Les Classiques de Priscilla – Phèdre de Jean Racine

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Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un classique parmi les classiques : Phèdre de Jean Racine. Je l’ai lu une première fois au lycée, il y a … quelques années ! Puis en première année de Lettres Modernes à l’université pour le cours de Littérature comparée. En préparant le concours évidemment. Et pour moi, après, souvent… Pourquoi cette pièce me touche-t-elle ? Pourquoi suis-je tant émue par son intrigue ? Je vais tenter de l’expliquer.

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L’histoire, tout le monde la connaît, ou presque ! Phèdre, sœur d’Ariane (épisode du Minotaure) et « fille de Minos et de Pasiphaé », épouse de Thésée, plus âgé que lui, tombe amoureuse du fils de Thésée, Hippolyte, au premier coup d’œil. Sachant cet amour impossible car presque incestueux, moralement en tout cas, Phèdre se retranche derrière une apparence de marâtre et parvient à éloigner l’objet de ses vœux du palais. Forcée par son mari lui-même à le rejoindre quelques années plus tard, elle se rend compte que sa passion ne s’est pas éteinte. Thésée quitte le palais pour combattre et on annonce sa mort. Phèdre voit là une urgence, celle de placer son propre fils comme héritier légitime, mais aussi une entrave en moins à ses désirs. Elle avoue, sous le coup de la colère, son amour à Oenone, sa nourrice, puis à Hippolyte lui-même. Devant un refus qui blesse son orgueil, Phèdre fulmine, souffre, d’autant plus qu’Hippolyte aime ailleurs, une certaine Aricie que Thésée maltraite à cause de la trahison de ses frères. Pire encore, Thésée revient, sa mort n’était qu’une rumeur. C’est là que les choses se précipitent : il faut sauver l’honneur, empêcher Hippolyte de parler, à tout prix. Et je n’irai pas plus loin, au cas où certains d’entre vous n’auraient pas encore lu cette magnifique pièce. Toutefois, le fait que ce soit une tragédie doit vous aiguiller.

L’intrigue en soi est assez complexe mais ce n’est pas ce qui me passionne le plus dans cette pièce. Cette tragédie est une tragédie du langage. A part à la fin, il n’y a aucune véritable action, tout se passe dans les mots… Et quels mots ! Racine a le don de m’embarquer quand il fait parler ses personnages :

  • d’acharnement du sort : « Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire » « Les dieux m’en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc / Ont allumé le feu fatal à tout mon sang, / Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle / De séduire le cœur d’une faible mortelle. »
  • de culpabilité : « J’ai conçu pour mon crime une juste terreur. / J’ai pris la vie en haine et ma flamme en horreur »
  • d’amour : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. / Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue. / Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais plus parler. / Je sentis tout mon corps et transir, et brûler. »  « Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée ; / C’est Vénus tout entière à sa proie attachée. »

Il y en a évidemment bien d’autres, que je vous invite à découvrir par vous-mêmes. Cette pièce, c’est celle de l’amour impossible (encore !), de l’amour incestueux (pas tout-à-fait), de la culpabilité, de la jalousie destructrice, de la haine de soi-même surtout. Ces vers me donnent des frissons, pas vous ?

Priscilla (@Priss0904)

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Les Classiques de Priscilla – Le Roi se meurt de Ionesco

Je vous en avais déjà parlé quand je me suis présentée : j’aime beaucoup lire des classiques de la littérature. J’en ai lu beaucoup, forcément, et je ne compte pas vous faire de chroniques sur tous ceux que j’ai aimés, ce serait long pour moi et sûrement fastidieux pour vous. Mais je me dis que ça pourrait aussi dépoussiérer certains de nos vieux auteurs si, au détour d’une lecture de ce genre, je vous faisais un petit article sur ce que j’en ai pensé.

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J’ouvre donc la série « Les classiques de Priscilla », en quelque sorte, en espérant que certains d’entre eux inspirent certains d’entre vous.

davRécemment, donc, j’ai découvert Ionesco grâce à la pièce Le Roi se meurt. J’ai toujours été assez peu réceptive à ce qu’on appelle l’absurde (Beckett, notamment), j’en ai lu pendant mes études et de fait, ceux qui ne m’avaient pas été imposés, je les ai laissés…loin ! Mais cette fois, c’est différent !

Si la pièce reste loufoque, les symboles sont clairement déchiffrables et le message nous parle à tous : comment réagit-on face à la mort ? Evidemment, ici, c’est un roi qui meurt, mais justement, c’est, je pense, pour mieux nous montrer que le pouvoir est complètement vain à ce propos.

On sourit, on rit même parfois, on rit jaune aussi, on a pitié de ce roi médiocre. Bref, on s’interroge et on se reconnaît, même, dans quelques passages. J’émettrais néanmoins une réserve : si le début m’a vraiment plu et embarquée, j’ai trouvé la pièce vite répétitive. A force de longueur, on en vient à souhaiter que le roi meure…un peu plus rapidement !

Quelques citations qui m’ont plu :

« Mon chéri, mon Roi, il n’y a pas de passé, il n’y a pas de futur. Dis-le-toi, il y a un présent jusqu’au bout, tout est présent ; sois présent. »

« Plonge dans l’étonnement et la stupéfaction sans limites ainsi tu peux être sans limites, ainsi tu peux être infiniment »

« Ce n’est plus un roi, c’est un porc qu’on égorge. – Ce n’est qu’un roi, ce n’est qu’un homme. »

Priscilla (@Priss0904)