sa famille, les Martin, qui vont subir l’occupation de leur ville et de leur quotidien par les Allemands durant cette terrible période qu’a été la Seconde Guerre mondiale. Abi va, 70 ans plus tard, au travers de la narration qui va lui être faite de cette incroyable combat familial, apprendre à guérir, découvrir le sens du courage, de la résilience malgré les maltraitances et les difficultés de la vie. Une leçon de courage dont elle avait besoin pour reprendre sa vie en mains.

Un roman qui malgré le sujet et l’époque dont il traite est un hymne à la France, à la nature, à la famille et surtout un hymne au courage des résistants qui chacun à leurs façons ont combattu l’occupant et ont refusé la barbarie. De petites ou de grandes actions, mais des actions qui ont sauvé des vies en grand nombre.

Tout au long de ce roman, le lecteur entend les abeilles bourdonner à son oreille et il hume les fleurs qu’elles butinent. Des bouquets de saveur qui malgré les privations qu’ont engendrées cette guerre, la volonté de cuisiner, de profiter de quelques plaisirs sucrés, le potager d’Eliane, les tisanes et infusions de Lisette ou de Mme Boin, L’auteure, vous l’aurez compris, parvient à toucher nos cœurs de nombreuses façons. J’ai aimé cette famille ainsi qu’Abi, même si l’histoire est moins centrée sur elle. Ce livre est un parfait mélange de tout ce qui fait pour moi le succès littéraire, une très belle lecture, vraiment!

http://www.city-editions.com/index.php?page=livre&ID_livres=1037&ID_auteurs=539

Résumé:

Le cœur brisé après la mort (brutale) de son mari, Abi prend un emploi d’été au château de Bellevue. La propriété campagnarde résonne des voix du passé et Abi se retrouve happée par l’histoire et les secrets d’Eliane, une femme qui a vécu là autrefois. En 1938, Eliane s’occupait des ruches de la propriété. Elle y est tombée amoureuse et croyait en un avenir radieux. Mais l’Histoire avait d’autres projets pour la jeune apicultrice qui a rejoint la Résistance… au risque de tout perdre. 70 ans plus tard, grâce à cette histoire étrangement similaire à la sienne, Abi marche dans les pas d’Eliane et retrouve goût à la vie. Même dans les pires moments, il y a toujours de l’espoir. Surtout quand, telles les abeilles, on fait partie d’une communauté où l’amitié permet de surmonter toutes les tragédies.

Une vie de carrosse de Jean-Marie Catonné

C’est ma première lecture d’un ouvrage paru aux éditions Héloïse d’Ormesson, et je dois dire que je ne suis pas déçue. Comme vous pouvez le constater, l’objet est vraiment beau, la couverture est sublime, les couleurs sont harmonieuses et le logo de la maison d’édition est lui aussi très joli.

Le fond n’a pourtant rien à envier à la forme : j’ai beaucoup aimé ce roman historique. C’est une période mouvementée que nous donne à lire Jean-Marie Catonné puisque nous suivons notre héroïne, Clarisse, de la fin du règne de Louis XV jusqu’à la seconde Restauration après le deuxième empire de Napoléon Bonaparte. Ces nombreux changements de régimes (monarchie absolue, monarchie constitutionnelle, république, empire, restauration, cent jours…) font de cette période un moment charnière et complètement instable, et ça je le savais.

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Ce que j’ignorais en revanche, c’est à quel point le monde du théâtre avait subi de plein fouet tous les changements liés aux nouveaux régimes. En suivant Clarisse, fille d’aubergiste, violée par Louis XV, comédienne de foire, puis à la Comédie Française, devant affronter alors tous les conflits liés à la nature de « troupe royale » de celle-ci, on se rend compte que le monde de la scène a cristallisé les problèmes politiques et sociaux de l’époque. Les jugements portés sur les comédiens, par l’Eglise évidemment mais aussi par les détenteurs du pouvoir et par le public lui-même, ont changé au gré des années, des tendances, au point de faire de ces hommes et femmes des stars avant l’âge ou des prisonniers risquant la peine de mort.

La galerie des personnages est impressionnante, on côtoie des individus fictifs évidemment, aux côtés de personnalités historiques (Louis XV, Louis XVI, Marie-Antoinette, d’Artois, Bonaparte, Louis XVIII, Beaumarchais, Talma) mais on ne se perd jamais. J’ai beaucoup aimé retrouver toutes les anecdotes historiques bien connues et les voir servir l’avancée de l’intrigue. Rien n’est dit sans raison, tout est lié, plus ou moins directement à Clarisse.

L’héroïne est un personnage intriguant, autant qu’attachant. Je me suis dit, à plusieurs reprises, qu’elle manquait de sentiments, d’une intériorité profonde, d’une complexité humaine mais cette froideur a une explication. Clarisse ne surmontera jamais l’horrible épreuve que fut la perte de sa virginité, un complot barbare liant son père à un « triste sire » qui aurait pu être son grand-père. Clarisse aime, mais ne sait pas forcément le montrer, Clarisse est détruite dans ce qu’elle avait de plus vrai, et elle devient alors comédienne sur scène et dans la vie. Adrien lui-même, alors qu’on voudrait y croire, ne parvient pas à rallumer la flamme, le brasier n’a pas été seulement soufflé, il a été piétiné, irrémédiablement détruit.

C’est dans ce contexte de violence, d’insécurité et de trahison que Clarisse devient femme, actrice émérite mais peu reconnue. J’ai vraiment été passionnée par tout ce que ce roman, sans être jamais pédant ou trop documentaire, nous apprend du monde du théâtre et j’ai beaucoup souri, car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, on y trouve de nombreuses pointes d’humour, grinçant parfois, mais quand même drôle.

Si vous aimez l’Histoire, si vous aimez le théâtre, si vous aimez suivre la destinée d’un personnage original, si vous aimez les romans documentés et bien écrits, alors vous ne pourrez que vous régaler à la lecture de ces pages. Et pour information, il sort aujourd’hui en librairie… A bon entendeur !

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)