La Belle Cévenole de Marie-Claude Gay

Vous connaissez mon amour pour les romans historiques ? Je dois dire que j’ai été bien servie pas le roman de Marie-Claude Gay. En plus d’être une histoire bien menée, la période au cœur de l’intrigue ici est finalement assez rarement traitée.

Louis XIV a révoqué l’Edit de Nantes qui mettait fin aux guerres de religion et reconnaissait le droit aux Protestants de pratiquer librement leur culte. Le roi fait la guerre aux huguenots. Ses Dragons sont envoyés dans tout le royaume pour massacrer une partie de la population. En 1702, ils arrivent dans les Cévennes, où vivent Clémence et sa famille. Un soir, le père part pour une mission. Chaque membre de la famille sait ce qu’il doit faire si Victor ne rentre pas. Ils doivent fuir, séparément, pour se retrouver par la suite. Malheureusement, l’inévitable se produit et Clémence se retrouve sur les routes.
La jeune fille doit se méfier de tout le monde. Si on découvre qu’elle est protestante, elle sera tuée dans d’atroces souffrances. Survivra-t-elle ? Retrouvera-t-elle les siens ?

Une guerre civile, intestine, au nom de la religion ; des scènes d’une violence inouïe, une haine fondamentalement injustifiée, des populations qui s’exilent, qui se cachent, qui mentent et qui se sentent constamment en danger. Ces drames de l’Histoire ne font décidément que se répéter depuis des siècles et il est ici flagrant de retrouver ces élans de colère, d’aveuglement, de fanatisme que nous connaissons encore aujourd’hui, bien malheureusement.

J’ai été vraiment sensible à la volonté de Marie-Claude Gay de ne pas diaboliser les Catholiques au profit des Protestants. Au contraire, on voit très rapidement que la folie furieuse concerne les deux camps, que les victimes sont aussi nombreuses d’un côté que de l’autre, que les soldats ne sont pas de plus fervents croyants que les « parpaillots », pas plus convaincus que ce qu’ils font est juste et bien. Ça ne se sent pas uniquement parce que les deux héros sont de deux camps différents, mais, plus subtilement, parce que chaque personnage intelligent, profond hésite, doute de sa foi, de son roi, de l’humain d’une manière générale.

Toutefois, si j’ai été vraiment prise par les aventures de Clémence, si j’ai vraiment voulu savoir comment elle allait s’en sortir, j’ai trouvé l’histoire trop rapide finalement. Les personnages sont bien campés dès le début, ce qui permet de s’attacher à cette famille avant de vivre de l’intérieur leur intolérable séparation. Mais après l’arrivée de Clémence au port, les choses vont beaucoup trop vite à mon goût (son amnésie, les retrouvailles avec un ancien ennemi, la fin « heureuse » ou non, d’ailleurs). C’est dommage car du coup, sur la fin, j’ai moins adhéré au roman, j’y ai moins cru.

La Belle Cévenole reste néanmoins une lecture agréable qui montre une connaissance fine, passionnée et passionnante de l’auteure pour cette période conflictuelle, un roman qui se lit avec plaisir et que je vous conseille si la question des guerres de religion vous intéresse. Vous y apprendrez plein de choses, sans même vous en apercevoir…

Priscilla

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Surtout le pire de Lou Vernet

Lou Vernet vous propose ici, il faut que vous le sachiez un roman noir qui donne le ton dès les premières pages. Une véritable claque, une gifle qui va vite effacer cette envie de dormir qui vous a prise à l’instant où vous vous êtes dit que vous alliez lire quelques pages au lit, il est tard, vous travaillez demain et pourtant, impossible de quitter cette lecture que vous sentez immédiatement être différente.

Des chapitres courts qui amènent vite le lecteur au rythme de ce livre, comme une respiration qui s’accélère, le cœur se met à battre lui aussi plus rapidement et le piège est amorcé. Une dualité ressentie tout au long de l’histoire, entre les deux principaux personnages bien-sûr Raph et Jim, mais également dans les sentiments, le bien et le mal, la mort et la vie. Des protagonistes qui sont tous plus ou moins en souffrance morale, avec un passé qui rend le présent étouffant, presque impossible. Des images fortes, des souvenirs, des traumatismes qui mettent les êtres en souffrance permanente et les empêchent d’accéder au bonheur qui s’offre à eux. Une histoire, vous l’aurez compris, dure, noire et sans aucune pitié mais le tour de force est de rendre presque belle cette noirceur, cette souffrance. Parvenir à en tirer de l’émotion semble fou mais possible, les plus grands poètes et écrivains ne sont-ils pas les plus torturés?

L’écriture de Lou Vernet est très atypique, elle parvient à vous parler de souffrance, de douleurs avec un style très littéraire presque poétique, elle parvient à vous raconter le plus noir avec cet amour des mots tellement évident. Un roman qui une fois achevé colle à l’esprit, laisse une trace, une interrogation. Un vrai coup de maître, bravo Lou!

Throwback Thursday Livresque N°24

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 17 octobre: Fantasy

Avec ce thème je ne pouvais décemment pas passer à côté de l’un de mes auteurs favoris, un de ceux qui touche à tous les styles et par conséquent un public nombreux: Henri Loevenbruck avec La moira.

C’est donc une réédition de 950 pages parue en 2017 chez J’ai Lu, elle contient les trois livres:  La louve et l’enfant, La guerre des loups et La nuit de la louve. Un pur bonheur de Fantasy avec le talent qui n’est plus à démontrer de l’auteur. La magie y est bien entendu présente mais ce livre recèle bien davantage, je vous laisse le découvrir en lisant ma chronique:

https://livresque78.wordpress.com/2017/10/16/la-moira-le-cycle-des-loups-integrale/

Lou après tout II La communauté de Jérôme Leroy

C’est avec le plus grand des plaisirs que je viens vous parler du tome 2 de Lou après tout. Attention, si vous n’avez pas lu le premier tome, passez votre chemin, car je risque de vous en dévoiler trop. Voici ce que je vous disais du tome 1 de cette trilogie: https://livresque78.wordpress.com/2019/05/28/lou-apres-tout-tome-le-grand-effondrement-de-jerome-leroy/

J’ai passé un excellent moment, une fois de plus, à retrouver Lou là où je l’avais laissé avec tant de peine et de tristesse, ce deuxième opus approfondit la découverte de cette jeune fille dont on ne sait que très peu au final. Cette jeune fille, à l’histoire hors du commun dans ce monde apocalyptique, va devoir continuer seule, elle n’a plus Guillaume à ses côtés, à l’horreur de sa vie va se mêler la solitude et le chagrin incommensurable qui l’habite. Comment s’en sortir, comment trouver encore la force de vivre, de faire face, de tenter de survivre encore et toujours? Mais le sort n’en est pas jeté, la route de Lou va être jalonnée de rencontres, belles pour certaines mais pas toujours, une nouvelle vie peut-être? Lou est entière, elle aime à 100%, elle va encore une fois nous le démontrer. L’amour d’un homme, d’un enfant, d’un ami, des sentiments qui portent et qui donne la volonté d’avancer encore, notre jeune héroïne va découvrir qu’un cœur blessé peut encore aimer, qu’un avenir est encore possible, que le désir de vivre peut donner des ailes.

Un deuxième tome dont l’intensité monte en flèche, les situations tendues sont nombreuses, pourtant la poésie reste omniprésente, l’amour des mots et des livres aide Lou à rester forte et digne, cette passion transmise par Guillaume lui donne une échappatoire à ce monde de fous. Davantage de personnages, de rebondissements, on sent que le cocon que Guillaume avait créer autour de Lou et lui même n’existe plus, le duo qu’ils formaient n’existe plus, Lou doit s’ouvrir pour survivre. L’auteur donne donc avec beaucoup de talent un impulsion à son histoire, il avait lors du premier tome appâté le lecteur, cette fois il le ferre.

Je termine donc ce livre avec une impatience qui va être difficile à gérer, comment vais-je pouvoir attendre? Bref, si vous n’avez pas encore découvert cet auteur et cette saga Française, je ne peux que vous inciter à vous rendre chez votre libraire préféré.

Ils ont aimé le tome 1:

Lou après tout, tome 1 : Le grand effondrement – Jérôme Leroy

Lou après tout : LE roman post-apo de 2019 ?

Un fils obéissant de Laurent Seksik

Vous le savez tous, il y a des romans qui nous passionnent, qui nous fascinent, qui nous révoltent, qui nous interrogent… Et puis il y a ces romans qui nous scotchent, tellement ils sont humains, des romans dont on sent qu’ils sont comme des amis intimes, de ceux qui nous connaissent mieux que personne…

Un fils obéissant fait partie de ces rares textes qui m’ont parlé comme peu de textes savent le faire, avec une humanité, une simplicité et une beauté qui m’ont autant émue que le sujet du livre.

C’est l’histoire d’un quinquagénaire qui vient de perdre de son père et qui, un an après le drame, se souvient de ses derniers instants avec lui. C’est aussi l’histoire d’un enfant qui voue un culte à cet homme qui lui apprend la Vie, qui lui apprend tout, qui le porte, même quand il n’a plus envie d’être relevé. C’est l’histoire d’un quinquagénaire qui vient de perdre son père mais veut rester l’enfant auprès de son papa.

Laurent doit écrire un discours en hommage à Lucien. Mais comment rendre hommage à ces êtres qui nous créent, nous construisent, nous blessent parfois, mais nous aiment, comme jamais plus personne ne nous aimera ? Comment faire de cet hommage un texte qui ne soit pas triste mais qui ne soit pas non plus dépourvu de ce sentiment de manque affreux dont on ne se défait jamais ? Laurent Seksik a pansé mes blessures, sans essayer de les masquer par l’oubli ou la détermination, simplement en le nommant, en parvenant à dire l’indicible, de l’amour et de la peine, de l’admiration et de la colère, de la reconnaissance et du deuil.

La force de ce texte réside dans la parfaite maîtrise d’une alternance toujours juste entre sourires aux lèvres et larmes aux yeux. Car c’est là qu’est la vérité, c’est ce qu’explore ce texte, ce petit espace de flottement entre le souvenir heureux et le sentiment de vide qui lui succède inévitablement.

« Je pleurais comme certains esprits simples disent qu’un homme ne devrait jamais pleurer, anéanti de douleur, un édifice effondré sur mes épaules, je pleurais de désespoir, liquéfié, dissous, manquant de souffle et d’air. Mais le plus étrange était que ce saccage intime qui me laissait plus abattu qu’un boxeur après son combat, loin de m’affliger, s’accomplissait dans une sorte d’extase, car cet abîme de désolation, plongée à l’écart di monde, m’accordait de partager un dernier moment avec mon père. »

C’est un texte fort, beau, profondément vrai et tellement touchant. On y retrouve les émotions positives de l’enfance idéale, les colères amusantes de l’adolescence contrariée, les dilemmes de l’adulte en devenir et les maux de l’adulte qui regrette son enfance mais regarde vers l’avenir. Le portrait de Laurent qui se dessine en filigrane dans ce récit est celui, sans concession, de l’homme, de tous les enfants qui ne le sont plus, le mien, et très certainement, le vôtre aussi…

Priscilla

Throwback Thursday Livresque n°23

Conçu sur le même principe que le Throwback Thursday d’Instagram, Bettie du blog Bettie Rose Books a pris l’initiative d’en faire un rendez-vous livresque en 2016. Le but est de parler chaque jeudi d’un livre « ancien » de notre bibliothèque en fonction d’un thème donné. Bettie a passé le flambeau, désormais le récap’ des liens se fait sur le blog my-bOoks.com. Venez y participer.

Thème de cette semaine, 10 octobre : Les métamorphes

Après le succès de Twilight, Vampire Diaries, Teen Wolf et autres sagas ou séries du même acabit, on a vu fleurir dans les étagères de nos libraires ou, en ce qui me concerne, de nos CDI, des romans plus ou moins réussis sur le thème des métamorphes.

Je me souviens avoir lu, il y a fort longtemps (bon d’accord 6 ans seulement), les deux tomes de Zoanthropes de Mathias Rouage que j’avais beaucoup aimés, au point que je les avais conseillés à mon père et à ma cousine qui avaient, eux aussi, bien apprécié l’intrigue et l’écriture. Seulement voilà, j’en ai lu des romans en 6 ans et je n’avais pas de blog à l’époque, il ne m’en reste donc qu’un vague souvenir, mais un vague souvenir uniquement positif… Une histoire bien construite, des personnages attachants et un style vraiment agréable. Désolée de ne pouvoir faire que cela cette semaine… Mais au moins, on est dans le thème !

Voici la quatrième de couverture :

Dans un futur flou, le monde humain doit faire face à la menace des zoanthropes, des hommes ayant la capacité de se changer en hybrides, mi-hommes, mi-animaux. Ces créatures redoutées inspirent la terreur. Shina Sirkis, jeune humaine, découvre que son destin est lié à une ancienne guerre. Découvrant sa zoanthropie, elle devra quitter son propre pays fuyant à la fois les humains, et une organisation mystérieuse.
 De péripéties en rebondissements, Shina comprend qu’elle ne voit que la partie émergée de l’iceberg. L’Histoire telle qu’elle la connaît n’est peut-être pas celle qu’on a bien voulu lui raconter.

J’ai hâte maintenant de voir ce que vous avez choisi aujourd’hui…

Priscilla

Le goût du gâteau Basque de Candice Politis

J’ai fais la découverte de ce roman sur les réseaux sociaux lors de mes vacances au Pays Basque, je ne pouvais que m’y intéresser. Entre le titre et le quatrième de couverture, tous les aspects de la gourmandise y sont évoqués.

Candice Politis nous propose ici un roman où l’amour est présent à chaque instant, il est fort et puissant, il évoque chez chacun d’entre nous des émotions ressenties à un moment ou un autre de nos histoires d’amour. Les premiers émois d’une relation, la volonté de plaire, la peur de décevoir, nous avons tous vécus ce sentiment si fort, qu’il occupe notre esprit à chaque instant, qui nous fait attendre le SMS ou l’appel, qui nous fait voir des signes dans chaque chose, ce besoin d’être rassuré.

Gaby n’a pas fait que me rappeler des souvenirs émus, elle m’a également agacé par son innocence, son côté énamouré qui prend quelques fois trop de place, mais cela aussi nous l’avons tous vécu, c’est juste qu’aujourd’hui j’ai l’âge d’être plus raisonnable et le recul nécessaire sur la vie.

J’ai aimé ce livre à n’en pas douter, il a créer chez moi des sentiments divers et extrêmement intenses, j’étais émue puis irritée, je n’avais qu’une envie celle de rentrer dans l’histoire et de parler à Gabrielle, l’objectif est atteint car j’ai vécu cette histoire, elle m’a embarqué pour une nouvelle virée au Pays Basque, ses plages et ses gâteaux Basque… Car ce titre, cette référence au gâteau, ce rituel familial ramènent chacun de nous à son enfance, aux odeurs et aux saveurs qui la rappelle à notre mémoire.

Candice Politis nous raconte la vie, ce qui importe, ce qui la rend belle et puissante: l’amour! Merci de m’avoir ramené en vacances durant quelques heures trop courtes certes, mais qui me resteront en mémoire.

Du sang sous les acacias de Bernadette Richard

Du sang sous les acacias est un roman surprenant, il met à l’honneur la faune d’un bout à l’autre de l’histoire. Bernadette Richard parvient même à mettre en évidence des amitiés animalières improbables. Mais ce roman a bien d’autres atouts, tout d’abord l’écriture aux descriptions qui projettent le lecteur sur les lieux des événements. Il faut dire que les lieux en valent la peine, entre la Tanzanie, la Suisse et la France, le lecteur voit du pays, sans compter les origines des personnages que l’auteure y dépose. Parlons en des personnages justement, ils ont la qualité d’être frais et légers malgré les dangers et les difficultés qui les amènent à nous, car un humour discret et qui donne une saveur toute particulière à cette lecture, est présent tout au long de la lecture et c’est extrêmement agréable.

Même si l’enquête sur les cœurs arrachés restent le point central, l’auteure s’amuse avec les lieux et les événements, elle joue des situations cocasses et surtout avec nos amies les bêtes à qui il parait évident qu’elle porte beaucoup d’amour.

J’ai donc non seulement rencontré des hippopotames mais aussi des girafes, des éléphants, des chiens, des chats mais aussi des boas et attention la savane n’est pas le lieux commun de toutes ces rencontres. Il est temps à présent que vous découvriez cette histoire à part, cette parenthèse qui même si elle met le doigt sur d’abominables crimes, met aussi en évidence la beauté du règne animal.

Je dois juste vous parler du MAIS, car oui il y a un MAIS, je suis malheureusement déçue de la fin de cette histoire qui était pour moi quasi parfaite, je l’aurais voulu cette fin un peu plus rocambolesque, un peu moins prévisible. Je vous laisse vous en faire une idée par vous même… Bonne lecture.

Journal de L. de Christophe Tison

J’ai bien fait d’enchaîner les lectures de Lolita et de Journal de L. Les perspectives offertes par Christophe Tison dans cette réécriture du mythe de la nymphette sont tellement riches. J’ai apprécié le talent avec lequel, sans rien dénoncer, l’auteur dévoile les mensonges, les omissions de Humbert Humbert. Dans le roman de Nabokov, je vous en parlais dans ma chronique, la petite fille est présentée comme une femme fatale, responsable du désir, de la passion qu’elle insuffle à son pauvre beau-père, victime de son amour vicieux.

Avec ce pendant aux réflexions de Humbert, la vérité semble reprendre ses droits. Christophe Tison veut laisser à Dolores la possibilité de se justifier. Bien sûr, cette gamine, que son beau-père a odieusement forcée à grandir, joue de ses charmes, mais on sent bien ici que c’est ce qu’on lui a appris à faire. La principale victime des charmes de Lolita, c’est Dolores, elle n’en joue que pour s’en sortir. Que veut-elle ? Où va-t-elle ? Que risque-t-elle ? Comment voulez-vous qu’elle en ait conscience ? Elle n’a que douze ans…

Ce texte possède une vraie profondeur : la plume de la jeune narratrice évolue très nettement entre la première partie et la fin, mimant ainsi son évolution, sa prise de maturité, même si le recul qu’elle semble réussir à prendre paraît justement parfois trop réfléchi, mais qu’importe. Tout m’a paru juste, tout m’a paru vrai. Ma deuxième lecture du roman de Nabokov ayant dépassé le simple rejet de cette fiction pédophile, j’avais trouvé dans le roman de trop nombreux silences, des éléments qui m’avaient interloquée et étaient restés sans suite, notamment autour des transformations physiques de la jeune nymphette. J’ai vraiment eu l’impression, en découvrant ce journal, que la lumière était enfin faite sur cette sombre affaire. Aucune incohérence, aucune fausse note !

De fait, le récit est violent, cru, amer, il ne peut en être autrement. Mais Christophe Tison est d’une grande subtilité : on éprouve inévitablement de l’affection pour cette jeune fille qui doit apprendre à se détacher de son corps pour survivre, s’en détacher pour en devenir une simple spectatrice, s’en détacher pour en faire commerce quand il le faut. Justice est faite : Dolores Haze n’est plus simplement Lolita, Humbert n’est plus simplement l’amoureux transi, Clare Quilty n’est pas le Sauveur, Rick n’est pas le butor naïf et complaisant. Tout reprend sa place et on sent que ce rééquilibrage tenait vraiment au cœur de l’auteur, et fait du bien à celui des lecteurs…

Une vraie belle découverte, une preuve s’il en faut encore une que la littérature peut toujours se réinventer, se réécrire, un ultime signe du génie de Nabokov qui avait déjà, je le pense sincèrement, imaginé tous ces interstices laissés volontairement en blanc, comme autant d’appels à la voix de Lolita, qu’il fallait juste faire entendre ! Bravo Christophe Tison, et merci aux éditions Goutte d’Or.

Priscilla (@Priss0904, @litterapriscilla, Page Facebook)